Les reines de la jungle

À Lens, 95% des gens ne portent pas de masque. Ce matin, nous avons vu un jeune homme éternuer bruyamment dans sa main, puis deux dames discuter à moins d’un mètre l’une de l’autre, le masque sur le menton pour mieux s’entendre. Nous évitons donc la ville et profitons de la nature qui nous est de nouveau accessible. Ce matin, si nous étions dans les rues de Lens, c’était pour aller acheter un tire-tique à la pharmacie, mon amour en ayant attiré deux (comme je les comprends) lors d’une de nos récentes promenades – Vous êtes allée dans un bois ou une forêt ? a demandé la pharmacienne. – Oui. – C’était quand ? – Hier, avant-hier, tous les jours en fait.

Il y a eu le terril de Pinchonvalles,

(mon amour évite de trébucher dans les ronces)

celui de Noyelles,

(mon amour essaie de ne pas être emportée par une rafale de vent)

celui des Garennes

(mon amour n’a pas peur de plonger la main dans les brèches à fumerolles)

et la forêt domaniale de Vimy

(mais pas sur les chemins aménagés, bien sûr, nous sommes des aventurières…)

Pinchonvalles est décidément mon site préféré à ce jour. On y oublie le reste du monde, quand on s’y promène avec l’amour de sa vie dans une lumière tendre.

Il s’agit d’une zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique, qui occupe 90 hectares  ; le site est très peu dégradé puisque relativement peu fréquenté. Ici, le pavot cornu, ou pavot jaune des sables, une espèce de coquelicot jaune :

Une grenouille plus petite qu’une feuille d’arbre, sauf quand elle saute et que ses pattes s’étirent, plutôt impressionnantes.

On a, depuis le sommet de Pinchonvalles, une vue magnifique sur la forêt de Vimy et son mémorial canadien.

Le terril de Noyelles est un bonheur, lui aussi, surtout aux heures où les lapins bondissent en tous sens, et surtout au printemps, quand les pentes noires révèlent des splendeurs colorées.

Aux Garennes aussi, nous sommes subjuguées par la variété des essences végétales, par la profusion de couleurs – et de lapins.

J’aime particulièrement le silène enflé.

Depuis le mémorial de Vimy, le 11/19 et, plus discrète, la colline boisée de Pinchonvalles.

Nous quittons les chemins balisés, trop fréquentés. Je rappelle à mon amour les consignes au cas où nous aurions affaire à un sanglier mais nous n’en croisons pas.

En revanche, nous entendons des coups de feu quand nous parvenons à l’orée. Je rappelle que la chasse est officiellement fermée, mais qu’est-ce qui pourrait bien arrêter une raclure de bidet capable de tirer sur un animal ?

Plus tard, alors que nous avons regagné la forêt, nous nous apercevons que nous sommes suivies. Le type a clairement l’air d’un psychopathe et nous pressons le pas, les ronces et les orties cinglent mes mollets nus.

J’ai honte d’exposer mon amour à des sangliers, des chasseurs et des psychopathes et suis soulagée que nous sortions indemnes de l’expérience – à quelques coupures (moi) et tiques (mon amour) près. Parfois je soupçonne la nature de ne pas nous rendre l’amour que nous lui portons.

De la constance

Cette semaine, je compulse les albums de famille que mes parents ont accepté de me confier et je m’aperçois que je ne me suis pas réinventée depuis la plus tendre enfance (ça ne va pas me simplifier le monde d’après).

Ci-dessous, un extrait de ma Lettre à une jeune athlète dont je ne ferai jamais rien (je pense) :

« Certaines photos d’enfance semblent contenir en germe tout ce que nous allons devenir. Pour que tu comprennes précisément ce que j’entends par là, voici un exemple qui te fournira un indice de pertinence. Si je devais te donner un aperçu de la manière dont je ressens mon inscription dans le monde, je te montrerais cette photo dont chaque détail révèle quelque chose qui m’est essentiel.

Regarde, je suis dans le manège ; j’ai voulu monter dans le manège. Je suis seule. Mon menton tremble et mon regard supplie ou accuse (difficile à dire, et cette ambiguïté a son importance, comme chaque autre détail) cependant que ma main tient fermement le volant du véhicule, immatriculé 62, d’une couleur indéfinissable (ce genre de couleur au sujet de laquelle on se chamaille, les uns y voyant du bleu, d’autres du vert). Il porte l’inscription Excursions : pas Mickey Mouse, pas Sapeurs pompiers, non, Excursions, ce mot suranné qui étymologiquement signifie « course au dehors » – le programme d’une vie. Note bien que je suis assise du mauvais côté de la voiture, passagère tâchant de maîtriser sa trajectoire à l’extérieur de la courbe.

Tenir entre mes mains des photos qui me révèleraient de toi autant que cela est une perspective à la fois effrayante et exaltante. »

Aujourd’hui, j’ai commencé à scanner des photos tirées des albums de mes parents ; retrouver les décors et les protagonistes de cette enfance si joyeuse est une expérience étrange. Je n’ai oublié aucun carrelage, aucun objet, aucun meuble, aucune robe de mes grands-mères, aucune coupe de cheveux de ma mère, aucune moustache de mon père. J’ai aussi trouvé quelques clichés qui trahissent la constance de mon caractère.

On voit d’abord qu’à trois mois, déjà, je suis l’amie des animaux.

J’ai aussi un clown qui n’est pas sans évoquer celui d’un film qui deviendra l’un de mes films cultes, Poltergeist (1982).

Mais je ne risque pas d’être happée par la neige d’une télévision comme l’est Carol-Anne dans le film de Tobe Hooper car, déjà, je les préfère éteintes.

Mes problèmes de communication, on le constate ici, ne sont pas récents.

Je trouve ma vocation à l’âge de 2 ans. (« Tu en auras noirci, des carnets », remarquait ma grand-mère Denise, il y a une quinzaine d’années, avant d’ajouter, « Si tu as ton bonheur comme ça… »)

Je suis aussi une contemplative et une amoureuse de la nature. (J’adore cette photo, ses couleurs ; si je sortais un disque, elle en ferait sans doute la pochette ; ce serait un disque expérimental avec sans doute un peu de violoncelle.)

Je sais dès le plus jeune âge que je ne veux pas être mère. Je maltraite toutes les poupées que l’on persiste à m’offrir pour tenter de m’attendrir et celle qui se trouve dans ce landau a l’air de me désespérer, ou de me dégoûter.

Je suis de toute façon ce que l’on appelle gracieusement un garçon manqué – je préfère le terme tomboy, peut-être à cause de Princess Nokia et de Céline Sciamma.

(Ici avec mes cousins et grands complices d’enfance, Jérôme et Valérie.)

(Là avec mes copains de maternelle, Grégory et Samuel.)

On s’aperçoit rapidement que je ne suis pas toujours commode. (Qui se douterait que, 40 ans plus tard, mon amour m’appellerait Amy, contraction d’Aimable et de Fanny ?)

J’entretiens Mon Bolide avec amour.

Je me fais des cabanes avec trois fois rien : un tancarville, une natte en rabane, deux torchons, quelques pinces à linge. Ici, je suis entourée de mes merveilleuses grands-mères, Denise et Lucette.

J’adopte très jeune cette manière bien à moi de positionner les pieds, qui aujourd’hui encore fait rire mes amis, et je suis une mélomane précoce.

Ici, je parie que j’écoute Porque te vas de Jeanette, dont je suis fan (j’adore Cria Cuervos – Carlo Saura, 1976.)

En toutes choses, je suis sérieuse. Même sous les flashes, je ne me départis pas de la solennité requise par la communion privée (les Upper Rooms & Kitchens viendront plus tard). Je suis juste derrière la fille aux cheveux bouclés qui regarde l’objectif.

Ce qui ne signifie pas que je boude le feu des projecteurs et le devant de la scène, même si, sur cette photo, par un mouvement qu’il n’est pas compliqué de deviner, je suis au fond, en Joséphine – nous dansons ici sur Le bal masqué de la Compagnie Créole, n’est-ce pas l’archétype de la kermesse ?

Nuisibles et grenouilles

Il y a des grenouilles en grand nombre ce matin, autour de cette île pleine de lapins – ce serait presque le paradis, n’étaient des groupes de joyeux promeneurs, qui s’interpellent d’une voix forte et rient aux éclats, et l’on serait en droit de se demander pourquoi ils se réunissent dans la nature, de si bon matin : ils font fuir les animaux. Ils ne doivent même pas imaginer qu’il y en a tant, par ici, d’ailleurs ils ne regardent rien autour d’eux puisqu’ils sont si pleins de leurs interactions. Je ne supporte plus les gens.

Quand ils s’éloignent, avec leur tintamarre sans grâce, la nature reprend sa joyeuse mélodie.

(Grenouilles enregistrées ce matin.)

Islands

Je mentirais si je prétendais avoir toujours tenu l’humanité en piètre estime. Il y a quelques personnes qui ne m’ont jamais déçue et, à mes yeux, ces perles rares rachètent le reste de l’espèce. Il y a aussi toutes les personnes dont j’aime la musique. Parfois, je m’aperçois que certaines d’entre elles se sont croisées, alors je regrette presque d’être aussi sauvage parce que si je ne l’étais pas, j’aurais peut-être réussi à me faire un nom et à les approcher pour être de l’histoire, moi aussi – ou peut-être pas, qui sait ?

(Haley Fohr – aka Circuit des Yeux, aka Jackie Lynn – et Jenny Hval, évidemment. Je ne sais pas de qui est cette photo.)

Ce qui m’émeut le plus, c’est d’apprendre que certaines artistes sonores dont j’aime les univers distincts ont collaboré. Par exemple, quand  j’ai découvert que Maria w Horn, Ellen Arkbro et Kali Malone avaient un groupe ensemble, Hästköttskandalen (ça veut dire « scandale de la viande de cheval » en suédois), ça m’a rendue quasiment hystérique et j’ai acheté leur disque et je l’adore, mais ensuite je me suis dit que moi, jamais je ne ferais partie de rien de tel (c’est mon côté Frankie Addams).

Parfois, je pense à mes tentatives de collectif, qui se sont soldées par le même bilan catastrophique et la même inflammation de ma misanthropie. Ce qui ne m’empêche pas de soupirer comme une héroïne racinienne à la simple idée du collectif Eget Værelse (ça veut dire Une chambre à soi en danois).

(Selvhenter, l’un des groupes émanant du collectif Eget Værelse, dans son local de répétition à Copenhague. De gauche à droite, Jaleh Negari, Sonja LaBianca, Maria Diekmann, l’incroyable Anja Jacobsen et Maria Bertel. Photo d’Emil Hartvi.)

Un extrait de ma Lettre à une jeune athlète (dont je ne ferai jamais rien, évidemment) :

« Pour illustrer ce que j’entends par désir, je vais te parler de celui que la photo ci-dessous a ravivé en moi récemment.

(Photo(s) de Shirley O’Loughlin & Masayuki Shioda.)

À la fin des années 1970, à Londres, Ana da Silva co-fondait le groupe The Raincoats, qui jouait un post-punk policé à l’instrumentation riche et aux arrangements sophistiqués ; à la même époque, au Japon, Phew faisait partie du groupe avant-punk Aunt Sally, dont les sonorités n’étaient pas sans évoquer la no wave new-yorkaise, également son exacte contemporaine. J’aime follement l’album Island qui les réunit cette année, de même que la photo de promo, la beauté rugueuse de ces femmes et le pansement sur la main d’Ana da Silva. L’envie que traduit leur disque est-elle née de leur racine commune, ce punk dont les préfixes post– et avant– pourraient passer aux yeux des néophytes pour antinomiques alors qu’ils se partagent le même strapontin sur le spectre musical ? Je l’ai envisagé, mais leurs racines punk, c’était il y a quarante ans. Aujourd’hui, Ana da Silva se fait plutôt rare et son travail solo reste très mélodique et propre, tandis que Phew est une artiste prolifique sur la scène expérimentale et multiplie les projets, collaborations et aventures sonores parfois très bruitistes, parfois minimalistes. Parce que leur association, en neuf titres où le drone grumeleux et le bruit l’emportent sur la tentation mélodique, présente à mes yeux un mystère, il suscite en moi, en écho, et bien que ma nature éminemment solitaire le condamne sans doute à rester inassouvi, le désir de collaborer un jour avec une autre artiste. »

Quand j’y réfléchis, je me dis que mon sentiment, quand j’observe ces alliances à mes yeux scintillantes, a plus à voir avec la nostalgie (dans le sens de « Regret mélancolique d’une chose, d’un état, d’une existence que l’on n’a pas eu(e) ou pas connu(e) », pour reprendre la définition du Centre national de ressources textuelles et lexicales) qu’avec un quelconque projet que j’aurais pu ourdir un jour. Bref, si j’avais été quelqu’un d’autre, j’aurais bien aimé rencontrer Jenny Hval, par exemple, et collaborer avec elle, ou bien avec Félicia Atkinson, ou Bérangère Maximin. Mais je suis moi et je suis heureuse quand un âne court auprès de moi ou qu’une oie me picore les pieds, c’est très bien aussi.

94

Enfin, nous avons de nouveau le droit de monter sur ce tas de schistes, de grès et d’autres déchets miniers, dit terril n°94,

alors je le fais, je monte par là, c’est sec sec sec ça s’éboule, il faut courir pour ne pas glisser en arrière, j’arrive à mi-pente hors d’haleine

sur un chemin de mamelons arborés, infréquenté – du moins  n’y ai-je jamais vu quiconque mais

sans doute ce cœur de pierres noires n’est-il pas l’œuvre des extraterrestres. Ensuite je monte encore, et encore,

et là-haut découvre qu’il n’y a plus de lac – et que ce n’était vraiment pas un lac très profond, à l’avenir je dirai flaque.

En contrebas, sur l’autoroute, les véhicules de nouveau innombrables brassent l’air et pétrissent tout à la fois la pollution et le virus pour que la deuxième vague soit rapide et cinglante. Dans les TER, les gens s’assoient, bien que les sièges soient couverts d’une espèce de moquette râpée ; ils s’assoient aussi dans les salles d’attente de dermatos où, même hors crise sanitaire, je ne poserais pas une fesse sur une chaise, et j’espère que ce traitement sera efficace parce que j’aimerais, si possible, ne pas devoir revenir à Lille avant longtemps. Je rentre à vélo, quarante kilomètres avec un masque parce que les gens se promènent nombreux sur les chemins de halage avec des enfants et des chiens. De retour chez moi, ma voisine Peggy et ses filles adolescentes font un bruit de fête foraine dans leur jardin. Elles me disent que j’aurais mieux fait de me trouver une maison à la campagne et qu’elles ne vont pas s’arrêter de vivre pour mon obsession du bruit – il est hélas des gens qui ne se sentent pleinement vivants que de manière extrêmement sonore, et ce sont rarement des mélomanes. Je ferme les fenêtres. J’essaie d’oublier les trois corps vautrés dépoitraillés sur des chaises longues à quelques mètres de mon bureau, rôtis de désœuvrement, bercés par de la mauvaise variété à un volume de kermesse, et je me dis que je ne devrais pas tant m’acharner sur les gens qui ont besoin d’être utiles (et dont mes voisines ne font assurément pas partie) : après tout , ils ne me font pas de mal.

Des enclos

Le couple mixte que j’évoquais fréquemment dans mon journal de confinement continue de tourner en orbite autour du lycée, deux fois par jour. Peut-être est-il tombé amoureux de son enclos, ce serait une forme du syndrome de Stockholm, ou peut-être est-il encore plus en retrait du monde que je ne le suis et ne sait-il pas que nous avons de nouveau le droit d’accéder à la nature – pas à toute la nature, certes, mais certains paradis nous consolent de cette restriction absurde. Ainsi puis-je de nouveau emprunter le chemin de halage qui mène de Pont-à-Vendin à Haubourdin ; à une dizaine de kilomètres de chez moi, il passe entre le canal de la Deûle et les étangs de Meurchin. Hier, toute cette beauté m’a rendue terriblement mélancolique parce que mon amour ne la contemplait pas avec moi.

Je nous imaginais sur une de ces barques, dérivant lentement au milieu des poules d’eau et des cygnes, quand une bataille de foulques macroules m’a laissée perplexe. Trois petites racailles foulques qui se tombaient dessus à ailes raccourcies dans des gerbes d’éclaboussures.

Plus tard, Mon Bolide et moi roulions à Vendin-le-Vieil quand une église, au bout d’une rue perpendiculaire, a attiré notre attention. Nous avons pu la contourner et constater que ce n’était pas une église mais une habitation.

Quelques mètres plus loin, nous étions dans un cul-de-sac champêtre. Au loin, le terril d’Harnes, reconnaissable à sa bosse – c’est ce que l’on appelle un terril signal, parce qu’on peut le voir à 15 km.

Là, j’ai discuté un peu avec un cheval dépressif. Je n’avais jamais vu un cheval si triste. J’ai bien failli pleurer avec lui. Je lui ai dit que j’étais désolée : mes congénères sont si monstrueusement nombrilistes et spécistes que l’expérience du confinement ne leur fait même pas prendre conscience de la cruauté extrême que ça représente, d’enfermer des animaux d’autres espèces dans des espaces étriqués qu’ils n’ont pas choisis, non pas deux mois mais toute leur vie. Non, cette idée qui m’est une torture morale intense ne rend pas mes congénères fous, ni simplement compatissants, pas même les amis des animaux – qui, pour la plupart, montent dessus et/ou les mangent, certes, mais disent quand même les aimer.

Un kilomètre plus loin, un cheval heureux m’a au moins tiré un sourire.

Quant à mon cher Pinchonvalles, il est toujours interdit – on voit ici sa longue forme boisée depuis le terril des Garennes, où les lapins s’égaillaient par dizaines, tôt ce matin, avant le passage des premiers chiens. Je pense que ce sont des lapins heureux, quand la chasse est fermée. (Que ces raclures de chasseurs aillent crever.)

En fumée

Hier, aux Garennes, mon amour a vu ses premières fumerolles de terril. Je lui ai dit de poser la main sur le sol, il était très chaud et, tout autour, les brins d’herbe étaient perlés de gouttelettes. Puis elle a tendu la main dans la vapeur inodore. En la regardant s’émerveiller, j’étais fière comme si j’avais découvert des vestiges archéologiques et lui en avais réservé la primeur. Ce matin, elle a regagné sa vie parisienne. J’ai oublié comment on vit sans elle, comment on marche sans tenir sa main, ce qui donne envie de commencer une journée quand son visage n’est pas la première vision au réveil, comment on explique son absence aux lapins, ce qu’on mord quand on n’a pas les lobes de ses oreilles à disposition, j’ai tout oublié. Dame Sam et moi pleurons, blotties l’une contre l’autre.

(Fumerolle des Garennes – c’est plus impressionnant sur fond noir mais plus étonnant dans la verdure.)

13-05

Hier, jour nombre premier, sept mois après la signature du compromis, j’ai enfin dit adieu à ma maison de Lille – adieu à Lille. Nous étions cinq individus masqués dans le grand bureau de l’étude, mon amour auprès de moi tandis que je coupais le dernier lien qui m’arrimait encore malgré moi à cette ancienne vie. Le notaire était un homme extrêmement pointilleux , pourtant il employait la préposition sur suivie des noms de ville (usage pompeux, moche et ridicule contre lequel je m’insurge depuis son apparition, il y a une quinzaine d’années), ce qui m’a laissé penser que la cause de la préposition à était définitivement perdue. Ma meilleure amie s’est moqué de moi : C’est une sentimentale, a-t-elle ironisé quand j’ai dit que non, ça ne m’avait rien fait de voir cette maison pour la dernière fois. Puis elle m’a demandé, dubitative, si j’étais parfois émue de passer devant un endroit où j’avais autrefois vécu et il me semble qu’elle a répondu en même temps que moi : Lambersart. Mon appartement au deuxième étage sur parking, 34 bis, avenue du Colysée, où j’ai vécu de 2005 à 2007 avec Joe et Dame Sam, où j’ai écrit la première version du Zeppelin, où je suis morte et ressuscitée, etc.

Le soir, mon amour et moi avons retrouvé quelques lieux de ma nouvelle vie et quelques-uns de mes amis d’ici, cependant que j’étais en proie – l’effet Lille, sans doute – à des convulsions de misanthropie.

Nous avons vu mon Danny, bien sûr – petit trot en duo de part et d’autre du fil blanc, lancer de carotte, salut, etc.

Mais aussi, pour la première fois depuis le 21 mars, ma danseuse étoile préférée, Carrie, qui m’avait beaucoup manqué.

Et canards, poules d’eau, foulques, cygnes, lapins,

arbres gothiques,

mais toujours pas de Dinah – je ne mentionne même pas la poulette de Danny, que je suis résignée à ne jamais revoir.

Mon autre (très) bonne nouvelle du jour : la parution de ma chanson de geste n’est pas annulée pour cause de coronavirus mais seulement reportée de quelques mois. JMJ, quel soulagement !

Promos de l’Olivier

Sur le site de l’Olivier, une sélection de 15 livres numériques à petit prix, parmi lesquels Le sel de tes yeux. Allez allez, on en profite ! C’est ici.

La Forge virtuelle

Le 1er mai, ma rencontre avec Amandine Dhée à la librairie La Forge aura bien lieu, en montage vidéo. Plus d’informations ci-dessous. Merci à Gwenaelle pour cette initiative.