NPR 3 des 10 km

La France qui se lève tôt se demande quelle autorisation de sortie se signer pour pouvoir vaquer à ses nouveaux processus réversibles avant le lever du jour. Il est 3h53 et elle a déjà préparé son petit carton et ses punaises pour le numéro 3. Hier, elle est passée prendre des nouvelles de NPR 1 (qui a disparu : pfuit, Hollywood – comme le dit son Antique, quelqu’un l’a pris ! puisqu’on n’en trouve pas trace parmi les masques et papiers gras qui jonchent le sol du tunnel) et de NPR 2, qui a résisté à deux jours de tempête (et ça, dit son Antique, c’est la marque d’un bon travail) mais maintenant la France qui se lève tôt est bien ennuyée avec ses punaises dans la poche et elle réfléchit au texte qu’elle pourrait écrire sur une attestation de sortie dérogatoire durant les horaires du couvre-feu prouvant qu’elle a besoin de punaiser, scotcher, ficeler des processus réversibles au mobilier urbain à toute heure de la nuit.

NPR 2 des ventricules pas mieux

notes sur la France qui se lève tôt :

il est 5h du matin et j’arrime un tabouret au porte-bagages de mon vélo (je convoite un panneau un peu trop haut pour moi)

j’ajoute un fil à mon dispositif poétique (pochette plastifiée, bambou, ficelle, carton, scotch) parce qu’il y a beaucoup de vent, aujourd’hui encore

à 5h30, je suis prête et frétillante mais le couvre-feu bride mon ardeur à la tâche puisque je dois attendre une demi-heure pour m’y mettre ; je graisse ma chaîne de vélo, je m’épile les mollets, je trépigne

et à 5h55, n’y tenant plus, je file sur Mon Bolide

à 6h10, c’est avec émotion que je monte sur mon tabouret pour suspendre ce NPR 2 à un poteau, à l’entrée de mon chemin fétiche du moment et à la seule lumière de ma lampe de vélo

6h30, je dépose mon vélo, ôte ciré, gants et bonnet, enfile un short à la place de mon jean et file courir avec Tamara et Cate ; notez bien qu’il fait jour ; notez bien qu’il sera bientôt impossible d’assister au lever du soleil en mouvement

bref, revenons à nos nouveaux processus réversibles

in situ :

et, dans la foulée, voici ce contre quoi le NPR en question vous met en garde

un lièvre m’a regardée prendre la photo ci-dessus mais, quand j’ai tourné l’objectif vers lui, bien sûr, il a détalé

je triche un peu avec la photo ci-dessous, prise à Lille en 2018, mais sans elle il n’y aurait eu que 6 images et ce n’est pas un nombre premier ; j’aurais pu lui préférer un selfie puisque, pour tout avouer, les ventricules pas mieux sont les miens, mais il y en a déjà deux dans des billets récents (avec ma DS Vénus), ça va bien

Réouverture

Je le confirme : la semaine prochaine, j’inaugurerai ici une rubrique de Nouveaux processus réversibles. J’ai préparé les premiers papiers, fait des repérages, car il s’agira bien sûr de poèmes in situ, et un peu de travaux manuels : il n’y aura pas que du scotch mais un panneau bricolé maison qui ne sera pas facile à transporter en courant mais qui a l’avantage d’être à l’épreuve des intempéries et réutilisable (il suffira de glisser un autre texte dans la pochette plastifiée) à moins bien sûr qu’il ne soit vandalisé.

Le panneau est conçu pour mon chemin fétiche du moment, où l’on trouve donc les débris de mon cœur mais aussi tout le reste de la liste. J’envisage d’écrire quelque chose à propos de ce chemin, comme une galerie de portraits qui pourrait ressembler à ça :

prenons par exemple la femme au bonnet –
elle a les cheveux courts et un bonnet dessus
des chaussures de marche un sac à dos de style
beige et elle va quelque part d’un pas décidé
accompagnée d’un très grand chien blanc
qu’elle ne tient pas en laisse parce que
c’est son ami et non sa possession – elle se
rend quelque part tôt le matin avec son ami
elle est un peu comme moi sauf pour le chien
– moi aussi je suis souvent en train de me
rendre quelque part sans autre nécessité que
le mouvement perpétuel dans les hanches et
la curiosité qui n’épargne aucun interstice

je me demande parfois où vont la femme et
le chien blanc – sans doute plus loin que le
cow-boy qui écoute la radio avec son vieil
ami berger allemand et sa lampe de poche –
peut-être jusqu’à Rouvroy peut-être jusqu’à
Hénin-Beaumont ou même jusqu’à Dourges
avec ce sac à dos – la question restera sans
doute sans réponse puisque le monde des
deux amis femme et chien se situe près de
trois heurs après le mien et c’est bien par un
accident peu susceptible de se reproduire
qu’un jour d’été j’ai pu échanger avec eux
quelques mots vite emportés par le vent

(ce poème s’appelle Se rendre, à la base)

Mes processus réversibles

Il y avait autrefois sur ce blog une rubrique qui s’appelait processus réversibles et qui documentait une pratique poétique en mouvement. Il s’agissait de poèmes que je scotchais dans l’espace public ; je désignais certains d’entre eux comme des prières et les laissais donc le plus souvent à proximité d’un symbole religieux. Je photographiais le poème scotché au mobilier urbain et, d’autre part, les coulisses du processus réversible, à savoir le rouleau de scotch in situ. Le nom de « processus réversible » vient tout simplement du premier poème (ces happenings étant biodégradables, j’ai conservé le terme pour la série entière), qui date de janvier 2018 :

Tout ceci se faisait en courant – c’était l’époque où je courais avec appareil photo, papier, stylos, craies, scotch, ciseaux et parfois accessoires – on le verra plus bas. Cette série était parallèle à celle des patenôtres, prières en short dont vous pouvez encore voir les traces sur la page Ma pomme de ce blog.

Quelques-uns de mes processus réversibles favoris :

et son binôme, que j’aime beaucoup (ces deux photos ont été prises dans mon arrière-monde ronchinois préféré)

mes photos de making-of préférées :

Tout à l’heure, en tombant sur le dossier dans lequel je consigne les traces photo (souvent très moches, j’en conviens) de cette lubie qui m’a tenue quelques semaines en 2018, je me suis dit que c’était vraiment un chouette concept et que je le reprendrais bien. Oh oui, tiens, je vais faire ça. Je vous en donne des nouvelles très bientôt.