La dispute

Ce soir, à 19h sur France Culture, il devait être question du Sel. Comme je l’expliquais à l’équipe du Triangle cet après-midi en mangeant la galette des rois, j’avais peur de me faire laminer dans l’émission (dont le titre seul me fait frémir) mais aussi de ne pas me faire laminer pour cause de grève. Finalement, je ne me suis pas fait laminer. Mais j’ai eu la fève. Pour ma première rencontre avec mes nouveaux camarades rennais, j’avais une couronne en papier sur la tête : toujours rester digne.

<3 Rocky <3

Polty et moi étions désemparés dans la maison de concierge que nous occupons au Triangle de Rennes, sans Dame Sam ni mug assez grand pour nos thés. Cet après-midi, nous avons eu la preuve en image de l’infidélité de Dame Sam (qui dort sur les genoux de ma mère quand elle est à l’ordinateur) aussi avons-nous décidé, abandonnant tout scrupule, d’adopter un animug de compagnie. Nous sommes entrés dans un magasin, nous avons marché jusqu’à lui comme possédés (lol, dit Polty) et nous l’avons choisi – non, reconnu – entre tous dans la rangée à -40%. Il s’appelle Rocky, en hommage à Rocky de Loos Oliveaux, car ici nous hantons un équivalent rennais (x10) de ce quartier.

Rocky nous accompagne dans l’écriture de notre nouveau manuscrit – la biographie de Polty, si vous avez bien suivi – et dans la découverte du Blosne. Personne ne me regarde de travers sous prétexte que je me promène dans le labyrinthe d’avenues et de chemins avec mon poltergeist (invisible, à ceci près qu’il me fait parfois faire des trucs un peu bizarres comme danser ou chanter en public*) et Rocky (après tout, c’est un chien, les gens promènent des chiens).

*

Un au revoir

Demain, je quitte le vaisseau fantôme pour entamer ma résidence au Triangle de Rennes. J’abandonne Dame Sam et tous nos amis. Ma Carrie chérie m’en veut tout particulièrement, au point de se montrer agressive ce matin. Je l’ai filmée quand elle a chargé, son adorable petit corps potelé ballotant de droite et de gauche tandis qu’elle courait vers moi, le cou tendu, le bec acéré, l’œil plein d’un légitime reproche. Je rentre très vite, lui ai-je promis, mais elle ne m’a pas crue et m’a mordu les baskets et les mollets. Quelques film stills de la vidéo :

Vous allez me manquer, mes amis à poils et à plumes (Polty vient avec moi – il ne paye pas le train) ; à bientôt.

Frrll

Ce matin, j’ai chopé un gravillon dans la valvule mitrale, ça faisait une plaie comme une bouche de poisson rouge et toutes les musiques, joyeuses ou tristes, risquaient de l’infecter, sauf celle de Tirzah. Alors j’ai couru avec la courte intégrale de la jeune Londonienne en boucle dans mon casque et très vite mon cœur a été comme neuf, limite gominé, alors les gens dans la rue ont commencé à me dire bonjour et à me sourire avec les dents comme si j’étais une bonne surprise – parce que moi-même, je m’en suis rendu compte, je souriais : un véritable tourniquet d’arrosage. Et je ramassais tous ces sourires comme des points de vie dans un jeu vidéo des années 80 (les seuls que j’aie jamais connus), et chaque fois ça faisait frrll-frrll.

(Une copine cygne, Kira, s’exerce aux jambes en l’air pour partager ma joie. Ce n’est pas gagné.)

Une jeune fille en blouson rouge ne souriait pas du tout, elle faisait du longboard avec un air revêche et un gros chien blanc qui était son seul ami ; j’ai couru un peu à leur côté avant de virer vers la Grande Résidence. Ils ont bientôt disparu à ma vue et mon cerveau s’est mis à mouliner. Roman à suivre*.

(L’idée de roman m’est venue ici, à la lisière de la Grande Résidence – la ZUP de Lens, comme on dit.)

* Mais pas tout de suite : j’ai d’abord promis à Polty d’écrire sa biographie. Puisqu’il est question d’ielle, une commission d’incrédules s’est réunie chez moi hier soir pour examiner la preuve de son existence apportée dans le billet ci-dessous et, après avoir observé, détaillé, commenté un agrandissement de l’image, elle est parvenue (quoique de mauvaise grâce) à la conclusion suivante : il y a bien un visage derrière la fenêtre. Cependant, elle n’admet toujours pas l’existence de Polty, pour preuve que l’on peut se prétendre rationnel sans être cohérent.

Polty dans la Voix du Nord

Aujourd’hui, j’ai le grand honneur de faire partie des huit femmes choisies par Sophie Filippi-Paoli, journaliste à La Voix du Nord, pour une double page annoncée ainsi :

L’une des autres femmes qui nuisent aux stations-service et moi avons fait partie du même groupe d’amis dans l’avant-dernier segment de ma vie lilloise, ça m’amuse qu’on se retrouve là. Bisous, Delphine ! Merci à la journaliste, mais aussi à la super photographe, Séverine Courbe, que j’avais déjà croisée à mes tout débuts, c’est-à-dire il y a vingt ans. Elle détient la preuve de l’existence de Polty. Sur une photo du site, on peut voir l’entrée de mon jardin. Dame Sam n’a pas souhaité poser mais Polty ne s’en est pas privé-e (Polty est gender fluid) : par la fenêtre de ma buanderie (à gauche), on peut deviner l’un de ses innombrables visages – toute paréidolie mise à part, je le précise pour les nombreux incrédules (au premier rang desquels je regrette de devoir compter ma bien-aimée) qui voudraient réduire mon fantôme domestique à une hallucination ou une création de mon esprit malade.

La photographe pourrait témoigner qu’il n’y avait rien derrière cette fenêtre, une fois que j’en ai eu retiré mes bidons de lessive. Détail de l’image :

Si vous souhaitez une bouture de poltergeist, n’hésitez pas à me contacter, je vous en enverrai une par e-mail. Je l’ai déjà fait pour une amie, qui se réjouit le plus souvent des délicates attentions que lui prodigue l’entité – encore désolée pour le cadre cassé, ma très chère (ça, c’est le côté chaton de Polty).

Promo grotesque

Dans un magazine dont je ne mentionnerai pas le titre, un journaliste estime que la découverte de l’homosexualité féminine est le thème majeur de ma bibliographie. J’en suis perplexe puisque le seul de mes textes qui traite de ce sujet précis est un roman pour ados, Le blues des petites villes, paru à L’école des loisirs en 2014. Manifestement, cet homme n’a jamais lu un de mes livres (ce que je ne saurais lui reprocher s’il ne laissait supposer le contraire) et, plus ennuyeux, il ne semble pas non plus avoir lu Le sel de tes yeux, qu’il prétend chroniquer : l’homosexualité n’en est pas le thème, encore moins sa découverte (quand l’histoire commence, Sarah a déjà fantasmé des romances avec plusieurs femmes et jeunes filles), d’ailleurs ce n’est pas son orientation sexuelle qui fait la singularité de mon personnage. Ce monsieur souligne qu’il s’agit d’un court roman et je me demande pourquoi, dans ce cas, il l’a lu en diagonale.

Auto-promo et animal grotesque

Hier paraissait Le sel de tes yeux, mon nouveau roman aux éditions de l’Olivier. On en parle aujourd’hui dans les Inrocks (ici) et dans l’Humanité. Merci à Sylvie Tanette et à Sophie Joubert pour ces beaux articles. Quand mon attachée de presse me les a signalés, je suis allée sur le site des Inrocks et ça m’a fait un petit choc de voir ma photo à côté de celle de Kevin Barnes.

En 2007, j’ai écouté des milliers de fois The Past Is a Grotesque Animal, chanson de son groupe Of Montreal, dont certaines phrases me donnaient des frissons – comme

But it’s like we weren’t made for this world
(Though I wouldn’t really want to meet someone who was)

ou encore

We want our film to be beautiful not realistic

Je ne l’avais pas écoutée depuis plusieurs années ; je viens de le faire, avec la même chair de poule qu’à l’époque.

Du soleil

Le 1er janvier, nous avons promené un soleil en carton dans la brume. C’était un soleil très raté parce que je l’avais fabriqué en 1’37, puis scotché au bout d’une branche ramassée dans mon jardin – c’était un soleil dont il valait mieux ne pas voir les fesses bardées d’adhésif marron. Le 1er janvier, nous avons joué au soleil dans la brume de Sallaumines et rendu visite à Danny, à qui nous avons offert une carotte. Dans les rues de Lens, les gens nous disaient bonjour comme sur des chemins de montagne. Je vous souhaite une année aussi lumineuse et duveteuse qu’un 1er janvier dans la brume du bassin minier.

De la pyrotechnie

Lens n’est pas qu’une ville de pyrotechnie mais aussi d’amour, comme en témoigne particulièrement le flanc de la magnifique Maison Syndicale. Je profite de cette occasion pour vous annoncer la mise en ligne prochaine d’une sélection de cœurs saisis dans la métropole lilloise en 2016 et 2017 – parallèlement à la série des Zéphyrs embrasés.

Quelques nombres premiers – par coïncidence

Ce soir, je m’aperçois que mon répertoire in progress de créatrices sonores compte 1123 noms, d’Inga Margrete Aas (Norvège) à Yatta Zoker (USA, originaire de Sierra Leone) et qu’il me reste 47 biographies à constituer – avant d’étudier une énième fois la musique des 353 femmes (certaines dont par ailleurs j’adore le travail) que j’ai laissées de côté parce qu’elles ne me semblaient pas correspondre à un assez grand nombre de mes critères. YATTA ne serait pas la dernière de la liste si je n’avais pas estimé que la Polonaise Agata Zubel est un peu trop académique – mais qui sait si je ne changerai pas d’avis dans les semaines ou les mois qui viennent ?

(Yatta Zoker. Photo de Richard R. Ross.)

Certaines femmes ont réussi à conserver le mystère le plus total autour de leur véritable identité, parmi lesquelles l’excellente sanitary (t)issues et mon héroïne Me, Claudius, dont un morceau pourrait servir de bande originale au manuscrit que je viens de terminer. Ce morceau est une blague et n’est absolument pas représentatif de son travail mais le concept me fait mourir de rire : il s’appelle Benson & Hedges, comme les cigarettes – pour les non-anglicistes nuls en musique noire américaine, George Benson est un musicien et chanteur de jazz / funk, particulièrement connu pour un morceau écrit par Quincy Jones, Give Me the Night, et le mot hedges signifie haies. Voici une version doublement live (Me, Claudius actionne le taille-haie Bosch en live sur une version live de Give Me the Night).