Une faiblesse de Carlotta Delmont

Une faiblesse de Carlotta Delmont

Éditions de l’Olivier / Points

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Quatrième de couverture

« En avril 1927, alors qu’elle vient de triompher dans sa première Norma parisienne, Carlotta Delmont disparaît. Fugue, suicide, enlèvement ? Pendant deux semaines, la police, la presse, le public et les proches de la cantatrice américaine s’interrogent. Jusqu’à ce qu’elle reparaisse et que leurs interrogations se reportent sur les raisons de sa fuite. Où était-elle pendant tout ce temps ? Avec qui ?

Carlotta a fait l’objet de tant de commentaires et de théories qu’elle est devenue, à son corps défendant, une légende vivante à la croisée des regards et des désirs. Elle va payer très cher son moment de faiblesse et devoir sacrifier une part d’elle-même pour sa liberté, à l’image de ses héroïnes préférées. »

Notes de l’auteur

1. Avant d’aborder la troisième personne (ce que je vivrais, en écrivant mon roman suivant, Dans son propre rôle, comme une aventure à part entière), j’ai commencé par me retirer de la fiction : il n’y a, dans Une faiblesse de Carlotta Delmont, aucune trace de ma voix. Je me suis faite archiviste d’une autre, d’une cantatrice sulfureuse dont j’ai inventé la légende mais dont on m’a parfois demandé si elle avait vraiment existé, tant je me suis éloignée de mon propre univers.

J’ai souhaité décrire la naissance d’une légende, à la croisée des récits et des fantasmes collectifs : dès lors qu’il existe plusieurs versions d’une même histoire, la vérité s’efface derrière la légende. Au-delà, j’ai voulu questionner la notion même de vérité : existe-t-il rien de tel au monde ? J’ai voulu montrer que la vérité, en particulier celle d’un personnage légendaire, ne saurait tenir en un aphorisme, en une équation simple, mais qu’elle s’enfuit à mesure qu’on l’approche, comme un chapeau emporté par le vent. Carlotta finit par se découper une histoire à sa convenance dans l’infini des possibles. Elle cesse de n’être que l’interprète de sa propre vie (publique notamment) pour tenter d’en devenir la créatrice ; tel est son grand acte de liberté – ce qu’une société qui entend distribuer les rôles appellerait une faiblesse.

J’ai adopté comme une évidence un dispositif fragmenté, faisant comme si j’avais rassemblé divers écrits commentant la vie de Carlotta Delmont, au terme d’une longue enquête, pour me contenter de les agencer : échanges épistolaires, coupures de presse, poème, journal de bord, pièce de théâtre s’y succèdent. C’est aussi ma manière de rendre hommage à la grande plasticité du roman, qui peut accueillir toutes formes écrites (littéraires et autres) dans ses pages, l’inverse étant évidemment inconcevable.

2. J’aurais aimé que le titre soit « Le premier baiser d’avril est à moi », extrait de La Bohème de Puccini, dans l’air de Mimi : « Ma quando vien lo sgelo / Il primo sole è mio / Il primo bacio dell’aprile è mio ».

Hélas, ce titre risquait de tromper le lecteur sur la teneur du roman – on aurait pu le croire à l’eau de rose, dirons-nous. Le compromis n’a pas empêché que le texte soit perçu par une majorité de commentateurs comme un beau destin de femme sur fond d’années folles. Trop bête.

J’aurais aussi aimé que l’image en couverture soit cette photo de la cantatrice Géraldine Farrar sur le pont d’un paquebot, face aux débuts de la presse à sensation :

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3. Les cantatrices qui m’ont inspiré le personnage de Carlotta sont Maria Callas (évidemment), Rosa Ponselle (que je cite), Patrizia Ciofi, June Anderson et, pour une raison très spécifique, Eleanor Steber : en 1947, celle-ci a commandé à Samuel Barber une pièce vocale qui devint la rhapsodie lyrique Knoxville, summer of 1915 – le choix du texte, tiré du roman de James Agee, A Death in the family, est celui du compositeur ; et comme il est sublime, ce texte, j’en copie-colle ici les dernières lignes :

« By some chance, here they are, all on this earth; and who shall ever tell the sorrow of being on this earth, lying, on quilts, on the grass, in a summer evening, among the sounds of the night. May God bless my people, my uncle, my aunt, my mother, my good father, oh, remember them kindly in their time of trouble; and in the hour of their taking away. After a little I am taken in and put to bed. Sleep, soft smiling, draws me unto her: and those receive me, who quietly treat me, as one familiar and well-beloved in that home: but will not, oh, will not, not now, not ever; but will not ever tell me who I am. »

Avec la musique, c’est purement merveilleux – une réconciliation avec notre condition de mortels :

4. Le prénom de Carlotta est une référence à l’un de mes films cultes, Vertigo de Hitchcock. Carlotta est l’ancêtre (supposée) de (la supposée) Madeleine, à laquelle celle-ci s’identifie (censément) jusqu’à développer un trouble de l’identité assez inquiétant. Vous connaissez sans doute la suite. Le choix de ce prénom est également un clin d’œil échangé avec une amie romancière dont la fille s’appelle Carlotta ; dans un roman inspiré d’une histoire vraie, paru l’année précédente, elle avait justement attribué mon prénom au personnage inspiré de sa fille.

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