Tombeau du Chicago blues

J’ai conscience qu’en dévoilant les coordonnées de l’authentique tombeau du Chicago blues, je vais ouvrir la brèche pour un tourisme de mélomanes. Certes je n’aime pas la foule mais j’aime les mélomanes, alors allons-y. Il se situe exactement ici : 50°25’36.2″N 2°50’52.6″E, à savoir rue Fernand Léger, à Sallaumines. Soit à 350 mètres à vol d’oiseau du parc Guimier qui est le cadre de ma chanson de geste à paraître, dont il se trouve qu’elle établit précisément un parallèle entre le bassin minier du Pas-de-Calais et les États-Unis (bon, certes plutôt leur sud que Chicago, mais quand même, il me semble tenir là un CQFD de haut vol). Si Matana Roberts, Jamila Woods, Angel Bat Dawid ou je ne sais quelle autre de mes héroïnes chicagoannes de naissance et/ou d’élection souhaite venir enquêter sur cette stèle, qu’elle n’hésite pas à passer prendre un café chez moi, c’est à 853 mètres.

Des courbes

Je prépare une nouvelle expo de photos et de textes sur les Splendeurs & Merveilles du bassin minier. Je vous donnerai plus de précisions dès que possible mais je peux déjà vous dire que j’y travaille dans l’esprit très 16:9 flamboyant qui est ma nouvelle approche du territoire, après les carrés noirs et blancs de Ligne 18.

Aviaire (1)

Alors que la grippe aviaire frappe de nouveau mes amis à plumes, « La filière du foie gras ne cache pas son inquiétude », pour citer Le Monde – qu’elle coule et ne se relève jamais, qu’elle s’auto-gave à en exploser. Je ne m’inquiète pas pour cette lucrative barbarie made in France mais pour les innocents exposés au virus dans leurs canaux, leurs rivières, leurs étangs. Moi qui assistais avec une joie chaque fois renouvelée au passage si musical d’oies sauvages dans le ciel d’ici, je ne pourrai plus les regarder sans mélancolie. J’ai décidé de rendre hommage à mes amis en danger par de modestes séries. Pour commencer, quelques-unes de mes meilleures photos de cannes, canetons et canards so far.

en familleen voldont mini série 1dans l’eaudont mini série 2 et un canard de Rotterdam 

Un chat un chat

Pour oublier un instant les multiples horreurs qui émaillent l’actualité, voici une belle histoire et des photos de chats (prises entre 2005 et 2007, sauf mention).

En octobre 2004, je rentrais du cinéma quand j’ai croisé une chatte très sale et qui puait ; ce n’était manifestement pas sa première nuit à la belle étoile. Elle m’a suivie chez moi, 113 rue Brûle-Maison à Lille, et s’y est installée en princesse avec un dédain ostensible pour les autres chats présents. Je l’ai appelée Sam ; elle a exigé d’être anoblie ; ce fut donc Dame Sam. Elle a pué pendant trois semaines, se dandinant avec désinvolture entre le jardin, les gamelles et le canapé. Puis elle s’est abandonnée à ma tendresse et à celle de Joe.

(Ici, Dame Sam avec feu Joe, qui nous manque chaque jour depuis bientôt 5 ans.)

De mon côté, j’ai appelé la LPA de Lille et, grâce au tatouage dans son oreille droite, obtenu le nom et l’adresse de l’humaine qui l’avait adoptée un an plus tôt ; quand je me suis présentée à cette adresse, il n’y avait plus personne. Je n’ai pas retrouvé la trace de l’humaine et, si elle a cherché DS, la LPA ne m’en a pas prévenue. J’y ai vu un signe du destin : DS et moi étions faites l’une pour l’autre.

(Mon entourage s’accorde pour dire que nous avons le même caractère.)

J’ai vécu pendant près de 17 ans avec ce petit être autoritaire sans que ni la LPA ni aucun vétérinaire me signale jamais que je devrais faire une démarche d’adoption. Inutile de préciser que je n’ai pas beaucoup d’affection pour les adjectifs possessifs appliqués à des êtres vivants – si vous m’entendez parfois parler de mon chat, ce n’est certainement pas parce que je m’en estime propriétaire, c’est juste affectueux.

(En fait, je vis chez Dame Sam et elle me laisse disposer gracieusement de ses possessions. Le jour où j’ai pris cette photo, j’ai sans doute utilisé un autre sac puisqu’elle avait besoin de celui-ci.)

Mais la veille du confinement discriminatoire, j’avais rendez-vous dans un dispensaire de la SPA où, pour la première fois, on m’a réclamé sa carte d’identification. Sans cette carte, je ne pouvais pas faire soigner celle qui pendant 17 ans a dormi sur mes genoux, mon dos, mes jambes ou mon ventre (selon ma position), celle que, tout ce temps, j’ai servie avec empressement et à qui j’ai attribué une multitude de surnoms parmi lesquels le plus usité reste cocotte chat, celle dont j’ai mordillé les oreilles et embrassé le petit nez vieux rose et le ventre crème et le sommet de la tête des dizaines de fois par jour.

(Mini Tiger et moi avons aussi déménagé 7 fois ensemble.)

Je me suis rendue chez un vétérinaire afin d’obtenir le duplicata bidule (jamais je n’ai su retenir un nom de formulaire) qui me permettrait de revendiquer la propriété de ce petit être intraitable, ce qui soudain devenait non seulement nécessaire mais urgent. La vétérinaire a d’abord refusé de me le fournir parce que le site Internet de l’I-cad (l’organisme qui gère le fichier National d’identification des c***ivores domestiques) indiquait encore que le détenteur de ce chat était la LPA de Lille.

(Pendant 17 ans, DS n’a pas spécialement cherché à fuir – alors même qu’elle avait su, en 2004, profiter du déménagement de son ex humaine pour filer.)

Après avoir fouillé ses archives, le responsable de la LPA, que j’ai contacté, a retrouvé la trace de l’adoption, qui a eu lieu en 2003 mais n’a jamais été enregistrée. Le fautif a tenté de joindre l’humaine (semi-)officielle de DS, comme je l’avais fait 17 ans plus tôt, mais flûte alors, son numéro de téléphone n’était plus attribué. Il m’a cependant dit ne rien pouvoir faire pour me permettre d’obtenir un certificat d’identification, au prétexte que j’aurais pu avoir volé la veille celle qui à ses yeux n’était guère qu’EMV407.

(Dame Sam en 2014.)

J’ai insulté l’hypocrite irresponsable et procédurier comme il se doit. La secrétaire du dispensaire m’a dit que j’avais bien fait : « C’est un con, m’a-t-elle dit, moi j’appelle un chat un chat ». Après avoir à plusieurs reprises consulté le dispensaire, la vétérinaire et le refuge de Lens-Liévin, j’ai enfin rencontré à l’I-cad une conseillère qui m’a dit : « Et le chat, dans tout ça ? » Alors j’ai su que j’avais trouvé notre sauveuse. Elle a réussi à convaincre la vétérinaire de me fournir le formulaire dont j’aurais besoin une demi-heure plus tard pour la consultation, au terme d’une haletante course contre la montre.

(De 2005 à 2007, les chats ont particulièrement apprécié le chauffage par le sol dans notre résidence de Lambersart – résidence à laquelle je rends hommage dans Le zeppelin et surtout dans Je respire discrètement par le nez.)

Au dispensaire, tout le monde était si gentil et si doux que j’ai oublié la bataille qui pendant deux jours m’avait obligée à passer plus de coups de fil que je n’en passe ordinairement en un mois. Le véto qui a ausculté DS a confirmé mon diagnostic, à cette différence qu’il n’a pas employé le mot sénilité : « Ce sont les acquis de l’âge », a-t-il dit. Et il m’a prescrit les vasodilatateurs et les petits calmants qui, je l’espère, permettront au chou chat de retrouver le sommeil (ce qui par la même occasion me rendrait le mien).

Mais surtout. J’ai obtenu la fiche signalétique de Dame Sam. Je sais désormais qu’elle est née le 1er octobre 2002 et j’ai mis des jours à me remettre de son premier nom, qui révèle tant de choses. Avant que je ne la recueille, Dame Sam n’était pas qu’une pauvre baronne : elle était Vénus. Rien moins.

(Cette photo de 2019, déjà vue ici, prouve la pertinence de ce prénom.)

THAT’S ALL, FOLKS!

L’automne à Pinchonvalles

Il y a la splendeur composite du sol, la lumière vaporeuse, le parfum de l’humus. Puis il y a des coups de feu tout proches et trois petits chevreuils traversent la prairie, terrifiés. Je voudrais leur dire de rester ici, en hauteur ; qu’ici, personne n’a le droit de venir les traquer puisque la chasse est interdite sur le terril même et uniquement autorisée en contrebas. Mais je soupçonne que ce type de règles ne pèse pas lourd aux yeux de furoncles capables de tirer sur des êtres si nobles, si gracieux, si touchants aussi avec leur beau petit cul blanc lapinesque.

Un an au pied du 94

Il y a un peu plus d’un an, je mettais en ligne ma désormais fameuse série de 37 passages à niveau, saluée par la presse internationale. Touchée par vos nombreux mails me réclamant une nouvelle expérience du temps qui passe, j’ai décidé de vous proposer un an (moins deux mois, pour cause de premier confinement, le site étant à 4 km de chez moi – il était d’ailleurs interdit d’accès, on le comprend quand on voit la grande affluence sur les photos ci-dessous) en 23 photos (+ 2 vues satellite + une espèce de planche contact maison) dans ce que j’appelle l’observatoire des oiseaux mais dont le véritable nom est marais de la Galance (à Noyelles-sous-Lens), au pied du terril 94 rebaptisé cette année Arena Terril Trail (où est mon sac vomitoire ?) depuis que des travaux l’ont défiguré : de sauvage, il est devenu top équipé pour toute la famille + les joggeurs qui respirent bruyamment (beurk) et, si j’ai la joie de n’y croiser personne aux heures où je cours et prends ces photos de qualité calamiteuse avec mon téléphone, je déplore qu’un site naguère si lunaire ait été ainsi défiguré. J’ai commencé la série suivante juste après mon emménagement à Lens, à savoir en novembre 2019, mais la première des images en grand format sélectionnées ci-dessous date du 2 décembre. Un montage de petits formats suit en fin de billet.

Vous vous demandez forcément ce qu’est cette espèce d’arbre rouge au sommet du 94. Eh bien c’est, ou plutôt c’était une installation artistique.

Parfois, on ne la voyait pas :

Parfois si.

Puis un jour l’installation n’était plus là et je n’avais pas assisté à son démontage mais, par un hasard assez extraordinaire,

il est en cours sur la vue satellite de Bidule Maps (vous reconnaîtrez à gauche l’observatoire des oiseaux vu du ciel)

en zoomant, on voit clairement l’arbre artistique démembré, très Kinder surprise  :

Quand il pleut,

comme c’était le cas le 19 février quand j’ai amené ici une équipe de télé locale pour un documentaire dont je vous parlerai bientôt,

l’observatoire prend l’eau.

Ci-dessous, la dernière photo que j’aie pu prendre avant que le site ne soit interdit ; c’était le deuxième jour du premier confinement et on avait encore le droit de dépasser le kilomètre pour faire de l’exercice.

Quand j’ai pu revenir, la végétation avait quasi masqué 94.

En arrière-plan, on voit la cabane de mon amie Dinah  (que je présentais ici l’année dernière) et de sa famille ; sur le rebord de l’observatoire, une bande de bad boys d’eau.

Pour être d’une honnêteté sans faille, ce marais sent la vase et il est longé par l’autoroute A21.

Mais ça reste un endroit plein de vie, très joyeux, où les oiseaux d’eau se retrouvent parfois par dizaines ; les stars en sont assurément un héron assez arrogant et un cygne noir à bec rouge très sympathique – on voit ce dernier sur l’image ci-dessous (en bas à droite), prise depuis la berge lapineuse, et l’on aperçoit en arrière-plan Dinah & Cie. J’adore particulièrement assister aux atterrissages tonitruants de certains canards.

Des aubes d’été.

Des aubes d’automne.

Maintenance à la bougie, un matin récent – très tôt.

Brume sur la pâture de Dinah vue depuis le marais, un autre matin tôt.

Mes meilleures amies ont apprécié le site mais préféré les fumerolles sur les terrils 83, 100 et 230 (leurs arbres calcinés, leur roquette sauvage et leur sol bouillotte) qui s’emmêlent à Fouquières-les-lens, 2,5 km plus loin à vol d’oiseau.

Parfois il est si tôt que même le flash de mon téléphone ne suffit pas mais j’aime beaucoup l’effet très fantomatique.

Quelques jours avant le reconfinement, j’ai guidé une rando sur les terrils 94, 83, 100 et 230 pour un groupe de Liévinois masqués, en marge de l’atelier d’écriture en mouvement que je mène avec eux (nous préparons une carte sensible des berges de la Souchez, rivière + canal) et qui, je l’espère, reprendra bien vite.

Si l’autoroute sombrait dans une faille (disons de San Noyellas) (et sans y entraîner avec elle les marais, terrils et canal, merci), j’enregistrerais un extrait de conversation entre oiseaux d’eau pour l’insérer ici. Sans doute le plaisir qu’ont certains de mes congénères à se promener dans des marchés populaires où ça piaille et braille en tous sens a-t-il à voir avec celui que je prends à écouter ces palabres sans fin.

Au retour du cimetière, en ce week-end de Toussaint, mon amour et moi avons salué nos amis les oiseaux d’eau ainsi que Dinah et Carrie, et leur avons dit à bientôt. Je n’attends pas la date anniversaire exacte de cette série pour la mettre en ligne puisque ce site m’est désormais interdit d’accès par des restrictions ineptes.

White trash

Deuxième jour de shooting avec mon amie Carrie, qui m’a commandé un visuel pour la pochette de son premier EP, White Trash, qui dépeint la vie dans l’étang de Noyelles-sous-Lens avec le mordant qu’on lui connaît (on le retrouve ici), un disque de punk R&B très très novateur. J’opterais personnellement pour la première image, que je trouve plus mystérieuse et qui a ce petit truc cheap très en vogue dans mes chères musiques expérimentales

tandis qu’elle pencherait plutôt pour celle-ci, où elle se trouve plus à son avantage (Pis c’est cheap quand même, dit-elle, j’ai pas fait appel à toi pour rien).

Ce qu’elle voudrait au fond c’est une pochette comme celle du dernier EP de Loony mais elle n’a pas d’imper et les voitures ne sont pas autorisées au bord de l’étang. C’est compliqué.

Autumn in Noyelles

Ce matin, premier jour de l’automne, la brume noyait ma prairie alors j’ai lacé mes baskets et filé au terril de Noyelles-sous-Lens dont je devinais les promesses, une heure avant le lever du soleil. Sur le chemin de halage dépourvu d’éclairage public, j’avais l’impression de courir dans un paysage abstrait, je ne voyais pas où je posais les pieds, je distinguais juste les masses sombres des arbres à ma gauche et du canal de la Souchez à ma droite, et j’entendais  les chants et cris des oiseaux d’eau avec une netteté d’autant plus dolby surround.

De loin en loin, des lampadaires dans les rues en amont morcelaient l’espace plus qu’ils ne le révélaient.

J’ai tenté le flash avec des résultats très intéressants dont voici le plus lisible.

Sans, ça donnait ça.

J’entendais aussi parfois le grésillement typique des lignes électriques et devinais les pylônes bien avant de les voir.

Rencontres du troisième type a été un moment intense de ma course à pied ce matin.

Puis le jour (soleil) a commencé à se lever de sorte que j’ai pu distinguer la silhouette de mes amis.

Depuis la passerelle,

le canal n’était encore qu’une promesse floue.

Vers les bois ça restait assez sombre,

sauf dans les trouées qui offraient une vue sur l’eau

et ce jusqu’à l’étang du Brochet,

étang qui ce matin s’étendait, semblait-il, à l’infini.

Et là-haut, au sommet du terril 94,

Caspar David Friedrich aurait carrément pris son pied (chaussures de rando recommandées).

Comme on le devine, je n’ai croisé personne aujourd’hui, mes congénères étant apparemment (et à mon enchantement) solubles dans la brume.

Au retour, je suis passée voir mes amis : ceux des lapins qui ont survécu à un premier dimanche sous les tirs des enflures à fusil (qu’ils crèvent dans leurs gilets oranges et d’atroces souffrances), Dinah, Danny et Carrie – cette oie de mon cœur dont voici l’étang ce matin

Et vers chez Danny, j’ai particulièrement aimé cette vue. C’était ma première course à pied de l’automne 2020.

 

Exotisme du bassin minier

Voici Arum dracunculus, plante vivace herbacée à racine tubéreuse de la famille des Araceae, également appelée Serpentaire commune, Gouet serpentaire ou Petit dragon. Il s’agit d’une espèce originaire des pays méditerranéens (Albanie, Crète, Turquie) qui s’est naturalisée en Italie, dans le sud de la France et, apparemment, dans le bassin minier du Pas-de-Calais.

Et maintenant, voici des orchidées de terril – très précisément de Noyelles-sous-Lens :

(Vous appelez ça comment, vous ?)

Et un dromadaire.

(Devant le terril 101 d’Hénin-Beaumont.)