Un oiseau en face

J’ai commencé par fabriquer une mangeoire pour les oiseaux avec un porte-serviettes et une boîte de Pringles. Dès les premières grosses pluies, la semaine dernière, le dispositif a montré ses limites. Cela dit, je l’ai laissé en place parce qu’il attire encore quelques amis, comme ce rouge-gorge. J’ai pris les photos qui suivent en zoomant à fond depuis la fenêtre pour ne pas gâcher le déjeuner des petits, d’où la résolution pourrie.

La photo ci-dessous me fait rire aux éclats chaque fois que je tombe dessus.

Et celle-ci aussi. Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai sans doute pas l’habitude de voir les oiseaux en face. D’autant que je côtoie davantage les oiseaux d’eau, qui vous regardent d’un seul oeil et tendent vers vous un irrésistible profil défiant.

Dimanche, j’ai installé cette mangeoire homologuée, qui a instantanément remporté un vif succès. Ici, une mésange bleue,

là une mésange charbonnière.

Aucun problème de cohabitation à signaler entre ces deux cousines.

Et hop, je ris :

Vas-y, meuf, tu te crois chez oit ? On peut béqueter tranquille ou bien ?

Des lueurs et des lumières

pour Lulu

D’abord ça ressemble à un détail de vieille toile oubliée dans un grenier. Le soleil n’est censé se lever que dans une heure pourtant on le devine déjà qui s’étire au loin.

Quelques minutes plus tard à peine, c’est moins tamisé quoiqu’on ne voie toujours pas le verglas ni les feuilles mortes agglutinées par la pluie d’hier comme autant de pièges tendus à la semelle (je remercie Jésus, sa mère porteuse et ses deux papas ainsi que mon fabuleux centre de gravité pour ces quinze kilomètres sur patinoire sans chute – mais avec parfois d’élégants moulinets des bras et quelques passages à toute petite foulée).

Avec l’éclairage public, ça donne ceci :

Nous voici maintenant dans un champ à Rouvroy et nous regardons les très beaux terrils 101 et 84 dans ce qui ressemble vraiment à un lever de soleil, pourtant nous avons encore 30′ d’avance sur l’éphéméride.

Maintenant c’est l’heure. Pile. Les couleurs sont like two flamingos in a fruit fight, pour citer Captain Beefheart.

Détails :

Barbe

Ce week-end, le bassin minier fête la Sainte-Barbe ; ce n’est pas un rassemblement de hipsters mais de flammes, autour de Barbara, sainte patronne des mineurs (et des pompiers). Pour la première fois, cette année, j’y participe pleinement. Je suis dans la foule, je bois la bière ambrée de la Sainte-Barbe au milieu des autres et je prends froid et je fleure le feu de bois. Mais je ne vais pas mettre en ligne mes photos d’anciens mineurs poussant une statuette de leur sainte patronne sur un chariot à l’ancienne au milieu de créations pyrotechniques très contemporaines, bloquant la circulation sur le rond-point d’un centre commercial bondé à l’approche de Noël sans qu’aucune des voitures bloquées songe à klaxonner ; il y aura plein de telles photos tout partout la semaine prochaine et elles seront bien meilleures que les miennes. Je vais plutôt vous répéter la beauté de 94 quand il porte son peignoir de brume et qu’on ne voit plus son écusson d’Arena Terril Trail. Imaginez : on entend les oiseaux d’eau palabrer, l’air est dense comme un baiser, le reste n’est qu’écrin. Le paysage est ce qui reste du bras de fer qu’ont disputé ici pendant des décennies les mineurs et la nature, Sainte-Barbe pour arbitre. Pour l’occasion, je vous fais une visite guidée.

La silhouette de 94 se reflète sur l’étang du Brochet, un étang qui s’est formé à la suite d’un affaissement de terrain ; face à 94, son jumeau est en cours d’exploitation.

On ne devine pas, ce matin (samedi), à travers la brume, le jumeau de 94 mais les phares d’une voiture sur la route dont je parlais ici, appelons-la rue de l’Indécision.

D’ici, oui, on devine le jumeau en cours d’exploitation, derrière le bayou froid.

94, brut, ce matin (cadrage contraint, pour éviter le panneau à gauche et le plot à droite).

L’étang vu d’un peu plus haut.

L’ascension (facile) de 94 révèle ce que sa vue du ciel trahit impitoyablement : il a l’air d’une pâte à gâteau noire que l’on aurait versée dans un moule et qui se présenterait en boudins successifs, en attente d’une spatule.

Sur l’un de ses paliers, du schiste gorgé d’eau glacée.

Là-haut, on peut courir comme on veut, à travers le plateau ou, comme ici, sur le bord en contemplant la vue, alors on a l’impression que d’une minute à l’autre on va s’envoler, comme les martinets qui aiment tant ce sommet (quoique pas en ce moment).

Au milieu du plateau, il y a le lac et ses laquais.

Il y a tout ce qu’on peut rêver, ici : sous un angle, la profusion, sous un autre, une simple ligne très graphique.

Et, si vous accoutumez votre regard à la brume, en contrebas coule la Souchez canalisée, dont je vous reparle très bientôt (avec cotillons) – où vivent les oiseaux d’eau par centaines.

Poésie batelière

Dans Je respire discrètement par le nez, je livrais un texte en forme de pochette surprise intitulé Poésie hippique et qui recensait 107 noms de chevaux de course. Le voici :

« Poésie hippique

Secretariat, Peintre Célèbre, Blushing Groom, Brigadier Gérard, Divines Proportions, Electrocutionist, Fanfreluche, Edredon, Joyau d’Amour, Nice Love, Fée Des Iles, Premier violon, Play It Again, Couleur Du Nord, Belle Allure, Under The Sun, Joyeuse D’Or, Salut Lisa, Magie D’Un Soir, Only Du Lys, Opinel Du Sceux, Odyssée De Féline, Night Du Lys, Otarie Du Rib, Orchestra Sautonne, Nuit De Mars, Oasis Charmeuse, Notre Guerrier, Modèle Du Clos, Nicotine Cébé, Noble Javanaise, Matin De Manche, Papy De La Potel, Paris Is Magic, Pocket Money, Produit Fier, Perfect Charm, Quelle Star, Quelle Fusée, Quetsche Magique, Quality Charm, Gogol, Crocolyrique, Csik To Cheek, Captain Beefheart, Quelle Fiesta, Vélodrome, Heart Of Love, Anthologie, Art Martial, Highest Dancer, Big Time, Lost Sun, Brave Pile, Antigel, Mon Ami Jean-Paul, Sunrise Spirit, Call Me Blue, Noble Emeraude, Nuit Torride, Noble Nénette, Porte Carte, Professional, Loufoque Dairie, Mon Vittel, Pin Up Honey, Princesse Vaumissel, Pin Up De L’Être, Passion Fatale, Petite Folle, Péché De Vigne, Phryne Du Dollar, Praline Du Lys, Planète Foot, Préférence, Quartz Super, My Cause, Sea Of Grass, Half Crazy, By Far, So Long, Rêve D’Empire, Testiglass, River First, Ras Tafarii, Flying Bomb, Rock And Roses, Trésor Précieux, Héritière Céleste, Momie, Double Dollar, I Love Loup, Earth Planet, Danse Du Soir, Si Sismique, Big Stormy Moon, Un Rendez-Vous, Bright Style, Âme Lune, Doctor Dance, Fil D’Or, Sport Complete, Le Bonheur, Régal Viking, Take And Run, Blonde Des Aigles, Fleur Enchantée, et j’en passe »

***

Aujourd’hui, je suis en mesure de vous offrir non pas 107 mais 197 noms de péniches que j’ai croisées sur les canaux d’ici, à savoir sur le canal d’Aire, celui de la Deûle et celui de la Scarpe.

(Ci-dessus, Jules Verne talonne Vega à la frontière d’Hénin-Beaumont et de Courrières.)

Quelques précisions :

– Je ne vais pas cesser de noter leurs noms dans mon carnet au prétexte que j’aurai posté cette liste ; elle n’est pas figée, c’est un travail au long cours.

– Aujourd’hui, je connais très bien certaines de ces péniches et les reconnais de loin ; hier, par exemple, j’ai dit « Ça alors, ce ne serait pas Ghost Sniper ? » J’étais surprise parce que je ne l’avais jamais vue à Santes auparavant. « Bisous à Beuvry ! » lui ai-je lancé. Je reconnais aussi très bien Memphis, Viking, Vega et, s’il peut m’arriver de confondre Pasadena et Savannah, c’est bien parce qu’elles s’habillent tout pareil et traînent dans les mêmes rades (essentiellement la plateforme multimodale Delta 3).

(Savannah entre Meurchin et, en face, Vendin-le-Vieil.)

– Je me suis prise de passion pour les péniches cet été ; je vous en ai d’ailleurs montré un certain nombre, notamment ici. J’ai commencé à relever leurs noms le jour où j’ai croisé Tchiki-Boum ; ce fut ce qu’il convient d’appeler un coup de foudre onomastique.

(Tchiki-Boum à Douai.)

Elle ouvre donc le texte inédit que voici :

Poésie batelière

Tchiki-Boum, Popette, Traviata, Stewball, Macumba, Kon-Tiki, Tida-Kira, Loukoum, Hudson, Pasadena, Savannah, Memphis, Portland, Kansas City, Denver, El Paso, Milwaukee, Oklahoma, Adelanto, Bethesda, Tunica, Lakota, Country, Bibifoc, Top Gun, Speed, Sméagol, Avengers, Alamo, Ravetea, Jama, Dahlia, Ghost Sniper, Radar Taupe, Furious, Tous-Nerfs, Azimut, Venera, Avary, Bayard, Dolax, Remacum, Kustrif, Zagor, Cripayo, Sosanto, Shelendo, Defey, Kerzel, Welfra, Cambio, Morena, Aldo, Doma, Jado, Anex, Pantra, Wiclo, DC Mosa 1, Ginard, Vega, Mondor, Faraday, Pouchet, Louise Michel, Masséna, Jules Verne, Surcouf, Rives de la Meuse, La Vézère, Amazone, Ardenne, Sermaizien, Tréport, Paris, Isola Doma, Isola Bella, St. Barth, Saona, Castille, Merina, Benguela, Smolensk, Smirnoff, Norway, Paraguay, Sherpa, Tabor, Kingston, Big Ben, Beverwaard, Biberach, Olako, Stoupan, Unesco, Esclave, Samaritain, Njörd, Jaël, Freyja, Apis, Osiris, Hermes, Morphée, Nemesis, Poséidon, Saturnus, Pégase, Psyché, Tantra, Deo Date, Uni Deo, Cum Deo, Dieu aboie-t-il ?, Ostara, ND du Perroy, Alizé, Athena, Blizzard, Libeccio, Corylophilda, Cougar, Espadon, Marlin, Cœur d’Océan, Oceanos, Oceanic, Nautica, Aquarius, House Boat, Workshop Boat, La Galère, Salto, Solist, Violento, Filou, Remuant, Turbulent, Surprenant, Trépidant, Chahuteur, Invincible, Diligence, Perpétuel, Imprévue, L’imprévu, Impuls, Probe, Prodest, Colporteur, Nomade, Destin, Le Temps, La Paix, Bon Espoir, Serenitas, Good Luck, Apocalypse, Armageddon, Ocarina, Carina, Ben, Kenza, Alain, Béatrice, Colas, Jessica, Gay, Priscilla, Melina, Léo, Sylvaine, Sébastien, Farida, Homer, Lydia, Marcel, Netty, Samantha, Cédric, Mélanie, Émilienne, Teddy, Gaëlle, Kendall, Lucette, Gaston, Johanna, Elizabeth, Natacha, MH, Aloha, Rudyange, Isajohn, Pa-My, Ber-Mel, Ben-Gus, Will-Teir, Jor-Ali, Ja-Dy, OK Fred et j’en passe

(Linge à Flers-en-Escrebieux.)

Notez que le dernier nom, OK Fred, ferait un super nom de cheval – comme bien d’autres, d’ailleurs.

(Tréport à l’écluse de Cuinchy.)

(Colporteur entre Annoeulin et, en face, Don.)

(Trépidant et Surprenant à Estevelles – leurs voisins sont Remuant et Chahuteur.)

(Denver à Bauvin – la photo est ratée mais je l’ai sélectionnée pour le plaisir de la légender.)

(Country entre Carvin et, en face, Harnes ; la photo est ratée mais j’aime ce nom et sa graphie – je ne suis pas en train de m’excuser, ok ? J’explique, c’est tout, rien ne dissone.)

(Marlin à Douvrin, un matin d’été très tôt.)

(Péniches à Beuvry, un matin d’été encore plus tôt tôt tôt)

Je ne poste pas mes 211 photos de péniches (à ce jour) mais seulement 11. C’est plus raisonnable et néanmoins très frustrant.

Encore des oiseaux d’eau

Je n’ai toujours pas été assez vive pour prendre en photo un vol d’oies sauvages (l’un de mes grands bonheurs saisonniers) mais voici quelques autres amis à plumes.

Les cormorans et moi, nous avons un point commun : nous adorons les péniches. Je connais quelques spots de cormorans, comme celui ci-dessous. Je suis toujours surprise de les voir descendre de leurs promontoirs pour aller à la rencontre des péniches puis nager dans leur sillage – quand les foulques macroules auraient plutôt tendance à fuir pour se mettre en sécurité.

Les cygnes quant à eux, semblent plus nombreux sur les canaux moins navigués (tout ceci relève d’observations et je n’ai fait aucune recherche pour les corroborer). Ici, la semaine dernière, près du bassin de retournement sur le canal de la Souchez.

Les foulques ne manquent jamais de se faire des radeaux – elles ne surfent pas, cependant, comme le font volontiers les poules d’eau (qui dodelinent de la tête pour accélérer le mouvement de leur véhicule flottant), mais se laissent juste dériver. La plupart du temps, quand elles ne se perchent pas, elles se battent becs et palmes. Je ne connais pas d’oiseau d’eau plus querelleur (des oiseaux pas d’eau, si : plein).

De loin en loin, des buses (en béton, ≠ buse oiseau) rejettent des eaux dans le canal, créant un bouillonnement à la surface. Un jour, j’ai vu un grèbe huppé battre des palmes contre le courant pour rester dans ce qu’il semblait considérer comme un jacuzzi. Il y a beaucoup de grèbes huppés sur les canaux de la région, cette année, alors que les années précédentes ils étaient relativement rares. Le grèbe est difficile à photographier, il déteste ça et plonge avant qu’on ait pu sortir l’appareil (il peut nager très longtemps et très loin sous l’eau, c’est impressionnant). La plupart de mes photos de grèbes ressemblent à ceci – à des photos de pas grèbe.

Mais de temps en temps, je rencontre un individu plus amène. Merci, chou.

Celui-ci est plus flou mais aussi plus huppé

et voici ses baby grèbes

Le héron est tout aussi difficile à photographier ; il s’envole dès qu’on s’arrête pour le regarder, ne laissant même pas le temps de mettre la main sur l’appareil. Généralement, je dois à un zoom relativement bon de réussir à voler quelques portraits de cette superstar des étangs et canaux. Les dalots sont parmi ses cachettes préférées.

Un canard renfrogné après un amerrissage pourtant très réussi.

De tous les oiseaux, celui qui m’émeut le plus est la poule d’eau (presque à égalité avec l’oie, qui a également toute ma tendresse). Outre que je trouve la gallinule particulièremet gracieuse, son tempérament craintif (qui la rend tout aussi difficile à photographier, quoique pour des raisons très différentes, que les grèbes et les hérons) me donne envie de la protéger. La voir courir sur ses longues pattes fines ou, si elle est dans l’eau, s’éloigner en ricochant à la surface dans un battement d’ailes frénétique, ça me fait toujours sourire, mais l’instant d’après je sens un étirement dans la poitrine à l’idée que cette hâte si touchante dénote une peur et que c’est ma proximité qui l’a déclenchée.

Ici, des oies de La Bassée dansent sur une chanson de Lizzy Mercier Descloux, Wawa. Un, deux, trois, quatre, scande la meneuse, et hop, elles font demi-tour et un, deux, trois, quatre. On plongerait presque pour danser avec elles.

Automne

J’avais oublié que c’était aujourd’hui. J’ai enfilé un short, enfourché Mon Bolide et pédalé une demi-heure avant que mes pieds puis mes mains menacent de déposer les ongles. Je n’avais pas consulté la météo – je ne l’ai fait qu’arrivée à l’écluse de Cuinchy, je me demandais ce qui n’allait pas avec moi et ça disait 7. Ressenti 3. Mais c’était beau. Ici, dans un champ du côté de Vermelles au lever du soleil, en tournant sur moi-même dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

(Au loin, les terrils de Grenay à gauche et de Vermelles à droite.)

La fête est finie, dans les champs ça gèle et ça tire sur les faisans dès potron-minet.

Dernières démarques au paradis

Parfois, c’est le matin à Aix-Noulette.

Parfois, c’est le matin à Cuinchy.

Parfois, c’est le matin à Givenchy-les-La-Bassée.

Parfois, c’est le matin à Barlin.

Parfois, c’est le matin à Grenay.

Parfois, c’est le matin à Bouvigny-Boyeffles.

Parfois, c’est le matin à Courcelles-les-Lens.

Tout est sublime. Les animaux sont heureux.

Les faisans.

Les lièvres

Et les perdrix, les lapins, les chevreuils – en famille ou

solitaires.

Dans huit jours, ces magnifiques êtres innocents ne seront peut-être plus en vie parce que des gros tas de merde en gilet orange leur auront tiré dessus pour leur loisir (qu’ils s’entre-tuent). Je ne sais pas si je continuerai de rouler tôt le matin à la campagne quand elle résonnera de la barbarie propre à notre espèce et que je ne pourrai plus feindre de l’ignorer. Plus que huit jours ! comme disent les affiches de dernières démarques. Plus que huit jours avant la fin du paradis.

8 / 13

Mon 8 août en 13 images.

C’est une méthode que j’exploite depuis plusieurs années pour constituer ce que j’appelle mon atlas (une espèce d’essai d’urbanisme non éclairé qui interroge notre rapport à l’espace, au mouvement et aux topographies à travers quelques études de cas), une méthode qui consiste à ressasser les lieux, d’abord dans les grandes lignes puis, une fois celles-ci intégrées, dans le détail. C’est le détail qui m’intéresse le plus. Bref, voici encore un lever de soleil sur Sainte-Henriette parce qu’elle est souvent sur ma route ces temps-ci, quand je pars à l’est. Parfois je vais plutôt à l’ouest, ou au nord ; rien de construit, je me contente de suivre mon impulsion au réveil, car mon travail se penche aussi sur les ressorts du désir qui nous mène ici plutôt que là, tel jour, tel instant.

Ce matin, par exemple, j’avais envie de franchir la passerelle d’Auby dont je vous proposais une vue ici, c’était ma lubie du jour. Hélas, elle n’est pas encore ouverte au public (je ne savais pas qu’elle était si récente), c’était donc un peu frustrant mais ça signifie aussi que, le jour où je pourrai enfin y rouler, ce sera un vrai petit événement. Ici, une simple vue sur la rampe de lancement, sur la rive sud.

Sur les piliers, au bord de l’eau, ces deux inscriptions assez grandes (50×50 cm) qui me permettent de glisser un message privé :

J’ai emprunté la passerelle suivante, qui dans son genre ne manque pas de charme non plus.

Comme hier, j’ai changé de berge plusieurs fois, sur un autre canal (Aire hier, Deûle aujourd’hui). Il y a toujours un côté que l’on considère comme l’autre côté ; ça peut être un côté qui n’est pas aménagé ou/et semble hostile (cf. les ossements d’arbres mouillés d’hier) ou dont l’accès a l’air interdit, par exemple quand il héberge un site industriel, une cimenterie ou une coopérative agricole, etc. Ce matin, j’ai enchaîné quelques-uns de mes autres côtés, entre Auby à Pont-à-Vendin. Si parfois, comme à Courcelles, on trouve une

(et quelle tristesse de ne pouvoir accéder à ce beau terril vert tendre saupoudré de verts profonds),

ailleurs (à la limite de Courrières et d’Harnes) j’ai eu la surprise de pouvoir accéder à des quais de (dé)chargement que j’apercevais jusqu’alors depuis le côté qui me paraissait être le bon.

Il y avait quelque chose d’apaisant dans les lignes que présentait ce site.

Par ailleurs, ma soudaine audace m’a aussi permis de découvrir des paysages familiers sous un angle nouveau – mon atlas montre notamment que des lieux familiers, vus dans des perspectives inédites, se révèlent quasiment d’autres lieux. Ici, Pont-à-Vendin vue depuis la plage des Matériaux Enrobés du Nord (je dis plage parce que Mon Bolide s’est brièvement enlisé dans une étendue de sable détrempé, un peu plus loin).

Elle m’a aussi permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés si j’étais restée de mon côté habituel.

Et de faire des photos cartes postales du terril d’Estevelles

Pour finir, parce que c’est dimanche et pour me réconcilier avec Jésus après notre échange un peu vif relatif à sa serre de jardin sise à Cambrin, une bondieuserie d’Auby.

7 / 13

13 images de mon 7 août 2021.

Lever de soleil sur le canal d’Aire, aujourd’hui, après avoir visité les centres-villes d’Haisnes et d’Auchy-les-Mines. J’avais décidé d’emprunter la rive non aménagée du canal, qui est couverte d’ossements d’arbres (branches, copeaux et bûches) sur lesquels Mon Bolide dérapait au point que j’ai fini par le pousser ; quand nous avons atteint le pont de Violaines sans être tombés à l’eau, nous avons été très soulagés.

Ce qui ne nous a pas empêchés de nous jeter dans la première ornière de tracteur qui bifurquait du droit chemin de halage. Des champs, des champs, des champs. Leurs flaques et nids-de-poule, des bisous sous les roues, et les moutonnements étaient apaisants après le long tape-cul du canal.

Nous n’avons cessé, ce jour, de passer d’une rive à l’autre, empruntant divers ponts et passerelles. Ici, celle de Beuvry, depuis laquelle on voit un manoir minier typique – à droite, avec tourelle.

Nous sommes passés à proximité de cette maison fleurie (+ tourelles aux quatre angles) sise à Cuinchy,

puis devant celle que j’appelle la capitainerie, au moment où son propriétaire ouvrait ses volets – donc pas de photo d’elle en pied mais une vue depuis la rive d’en face, où nous sommes arrivés (pour mémoire, nous, ici = Mon Bolide et moi) au même moment que le Ghost-Sniper.

L’écluse de Cuinchy somnolait ; certains matins de semaine, les péniches y sont nombreuses, les bateliers se parlent d’un pont à l’autre comme s’ils se croisaient sur la place du marché. Il y a une bonne ambiance, en général, meilleure qu’à Douai, où l’écluse est plus grande et assez impersonnelle, genre péage autoroutier.

Aujourd’hui, Jésus m’a narguée à Cambrin, parce qu’il a exactement le genre de serre dont je rêve pour mon jardin, après des mois de navettes nocturnes pour acheminer les gastéropodes à distance de mes plantes et légumes. J’étais tellement subjuguée quand elle m’est apparue que je n’ai pas pensé à prendre de photo d’elle vue de côté donc voici une capture d’écran de Devinez-Quoi Maps :

J’adore ta cabane, allais-je dire à Jésus, mais vous pouvez constater sur la photo ci-dessous qu’il m’adresse un signe pour le moins cavalier, indigne du fils de qui vous savez.

Je lui aurais bien dit que le petit Jésus allait le punir mais j’ai toujours eu peur de ce genre de trucs, comme de composer mon propre numéro au téléphone : comme si ça risquait de me faire disparaître, exploser ou que sais-je. Et pourtant, quelques kilomètres plus loin, au Préolan…

Qui fait le malin tombe dans le ravin, comme disait la mémé de mon amie Sophie. Tout de même, il a beau avoir été malpoli, il me fait mal au coeur, dans son sapin. D’autant qu’il a l’air vraiment très sanguinolent.

La semaine dernière, j’ai rencontré un groupe d’oies près de la passerelle qui relie l’île de La Bassée-Douvrin à Salomé.

Je me suis arrêtée parce que l’une des oies a eu un comportement qui m’a évoqué Carrie. J’ai appelé d’une voix vibrante d’émotion, « Carrie ? » Ce qu’un joggeur matinal a surpris (il était 6h30), aussi ai-je filé sans m’attarder davantage. Ce matin, je suis revenue pour mener l’enquête. Mais non, aucune de ces oies n’était Carrie, aucune Ricah.

Revenez à Noyelles, mes choux, votre étang est sinistre sans vous, vos amis les oiseaux d’eau sont dispersés, perdus, muets. Vous nous manquez (nous = les canards, les poules d’eau, les foulques, le héron et moi).