NPR 88 des arbres à abattre

Il y avait ceci, sur une ancienne friche minière d’Harnes – habitat de lapins, faisans et (on le sait désormais) de renards.

Maintenant il y a ça

J’ai planté ce NPR samedi ; ce matin, il était intact (quoique gorgé de rosée) mais j’ai décidé de le remplacer par celui que vous verrez ci-dessous, une variation que je trouve plus réussie et que j’ai plantée au sommet du talus, sur un plateau qui présente le même paysage dévasté. Pourquoi ce massacre d’arbres sains et vigoureux ?

Va-t-on ici, comme à Sallaumines, construire une crèche et son parking ? Souvent, nous nous émerveillons qu’il existe tant d’arrière-mondes où il est loisible de respirer, dans ce bassin minier ; il est arrivé que nous trouvions miraculeux de ne pas en avoir été spoliés mais il semblerait que ça ne doive pas durer. En 19 mois, j’ai déjà vu tant de sites disparaître ou se policer que je suis inquiète : c’est fini, la beauté sauvage ? C’est maintenant que les décideurs les étouffent sous des constructions ultramodernes et leurs inévitables aménagements pour la voiture (cf. futur hôpital de Lens) ou sous une signalétique aussi disgracieuse que grotesque (comme à Noyelles, à Fouquières et à Pinchonvalles) ? La dernière signalétique en date, toujours à Harnes mais de l’autre côté du canal, a des proportions ridicules – je vous en ai présenté une étape ici . Voici donc un château d’eau qui annonce où ils se trouvent aux autochtones qui le savent déjà et à des touristes qui n’existent pas – sinon dans la tête de ceux qui jouent au bilboquet avec des subventions.

Il faudrait qu’un jour, les décideurs lèvent le cul de leur chaise de bureau et viennent voir à quoi ressemblent en vrai les site qu’ils défigurent et les usagers à qui leurs aménagements sont censés profiter. Comme je l’avais prédit, la lourde signalétique dont est affublé le terril de Noyelles n’a pas découragé les bad boys de poursuivre leur œuvre de vandalisme, au contraire, elle a l’air de stimuler leur inclination pour la destruction et lui offre même un support supplémentaire sur lequel s’exercer : briser le plexiglas, arracher le règlement et sa ribambelle d’interdictions, c’est quasi un bonus.

NPR 87 du chat bleu

Un NPR d’intérieur, aujourd’hui, dédié à la femme dont j’ai le prénom tatoué sur la main et dans le cœur.

J’ai pris la photo ci-dessus il y a plus de deux semaines mais comme le principe du NPR est d’agrémenter la journée des passants, j’ai attendu pour mettre en ligne ce billet d’avoir trouvé dans l’espace public une place appropriée où ficeler ce papier calque. Ce qui s’est produit la semaine dernière, dans une zone industrielle de Carvin.

Le concept du restaurant qui m’a fourni sa planète est intéressant, ce mélange de cuisines ch’ti et créole, très original ; par ailleurs, son nom nous enseigne que le créateur de cette enseigne n’est pas du coin, car ici, que ce soit dit, on ne prononce pas davantage le l de terril que celui de fusil, de sorte que le jeu de mots ne fonctionne pas. Vous en saurez plus dans mon livre sur les terrils, à paraître dans quelques mois.

Autres notes sur les NPR

1. Le NPR 85 autoréférent n’a pas vécu 24 heures sur le poteau à l’entrée de la véloroute Avion-Hénin-Beaumont. Ce qui me semble confirmer que mes concitoyens n’aiment pas les directives, les ordres et les interdictions. Cela dit, le panneau n’a pas été vandalisé mais subtilisé : on n’en trouve trace nulle part. Oh je sais ce que vous allez dire, vous allez imaginer qu’il a fini dans une poubelle municipale à roulettes, voire à moteur, mais dans ce cas, comment expliquez-vous qu’à quelques pas dudit poteau, on trouve encore ce matin divers spots d’ordures comme celui-ci

et même ce mal assis là d’un goût plus que douteux ?

2. Un peu de lumière et de beauté : on se rappelle l’amour inconditionnel si touchant de Méricourtois pour leur cygne sans tête, évoqué dans le NPR 36 de la petite sirène ; eh bien, pour preuve que l’amour peut faire des miracles, le cygne a non seulement retrouvé sa tête mais il est aussi fleuri !

NPR 86 du temps ∆t

Un peu de philosophie des sciences, pour changer. Il ne sera pas question de la théorie des cordes mais de la dimension qui nous enchaîne, à savoir le temps (∆t, nous sommes bien d’accord). La distance qui sépare deux paniers de disc golf n’est qu’une question de temps. Par ailleurs, le disc golf est un passe-temps ; il en existe bien d’autres, certes, mais qui sommes-nous pour juger les amateurs de ce jeu ? Comme disait ma grand-mère, S’ils ont leur bonheur comme ça…

Voici 7 secondes de NPR au vent.

NPR 85 autoréférent

Ce matin tôt, je n’ai pas seulement tenté de secourir bien piteusement un renardeau, lui infligeant plus de quatre kilomètres de vélo, au nord-est de chez moi – en chemin, je lui parlais pour l’apaiser, penchée sur le sac de transport accroché au guidon, et je rêvais que je le sauvais puis que je le ramenais chez lui mais que finalement, il préférait rester avec moi et ensuite ce serait mon compagnon le renard, qui dormirait sur mon ventre, la nuit, roulé en boule, et sur mes genoux quand j’écrirais, qui courrait avec moi et frotterait les coins de sa bouche sur les arêtes des meubles. Je l’aimais déjà. Mais avant cela, dès l’ouverture de la liberté, à 6h du matin, j’avais transporté un tabouret sur mon porte-bagages, trois kilomètres au sud, pour accrocher un nouveau cadre à l’entrée de la véloroute, en remplacement de celui qu’un buveur de bière a saccagé la semaine dernière, comme je le relatais ici. Un NPR signalétique et presque épistémologique.

NPR 83 inter/dite

Où il est encore question de fragilité mais pas seulement. Ce NPR est né des interrogations qui me sont venues en observant les escargots (ce que j’ai eu l’occasion de faire assez souvent, dernièrement) sans savoir vers quelle autorité me tourner.
1. Quel est le datif (ou COI) de ielle ? Est-ce aussi ielle (la forme que j’ai choisie pour ce NPR) ou ellui ? luielle ? autre chose ?
2. Peut-on dire d’un escargot qu’il est hermaphrodite ou le mot a-t-il totalement disparu, quelque espèce qu’il prétende qualifier ? Doit-on dire que ce gastéropode est intersexe ?
3. Doit-on dire Il est beau cet escargot ou Ielle est beau-elle ? L’adjectif est mal choisi puisque jugeant, il faudrait le rayer de la langue, ou alors peut-être seulement interdire son usage appliqué à des êtres vivants – ou juste aux humains ? J’oublie, en viscérale antispéciste, qu’il convient de marquer une différence entre les espèces dans ces questions sémantiques décidément bien complexes. Pour éviter de fauter, je devrais plutôt utiliser l’adjectif gentil, oui je vais faire ça : doit-on dire Il est gentil, cet escargot ou Ielle est gentil.le, cet.te escargot ? (et dans le second cas, comment prononce-t-on gentil-le ?)

NPR 82 fragile

L’idée de ce NPR m’est venue des semaines avant que je finisse par tomber, dans la rue, sur un carton portant un ruban adhésif FRAGILE (si vous voulez tout savoir, c’était sur le trottoir de mon caviste). Je trouvais que la place de ce processus était sur un chemin mais j’avais envie de varier un peu de la véloroute Avion-Hénin-Beaumont et j’ai opté pour un ancien cavalier, quelque part entre Fouquières-lès-Lens et Montigny-en-Gohelle. Les riverains ont bien de la chance, ce n’est pas tous les jours qu’on vous livre le sens de la vie quasi à domicile.

NPR 81 de l’enchantement / golgotha

Un NPR mobile double face improvisé, ce matin. Les mobiles ont du succès sur la véloroute du bassin minier qui relie Avion à Hénin-Beaumont et qui fut mon chemin fétiche le temps du purgatoire évoqué par la face B de ce NPR, d’ailleurs le NPR 71 mobile double face super kitsch de l’amour fou + éternel a été immédiatement subtilisé – il faut dire que le dessin de limace était assez réussi.

face A

face B

NPR 80, 80A et 80B* de campagne

Sur ma porte il y a une affichette d’honorables proportions scotchée juste au-dessus de l’entrée de courrier, suffisamment colorée pour que les militants ne puissent pas la rater, or j’ai déjà trouvé deux tracts sur mon paillasson, chaque fois pour le même parti. La deuxième fois, j’ai assisté à la scène ; j’étais au premier étage quand j’ai ouvert la fenêtre pour éprouver la température extérieure et vu cette femme, un tas de tracts sur l’avant-bras, se pencher vers ma porte puis, ayant lu le panonceau, se redresser avant de s’éloigner à regret. Bonne fille, ai-je pensé, mais elle est très vite revenue sur ses pas, c’était plus fort qu’elle, et m’a imposé son tract de facho. C’est encore une occasion de penser aux témoins de Jéhovah, qui frappent à votre porte pour vous dire comment penser, comment vivre et à qui céder votre libre arbitre.

(ceci n’est pas un NPR)

Un matin, cette semaine, en passant devant des panneaux d’affichage étonnamment vierges de toute affiche moche à l’effigie de tel et tel faux derche – des panneaux vides comme un discours politique -, j’ai improvisé ces trois NPR électoraux.

NPR 80 à meuh

Je pensais m’en tenir à ce meuh mais face à l’abondance de panneaux que je croisais au fil de ma course à pied, je me suis attardée sur le sujet de la politique. J’ai pensé à la phrase répandue « de toute façon c’est tous les mêmes » et j’ai tâché de nuancer : à considérer qu’il y ait un modèle unique d’aspirant au pouvoir, même à un tout petit pouvoir, il existe en plusieurs coloris – rouge, vert, bleu, etc. et j’ai poursuivi avec les deux NPR suivants

NPR 80A du coloris

NPR 80B de la prosopa***sie

*** pour gno ou pour mné. La syllabe gno existe dans une variété de contextes que ne connaît pas mné : on peut ignorer de quel ignoble vignoble provient telle gnôle mais sauf erreur de ma part, mné n’apparaît que dans des mots de la même famille, tous issus de la racine mnêmê, « mémoire ». Gnomné n’est pas facile à prononcer ; mnégno est peut-être pire encore ; on peut s’entraîner à les chanter sur le modèle de Meredith Monk dans Wa-lie-oh, l’une des Songs from the Hill (particulièrement dans la séquence qui débute à 2’51).

* ça commence à faire taille de bonnet