Eulalie hors série

On y trouve ce mois-ci un double portrait d’Emmanuelle Polle et moi-même, à l’occasion de notre résidence croisée entre les Hauts-de-France (AR2L) et la Normandie (Normandie Livre et Lecture), ainsi que notre texte à quatre mains, Cette sacrée rotondité. Vous pouvez le lire ici, pages 14 à 17.

Creil

C’est samedi prochain à 15h30, je vais passer ma journée sur les rails parce qu’il y a un changement à Paris (wtf) alors vous avez intérêt à venir nombreux et nombreuses et avec des cadeaux (vegan svp).

De l’étrangeté

Mes terrils préférés sont ceux qui me procurent le plus vif sentiment d’étrangeté ; l’un d’eux (que j’appelle la quatrième dimension) se trouve à Fouquières-lès-Lens, un autre à Grenay, deux (dont un double) à Hénin-Beaumont. Voici 7 images des derniers. Au pied du 105, on trouve de nombreuses et inquiétantes cabanes de ce genre (je vous en présentais déjà quelques-unes ici)

et même un autel (avec une guirlande lumineuse).

Sur le 101, dont les véhicules brûlés ont été enlevés récemment et auquel les quads ne peuvent désormais plus accéder (ils étaient naguère des dizaines), les ravines sont particulièrement impressionnantes.

Du sommet, on peut voir Sainte-Henriette et le 205 qui domine le Parc des Îles, ainsi qu’un pilier de l’ancien téléphérique.

La voie jusqu’au sommet du 84, sis à Rouvroy bien qu’il se fonde au 101, est rendue effrayante par le dispositif même qui prétend la sécuriser.

Non loin, Lulu fait de la luge sur les fesses et se foule un genou.

Albertine

J’ai déposé dimanche soir mon dossier de candidature pour la Villa Abertine. Je ne me fais guère d’illusion quant à mes chances d’être retenue depuis que j’ai deviné, lors d’un webinaire, que nous serions des centaines à postuler mais j’ai pris plaisir à écrire ces quinze pages en anglais, à tourner une vidéo de présentation avec mon accent remarquable (au sens premier du terme) et à trouver des partenaires pour mon projet (merci infiniment au réseau Fair_Play, à la Maison de la Poésie de Nantes et au centre littéraire Escales des Lettres pour leur soutien enthousiaste – merci aussi à mon amie Claire pour les relectures et à mon Antique pour la vidéo). Tout au long des préparatifs, j’ai eu l’impression de vivre quelque chose comme Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines (ou La Grande Course autour du monde, ou encore Les fous du volant).

(Je serais tout à fait du genre à imaginer le prototype qu’on voit à 40 secondes dans la bande annonce ci-dessous.)

C’est parti, mon petit zeppelin à pédales est lancé…

Putain de Noël

Je pensais cette semaine à ceux qui n’aiment pas Noël, qui n’aiment pas le Nouvel an, etc. et la célèbre scène ci-dessous m’est revenue à l’esprit (dans À bout se souffle de Godard, 1960) : « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, allez vous faire foutre ».

Et voilà que je reçois dans ma boîte aux lettres un cadeau plutôt inattendu de Martin Page, formidable auteur et frère de lutte antispéciste (entre autres). Le livre, paru chez Monstrograph, la maison de microédition qu’il a créée avec Coline Pierré, n’est pas un pamphlet grincheux contre Noël comme pourrait le laisser supposer cette couv terriblement drôle. Au contraire, c’est un hymne punk à la douceur, à la magie, à la lumière.

Voici l’un de ces 24 putain de poèmes de Noël parmi mes préférés (la photo ci-dessous ne rend absolument pas honneur au magnifique travail de cette joyeuse et généreuse maison qui a aussi à cœur de créer de très beaux objets).

« Je ne veux être sauvé / que par des choses qui brillent », j’adore. Encore merci Martin pour ce beau cadeau de putain de Noël.

Plus d’infos ici.

Mes colocs

En 2021, j’ai perdu Dame Sam et la femme auprès de qui je pensais avoir trouvé le bonheur éternel ; mes premiers amis d’ici, Carrie, Ricah et Danny, ont disparu, les unes on ne sait où et l’autre pour une vie meilleure dans le village d’Ambrines, 265 habitants – son ancien humain me dit qu’il est bien mieux là-bas, entouré de potes genre poneys (j’irai lui rendre visite début mars quand les crevures en gilet orange auront rangé leurs fusils). Ces pertes diversement lourdes et douloureuses laissent dans ma vie un immense vide, pourtant je ne déteste pas cette année. J’y ai aussi vécu en communion avec la nature et les animaux comme jamais auparavant (je m’aperçois rétrospectivement que mes virées sur l’EV5 et le long du canal d’Aire ou de la Scarpe, à l’aube, cet été, resteront parmi les moments les plus intenses de ma vie). J’y ai aussi fortifié, retrouvé ou entamé des amitiés et des collaborations précieuses. J’y ai semé les graines d’une année 2022 qui (sauf coups du sort ou du virus) s’annonce riche en parutions, rencontres et partenariats. Et puis j’ai mes colocs.

Autoportrait avec Codiaeum variegatum.

Codiaeum variegatum avec toutes ses couleurs super craquantes.

Ici, on le voit avec son ami Peperomia obtusifolia Variegata et son cousin Codiaeum variegatum Angustissimum.

En face de chez eux vit Dieffenbachia

et Hibiscus les surplombe.

Dans mon bureau vivent Tradescantia zebrina (son nom vernaculaire est Misère, pauvre chou), Areca et Draecena marginata,

ainsi que les dernières arrivées, Bromélia (non mais ces rayures…) et Kalanchoë.

Dans ma chambre vivent Chlorophytum,

Spathiphyllum et Dracaena.

Et dans mon séjour, Bégonia et Aréca (sous l’œil pas très vif de Joe Chat et Dame Sam)

ainsi que la star de la maison, Monstera, qui est arrivée ici presque en même temps que moi. À l’époque, elle était à peine plus haute que son actuel pot et je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle se laisse pousser les racines comme ça, elles sont plus longues que moi ; cette semaine, j’ai voulu montrer une photo d’elle à la fleuriste qui me l’a vendue mais je me suis alors rendu compte que son magasin était définitivement fermé, ce qui m’a fait mal au cœur pour elle mais aussi pour Monstera et Draecena marginata, que j’ai adopté en même temps qu’elle. Cela dit, je crois qu’ils ne sont pas trop mal, ici, avec moi. Je leur parle, je leur demande si tout va bien, je leur nettoie doucement les feuilles, je les complimente. J’adore le samedi matin parce que c’est le moment où j’arrose tout le monde, j’ai l’impression que c’est la fête.

En l’honneur de mes 17 colocataires, ce morceau intitulé Monstera Speaks tiré de l’album Plants in Harmony de la harpiste Andrea Cortez

et Monstera Deliciosa de Félicia Atkinson

ISTC

Encore merci à Piero Turchi pour son invitation. Ci-dessous, je suis avec lui et avec Dominique Brisson, mon éditrice (Cours Toujours). Merci aux participants d’être venus si nombreux et si chaleureux. Merci particulièrement à mes chères et chers Aline, Claire, Olivia, Lucien, Luc et Lulu pour l’after ; je n’avais pas autant ri depuis très, très longtemps. <3 Je garde le Watten travesti show en amulette pour les jours sombres.

Et voici la dernière photo ever de mon bras gauche sans défense. Ce matin, ma super tatoueuse AJ l’a barbelé de ronces.

(Photos ISTC.)

Nature vs culture

à Noyelles-sous-Lens

Rappel : ce soir, je lis des passages de Terrils tout partout à l’ISTC ; ma sélection d’extraits fait ressortir la colonne vertébrale de ce roman, qui a quelque chose à voir avec la susdite dichotomie. Adolescente, Laïka (ma narratrice) aurait voulu savoir qui avait eu l’idée de ce ready-made à Noyelles-sous-Lens.

« Sa soif de tout ce qui la dépasse est intimement liée à son envie de quitter le bassin minier pour plonger dans un monde plus vaste, où la culture serait partout. (…) Vers la fin de sa vie citadine, devenue allergique aux cénacles qui occupent bruyamment les lieux de culture, elle n’assiste plus aux rares événements qui l’attirent encore, préfère emmener ses amies dans la nature singulière des terrils et ses amies trouvent incroyable de n’avoir pas découvert plus tôt ces sites étranges, si proches de chez elles. Elles posent à Laïka des questions auxquelles elle n’a guère de réponses. Elle aimerait pouvoir affirmer que les paysages les plus incroyables finissent par s’estomper en arrière-plan des vies dont ils sont de toute éternité le décor mais ne croit pas à son propre alibi : elle sent que, s’ils redevenaient le théâtre de son quotidien, elle les verrait. »

Terrils tout pleins de clarté

Merci infiniment à Lucien Suel pour cette belle chronique publiée sur son blog Silo, dont voici un aperçu.

Je le remercie aussi de m’avoir offert son très beau livre avec le photographe Patrick Devresse, Les terrils, ombre et clarté, et de m’avoir envoyé son poème Tout partout. Un court extrait que j’aime tout particulièrement – mais qui prend toute sa force en contexte, évidemment (je n’aime pas trop les citations – j’y reviendrai bientôt) :

« tout autour de l’autocar c’est la vie
tout partout autour ici et maintenant
ailleurs et toujours c’est tout plein
de tout tout le temps et tout partout »

Les échos entre Terrils, ombre et clarté et Terrils tout partout sont confondants – il y est question des trous qui amènent des tas mais aussi de « sportifs écologistes bruyants » et fluorescents, d’aménagements de type parcs d’attraction et même d’accents circonflexes. Je me prends à rêver d’une lecture croisée, ici ou là. Si vous organisez ce genre de choses, parlons-en…