Des Mickey du Nord

Le Mickey maison n’est pas une spécialité locale, nous en avons trouvé lors de fouilles archéologiques dans une friche hospitalière de Menin mais aussi dans des civilisations très avancées, notamment à Brooklyn. Cependant, la métropole lilloise en recèle vraiment beaucoup : des sédentaires, des saisonniers, des itinérants. En voici un échantillon.

1. sédentaires

– Mickey

L’un de mes préférés vit à Lomme Délivrance. Je me suis prise de passion pour ce quartier en novembre 2016. Sur le plan ci-dessous, on peut admirer le tracé elliptique de ses rues ; sur place, l’on est saisi par un rare sentiment d’étrangeté – assez semblable à celui que l’on éprouve quand on se perd dans les corons du bassin minier.

C’est donc dans ce quartier que l’on trouve le plus émouvant Mickey maison de la métropole lilloise, celui-là même qui a suscité en moi l’amour que l’on sait pour les Mickey maison.

L’autre de mes Mickey préférés nous a hélas quitté-e-s, sa boîte aux lettres ayant été repeinte en blanc (sans doute les enfants étaient-ils devenus trop grands pour répondre « Bonjour Mickey ! » quand ils arrivaient à la maison). Sans lui, Faches-Thumesnil ne sera plus jamais aussi lumineuse – même si l’on trouve encore, à cent mètres de là, un arbre taillé en Tintin que l’on peut admirer dans notre catalogue Imagin’Hair.

– Minnie (en bonne compagnie)

2. saisonnier

Mickey en Père Noël (chut !)

Minnie promène une paille géante en ski sous un ciel Coca-Cola ; elle va attraper la crève

Que la similitude entre les bulles qui constituent le sapin et celles du ciel Coca-Cola ne vous induisent pas en erreur : ces Mickey de saison ne sont vraisemblablement pas de la même main puisque quatre kilomètres les séparent, à vol d’oiseau.

3. zéphyr embrasé itinérant (+ chaperonnage Picsou)

4. quelques amis de Mickey

Les villes aiment particulièrement Blanche-Neige et les Sept Nains ; celles de la métropole lilloise n’y font pas exception, voici quelques fleurons de l’art dont ils et elle sont les huit muses.

art ferroviaire

techniques mixtes

+ moulin considérable (hors cadre, merci de vous référer à la rubrique adéquate, à savoir celle des Chalets du Nords – et apparentés : moulins, sabots de façade, puits, pompes à eau manuelles, etc.)

Mais parfois on trouve aussi un vieil oublié, un de ces personnages qui sont à la bande de Mickey ce que Joey Bishop était au Rat Pack. Ici, Dingo.

5. Fiesta

Mickey + Donald + Titi et Grosminet + Blanche Neige, Atchoum, la méchante sorcière + Bambi (+ Rideaux et Voilages avec cygnes dans paysage bucolique)

6. Apparentés

Un de mes amis, que Mickey ne connaît pas, s’appelle Gou. Je le présentais ainsi dans un billet de janvier 2017.

La course à pied, c’est ma vie parallèle, celle où je suis libre et heureuse. J’y ai aussi pas mal de camarades atypiques, vraiment chouettes. Tout à l’heure, j’ai croisé Gou.

– Salut ! il m’a dit.
– Salut Gou. Et bonne année !
– Ah non, tu ne vas pas t’y mettre…
– Quoi ? Petit moral ?
– Je vais te dire mon problème : moi, j’aurais voulu être Gouniche, depuis toujours.
– Ah oui.
– Oui. Et ce n’est pas encore cette année que ça risque de m’arriver.
– Bon, ça va encore…
– C’est un sarcasme ?
– Mais non ! Regarde, moi, j’aurais voulu être cantatrice, ou danseuse.
– Ah merde. Et ?
– Justement : je suis écrivain, c’est déjà pas mal, non ?
– Arrête ! Classe ! Tu as eu le Goncourt ?
– Mais. Mais non, enfin, Gou. Ce n’est pas ce qui définit un écrivain.
– Ah, ok.
– Qu’est-ce qui te fait sourire ?
– Non non, rien.
– Attends, mais tu t’es vu ? On ne sait même pas quel animal tu es censé représenter !
– Et alors ? T’choupi non plus.
– Quoi, T’choupi ? T’choupi, c’est une star, il a des tas d’albums rien qu’à lui.
– Eh, ma parole que si tu écris un livre sur ma vie, tu décroches le Goncourt.
– Chiche ? Ah ah ah !
– Ah ah ah !
– Enfin, n’empêche que ce n’est pas une finalité, tu vois ?
– C’est clair…

Ici, un ancêtre de Gouniche (puisque nous en parlons) attesté par l’art rupestre ; je l’ai découvert sur un mur de Loos, le long de la voie ferrée. Comparez Gouniche (ci-dessus) à son ancêtre présumé (ci-dessous). Je tiens à préciser que Gouniche (de Delphine Durand) est l’un des livres que j’ai le plus souvent lus et offerts. Je l’aime, quoi.

Autres fenêtres du Nord

1. le North Far West

2. Rosemary’s baby was here

3. Watteau du Nord (en faïence peinte)

troubadour et bergère

nobliaux

4. clowns du Nord (beaucoup de clowns)

content (mais pas son assistante)

flippant (// Ça)

contents + flippants

+ galibot qui fume la pipe

4. les héros

intrépides à tout prix (+ moulin de Mickey)

à vendre (vente ponctuelle n’entrant donc pas tout à fait dans la rubrique le commerce de proximité, ci-dessous)

5. le commerce de proximité

du beau

du bon

Zéphyrs embrasés

Nous appelons zéphyrs embrasés les odes artistiques à l’amour qui fleurissent dans nos villes et villages, y créant un printemps perpétuel. Ici, je vous en présenterai quelques-uns glanés dans la métropole lilloise, mais vous pouvez en découvrir bien d’autres dans mes National Geo – zéphyrs de Charleroi, Rotterdam ou New York. Pourquoi ce nom ? Si vous posez la question, c’est que vous ne connaissez pas la magnifique Barcarolle des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach – je vous conseille alors cette version ; si vous n’avez pas envie de cliquer, voici au moins un extrait des paroles (elles sont de Jules Barbier) :

« Belle nuit, ô nuit d’amour,
souris à nos ivresses ;
nuit plus douce que le jour,
ô belle nuit d’amour !
Le temps fuit et sans retour
emporte nos tendresses
loin de cet heureux séjour,
le temps fuit sans retour.
Zéphyrs embrasés,
versez-nous vos caresses ;
zéphyrs embrasés,
Donnez-nous vos baisers.
Ah! »

1. zéphyrs en bas âge

l’amour, ça commence très tôt

nous recommandons aux plus jeunes d’entre vous d’éviter les porte-chandelle maléfiques – ne vous fiez pas aux colombes : si votre chaperon-ne a les yeux révulsés,

préférez la compagnie d’un cygne

non, ne faites pas ça, je vous en conjure : n’emménagez pas tout de suite ensemble

car très vite, vous serez gagnés par le flou que la vie domestique jette sur l’amour

un flou que même des moments privilégiés tels que la lecture à deux (y compris de Nous Deux) ne sauraient dissiper

un jour, vous vous apercevrez, jeunes gens, que votre passion a fini par s’écailler – quelle tristesse !

2. zéphyrs adultes (voire X)

la rencontre

un bal et on emballe, selon l’expression triviale

d’abord un premier baiser (vêtu)

puis LE baiser (dénudé – l’embrasement, ici, vous mène à un égoïsme tel que vous laissez le chat des Rideaux et Voilages agresser un innocent papillon)

et hop, vous voici sur les ailes de l’amour (mais pas sur celles du papillon, dont il ne restera bientôt rien : dans ton c*l, le papillon)

bientôt vous ne faites plus qu’un – au point, hélas, que vous finissez par vous perdre dans le couple et c’est un piège, au même titre que la vie domestique, croyez-moi – prenez garde

et voilà, vous n’aviez qu’à m’écouter

bon, ne vous pendez pas pour autant : tout espoir n’est pas perdu, on a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan, etc. (je dis juste que ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi)

3. zéphyrs animaux

a – beaucoup d’oiseaux

– face à face

l’un des deux peut parader en levant les ailes

voilà, comme ça

ou la tête

mais le rapport de forces n’est pas indispensable

– côte à côte

on note une plus grande complicité (oserai-je parler d’authenticité ?) une fois que la phase de séduction est passée (séduire = tromper)

je ne prétends pas qu’alors aucun danger ne menace le couple (ici, tigre) mais certain-e-s pensent qu’une bonne étoile (ici, oiseau chaperon aux ailes déployées, prêt à intervenir) veille sur les tourtereaux : « Tant que nous sommes ensemble », disent celles et ceux qui ont foi en l’amour et en ses zéphyrs embrasés, « rien ne peut nous arriver »

b – peu de pandas

(timidité ? jeu de mains ? chifoumi ?)

c – des oies : voir rubrique 5, ci-dessous

4. zéphyrs Mickey

classique (retrouvez le couple culte avec Picsou en chaperon dans Des Mickey du Nord)

mythique (// Bogart-Bacall)

5. zéphyrs angéliques

ce n’est pas parce qu’on n’a pas de sexe qu’on n’a pas le droit d’aimer (on est parfois même pas loin de MeToo)

voire de consentir à des acrobaties très coquines au cours de parties fines incluant des oies (les voici)

mais, encore une fois, ce n’est pas parce que ça reste platonique que ça ne peut pas être carrément bizarre

6. les lunes aussi peuvent s’aimer

la preuve

7. un avertissement

« Danger de mort, Zéphyr est passé par là », lit-on à la gare de Loos. Comment s’appelait-il ? demanderait Bogart à Bacall (l’un des deux cherche du feu pour allumer l’autre, comme on dit – ça fait longtemps que je n’ai pas vu ce film). Celui qui vous a tant fait souffrir, sous-entend-il.

Mascottes du Nord : Des oiseaux

A – en vitrine

1. basse-cour

2. canards

+ eyeliner

+ chapeau de paille

+ clown et montagnard sur assiette décorative

3. cygnes et assimilés

a – brouillé

b – utilitaires

– pots

+ moucheron mort

– vases

avec fleurs artificielles (+ marin sur assiette)

ou sans (donc potentiellement utilitaire)

c – pomme de pin

4. autres

très méchant

perdrix ? oiseau fabuleux ?

inévitables mouettes (il y en a une invasion dans la métropole lilloise mais elles se ressemblent toutes aussi ai-je choisi une photo unique pour les représenter ici, qu’elles veuillent bien m’en excuser ; vous en trouverez d’autres dans L’appel du large)

autruche en bikini avec chapeau, buvant une bière assise sur un tronc d’arbre : où bon goût rime avec imagination

B – à l’air libre

1. les méchants

– aigles

mal assis

en plein vol

monte la garde

– vautours

– faucon véritable, quoique mort (+ faux cochon)

corbeau

diable

2. les gentils

– collections privées

ange

coq entier

tête de coq

coq plat

– collectivités

pourquoi cette pie qui chante à Wattignies ?

parce qu’il y avait autrefois une usine La Pie qui Chante à Wattignies, tiens donc

pourquoi ce héron municipal à Villeneuve-d’Ascq ? parce qu’il y a vraiment des hérons (entre autres, il y a même des poneys pour les fessiers bourgeois) au Parc des Hérons à Villeneuve-d’Ascq

pourquoi une chouette empaillée au service des eaux de la Communauté urbaine de Lille (sise à Fléquières ?) Mystère

il y a aussi le mystère du poulet de Saint-André

et celui des oiseaux de Wattignies

et une oie géante à roulettes

Mascottes du Nord : Des lions

Les lions, ce n’est pas ce qui manque dans nos villes et villages. Comme chez les léopards de Bringing Up Baby (Howard Hawks, 1938), il y a des méchants et des gentils – plus que gentils : philosophes.

1. stoïques

voire sage

+ fin et racé

avec piercing (rite de passage ?)

contemplatif (bouche bée, même)

2. féroces

très féroces mais inoffensifs (par la force des choses) :

– sans corps

– enlisé

– derrière les barreaux

moins féroces (à moins qu’ils ne bâillent et ne soient pas du tout féroces)

3. avec écu

a. et féroces

quand même

+ aigle

b. mais pas trop féroces

plutôt benêts, de prime abord

tranquille (comme qui dirait, en mode véranda)

Mascottes du Nord : Des chevaux

J’écrivais en février 2017, à propos des chevaux de fenêtre :

Qui serais-je pour juger la passion des chevaux de fenêtre ? J’ai bien celle des Rideaux et Voilages, chalets du Nord, bateaux de fenêtre, zéphyrs embrasés, etc. et la liste ne fait que s’allonger au fil des semaines, me marginalisant de manière dramatique en période électorale :
« Tu as vu les derniers sondages ?
– Non, mais j’ai vu un cochon de jardin en plastique à Mons-en-Baroeul, tu veux que je te montre la photo ? »

1. libres

a. tranquilles

b. facétieux

Ces chevaux de fenêtre, qui vivent à proximité de l’observatoire de Lille, ont une vie palpitante – je la suis depuis plusieurs mois et vous en livre deux images de très médiocre qualité, sans l’enfant (car ce couple a un enfant) parce que le droit à l’image des mineurs, c’est vraiment délicat.

c. sauvages

d. carrément chauds

2. asservis

j’écrivais en avril 2018, à propos des chevaux, ce poème intitulé SM :

les gens qui aiment les chevaux ne m’aiment pas parce que
je n’ai pas la même manière qu’eux d’aimer les chevaux
je ne monte pas dessus

très vite les gens qui aiment les chevaux ne m’aiment plus
même si au début ça allait encore
avant qu’on ne parle de chevaux

je suis bien contente que les gens qui aiment
les chevaux ne m’aiment pas, si leur manière d’aimer
c’est de monter dessus

a. de trait

– avec passagers

– ne prend pas de passagers

b. maltraités

embroché

décapité

c. derrière les barreaux

cellule collective

cellule individuelle

Mascottes du Nord : Des chiens

1. quelques chiens d’extérieur

a – 2D

Gypsi

Gipsy (+ hussards)

b – 3D de sol

Kiki

Lucky

b – 3D de colonne

sans collier

avec collier

2. d’innombrables panonceaux canins

J’écrivais à leur propos, en février 2017 :

Récemment, alors que je courais à Lomme en quête de Rideaux et Voilages, j’ai aperçu du coin de l’œil un panonceau canin et j’ai freiné net, la main déjà sur mon appareil, avant de ressentir la frustration de l’enfant qui, ouvrant sa pochette d’autocollants Panini (si tant est que ça existe encore), n’y trouve « que des doubles », comme on disait à mon époque : « Oh non, ai-je grogné… Je l’ai déjà, le basset hound ». Par chance, il n’y a jamais personne dans les rues où j’aime courir et je peux geindre toute seule comme à la maison.

des voisins mitoyens (La Madeleine)

– modeste

– prétentieux (avec palmarès)

des voisins non mitoyens (mais dans la même rue quand même – à Lomme Marais)

Betty (dite Schtroumpfette)

Billy

Debby (c’est dogue allemandE)

(Scary)

et pour finir, deux frères, Gypsy et Gipsi, dont on devine lequel est le préféré, lequel est le larbin de service

soit une belle équipe, fière de sa diversité ; maintenant, quelques vigiles solitaires

a. numérotés

– nombres premiers

« J’aurais du passer avant 59 », proteste Baxter – mais ce n’est pas comme ça que ça se passe ici, petit

– nombre divisible mais chouette quand même : 3 puissance 3

b. non numérotés

Foxy

Bobby

Creepy

et même un vigile masqué, qui ne vous annonce pas la couleur (ou plus exactement sa race)

mais il y a aussi des chiens qui ne sont pas là pour monter la garde : juste pour être aimés – voici qui me rassure, l’amour semble si peu gratuit sur cette planète, j’en veux pour preuve le sort fait aux chevaux (voir Des chevaux du Nord) et la répartition des tâches dans les couples

attention, un chien peut en cacher un autre ! ici, nous avons affaire à un double Jacky : le vrai à droite, derrière les Rideaux et Voilages filaires, et sa représentation sur panonceau à gauche

3. deux autres chiens de fenêtre

Guy est un vrai chien ; il est outré que vous vous soyez posé la question.

« Moi non », ne dit (donc) pas Jimmy

L’art : collections privées du Nord

A – Des femmes

1. dans des bassins

un peu défiante

mal assise

ou déguisée en sirène (on voit que la queue est fausse à son élastique)

2. fortes en yoga

dans un bassin

ou à-même le sol (et malgré l’absence de bras droit)

3. en vitrine

prudes :

de dos pour masquer sa poitrine aux regards

ou le bras gauche tendu dans le même but

(+ étole)

ou dépoitraillées sans scrupule

voire provocante

+ jarre et pot

+ fruit (pomme ?)

4. en plein air

dépoitraillées sans scrupule

+ raisin

+ pomme

+ jarres

ou tournée de manière à masquer sa poitrine aux regards

5. vêtues

en vitrine (bergère)

ou en plein air :

flappers

vestale

ou gueuse

B – Des hommes

qui font peur (techniques mixtes)

pas trop (huile sur toile)

ou même pas (malgré l’épée)

en tout cas toujours vêtus, même si ce n’est pas beaucoup (ce n’est pas le cas dans l’art des collectivités, ces dernières se montrant curieusement moins conservatrices que les particuliers en matière de nudité masculine)

C – Des couples hétérosexuels

antique (avec poisson + coquillage)

colonialiste (avec esclaves et nombreux enfants – consanguins, cf. pelle sur le banc de gauche)

ou moderne (avec scooter)

D – Des enfants

des fils uniques

plutôt doué

ou mal assis

ou des triplés (plutôt empotés)

mais pas de filles

E – D’autres trios

de dauphins

ou de femmes moyennement vêtues

F – Des groupes d’amis

humains (nains pour la plupart)

ou animaux

(je regrette de n’être pas en mesure pour l’instant de vous présenter d’autres musées en plein air tels que ceux-ci ; on en trouve principalement à Lomme et à Sequedin*, parfois sous la surveillance d’un Bouddha)

G – Fucking Buren

* Ils semblent encore plus répandus dans le bassin minier.

L’art : collectivités du Nord

1. L’art figuratif

a – Des femmes vêtues (pour preuve que les femmes ne sont pas rassurées dans l’espace public : elles ne se promènent pas dépoitraillés)

robe simple

drapé simple

robe + drapé

robe + drapé + serpent

b – Des hommes nus (pour preuve que les hommes deviennent des prédateurs dans l’espace public)

ponctuellement mal en point

plutôt mal en point (+ fientes de pigeons)

vraiment mal en point (+ fait très peur)

grave mal en point (+ enfant, pas mieux)

c – Des couples hétérosexuels

mal en point

ou radieux

d – La vie domestique (en trompe-l’œil)

2. Autres styles artistiques

a – Rupestre

b – Abstrait

c – Surréaliste (+ pluridisciplinaire)

d – Très povera

L’appel de la montagne : Chalets du Nord

Qu’est-ce qu’un Chalet du Nord ? C’est une boîte aux lettres en forme de chalet. Comme ça, par exemple.

En courant dans les petites villes résidentielles qui constituent la banlieue de Lille, comme on disait autrefois (à savoir la métropole lilloise du vingt-et-unième siècle), j’ai très vite remarqué l’étonnante abondance de cet objet, à la fois décoratif et utilitaire la plupart du temps, sauf dans de rares cas – ci-dessous, par exemple, le chalet n’est pas fonctionnel mais juste esthétique.

Même chose pour celui-ci aussi, mais son cas est particulière dans la mesure où il ne semble pas avoir été conçu pour faire office de boîte aux lettres. Admirez les détails, notamment la mise en abyme.

Je me suis beaucoup amusée que l’appel de la montagne soit claironné si fort dans les jardinets de ma région, volontiers dite le plat pays. Cela dit, je dois admettre que quand j’ai constaté une abondance presque équivalente dans le Haut Jura, j’ai ri aussi : ça semblait redondant. C’était un peu comme si vous portiez un T-shirt de vous-même. Il arrive que l’on ait la même impression ici, dans le cas très particulier où un-e habitant-e a déployé des talents de bricolage au point que son Chalet du Nord imite sa maison, comme dans les deux exemples ci-dessous.

Contrairement à ce que suggèrent les précédents modèles, beaucoup de Chalets du Nord sont d’une grande simplicité – non sans présenter une grande diversité de formes. Celui-ci est quasiment un concept de Chalet du Nord.

De même que celui-ci, quoique dans un style plus décadent.

Celui-ci, que j’ai appelé « chalet modeste », est appelé à une démolition imminente, tout comme la maison dont il est une dépendance.

L’arte povera du chalet peut aller jusqu’à l’étiquette en papier, fragile numéro livré aux intempéries.

Qui dit humble chalet ne dit pas forcément humble demeure en arrière-plan, comme nous le voyons ici : les frontons et la taille artistique des arbres indiquent un milieu bourgeois (oubliez ce cageot, voulez-vous).

Je profite de l’occasion pour préciser que, bien souvent, le Chalet du Nord est un syndrome contagieux : l’on peut en trouver deux ou trois dans une même rue. Ainsi le chalet ci-dessous est-il voisin du chalet ci-dessus.

Vous aurez noté la façade pentagonale de ce dernier spécimen. Il est intéressant d’observer que c’est la forme que revêt le Chalet du Nord dans une fraction de l’imaginaire collectif local ; cette tendance s’accompagne toujours (quelques conclusions qu’il faille en tirer) d’une élégante sobriété. Jugez par vous-même :

Ci-dessous, le Chalet du Nord est monté sur la margelle d’un puits ornemental dont la rusticité contraste avec ses lignes pures.

Il côtoie ici une pompe à eau également ornementale (je l’ai essayée, elle n’est pas alimentée – je le vérifie toujours quand je tombe sur ce type d’équipement au fil de mes courses à pied, ce qui m’oblige à des arrêts fréquents dans la métropole lilloise du vingt-et-unième siècle), ainsi qu’un bas-relief, éléments qui semblent indiquer un goût pour les belles choses à l’ancienne.

La sobriété peut aussi être contrebalancée par un goût du mignon, dirons-nous ; le mot n’est sans doute pas satisfaisant mais ces choses sont parfois d’une subtilité presque insaisissable. Voici une image pour compenser mon manque de précision.

De nombreux Chalets du Nord, à l’inverse des précédents, sont ce qu’il convient d’appeler des chalets remarquables. Ci-dessous, mon préféré – parce qu’il recoupe une autre catégorie de mon étude Kitsch et lutte des classes : celle des Mickey du Nord. Je dois cependant partager avec vous la grande tristesse que j’ai ressentie cette année, quand les propriétaires et (a priori) artisans de ce chalet du Nord l’ont repeint en blanc.

Maintenant, nous voici à la montagne ; le Chalet du Nord entre dans un ensemble cohérent dont l’effet est de soulever des Yodel-ay-ee-oooo dans nos poitrines et euh, dans nos têtes puisque le yodel consiste à passer de voix de poitrine à voix de tête avec une rapidité virtuose.

Parfois, à l’inverse, le Chalet du Nord s’insère dans un cadre moderne – ici, on se croirait quasiment au motel.

Puisque nous en venons à la question de l’environnement dans lequel trouve place le Chalet du Nord, nous constatons qu’il n’y a pas vraiment de règle. Le milieu peut être populaire ou bourgeois. Cependant, à sa manière, et pour qui sait observer, le Chalet du Nord peu s’avérer un intéressant marqueur social, au même titre que les voitures, les vêtements, la nourriture et l’habitat à proprement parler. Ici, une certaine insouciance…

ici, carrément la bohème…

et là, un goût évident pour la splendeur.

Le Chalet du Nord peut indiquer que son propriétaire a des préoccupations écologiques. Ci-dessous, le Chalet du Nord est en bois et son socle est un tronc d’arbre,

tandis qu’ici, mieux encore, le tronc sert à la fois de socle et de support à sonnette (astucieux !)

Certains socles, en revanche, évoquent le brutalisme architectural.

L’option sans socle (j’allais écrire sans cou) existe aussi, vous vous en doutez : le Chalet du Nord, on le voit bien, est modulable à l’infini !

L’une des raisons pour lesquelles j’ai cessé un jour de photographier les Chalets du Nord, c’est qu’il y en a trop. J’en ai dénombré entre 70 et 80 dans la seule métropole lilloise du vingt-et-unième siècle avant de tout simplement cesser de compter. J’avoue aussi avoir été découragée par la sur-représentation d’un modèle en plastique dont je soupçonne le fournisseur d’avoir pour nom Dadizele. Je me rappelle soudain l’été lointain où mon frère (aujourd’hui un respectable père de famille) brûlait les nains de jardin en plastique ramassés au cours de ses rafles nocturnes dans le bassin minier (nos respectables parents n’en savaient rien, rassurez-vous). Je ne suis pas en train d’inciter au vandalisme, de dire : « Brûlons les Chalets du Nord en plastique », attention. Je veux juste signaler ce qui m’apparaît comme une regrettable dérive dans l’économie (domestique) du Chalet du Nord.

Encore un :

Et là, carrément deux ! (Encore une preuve du phénomène de contagion qui entoure le Chalet du Nord.)

Certains propriétaires posent des chalets en plastique sur des colonnes en pierre véritable, pour atténuer un peu le côté industriel de la chose.

Ou alors ils lui adjoignent un autre objet de décoration, sauvant la facilité de la proposition plastique par une mise en scène d’éléments rustiques. Ici, par exemple, avec un godillot ornemental.

Plus ambitieux, ce mélange d’exotismes – puisque vous devinez au premier plan le tronc d’un vigoureux palmier. Cette vision est un véritable yodel en Californie !

Le plus dommage, c’est encore quand une authentique maison de campagne (nous sommes ici entre deux champs) opte pour un modèle industriel. Un foisonnement de statuettes et moulins, de l’autre côté des grilles (sur lesquelles vous noterez des têtes de cheval du meilleur goût), l’honnêteté me force à le reconnaître, viennent contrebalancer cette médiocrité épistolaire du Nord – je profite de l’occasion pour proposer un sens supplémentaire au mot épistolaire.

Assimilés :

a. Puits ornementaux

avec chaudron sans verdure (+ pompe à eau manuelle apparemment alimentée – !!!!!!! – en arrière-plan)

avec poulie (presque un vrai !)

+ âne bâté + Tweedledum (ou Tweedledee ?) et lutin caché derrière ce dernier

propriété de la villa Chantalouette, avec chaudron verdoyant

vide-poches

b. Sabots de façade

un seul exemple parmi des centaines

c. Moulins domestiques

– de fenêtre

– d’extérieur

+ Mickey

bien servi

Et puis il y a des maisons qui ont presque tout :

le Chalet du Nord,

le moulin domestique

et la pompe à eau manuelle ornementale (une parmi les milliers que compte la métropole lilloise, sans qu’une goutte d’eau ait été gaspillée)