East New York

Cette semaine, j’ai découvert quelques nouveaux quartiers de Brooklyn au fil de mes baskets : Flatlands, Marine Bay, Sheepshead Bay, Brighton Beach et Coney Island, au sud. Hier après-midi, j’ai pris un métro jusqu’à son terminus pour voir ce qu’il y avait au bout : rien. J’ai réussi à comprendre que la majorité de la population était latino, bien que je n’aie croisé quasiment aucun piéton, à part quelques junkies à peine verticaux, et après avoir arpenté en vain des rues désolées (qu’attendais-je ? me demanderez-vous, eh bien la petite piqûre qui donne envie d’arpenter encore, encore et encore, mais ici je n’ai ressenti qu’une agressivité inouïe depuis les voitures, seuls éléments mobiles du paysage), je me suis jetée dans le premier métro venu pour quitter East New York. C’était un métro aérien, je les adore ; de là-haut, j’ai encore vu un parking où l’on vend des voitures d’occasion comme dans les films :

J’ai un peu honte

J’aime beaucoup la musique de Fats Domino, je la passe souvent chez moi parce qu’elle produit de la chaleur et que mes amis préfèrent la chaleur en musique à l’étrangeté que je recherche dans l’intimité. Je danse volontiers sur Be my guest, par exemple, et Blueberry Hill n’a jamais sonné à mes oreilles comme une vieille scie insupportable, contrairement à bien d’autres chansons trop entendues : au contraire, elle m’a toujours procuré le même type d’effet dans le corps, comme quelque chose qui s’ouvre et devient plus facile – la respiration, peut-être. Mais je pensais vraiment qu’il était déjà mort. C’est pourquoi, quand ma mère m’a appris tout à l’heure que l’un des créateurs du rock’n’roll était décédé aujourd’hui, je me suis demandé de qui il pouvait bien s’agir ; je l’ai deviné quand ma radio de jazz, WBGO, a passé treize morceaux de lui à la suite cet après-midi. Pardon, Fats.

Un peu d’ethnologie

Un New-yorkais sur deux a un chien ; les plus riches en ont plusieurs, des machins apprêtés comme des pâtisseries. Je n’ai jamais, dans aucun quartier, vu une crotte sur un trottoir ni même dans un caniveau.

Quand je croise un chat, ce qui n’est pas si fréquent, je m’accroupis pour le caresser et je lui demande comment il va, en français. Personne ne s’en soucie parce que, à New York, des gens chantent dans la rue ou dans le métro, ou alors ils écoutent de la musique qui sort apparemment de leur sac à dos, à très fort volume, ils sont généralement seuls, le visage extrêmement sérieux. Personne ne semble trouver ça inconvenant.

Les New-yorkais attendent, bras croisés, que la caissière ait rangé leurs courses dans des sacs plastiques qu’elles doublent ensuite systématiquement, même si le sac ne comporte que des rouleaux de papier toilette. Quand je dis, Laissez, je vais le faire, et que je remplis mon sac à dos et dis merci, bonne journée, je sens que ça fait plouc, voire New Age.

Heaven heaven heaven ? Hell hell hell*

Ambiance bouillante, ce soir, en répétition au Lincoln Center. Le ton est monté. Puis en rentrant chez moi, j’ai vu une scène de crime comme dans les films, Chauncey St était bouclée par des bandes jaunes et des dizaines de voitures de police arrivaient de toutes parts, et les pompiers, et les ambulances.** J’ai failli prendre une photo à cause d’Arcade Fire, the police disco lights, mais ça n’aurait pas été décent, des gens couraient partout et j’avais soif.

* Extrait de Three heavens and hells, pièce de Meredith Monk qui est devenue mon ear worm à force de répétitions. Eh oui, c’est l’une des rares pièces de Meredith avec des mots – le reste des paroles, dans cette pièce, c’est plutôt k kih k kih kih kih… et boy ya ba boy ya ba.
** Je comprends mieux pourquoi je vois dans la plupart des commerces une affichette sur laquelle une petite fille aux grands yeux dit « Don’t shoot, I want to grow up ».

Gish Prize

Dans quelques jours, Meredith Monk recevra le Gish Prize. Tous les détails dans cet article très complet.

En attendant, un souvenir de la National Medal of Arts que lui a remise Barak Obama en 2015.

(Photo de photo prise à la House Foundation for the Arts.)

J-4

Ce soir, dernière répétition au YPC avant les générales et les représentations au Lincoln Center. Une petite idée de ce à quoi ressemblent ces répétitions, avec le groupe des plus jeunes :

Des larmes au-dessus des nuages

pendant des jours ça m’a semblé irréel
je parlais de mon départ et sentais que je ne partirais pas
comme James Stewart dans It’s a wonderful life
puis le matin est venu et tout était prêt et il a fallu dire au revoir
à l’amour et mon corps s’est fendu en deux j’ai cru mourir debout
puis l’ombre de mon avion a glissé sur les nuages dans un halo arc-en-ciel
puis l’arc-en-ciel s’est déployé il a décrit un cercle autour de l’avion
quant à mon ventre il était irrémédiablement fendu
tous mes organes voulaient s’enfuir par sa déchirure puis par les hublots
pour aller reconstituer auprès de mon amour un individu de mon apparence
mais qui ne serait pas assez stupide pour partir si loin d’elle jamais

(Là c’est Reykjavik.)

Vous les voyez ? Les arcs-en-ciel ? Hein ? Je ne vous parle pas de mes viscères, patates…

(It’s a wonderful life, Frank Capra, 1946.)

En voilà un

Je relis Hors-bord de Renata Adler ; j’ai corné certaines pages lors de ma première lecture et j’en corne d’autres cette fois. Un jour, peut-être, aurai-je l’envie et le temps de relire toutes les pages que j’ai cornées de tous les livres que je possède, et essaierai-je de me rappeler pourquoi ces pages : qu’y avais-je trouvé ? Je me suis parfaitement rappelé les différentes raisons pour lesquelles j’ai corné celle-ci quand je l’ai relue hier soir.