Moulins miniers

Quand j’ai quitté Lille et plus particulièrement le quartier dans lequel j’ai vécu la plus grande partie des 27 années que j’y ai passées (rue Armand Carrel, rue Arago, rue de Bapaume, rue de Condé, rue Abélard et, les 7 dernières années, place Vanhoenacker), à savoir le quartier de Moulins, je ne me doutais pas que j’allais m’installer dans une contrée si riche en moulins. Certes, j’en avais déjà recensé un certain nombre dans la métropole lilloise, mais rien à voir, proportionnellement, avec ce que je découvre ici chaque jour : presque autant de moulins que de chalets miniers (il faudrait ajouter les puits ornementaux, également plus répandus que sur mon ancien territoire, où pourtant ils ne manquaient pas). Vous pouvez admirer une sélection de puits et moulins de la métropole lilloise dans la rubrique « Assimilés » de l’article L’appel de la montagne : Chalets du Nord, référence internationalement reconnue en la matière. Mais venons-en au bassin minier. Voici une sélection que je complèterai au fil du temps, augmentant cette première édition chaque fois que j’atteindrai un nombre premier supérieur de moulins miniers – je vous signalerai son évolution toutes les trois mises à jour. Nous commençons aujourd’hui avec 17 moulins en 13 photos. (Je précise que les moulins en annexe font l’objet d’un comptage distinct ; à ce jour, ils sont cinq.) Autant vous prévenir, les photos sont de piètre qualité car prises dès potron-minet + à la dérobée car, même au lever du soleil, on est vite maudit pour avoir voulu figer l’image d’un divin moulin.

Commençons, de même que nous terminerons, à Beuvry.

Poursuivons à Nœux-les-Mines, où l’on voit déjà que je n’ai pas menti au sujet des puits ornementaux (puits miniers, voyez-vous, ne conviendrait pas – ce serait carrément redondant). Vous voyez le petit chat rond à gauche ? Le pauvre chou est attaché par une laisse, je le constate chaque fois que je passe par là ; j’ai juré que je le tirerais de cette prison.

Parmi d’autres éléments dont j’ai relevé la récurrence dans la métropole lilloise, il y avait le phare ; on en trouve quelques-uns aussi dans le bassin minier, rarement isolés ; à Pont-à-Vendin, moulin et phare sont en binôme comme le sont ailleurs moulin et puits.

Les moulins sont rarement seuls ; bien souvent, ils prennent place dans un panorama riche en détails que l’on pourrait savourer longuement comme au musée, assis.e sur un banc. Dans ce jardin de Liévin, vous noterez le toit d’un petit puits (je précise petit car il y en a un grand à l’avant de la maison), quatre chalets pour oiseaux et un avion.

Ici, à Lens, le moulin fleurit autant dans les cités pavillonnaires

que dans les jardins des camus bas

Les jumeaux qui suivent sont des moulins maison, je peux en témoigner pour avoir vu l’habitant de cette maison en assurer la maintenance. Notez que le camus ci-dessus et celui ci-dessous sont voisins ; on observe la même règle que pour les Chalets du Nord, à savoir une forme de mimétisme, si puissant que bien souvent un puits, un chalet ou un moulin en annoncent plusieurs autres dans un périmètre étroit.

Une preuve supplémentaire ? Nous voici à Grenay : ces deux maisons mitoyennes où le plâtre et le caillou l’emportent assurément sur le végétal possèdent chacune leur moulin,

et il ne faut parcourir qu’une centaine de mètres pour en trouver un autre encore.

Parfois, l’amour du moulin est tel qu’on ne peut se contenter d’un seul. C’est le cas, comme on l’a vu à l’instant, devant un camus bas lensois, mais également dans ce jardin d’Aix-Noulette.

Pas moins de trois moulins, dont deux bas-reliefs, ornent cette entrée de garage à Rouvroy – en plus du Hardy en voiture hippomobile, des anges flûtistes perchés sur sphères, du cheval cabré, du héron, du lion, du nain, de la dame dépoitraillée qui porte une corbeille de fruits (a priori des pommes) sur la tête, etc.

Je tiens à ce que ce moulin de Bully-les-Mines (+ puits + vieux jardinier fumant la pipe + chien + mère caressant les cheveux bouclés de son enfant, etc.) ferme cette galerie, pour deux raisons. 1. la propriétaire de ce moulin et moi-même nous sommes fait peur, vers 6h15 ce matin, moi en prenant des photos (la dame a entendu le déclencheur depuis l’intérieur de la maison ; sans doute souffre-t-elle, comme moi, d’hyperacousie) et elle en criant « Je te vois ! » Je l’ai rassurée, lui ai dit que je n’avais aucune intention de voler quoi que ce soit dans son jardin mais seulement d’ajouter son moulin à ma collection ; elle s’est alors radoucie et m’a vouvoyée pour s’excuser qu’il manquait une aile à son cher artefact.

2. J’avais repéré en vue immersive ce rond-point fascinant dont toutes les maisons qui le bordent disposaient de leur moulin mais ce n’est plus le cas : les autres ont déménagé, m’apprend la dame à sa fenêtre. Dans la première annexe, ci-après, je leur rends hommage avant que la vue immersive ne soit mise à jour et que ces moulins ne disparaissent pour toujours.

Annexes

  1. fantômes de moulins

en voici un premier (+ puits)

un deuxième (+ puits + brouette + chariot) et on aperçoit dans le jardin mitoyen

deux autres spécimens (+ puits)

Il s’agissait donc d’un rond-point encerclé de 5 puits, rien moins, hélas je suis arrivée trop tard pour le connaître : tout fout le camp.

2. moulin à paroles

de Alan and Marilyn Bergman, en version américaine : The Windmills of your Mind – titre qui aurait convenu à cet article de fond puisque le moulin est ici un fantasme très répandu.

Round, like a circle in a spiral
Like a wheel within a wheel
Never ending or beginning
On an ever spinning reel
, etc.

3. authentique moulin minier (grandeur moulin, veux-je dire)

et retour à Beuvry, pour boucler cette boucle en un tour d’ailes

Des fruits rouges

Comme j’étais trop fatiguée pour courir, ce matin, j’ai décidé de faire 51 km de vélo et, au passage, de tester l’EuroVélo 5, d’Angres à la forêt d’Olhain (soit 15,4 km de champs et de bois). Voici 13 photos de ma promenade.

Sur l’EV5, les seules personnes que j’aie rencontrées (sans doute en raison de l’heure matinale – départ à 5h30) étaient des lièvres, lapins, chevreuils, faisans et loriots, ainsi qu’une impressionnante nuée de mouettes et corbeaux mélangés près de Fresnicourt-le-Dolmen.

J’aurais aussi bien pu rencontrer des sangliers. Assurément, il y en a dans les parages, ce dont atteste ce panneau de bienvenue à Marqueffles, pour celle qui en douterait encore (l’été dernier, dans la forêt de Vimy, j’ai donné quelques instructions à ma fiancée en cas de sanglier – car il est bien entendu que je maîtrise parfaitement le sujet – or plutôt que de m’en savoir gré, elle a prétendu que je lui faisais peur et que je gâchais sa promenade ; finalement, le tire-tiques nous a certes été plus utile mais on ne sait jamais).

Et à Bouvigny-Boyeffles, il y a aussi des loups, apparemment.

La vue est tantôt bucolique

tantôt minière avec cette skyline si spécifique (Haillicourt, ses jumeaux, ses vignes, etc.)

jusqu’à l’irruption d’un monumental élément de modernité : l’émetteur de B-B (Bouvigny-Boyeffles, essayez de suivre un peu) et son mât haut de 307 mètres (presque autant que la tour Eiffel, avec moins de chichis – mais la tour Eiffel, nous y viendrons un peu plus tard).

Et si on tourne la tête, on peut contempler Nœux-les-Mines, ses nombreux terrils et son beau château d’eau.

Je n’ai pas pris de photos à Olhain : épuisée par les nombreuses côtes que je venais de gravir et me trouvant dans une descente qui traverse toute la forêt, j’ai juste laissé Mon Bolide dévaler celle-ci sans bouger un muscle, j’étais comme un cow-boy troué sur un cheval fou. J’avais aussi très faim, or j’avais renoncé à emporter une part de mon gâteau vegan aux fruits rouges maison parce que je ne voulais pas, en cas d’accident, qu’on se moque de moi. Bien sûr, si quelqu’un l’avait préparé pour moi, ç’aurait été différent (d’ailleurs le gâteau m’aurait protégée) mais en cas d’accident fatal, je n’aurais pas pu expliquer pourquoi je m’étais pâtissé à moi-même cette sucrerie et on m’aurait trouvée pathétique (si vous tenez à le savoir, je l’avais fait pour la raison très simple que je devais écouler des fruits rouges surgelés périmés depuis trois mois et ça, peut-être bien que ça m’aurait porté malchance, or je veux vivre très vieille pour pouvoir protéger ma fiancée des sangliers). Bref, je n’ai pas pris de photos dans la forêt. Ensuite, je suis rentrée par toute une enfilade de petites communes très sympathiques.

Au passage, j’ai trouvé où JC a été muté (il est toujours à la circulation, c’est vraiment son truc) : il est en poste à Barlin (Barlin Est, comme disait une amie membre de Toysession à l’époque où elle était domiciliée dans cette charmante petite ville).

On ne trouve pas que JC à Barlin Est mais aussi JP : un Polonais du Vatican dans un temple grec, au pied d’une église en briques bien d’ici.

On apprécie les mélanges, dans le coin, comme en témoigne également le Eiffel Tower (nous y voici), un diner de la Route 66 – pourquoi se priver quand on a deux passions, après tout ? Dedans, c’est du 100% américain, Elvis himself vous accueille en grandeur nature.

Si vous n’êtes pas d’ici, vous devez découvrir l’incontournable piste de ski de Nœux-les-Mines, sur le terril 42. La voici :

Un infime détail de l’art de Robert Lemaire, rue Nationale à Sains-en-Gohelle (pour un inventaire de son travail cliquer ici). Cette vue me permet d’ajouter un mickey du bassin minier à mon récent recensement.

/3 : <3 (1)

L’une vibre et l’autre frétille, toutes deux se cabrent de joie parce qu’ensemble, elles sont libres et sauvages, le vent dans la crinière. Il n’y aura pas de happy end pour ces chevales parce qu’il n’y aura pas de fin, jamais, juste un infini chemin heureux.

Les chevales ci-dessus pourraient figurer dans le catalogue Imagin’Hair – elles en seraient sans doute les fleurons.

(photos prises à Annay-sous-Lens, Lens et Loison-sous-Lens – oui, il y a beaucoup de villes-sous-Lens parce que Lens c’est grand et ça rayonne sévère)

NPR 73A et 73 des synapses pétillants

L’idée de ce NPR m’est venue avant-hier soir : je venais d’apprendre que je passerais le week-end au paradis et je me demandais quelle musique écouter. Tout en moi faisait des claquettes mais quand j’ai passé en revue les derniers albums que j’ai découverts, j’ai sautillé des fesses sur ma chaise en voyant la joyeuse pochette de cet album du duo LEYA – soit Marilu Donovan à la harpe et au chant et Adam Markiewicz au violon. J’avais trouvé le disque très beau à la première écoute mais sans pouvoir aller jusqu’au bout parce que j’avais l’impression que j’allais mourir de tristesse. Et c’était il y a quelques jours à peine – what a difference a day makes! Aujourd’hui, je peux apprécier pleinement cette musique pas si flingante, en définitive, et la pochette pourrait être de Nan Goldin, j’adore.

J’avais une idée de phrase pour le NPR, il me restait à trouver le lieu adéquat où l’accrocher. J’ai pensé à une fresque de Sallaumines, ce qui donnerait ceci – tiens oui, commençons à l’envers avec le

NPR 73A des disques tristes

Mais hier, avant d’avoir pu me rendre à Sallaumines, j’ai pédalé jusqu’à Carvin pour y recevoir ma première injection dite chronodose, chantant en chemin des chansons pas du tout tristes puisque personne ne pouvait m’entendre dans le vent furieux le masque et les champs comme ça

et une fois parvenue au centre de vaccination, à peine ai-je attaché Mon Bolide à un poteau que j’ai découvert ceci

et j’y ai punaisé ce NPR avec anacoluthe

Notez que les supports de ces 73A et 73 présentent deux formes très différentes d’art municipal, ce qui vaut à ce billet d’être également référencé dans la rubrique Kitsch & Lutte des Classes (le décor du 73 n’a rien à envier au petit c de L’art : collectivités du Nord).

Quelques Mickeys du bassin minier

J’ai déjà rendu, dans un reportage visible ici, un hommage sincère à cette forme d’art brut qu’est le Mickey maison. Non, je n’ai toujours pas fini ma thèse : j’ai encore tant de merveilles à découvrir, d’autant que mon champ d’investigation s’étend désormais au bassin minier et non plus à la seule métropole lilloise. En attendant la somme que je dois à mon sujet, voici quelques spécimens d’ici. Je précise, pour ceux qui nous rejoignent, que j’appelle Mickey maison tout personnage de BD ou dessin animé peint de mémoire et d’une main aimante par un(e) maître(sse) de maison au tempérament audacieux, entreprenant et généreux. J’ai beaucoup de tendresse pour ces fresques régressives.

Je vous emmène d’abord à Loos-en-Gohelle, où bat son plein ce que j’appelle une fiesta, mur qui réunit des personnages issus de divers univers.

On en trouve une aussi Pont-à-Vendin, quoique la mixité y soit moindre et quelque peu contrariée par le logo Disney.

Notez que Bart Simpson n’est pas une telle rareté sur les murs de notre belle région, comme en témoigne cette image (hélas en noir et blanc) prise il y a quelques années dans la métropole lilloise (d’où le noir et blanc) :

Sautons par-dessus la Deûle pour nous rendre à Vendin-le-Vieil, où l’on peut contempler depuis le pont ferroviaire cette mini fiesta défraîchie (en zoomant au maximum, ça donne ce petit flou que vous voudrez bien excuser) :

Retour à Pont-à-Vendin, où l’on trouve cette émouvante camionnette :

Avion, décidément ville aux trésors, possède le seul garage à ma connaissance qui soit consacré à Lucky Luke (quoique sans Lucky Luke himself),

ce qui mérite assurément un détail :

Vous aurez noté la proximité récurrente des Mickeys du Pas-de-Calais avec une statuaire semblable à celle que je louais dans L’art : collections privées du Nord – soit une enquête que je renonce à mener ici, tant il y aurait à faire : ce n’est pas pour rien qu’une annexe du Louvre est échue à Lens car notre agglomération est une ville d’art, notre agglomération aime l’art, sous toutes ses formes (moi-même, n’y participé-je pas modestement avec mes nouveaux processus réversibles, qui relèvent de l’arte molto povera ?)

NPR 36 de la petite sirène

Oui, c’est bien elle. La petite sirène vit à Sallaumines – mais je n’en dis pas plus.

Pour la netteté, je ne repasserai pas. Tout simplement parce que je n’ai pas laissé le NPR devant cette maison, pour éviter tout malentendu et qu’un couple ne se déchire à cause de suspicions d’adultère. J’avais prévu mon coup et conçu un système d’attache de type porte-serviette à suspendre mais pour NPR (j’étais passée hier pour estimer l’épaisseur du muret en béton), de manière à pouvoir le repositionner vite et sans rien abîmer.

Pas plus net dans cette lumière de 6h37 am, un voisin de la petite sirène : un cygne sans tête que je regarde toujours avec tendresse. Ce jardin nous donne une belle leçon : quand on aime quelqu’un, on l’aime même sans tête.

Mais revenons à notre NPR 36. Comme il était repositionnable, je l’ai finalement laissé à la piscine municipale d’Avion.

Le soleil se levait, faisant écho à l’éclairage public. Très harmonieux. Depuis des semaines, des mois, j’assiste tous les matins à l’extinction des lampadaires, je ne m’en lasse pas.

Noël profane et Noël sacré

Sur le fil qui sépare Loison-sous-Lens de Vendin-le-Vieil. Pour ceux qui suivent un peu, ce billet fait écho au torride Amour profane et amour sacré du 21 octobre à Noyelles-sous-Lens. Ici, nous avons affaire à un(e) artiste qui a pris le temps de concevoir la crèche, ainsi que le traîneau, les rennes et (original !) le petit train du père Noël, de rassembler des matériaux de récupération, caisses, planches, palettes, etc. pour leur fabrication, avant de découper, assembler, peindre et mettre en scène tout ce petit monde. Vous ne verrez rien la nuit car l’installation n’est pas nucléaire friendly, certes, mais je me permets d’attribuer mon prix d’honneur 2020 à cette maison minière de Noël.

 

Comme dans les livres d’art, un détail :

I <3 nucléaire

Jésus ne réclame pas que le sacrifice d’oiseaux et de sapins pour son anniversaire, il lui faut aussi de la lumière, beaucoup de lumière. Tant de lumière que l’appareil photo de mon téléphone en bave, c’est pourquoi je ne vous infligerai pas un reportage exhaustif sur Joyeux Noël dans le bassin minier mais une modeste sélection de généreuses mises en place.

Rappelons d’abord que le Joyeux Noël est historiquement une institution de l’hétérocratie : papa bonhomme de neige, maman bonne femme de neige et bébé de neige vous font coucou.

(Coucou ! Coucou ! Coucou !)

Ci-dessous, un astucieux recyclage du patrimoine minier : le chariot de cet effrayant père Noël n’est autre qu’une berline (dans le bassin minier, les berlines servent bien souvent de bacs à fleurs dans les jardins privés et publics ; chez les voisins de la jeune athlète, ci-dessous, la berline trouve son usage en toute saison).

L’angle que j’ai choisi pour la prise de vue suivante ne vous permet pas d’apprécier à sa juste valeur la profusion du dispositif – surtout si l’on considère l’exiguïté de l’espace d’exposition – mais on y aperçoit ce que je pense être une nouveauté de ce Noël 2020, très répandue par ici : la projection de dessins sur pignon (des flocons et pères Noël mais aussi parfois des Mickeys, car pourquoi ne pas additionner les motifs de pure joie ?) qui tournent, sans pour autant être animés, comme dans un kaléidoscope.

Demain, pour le jour J, mon grand gagnant du plus beau jardin de Noël 2020, à la fois écolo, religieux et artistique. Restez branchés !

Reconversion

J’aime décidément recenser : les créatrices sonores de par le monde, bien sûr, mais aussi les Chalets du Nord. J’ai enfin eu l’idée de les inscrire sur un plan, lorsque j’ai entamé un nouveau manuscrit qui est une espèce d’atlas à ma manière, avec des critères dont l’universalité, quoique indéniable, n’est pas forcément reconnue. Je me sers donc des outils mis à notre disposition par le world wide web pour signaler par une étoile toutes les boîtes aux lettres en forme de chalet que je croise et celles que je me rappelle avoir croisées. Il en manque forcément un certain nombre, ma mémoire n’étant pas infaillible, mais désormais je promets d’être vigilante et de reporter sans tarder mes ‘prises’ du jour. Un aperçu en tout petit – trop petit hélas pour pouvoir vérifier cette loi (que l’on devrait appeler Loi de Chiarello, soit dit sans vanité, car je doute que quiconque l’ait énoncée avant moi) selon laquelle le Chalet appelle le Chalet car, à cette échelle, les étoiles se superposent dans les rues où l’émulation est particulièrement forte.

J’ai développé un instinct pour les Chalets. Exemple : tout à l’heure, alors que je plaçais ma dernière trouvaille dans une rue de Sallaumines, je me suis dit Tiens, je serais surprise qu’il n’y ait pas de Chalet du Nord dans ce petit quartier de Loison où il a l’air de faire bon vivre. Je m’y suis promenée en vue immersive et il ne m’a pas fallu trente secondes pour que PAF

Je ne vais pas jouer la fausse modestie, je suis assez fière de ce talent dont je m’avance à supputer qu’il ne doit pas courir les rues. Alors j’ai décidé de l’exploiter. Je ne vais pas me lancer dans la commercialisation de faux mages bio en circuit court comme je l’avais envisagé depuis l’acquisition de Désiré (mon mixeur) mais plutôt dans le démarchage. Je serais bien incapable de construire des Chalets du Nord, même aussi simples que celui-ci, mais si je pouvais m’associer avec un(e) menuisier(e), je me chargerais de proposer les services de mon entreprise au porte-à-porte. Je saurais où aller frapper, je ne perdrais pas de temps ni d’énergie à me faire claquer des portes au nez. Dans le seul secteur du chalet ci-dessus, j’ai trouvé trois clients potentiels dans une aire de 0,025 km². Jugez par vous-mêmes.

Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Ça manque de Chalets, non ? Quand on a déjà un puits et/ou un moulin d’ornement (et ça vaut pour les pompes à bras, sabots en grès, statuettes, etc.), on est mûr pour le Chalet du Nord. Une étude de marché serait superfétatoire. Outre qu’un tel commerce serait un moyen plus sûr que l’écriture de remplir la gamelle de Vénus, je vendrais rien moins que du bonheur : proposer des Chalets aux habitants de ces maisons, ce serait les accompagner dans une forme d’accomplissement. Même le promeneur y gagnerait – personnellement, je trouve tristes les rues sans Chalets du Nord. Vous savez combien j’aime la Cité des Cheminots, mais je suis prête à parier que les villes d’Avion et de Méricourt ont offert une boîte aux lettres homologuée (un cube en métal vert, beige ou bordeaux) à chacun de ses foyers ; résultat : épistolairement parlant, on meurt d’ennui. Bref, j’ai trouvé ma voie. JMJ, c’est décidément un bon dimanche…