NPR 48 pas pour vous

Hier soir, j’ai hésité. Je l’avais préparé avant de partir, cette fois, et j’ai parcouru 20 km à vélo avant de me décider pour le site qui allait l’accueillir. Voici trois photos d’essayages. Devinez lequel de ces cadres verdoyants l’a emporté.

C’est le troisième qui a conservé ce petit panonceau 100% biodégradable. C’est-à-dire, encore une fois, mon chemin fétiche – j’aurais préféré varier un peu mais il faut imaginer qu’en plus d’être des splendeurs, ces aubépines sentent merveilleusement bon (j’avais écrit divinement, hier soir, quand j’ai préparé ce billet, mais vous allez comprendre pourquoi je viens de changer d’adverbe dans un grand rire hystérique, cochant du même coup la case de ma rubrique Splendeurs et merveilles).

Les deux autres photos ont été prises sur le Bossu, le terril de Méricourt, que l’on voit ci-dessous.

J’ai pris toutes ces photos hier soir, peu avant le couvre-feu. Et ce matin, à mon habitude, j’étais l’une des premières usagères à fouler le chemin (exceptionnellement, de mes pneus), mais voici ce que j’ai trouvé.

Ce qui me met très mal à l’aise parce que je n’ai pas envie d’être associée à ce genre de croyance. Je ne veux pas que les autres usagers pensent que je pense le même genre de chose que les auteurs de ce commentaire. C’est une totale méprise : si je m’évertue à nier que l’homme soit au centre de l’univers, ce n’est certainement pas pour mettre à sa place une création de l’esprit humain. Comme Jenny Hval le dit dans Menneskekollektivet à des témoins de Jéhovah qui frappent à sa porte, « you are imposing your belief on someone else / You are admitting that you believe that your belief is worth more than whatever believes behind the door ».

Pour finir sur une note souriante et un nombre premier (je ne PEUX pas poster un billet comportant 6 images), ce tag que j’ai pris en photo à Londres, il y a trois ans.

Le monde entier un fantôme

Ce matin, quand j’ai ouvert les yeux et découvert que la ville était noyée dans le brouillard, j’ai renoncé à courir et sauté sur Mon Bolide avec mon appareil photo. Direction : l’eau. Il était 6h quand j’ai emprunté les berges du canal dit de Lens ou de la Souchez jusqu’à Courrières et la confluence avec la Deûle, que j’ai ensuite longée jusqu’à Pont-à-Vendin. Si le soleil s’est levé, je ne l’ai pas vu. Autant dire que je n’ai croisé aucun être humain tout au long de cette petite virée, mais des lapins, lièvres, grèbes huppés, canards, gallinules, foulques, hérons, cygnes, mouettes, loriots et une impressionnante colonie de pigeons installée sur le silo d’une coopérative agricole. J’ai pédalé en soufflant dans mes mains pour que mes ongles restent solidaires de mes doigts et cependant gribouillé dans ma tête les premiers brouillons d’un nouveau texte, que je vais (essayer d’) écrire avec une autrice dont je dévoilerai le nom s’il s’avère que nous parvenons à travailler ensemble – hier soir, au téléphone, elle m’a donné le top départ et je m’en réjouis tout autant que je crains de la décevoir.

Ici, nous sommes à Harnes.

Ici, à Courrières.

Ci-dessous, la confluence gorgée de brouillard. En image, ce n’est pas spectaculaire mais, sur place, l’impression d’un vide si vaste est au contraire assez vertigineuse.

Nous sommes maintenant au bord de la Deûle. Ci-dessous, les grues d’une entreprise de matériaux carvinoise dont le nom comporte ce mot que je trouve très beau : granulat.

La coopérative agricole de Carvin et une poignée de ses pigeons.

Un pylône old school dans les champs

Ici, je suis sous un pont qui s’appelle très officiellement le Pont Maudit d’Annay (oh la belle redondance !)

Des péniches d’Estevelles – l’une s’appelle Le Turbulent, une autre, Le Remuant.

Nous voici à Pont-à-Vendin.

Il m’a été très difficile de sélectionner ces photos – 17 sur 67, après une sélection intermédiaire de 29. Autrement dit, ne vous plaignez pas si vous trouvez qu’il y a en a trop. C’est déjà bien.

Des oisons

au parc de la Glissoire, en Avion (je ne vois pas pourquoi on se taperait un hiatus si certaine ville du sud y échappe avec à peine deux lettres en plus).

17 secondes de douceur – quoiqu’un peu secouées par le vent, désolée…

Des arbres qui grincent

Quelque chose grince, remarquait mon amie, l’autre jour, sur un sentier boueux en contrebas de mon chemin fétiche du moment – car non seulement nous avons des cavaliers mais bien souvent nous avons des sentiers parallèles, sauvages, en aval. Je ne me lasse pas d’entendre les vieux arbres grincer comme des portes de manoir hanté, ni de regarder leurs formes tortueuses pousser en tous sens, leurs branches mêlées de lianes bruissant d’oiseaux et d’écureuils, leurs troncs couverts de mousse et de lierre.

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Des plages

Une plage de Lens, révélée par la démolition d’un bâtiment, m’a rappelé la destruction de la barre Marcel Bertrand à Lille mais aussi des photos que j’avais prises à Mons-en-Barœul, à Haubourdin et à Brooklyn ; les voici, dans cet ordre, de haut en bas. C’est l’occasion d’alimenter la rubrique Splendeurs & Merveilles, à laquelle ma lubie des NPR nuit gravement.

Rectangles

La première chose qui m’a frappée, quand j’ai commencé à vivre avec des chats, c’est leur propension à se trouver des espaces délimités sur lesquels se lover ; je ne parle pas de coussins ou de flaques de lumière mais par exemple d’une enveloppe en papier kraft posée sur une table basse. Hier, j’ai découvert que je faisais un peu la même chose depuis que j’ai perdu DS Vénus et, avec elle, en quelque sorte perdu Joe une seconde fois puisque je n’ai plus personne désormais avec qui me le remémorer. D’abord, j’ai décidé de sauter sur mon vélo pour attraper un train qui partait 10′ plus tard et de descendre une quinzaine de kilomètres plus loin à vol d’oiseau.

J’avais en tête l’image de bocages que je tiens pour une espèce de paradis (ça ressemble à ça, l’été :

mais pendant la saison de chasse, les mêmes paysages deviennent l’antre de l’enfer pour mes amis) ; vu du ciel, ça se passe quelque part par là :

Je m’y suis donc rendue depuis la petite gare où je m’étais arrêtée, j’ai sillonné les champs sur des chemins tape-cul où pendant une heure je n’ai croisé aucun être humain mais seulement des chevaux, des ânes, des chèvres et des oiseaux. J’ai fini par me perdre, ce qui est toujours un peu mon objectif. Je m’étais promis qu’à un moment, je me trouverais un endroit tranquille pour danser sur une chanson de The Weather Station, sans doute Atlantic (Allez, ça te fera du bien, je me disais, car je ne suis pas du genre à me laisser glisser mollement dans l’affliction) mais, après avoir passé ce qui ressemblait franchement à un portail végétal,

j’ai débouché dans un rectangle, un beau rectangle vert dont même le chemin que j’empruntais ne gâchait pas l’uniformité,

(le même vu du ciel mais pas vert)

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et, plutôt que de danser, j’ai soudain eu envie de m’étendre par terre et d’attendre la fin du monde, ce sont des choses qui arrivent.

Finalement, j’ai préféré poursuivre mon chemin que de me livrer aux intempéries, aux rats des champs et aux roues de tracteurs, mais cette pulsion morbide m’a fait oublier de danser. Je n’ai rien fait du tout, que pédaler. Il n’en reste pas moins que j’ai eu envie de m’étendre sur un (certes très vaste) rectangle et, cependant, je me chantais les mêmes chansons que ces derniers jours (il arrive que je laisse en suspens le requiem et sa bande son expérimentale pour sortir de chez moi et, en mouvement, écouter au casque ces quelques morceaux comme je m’enfermerais dans un petit placard chaud), leurs lignes mélodiques dessinant autour de mon écorchure les quatre côtés d’un rectangle rassurant.

L’une dit

If we meet
And we drink from borrowed cups
You read the room to me
All the changing of the light is torture

et il y en a d’autres, bref (ce n’est pas genius.com ici), j’ai compris que je fabriquais des rectangles dans ma tête pour pouvoir me recroqueviller dessus comme le faisaient autrefois les chats de ma vie.

Le bateau-mouche

Nos plus vieilles amies étaient auprès de moi hier pour passer le cap de cette première semaine sans toi. Elles m’appellent le bateau-mouche. C’est mon nouveau surnom. Elles disent que c’est agréable de se reposer sur moi, comme de s’asseoir dans un bateau-mouche et de se laisser guider : selon notre nouveau rituel, je leur donne rendez-vous à un point précis, où il n’y a rien, juste un parking ; je leur envoie des coordonnées GPS et je les rejoins en train (ce faisant j’écoute les musiques de Mica Levi, Kaja Draksler et Venus ex Machina que j’ai choisies pour être en communion avec toi) et je leur fais découvrir des choses qui ne ressemblent à rien de ce qu’elles connaissent. Je leur fais escalader ou descendre des pentes plus ou moins favorables dans des sites dépourvus de tout aménagement pour les promeneurs. Elles n’ont peur de rien (juste un peu de certaines fumerolles particulièrement spectaculaires), c’est agréable d’être leur bateau-mouche.

Ces photos ont été prises sur quatre terrils d’Hénin-Beaumont. Nous avons découvert des installations un peu inquiétantes qui ne s’y trouvaient pas l’été dernier, ainsi que d’impressionnantes fumerolles sur un sommet que je croyais ne jamais pouvoir atteindre car des grilles en empêchent habituellement l’accès. On trouve à Hénin-Beaumont quelques-uns des terrils les plus fascinants que je connaisse (et je commence à en connaître un certain nombre).

ce monde est un peu moins le mien

Le soleil n’est qu’orgueil, nombrilisme et mépris. Il est obtus, il avance impassible, indifférent à ceux qu’il laisse derrière lui. J’aurais préféré qu’il pleuve, le jour où tu es allée fermer les yeux loin de mes bras, j’aurais préféré que ce soit le déluge et qu’il n’y ait rien à voir. Ce matin, les lapins fêtaient la fermeture de la chasse et, moi qui avais tant attendu de pouvoir le faire avec eux, j’en étais incapable à cause du vide que ton départ a laissé dans mon ventre. Chaque fois que je perds un être qui m’est essentiel, ce monde est un peu moins le mien, même quand il me sort le grand jeu comme il l’a fait tout à l’heure. Ma DS Vénus ne verra plus jamais la lumière du matin emplir notre maison. Ce monde est un peu moins le mien.

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Petit syllogisme de la catastrophe écologique

C’est les vacances à Noyelles-sous-Lens. Pendant deux jours, une météo estivale a transformé en parc d’attraction le terril 94 (poétiquement rebaptisé Arena Terril Trail depuis que des aménagements très tendance en rondins le défigurent). Alors que je passais à vélo sur la route qui longe son étang très apprécié des oiseaux d’eau, j’ai constaté que son parking était complet, ses escaliers et passerelles flambant neufs encombrés de nombreuses familles. Ce matin, j’ai assisté au lever du jour depuis le sommet du 94 avec un sentiment de gratitude qui s’est vite estompé quand j’ai remarqué de nombreuses taches claires sur le sol d’un noir ordinairement immaculé ; bientôt, j’ai compris qu’il s’agissait de détritus, par centaines, essentiellement des masques, des emballages alimentaires et des sacs plastique. Alors ma niaise gratitude s’est muée en une consternation suffocante : deux jours de soleil et le paysage devient une poubelle.

Et j’ai formulé ce petit syllogisme de la catastrophe écologique : L’espèce humaine met des enfants au monde, or elle fait de la planète une poubelle, donc l’espèce humaine met ses enfants à la poubelle. Elle les emmène sur le terril, leur montre ce qu’on fait d’un papier gras ; elle est contente parce qu’il fait un temps estival au mois de février. Quant à moi, qui ai le tort de faire attention à tout, je me demande comment je peux continuer à vivre au milieu d’individus qui ne font attention à rien. Comment ne pas céder à la rage et au désespoir ?

Avion by night

Ce soir, abdiquant toute prudence, j’ai gravi le terril du psychopathe (103-103A) pour contempler depuis son éminence le coucher du soleil. Les photos ci-dessous ont été prises avec un pauvre téléphone et n’ont pas été retouchées ; elles sont classées dans l’ordre chronologique – tout ceci n’a duré que quelques minutes. Les couleurs sont bien en-deçà du sorbet fou qui fondait sur le ciel.

Demain, nous parlerons donc un peu de Los Angeles.