En voilà un

Je relis Hors-bord de Renata Adler ; j’ai corné certaines pages lors de ma première lecture et j’en corne d’autres cette fois. Un jour, peut-être, aurai-je l’envie et le temps de relire toutes les pages que j’ai cornées de tous les livres que je possède, et essaierai-je de me rappeler pourquoi ces pages : qu’y avais-je trouvé ? Je me suis parfaitement rappelé les différentes raisons pour lesquelles j’ai corné celle-ci quand je l’ai relue hier soir.

Requiem strikes back

Mes amis, j’ai repris mon requiem. Je l’ai démembré, désossé, plié en tous sens, considérablement élagué avant de le poursuivre (ce que je fais d’une leste foulée digitale) mais surtout, j’ai trouvé le sens de l’écrire, ce qui devrait me garantir de pouvoir le finir un jour. Il montre comment un enchaînement de circonstances et d’observations peut amener un être humain (ici, en l’occurrence, moi) à se détacher presque totalement de la société humaine, de ses critères et de ses enjeux.

(Joan Didion par Julian Wasser.)

En exergue de mon prochain roman, qui devrait (si tout va bien) paraître à l’Olivier au printemps 2018, l’on trouvera cette citation de Joan Didion, tirée de son recueil L’Amérique, et qui conviendrait tout aussi parfaitement pour le requiem :

« Je veux que vous compreniez exactement à qui vous avez affaire : vous avez affaire à une femme qui depuis quelque temps se sent radicalement étrangère à la plupart des idées qui paraissent intéresser les autres. Vous avez affaire à une femme qui, quelque part en cours de route, a égaré le peu de foi qu’elle avait jamais eu dans le contrat social, dans le principe de progrès, dans le grand dessein de l’aventure humaine. »

Pesez bien ces mots : « radicalement étrangère à la plupart des idées qui paraissent intéresser les autres ». Je partage ce sentiment depuis des années, chaque jour un peu plus, et la semaine que je viens de vivre m’a presque amenée à renoncer le plus radicalement possible (pour reprendre l’adverbe de Joan Didion) à cette illusion collective qui n’opère plus sur moi dans aucun domaine de la vie. D’où, fatalement, un requiem.

Comines-Warneton (5) : l’habitat

Nous envisageons d’acheter cette maison ; elle coûte 496 000 euros, ce n’est pas rien, mais elle dispose d’une piscine et de boxes pour les chevaux – une commodité appréciable quand on emménage : on pose ses meubles, comme on dit…

Quand nous aurons posé nos meubles, nos bouées en forme de canard et nos chevaux dans notre villa, nous pourrons décorer sa façade d’un petit nom en solfège dans le même goût que le do mi si la do ré ci-dessous.

Le nom idéal serait quelque chose de grandiose dans le goût de Royal Palace, mais que l’on puisse épeler en notes de musique.

Peut-être un jour nos colonnes (inspirées de) grecques se terniront-elles, mais nous n’aurons pas le laisser-aller de certains de nos concitoyens cominois* : nous faisons le serment que, si elles devaient ainsi décatir, nous louerions un nettoyeur à haute pression.

Dans le parc, entre la piscine et les boxes des chevaux, nous ferons construire un barbecue en dur comme celui de nos voisins, orné de têtes de lion, dans un cadre délicieusement rustique.

* La profusion de fausses colonnes grecques à Comines-Warneton étaye ma thèse de la proximité culturelle entre Belgique et États-Unis ; que l’on se remémore les paroles de Cities, chanson des Talking Heads, dans lesquelles il est question de Memphis, « home of Elvis and the ancient Grece ».

Les filles de la poésie

J’aime autant vous prévenir un mois à l’avance, que vous ayez le temps de réserver vos places – je ne voudrais pas vous voir constituer des pyramides humaines, ça me déconcentrerait. Je vous relancerai trois jours avant la première de ces lectures publiques, je n’ai guère confiance en votre mémoire.


© Visuel Médiathèque départementale du Nord, 2017

In the (community) kitchen (10)

En cette époque troublée, j’invoque rien moins qu’une armée de Vierges Marie. Comme le dit si bien The Polyphonic Spree, Together we are heavy. Assez, peut-être, pour sortir la Terre de son axe et la faire dériver dans un autre coin de l’univers, où nous serions plus heureux peut-être – du moins aurions-nous, en chemin, le temps d’y rêver.

En attendant, trouvez l’intrus et gagnez-le.* Vite, à vos pigeons !

The Polyphonic Spree : Section 20 (Together We’re Heavy)

Erratum

Christ est mort. Je suis désolée, je vous ai annoncé l’inverse dimanche dans Maubeuge (8) : upper rooms, j’étais sûre de mon coup. Croyez bien que je me mortifie de vous avoir donné ce faux espoir. Depuis près d’un an, à l’instar du National Geographic, vous faites confiance à ma lecture de la ville, y compris sur des sujets aussi sensibles que la religion, la sexualité, les Rideaux et Voilages et plus généralement le kitsch dans la lutte des classes, or voici que mon œil aiguisé me fait défaut et que votre foi en fait les frais. Merci à l’inestimable Isabelle Bonat-Luciani de m’avoir signalé mon erreur par sms :

Vraiment navrée.

DJ (10)

Je ne puis hélas partager avec vous l’intégralité des musiques qui ont accompagné ma semaine, certaines d’entre elles n’étant pas disponibles sur youtube : l’on n’y trouve ni le requiem de Jean-Luc Darbellay, ni As I Was Saying de Sheldon Frank, ni l’hommage à Morton Feldman, Besides Feldman, de Pamelia Kurstin (thérémine), Hilary Jeffery (trombone), Rozemarie Heggen (contrebasse) et Patrick Pulsinger (synthétiseur modulaire). C’est bien dommage. Mais réjouissez-vous, je ne vous offre aujourd’hui que du très très dansant.

Story de John Cage interprété par le Theatre of Voices de Paul Hilliard – je l’écoute treize fois par jour. Ça dit « Once upon a time the world was round and you could go on it around and around » (c’est une phrase de Gertrude Stein, les gars.)

Meredith Monk (toujours) : Tablet (je l’écoute trois fois par jour)

Philip Glass : Dressed Like an Egg (part IV), sur le disque Analog ; la voix féminine est celle de Joan La Barbara, dont vous pourrez ensuite entendre une composition

Joan La Barbara : Urban tropics

Cybe : Bali Pulau Bagus

Captain Beefheart : Tropical Hot Dog Night

Teaser

La ville de Charleroi se plaint auprès de moi de ce que les autochtones ne peuvent plus se garer (non plus qu’à Montignies-sur-Sambre) depuis le début de ma série spéciale, tant vous êtes nombreux à y affluer avec vos gaz d’échappement, smartphones, érythèmes actiniques zébrés, canettes et papiers gras. Vous êtes plus nombreux que les rats sur les voies du métro désaffecté, me disait ce matin M. le bourgmestre, surmené, lors de notre point téléphonique désormais quotidien sur ce que nous appelons « la situation ». Je lui ai promis de tout faire pour canaliser votre attention : ainsi lancé-je ici même, la semaine prochaine, une Brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise de la préhistoire à nos jours. Vous reconnaîtrez que je ne ménage pas mes efforts.

Au sommaire :

Lundi 3 juillet, La préhistoire, ou ce que nous enseignent les peintures rupestres de la banlieue sud ;
Mardi 4 juillet, L’antiquité au Jardin des Plantes ;
Mercredi 5 juillet, L’ère communiste à Ronchin ;
Jeudi 6 juillet, « Madame, ou Les arts ménagers à travers les âges », du XIXè siècle à demain ;
Vendredi 7 juillet, « Monsieur, ou Le culte du corps à travers les âges ».

Je n’hésiterai pas à suspendre ce programme si vous n’êtes pas un peu raisonnables et ne cessez immédiatement de créer des files sur les routes wallonnes.

Rappel

C’est ce soir au Liquium à partir de 20 h.

Si vous préférez le metal, vous pouvez aussi aller à Saint Sauveur écouter l’un des groupes de mon frère, Wild ; plus d’infos ici.

Le vide exact (14)

J’ai retrouvé ce paragraphe écrit le 31 juillet 2014 dans une espèce de journal auquel je n’ai bizarrement pas su me tenir :

« L’été est un album de coloriage que l’on remplit à son gré. Messiaen, Mingus, Stockhausen, Sonic Youth, chaque univers lui sied si parfaitement qu’il semble lui seoir plus que tout autre, chaque entité sonore trouve à s’étirer sous le dôme bleu aphone des rues désertées, à s’y répercuter, y signifier plus que ne pourront jamais dire un mot ni une note de musique, quelque chose que seuls les viscères peuvent comprendre tandis que l’esprit, dépassé, groggy, tangue. »

(Toits de Faches-Thumesnil vus depuis la passerelle qui surplombe la voie ferrée, entre les rues d’Haubourdin et de Bondues.)

(Wattignies vue depuis Loos.)

(Depuis la plaine du Cosec, Lambersart.)