retour au spot de lapins

Dimanche dernier, j’écoutais un album qui ne sortira pas tout de suite, par un groupe dont personne n’a encore entendu le nom – il comporte notamment un V comme Valentina – puis Polycrisis.Yes! de Jessica Sligter, et je cueillais plein de cerises au parc de la Glissoire (Avion) tandis que les lignes d’un roman à écrire s’assemblaient dans mon esprit et j’ai décidé de rentrer par le spot de lapins, qui m’a sauvé la vie pendant le premier confinement et où, depuis – ingrate – je ne mets plus très souvent les pieds. J’y suis retournée ce soir, sans musique parce que j’en ai trop écouté aujourd’hui – Valentina m’a donné son code pour télécharger des albums sur les différents labels du Café Oto, elle n’écoute pas de musique digitale et elle avait 44 points sur son abonnement (1 point = 1 album), autant dire que je suis encore plus folle que dans une épicerie vegan (j’emploie le présent parce que je me suis pour l’instant contentée d’en choisir onze, Viridian Ensemble, Sharon Gal, Claire Rousay, Ecka Mordecai, OLAibi, Phew, Audrey Chen & Kaffe Matthews, Cara Tolmie, Maggie Nicols, The Mermaid Café, Kajsa Lindgren, et je n’ai même pas fini de faire mon tri dans les catalogues de Tokuroku et d’Otoroku – même si je les avais déjà bien épluchés avant cette baguette magique offerte par mon amoureuse). Une fois au spot de lapins, j’ai mangé trop de cerises et de prunes. Dans les deux cas, l’offre était trop belle pour ma gourmandise naturelle. Les lapins faisaient une fête, je crois que je les ai dérangés. J’ai sélectionné 7 photos de ces deux promenades. D’abord, des Mal assis là, puis diverses choses – dont fruits et lapins.

le salon le plus court

– Votre table, c’est celle-ci, me dit le monsieur de la médiathèque : celle qui est vide.
Je regarde la grande table ; sur sa belle nappe rouge, il n’y a en effet qu’une assiette en carton pleine de bonbons et ma photo sur un présentoir – je pense vaguement que je serai redondante quand j’irai m’asseoir derrière.
– D’accord, je dis. Mais pourquoi est-elle vide ?
– Vous n’avez pas apporté vos livres ?
– Euh, non, d’habitude c’est la librairie associée qui s’en charge.
– Ah. Nous, ça nous semblait évident que vous alliez les apporter.
– L’idée ne m’aurait pas traversé l’esprit, je n’apporte jamais mes livres moi-même. Je n’ai pas de stock, de toute façon, je ne suis pas éditrice, ni libraire.
– Tous les autres auteurs ont apporté leurs livres.
Ce qui est indubitable et me laisse perplexe. J’ai failli annuler ma venue parce que je me sens surmenée mais j’ai pensé aux libraires qui (je n’en ai pas douté un instant) avaient pris la peine de commander mes livres et je me suis dit Allez, c’est ton dernier gros effort de l’année, sois correcte, sois professionnelle et attentionnée envers tes hôte.sse.s + les libraires. Et donc je suis là, bras ballants, et je regarde les auteurs qui ont apporté leurs livres. Je répète que ça ne m’est jamais arrivé puis je quitte le salon et je reprends la route sur mon vélo – qui aura été un très gentil vélo et n’aura pas crevé une seule fois en quelque 70 km, c’est déjà ça. Je ne prends pas de photos sur le chemin du retour parce qu’il pleuvine mais j’en ai pris à l’aller, en voici quelques-unes.

La nouvelle passerelle d’Harnes.

Les coulisses de la Z.I. d’Hénin-Dourges vues depuis le chemin de halage récemment rouvert, en face de la plateforme multimodale.

Nouveau ! Sur une passerelle branlante de Noyelles-Godault, on peut désormais mal s’asseoir pour contempler le bras mort du canal, long rectangle d’eau stagnante entre des hauts murs de béton, étrangement apprécié des hérons.

Cette passerelle sur le bras mort est sise à proximité de la coopérative agricole à l’abandon qui jouxte le pont ferroviaire entre les gares de Dourges et d’Hénin-Beaumont.

Dans le registre abandonné, cette maison de Courcelles-lès-Lens m’a semblé un peu mélancolique et ce n’est pas parce que je l’étais, je ne l’étais pas, on peut être surmenée mais joyeuse, et ce n’est pas parce que j’écoutais de la musique mélancolique : je n’ai pas écouté de musique du tout sur la route aujourd’hui, seulement le vent et les oiseaux d’eau, et je n’ai même pas chanté. J’ai eu la force de pédaler 70 km mais pas d’écouter de la musique. (En rentrant, cependant, j’ai écouté le nouvel album de Félicia Atkinson, il est magnifique et surprenant, je crois que c’est mon préféré d’elle.)

Il y a des années, peut-être dix ans, j’ai écrit un poème qui évoquait le château d’eau bilboquet bleu de Douai, que j’avais découvert depuis le train Lille-Arras. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’a pas changé ; il a quelque peu décliné – mais ça lui va très bien, je trouve.

Et à Sin-le-Noble, j’ai appris que l’art de rond-point pouvait encore me surprendre : une 2CV sortant d’une coquille d’œuf, il fallait y penser.

23

Le 23 juin c’est mon jour off, mon jour sans prison, sans atelier, sans salon du livre. Je m’offre une virée à vélo de 51 km, crève dès le huitième kilomètre, et une seconde fois au quarantième. Je ne lâche pas la patate. La deuxième fois, je suis sale, ma peau ruisselle de la boue et de la graisse de vélo mais je ne dis pas beaucoup de gros mots, je reste patiente, je répète les gestes qu’il faut, repère le trou dans la chambre à air à l’oreille (faute d’une bassine d’eau), pose la rustine, trouve le coupable, pourtant bien caché – vendredi dernier, une épine de je ne sais quel arbre a troué le pneu comme un clou et maintenant toutes sortes de débris tranchants se fichent dans cette minuscule fissure. Aujourd’hui, c’est lui ; si je l’avais découvert plus tôt, peut-être que je n’aurais pas dû démonter mon pneu deux fois. Il a fait au moins trente-trois kilomètres avec moi, il a vu Pont-à-Vendin, Vendin-le-Vieil, Wingles, Douvrin, Haisnes, Auchy, Violaines, Cuinchy, La Bassée, Salomé, Hantay, Billy-Berclau, Bauvin, Meurchin et beaucoup de Splendeurs & Merveilles. S’il lui a fallu du temps pour crever la première chambre à air, il a peut-être même vu Loison, Harnes et Annay (Jock-a-mo fee na nay). 17 villes et villages, le 23 juin. En voici 11 photos.

C’est malgré tout une promenade formidable. Je me fais des copains humains, ce qui est très rare, d’habitude ce sont plutôt des oiseaux d’eau. Je me perds dans le Flot de Wingles et rencontre un monsieur fluorescent sur la piste de motocross interdite au public, nous trouvons une sortie (schiste, pentes, bosses, marais, bois), et comme nous discutons un peu, je lui pose ma question rituelle : Il y a des sangliers, par ici ? Il n’en a jamais vu, me dit-il, or il vient depuis trente ans. Mais plus loin, je vois une souille. C’est une souille, je suis catégorique, une flaque de boue un peu séchée de sorte que l’on peut y distinguer très nettement des traces de sabots, moi j’appelle ça une souille. Je ne prends pas de photo parce que je n’ai pas la bravoure de m’attarder mais maintenant je le regrette parce que j’aimerais avoir une photo à étudier longuement. Il ne faut pas croire que je prends des photos uniquement pour illustrer ce blog, je passe du temps à les observer, je m’en sers pour reconstituer ma mémoire, questionner mes impressions, approfondir mon analyse des topographies. Vérifier les souilles. Le deuxième monsieur a une moustache brosse et une cagette ficelée au porte-bagage de son vélo ; c’est moi qui lui indique sa route et lui montre comment passer une chicane en dansant avec le vélo dressé sur la roue arrière, entre deux crevaisons. Je me fais aussi trois potes à Meurchin, pendant ma pause rustine au bord du canal. Je vois bien vu que les ASVP, qui passent à ce moment-là, sont frustrés de ne pas pouvoir se joindre à la fête. Entre deux, je vois ceci : un jalon vert connu comme la Fernsehturm sur un cavalier de 4 km.

Des gens vivent dans l’ancienne gare de Douvrin, sise (c’est logique) au bord du cavalier. Je ne suis pas jalouse parce qu’il n’y a plus de trains qui passent de toute façon mais sans doute des fêtes sauvages certains soirs avec des gens qui brisent des Kro menu sur le cavalier parce que c’est amusant – cette semaine, j’ai rencontré un détenu auteur de ce que j’appelle dans Terrils tout partout des terrils Délivrance ; je le sais parce qu’il a lu Terrils tout partout et que ça lui a rappelé « les conneries qu’il faisait avec ses copains » sur les terrils du Valenciennois, comme mettre le feu à des choses et s’enfuir en riant.

D’autres choses que j’ai vues


Cependant, au-dessus de la coopérative agricole et de la passerelle en bois qui s’effrite, le monde moderne se rappelle à nous – les foulques macroules et moi.

/ 3 : Munificence & Pompe (4)

Comme celles de Munificence & Pompe (1), (2) et (3), les photos ci-dessous vous sont offertes par Valentina ; cette fois, elles ont été prises à Barcelone – les deux premières en ma présence, en marge du festival Primavera, et la dernière en mon absence, cette semaine, à l’occasion du festival Sónar. Notez qu’à Londres et Paris, ma bien-aimée ne rencontre que des paires de baskets tandis qu’ici, nous avons affaire à une plus grande diversité de styles. Moi, je tombe le plus souvent sur des chaussures ajourées, comme on l’a vu ici et comme on le verra bientôt / 3 puisque je prépare moi aussi un Munificence & Pompe – hier, à Liévin, j’ai croisé de magnifiques sandalettes à clous. Mais je ne suis pas venue voler la vedette à ma charmeuse de chaussures, voici sa dernière moisson :

Vroum

Après avoir choisi la personne qui sait comment faire aller le pays, nous devons aujourd’hui voter pour les gens à même d’assurer notre épanouissement au sein de la circonscription. Aucun.e de ces messieurs-dames hélas n’aborde sinon de très loin et très mollement les questions qui me semblent cruciales dans la vie de la circonscription n°3 du Pas-de-Calais + dans la Nation connue sous les couleurs bleu-blanc-rouge + au-delà de Vive la République Vive la France. Ces gens me rappellent un peu les enfants qui font des bruits entre les lèvres et tournent un volant invisible entre leurs mains pour faire semblant qu’ils conduisent une voiture. Vroum, disent les gens qui pensent savoir comment nous épanouir. Gens est un mot masculin et féminin à la fois ; on peut dire les gentilles gens qui veulent notre bonheur. Mais on ne peut pas dire les douces individues parce que individu est un substantif masculin, tout comme membre, qui par ailleurs ne figure pas dans mon top 100 personnel des plus beaux mots de la langue française, pourtant je lis de plus en plus souvent, y compris dans des textes littéraires, une individue, une membre ; les seuls mots que je pouvais encore qualifier sans ajouter « .e » vont devenir de nouveaux défis lancés à la pureté de mon féminisme, or je dois avouer que ça me fatigue un peu, alors je propose quelque chose : Eh, les copines, on ne leur laisserait pas deux ou trois mots ? (je veux dire, aux garçons). Caca, par exemple, ça vous ennuie si ça reste masculin ? Je sais que c’est la nature et que ce n’est pas sale, je dirais même que ça contribue pleinement au bonheur et au sentiment de liberté que l’on peut éprouver au sein de son corps, de sa circonscription, etc. mais il faut savoir partager. Aussi, ce matin, je vote pour que caca reste au masculin. Allez, vroum : A voté.

/ 3 : cercle et triangle

Aujourd’hui, j’ai eu une mauvaise et une bonne nouvelles. La mauvaise nouvelle est éditoriale. La bonne, c’est que j’ai la plus merveilleuse petite amie au monde : celle qui prend le temps de m’appeler avant de monter sur scène pour me dire que tout ira bien, qui trouve les mots pour me faire rire quand je pourrais pleurer, qui me montre que tout est possible quand je pourrais céder au découragement, qui m’ouvre de nouvelles perspectives, qui dit nous plutôt que de me laisser seule face à mes questionnements. Sa voix a redéployé autour de moi tout ce qui dans ma vie d’autrice n’est pas ce refus inattendu, ses mots m’ont rappelé les belles choses qui s’annoncent et qu’un instant, ce refus a failli m’occulter. J’ai de la chance. Je préfère un milliard de fois ma bonne nouvelle du jour à ce qu’aurait été la mauvaise si elle avait été bonne. Je crois à ce que la mauvaise nouvelle me dit tout autant qu’aux promesses de la bonne nouvelle : il y a une place pour moi, qu’il m’appartient de définir ; essayer de faire entrer mon cercle dans un triangle ne m’apporterait pas grand chose. Tout va très bien dans l’arrière-monde.

4 ans + tard

Ces deux derniers jours, Valentina répétait à Paris avec Yasmine, Leisha et Sébastien, avant leur prestation à Barcelone, cette fois au festival Sónar. Lundi soir, elle est venue dormir à Lens mais hier c’est moi qui allais la rejoindre à Paris. J’étais d’humeur moyenne : je déteste Paris mais quand il fait 35° ça devient carrément insupportable. Par chance, il faisait quasiment froid, au Moulin Rouge – c’est là que ça se passait, il y a une salle de répétition au sous-sol, qui ressemble à ça

La répétition était très belle, intense ; j’ai découvert de nombreux inédits, un peu pleuré pendant un morceau et dansé sur mon pouf le reste du temps. Je n’ai pas trouvé le bon moment, tout au long de la soirée qui a suivi, pour parler à Yasmine de sa musique, ni pour la remercier – puisque c’est avec elle que ma merveilleuse amoureuse jouait sur scène le jour de notre première rencontre, il y a quatre ans, à Cambridge. Une autre fois, sans faute. En attendant, j’ai passé de très chouettes moments avec ces artistes aussi adorables que talentueux.ses. Ici, avec la fraction féminine du groupe – Sébastien nous ayant faussé compagnie à l’heure de l’apéro.

Ce n’est pas fini

Nous avons fait connaissance ici, tout à l’heure, avec le monstre de la Souchez. Je ne l’ai pas seulement filmé, j’ai pris des photos, qui s’avèrent aussi édifiantes que les vidéos. Notamment celle-ci, parce qu’on voit bien qu’il s’agit d’un long individu sinueux avec des écailles + non pas un aileron comme je l’ai d’abord cru (et décrit à la dame au sweat-shirt rose) mais plutôt une nageoire caudale. Je précise que la longueur totale de la chose, pour autant que j’aie pu en juger, est de deux ou trois mètres. Ce billet sera classé dans la rubrique Splendeurs & Merveilles ; où Merveille, « Événement ou chose qui cause un vif étonnement par son caractère étrange et extraordinaire » (CNRTL). Les splendeurs suivent.

Avant de rencontrer le monstre, à la faveur d’un pipi nature en marge du chemin de halage – près du chemin du Brûle, à Harnes, si vous voulez tout savoir -, j’ai vu un faucon.

Je lui ai demandé de faire le faucon pour moi, il a soupiré puis

C’est assez faucon pour Madame ? il m’a demandé. Ensuite, j’ai croisé quelques dizaines de lapins et lapereaux.

Il y avait des opérations en cours sur la plateforme multimodale, la grue de Delta 3 déchargeait Carina.

Face à la scène, une famille de canards indifférente.

Il faut vraiment que je sois amoureuse pour aller retrouver Valentina à Paris alors que c’est autour de chez moi que tout se passe.

Le monstre de la Souchez

Vu ce matin à Courrières. Je l’ai signalé à une dame en sweat rose qui promenait son chien. Je ne savais pas quoi faire d’autre. Désolée si vous faites des cauchemars par ma faute, je ne pouvais tout de même pas garder ça pour moi.

tac-tachy

Mes amies m’envoient des mails, des sms, des photos, des cœurs, des bisous depuis le Marché de la poésie. J’aimerais être avec elles bien sûr mais pas telle que je suis : sans le sable dans la tête et les yeux qui veulent sortir, sans la tachycardie, les lames de rasoir sous la peau et les faiblesses dans les jambes. Ce matin, j’ai cependant obéi aux injonctions de ces dernières, après une nuit d’impatiences dans tous les creux du corps, assez puissantes pour mettre en échec la mélatonine surdosée que mon amoureuse m’a rapportée de Californie et qui fait normalement la félicité des insomniaques (j’ai tout juste dormi le temps de rêver que mon Joe Chat bien-aimé, disparu en janvier 2017, ressuscitait dans une cour d’école et que je le serrais très fort dans mes bras et couvrais sa petite tête noire et blanche de baisers malgré une teigne si féroce qu’elle lui causait une énorme pelade). Après cette seconde nuit atroce où je me serais arraché la peau avec les ongles (sans doute est-ce la sensation qui a suggéré l’image de la pelade à mon inconscient), j’ai décidé de faire ce que je rêvais de faire quand je me trouvais dans le TER Lille-Lens, avant-hier, au retour de Barcelone. Je connaissais un segment du premier chemin que j’ai souhaité emprunter ce matin mais la plus grande partie en était condamnée jusqu’à très récemment ; on peut désormais gagner Dourges depuis Courrières par la rive ouest, où de longs travaux ont enfin abouti.

Il reste bien une grille d’interdiction, mais on peut la contourner en faisant un mini crochet par la zone industrielle.

Avant les travaux, on ne pouvait longer la rive ouest qu’à partir de cette brèche extrêmement confidentielle dans la Z.I., qu’il m’avait fallu un certain temps pour trouver après avoir, à mon habitude, exploré l’arrière-monde, ses bandes de pelouse sans issue, ses blocs de béton fibré, ses entrepôts vibrants comme d’énormes frigos.

C’est à la fois frustrant de ne pas passer sous la grue de déchargement de la plateforme multimodale et exaltant de la voir depuis l’autre côté. C’est tout de même beaucoup moins lapineux à l’ouest. Mais on peut cueillir plein de cerises. Il faut faire des choix.

Le chemin que je rêvais d’emprunter à vélo, quand j’étais dans le TER jeudi soir, est perpendiculaire à celui-ci – celui-ci étant l’ourlet de la voie ferrée sur laquelle je glissais alors.

J’ai donc fait ça, et je n’ai pas pris de photos parce que je me suis soudain trouvée au milieu d’un décor dont n’importe quel être un tant soit peu initié aux richesses de la nature se serait attendu à voir surgir un suidé. J’avais déjà roulé une vingtaine de kilomètres, le covid voulait me faire payer un péage pour me laisser aborder les 25 suivants et la perspective de sangliers s’est jointe à lui pour m’offrir une double tachycardie. Mais finalement, je me suis retrouvée au pied du terril d’Évin-Malmaison sans avoir essuyé de charge. On n’est jamais venue ici, je me suis dit – je me parle souvent au on quand je suis en exploration. Tu es sûre ? je me suis demandé (parfois le tu s’en mêle) car soudain, une topographie m’est apparue comme familière : Ce n’est pas ici qu’on a traité un chasseur de gros tas de merde, l’hiver dernier ? j’ai ajouté.

Ah, tu as peut-être raison, j’ai répondu, ce bayou me dit quelque chose. (J’en reviens parfois au je, en toute simplicité). Si un sanglier avait déboulé, je n’aurais pas osé sauter dans ce marais parce que soudain, il me semblait très vraisemblable que des alligators y vivaient – même si je n’ai vu que des poules d’eau.

Après ces 45 km finis à la rame, j’ai réussi à dormir deux heures, dehors le soleil était quasi espagnol et à Paris mes amies faisaient des selfies en laissant la place pour que je puisse coller ma tête à côté des leurs. <3<3<3