En attendant Villeneuve-d’Ascq

Quelques jours avant mon départ pour New York, je m’aperçois que j’aurai bientôt accumulé assez d’images de Villeneuve-d’Ascq pour vous en proposer une visite de type National Geo ; je vous réserve ce plaisir nonpareil pour mon retour. J’aime vraiment beaucoup vous emmener en voyage autour de Lille, ne me remerciez pas. C’est ma passion pour Mons-en-Baroeul qui m’a amenée à courir avec un appareil photo et aujourd’hui cette ville me paraît à la fois toute petite et très proche. La plupart du temps, désormais, je la traverse pour me rendre ailleurs ou l’aperçois de loin. J’en suis toujours aussi émue.

(Ici, les tours Europe vues depuis la frontière de Ronchin et Lezennes.)

Comines-Warneton (8) : In the kitchen + Mal assis-là

L’appellation « Mal assis, là » est ici très subjective : une âme dévote sera épanouie sur ce banc, dans la contemplation forcée de la chapelle N-D de Grâce.

L’on trouve deux éléments étonnants dans ladite chapelle : d’abord, un enfant de chœur en faïence. Nous n’en avions encore jamais vu dans aucune des nombreuses chapelles qui nous attirent immanquablement, malgré notre athéisme forcené.

Plus insolite encore, ce Jésus qui met les doigts dans les narines de la Vierge Marie, sa maman. Pardonnez la piètre qualité de l’image, une fois encore, mais seul un zoom, malaisé à travers les fenêtres très sales de la chapelle, permet de voir distinctement ce qui se joue entre les doigts du divin enfant et les vierges naseaux.

Au bord de la Lys, cette chapelle couverte de lierre était extrêmement charmante mais tout aussi sale, comme l’image suivante tâche de le montrer.

Je mentirais si je prétendais que l’on ne voyait pas ce qui se trouvait à l’intérieur mais, à vrai dire, je n’y ai rien relevé de très original : pas d’étendoir à linge en plastique, ni de mœurs nasales inhabituelles. Je préfère essayer de vous faire ressentir la qualité de la vitre – sa texture poreuse et les différentes matières qu’elle amalgame – que de vous proposer la photo d’un ange aux yeux blancs.

Nous avons traversé le colossal institut Saint-Henri et tâché de deviner, à travers les vitres brouillées, à quelle salle de classe nous avions affaire. Nous avons ainsi identifié une salle d’arts plastiques, une salle de mathématiques, mais nous avons séché sur celle-ci :

Comines-Warneton (7) : zéphyrs embrasés

Je vous prie de bien vouloir excuser la qualité déplorable de cette photo ; la scène qui m’intéressait se déroulait hors d’atteinte et il m’a fallu zoomer au maximum pour pouvoir témoigner de la liberté de mœurs qui règne à Comines-Warneton, visiblement dès la prime enfance. Malgré l’angle et le flou imposés par la configuration du jardin où a lieu la scène, il me semble pouvoir affirmer que ces enfants ont à peine un an mais s’embrassent avec la langue. Notez la main entreprenante posée sur la hanche de ce que nous supposerons être le sujet masculin dans tout le potelé de son jeune âge.

Comines-Warneton (6) : la faune

Je promettais, dans « Comines-Warneton (2) : une voie ferrée », de vous présenter les merveilles de la faune qui agrémente les abords de la charmante ligne unique. Nous longions cette dernière, séparées d’elle par une étroite bande de verdure, quand des dizaines de poules se sont précipitées vers nous, leur petit ventre rebondi se balançant avec grâce. Seuls éléments nonchalants de la bande, ces deux individus à la plume fringante.

Cent mètres plus loin, des chevaux se débattaient pour chasser les mouches. La détresse de ces animaux, nous ne voudrions pas l’observer dans notre propre jardin, aussi avons-nous renoncé à acheter cash la villa décrite ici, car qui dit boxes dit chevaux, pour nous qui tâchons de nous plier à la fonction que l’usage assigne aux objets et constructions. Tant pis.

Je n’ai pris aucune photo des panonceaux canins qui fleurissent les fenêtres de Comines-Warneton car ils sont en tout point identiques à ceux que l’on trouve dans le banlieue lilloise et que j’ai abondamment commentés dans la rubrique Faune des villes de ce blog. En revanche, je n’aurais pu vous priver de ce joyau, dont vous apprécierez tout autant la cruauté que l’esthétique.

Sur le canal Comines-Ypres, nous avons observé deux types de poules d’eau : les poules d’eau-Jésus qui marchent sur les lentilles d’eau et celles, plus prudentes, plus conventionnelles aussi, qui utilisent les aménagements du territoire pour se déplacer.

(Cette photo est très floue, je sais ; ne vous plaignez pas, vous n’avez encore rien vu.)

Comines-Warneton (5) : l’habitat

Nous envisageons d’acheter cette maison ; elle coûte 496 000 euros, ce n’est pas rien, mais elle dispose d’une piscine et de boxes pour les chevaux – une commodité appréciable quand on emménage : on pose ses meubles, comme on dit…

Quand nous aurons posé nos meubles, nos bouées en forme de canard et nos chevaux dans notre villa, nous pourrons décorer sa façade d’un petit nom en solfège dans le même goût que le do mi si la do ré ci-dessous.

Le nom idéal serait quelque chose de grandiose dans le goût de Royal Palace, mais que l’on puisse épeler en notes de musique.

Peut-être un jour nos colonnes (inspirées de) grecques se terniront-elles, mais nous n’aurons pas le laisser-aller de certains de nos concitoyens cominois* : nous faisons le serment que, si elles devaient ainsi décatir, nous louerions un nettoyeur à haute pression.

Dans le parc, entre la piscine et les boxes des chevaux, nous ferons construire un barbecue en dur comme celui de nos voisins, orné de têtes de lion, dans un cadre délicieusement rustique.

* La profusion de fausses colonnes grecques à Comines-Warneton étaye ma thèse de la proximité culturelle entre Belgique et États-Unis ; que l’on se remémore les paroles de Cities, chanson des Talking Heads, dans lesquelles il est question de Memphis, « home of Elvis and the ancient Grece ».

Comines-Warneton (4) : au fil de la Lys

Un simple pont sépare Comines (France) de Comines-Warneton (Belgique). Sous ce pont coule la Lys, le genre de rivière où l’on ne se baignerait pas.

Malgré notre goût prononcé pour les passages secrets et les territoires interdits, malgré la pression de notre employeur, le National Geographic, nous n’avons pas enfilé nos combinaisons en néoprène pour aller voir où mènent ces portes immergées. Vous pouvez m’envoyer tous les pigeons de la Création, c’est toujours non.

Pourquoi ne peut-on pas se baigner dans cette rivière d’aspect si charmant ? Parce que de lourdes péniches y circulent (nous le verrons plus bas) entre des usines qui, comme Lotus (la biscuiterie particulièrement connue pour ses Speculoos), déversent dans l’eau des liquides colorés et odorants.

Admirez cette vue de l’usine en question avec, en arrière-plan, l’église Saint-Chrysole de Comines, au style néo-byzantin – oubliez Saint-Pétersbourg et toute la Russie impériale, allez à Comines, France ; en plus, l’église vient d’être restaurée, nettoyée, on en mangerait comme d’une charlotte aux fraises.

Saint-Chrysole n’est pas le seul atout architectural de Comines (France). Ici, derrière une péniche aménagée en appartement, vous voyez se dresser le clocher de St-C mais aussi le beffroi de l’hôtel de ville et son bulbe majestueux (le bâtiment figure au patrimoine mondial de l’UNESCO).

Ne croyez pas que nous n’ayons pris aucun risque pour vous. Nous avons traversé des champs marécageux pour nous approcher de cet étonnant pont dont nous ignorons de quoi il est un vestige : une voie ferrée passait-elle autrefois en-dessous ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Il est là, au milieu des champs, ça ne vous suffit pas ? Vous savez combien nous paye le National G. pour ce type d’enquête ? Même pas l’essence de la Cadillac. Alors si vous n’êtes pas satisfaits par notre manière de mener l’enquête, flûte.

Pour clore cet épisode sur le fil de la Lys, la photo promise d’une imposante péniche passant (tout juste) sous le pont qui sépare Comines (France) de Comines-Warneton (Belgique), ce si beau pont qui, je tiens à le préciser, n’est ni belge ni français, un pont libre et libertaire, no border.

Comines-Warneton (3) : L’art

Au fil de nos déambulations, nous avons découvert Roger Coppe (1928-2012), maître verrier, peintre, sculpteur et dessinateur, manifestement l’artiste phare de Comines-Warneton. Nous lui devons notamment le Mémorial de la Bataille du Canal, sur l’esplanade du canal Comines-Ypres.

Si vous longez le canal vers la Lys, à l’angle de la rue de la Procession (ancien chemin de halage) et de la rue de la Procession (et vice-versa), vous apercevrez sur votre gauche la Maison de la Jeunesse et de la Culture, construite en 1975, et que décore un bas-relief de l’artiste, dans un genre très différent de son mémorial.

(Rue de la Procession, donc, Comines-Warneton, Wallonie.)

En voici un détail :

Nous avons aussi découvert que la fille de Roger Coppe, Dominique, est peintre et aquarelliste ; elle expose et donne des cours, également à Comines-Warneton. Malheureusement, des reflets sur la vitrine de la galerie ne me permettent de vous donner qu’un aperçu de sa peinture – troublé par les reflets d’une pancarte Kruidvat, du dos que j’aime et de ma propre silhouette (vous ne serez pas surpris d’apprendre que cette photo me plaît beaucoup, vous commencez à connaître mes goûts décadents).

Mais l’art, à Comines-Warneton, c’est aussi le hall d’un club de blues et de jazz, l’Open Music, rue du Faubourg, qui est également le hall d’un cabinet d’avocats – nous avons trouvé la chose assez nébuleuse -, hall qui est une véritable galerie d’art. Si l’un d’entre vous sait de quel artiste est le buste ci-dessous, à mes yeux l’œuvre majeure de cette exposition que nous supposons permanente, je lui offre une petite frite* à l’Istanbul (« Les meilleurs kébabs de la région ! »)**.

* Supplément sauce non pris en charge.
** Frais de déplacement non pris en charge.

Comines-Warneton (2) : une voie ferrée

La gare de Comines-Warneton a diverses particularités : d’abord, l’on n’y trouve ni Marks & Spencer ni Palais des Thés mais un atelier d’artiste – galerie d’art ; ensuite, des affiches nous présentent (photo à l’appui) Frank, l’employé qui entretient la gare pour le confort de tous ; enfin, des cabines de plage boxes permettent aux usagers d’attendre leur train assis à l’abri des éléments. Un véritable modèle que cette gare.

La Belgique m’évoque souvent les États-Unis, comme je ne manque jamais de m’en ouvrir à mes amis belges – certains partageant cette impression, d’autres me regardant alors avec un rictus quelque peu méprisant. La musique explique en partie cette impression*, mais aussi la sirène de la police (politie) ou encore les passages à niveau.

Ce système de roue et contre-poids nous a beaucoup plu ; nous n’avons pas compris ce qu’il reliait à quoi ; nous n’aurions pas pu inventer le chemin de fer, quelque amour que nous portions (vous l’aurez compris) à son esthétique.

Après la gare, les deux voies ferrées en deviennent une seule. Vous découvrirez dans des articles ultérieurs (teaser !) quelques merveilles de faune et d’architecture qui agrémentent ses abords (patience).


* Ainsi, Comines-Warneton (18 111 habitants) possède un club de jazz et de blues tandis que Lille et son aire urbaine de 1 182 127 habitants n’en proposent pas un ersatz.

Comines-Warneton (1)

Pour inaugurer la nouvelle rubrique de ce blog, « National Geo » (dans laquelle vous pourrez retrouver les enquêtes approfondies sur des villes sous-estimées que me commande régulièrement le célèbre magazine – notamment mes explorations de Charleroi et de Maubeuge ou encore mes observations totalement urbanistiques sur Mons-en-Barœul ou le quartier Loos Oliveaux), je vous emmène cette semaine à Comines-Warneton. Eh oui, c’était le nom à trouver pour gagner un peigne dont vous connaissez désormais (de réputation) les caractéristiques techniques : raté.

(Plutôt pas mal assis, là, au bord de la Lys.)

(Un mur de textures composites, dans le centre-ville.)

(Vitrine sur laquelle se devine le reflet de ma bien-aimée.)

Encore une voie ferrée (2)

Celle-ci relie Sequedin à Hallennes-les-Haubourdin et Haubourdin. Elle vous apparaît ainsi quand vous la longez en voiture. Pas mal.

Vous pouvez même admirer ces barrières qui permettent aux piétons de traverser les voies ferrées pour gagner les grands ensembles de l’Europe. L’on trouve très peu de ces barrières dans la métropole lilloise, comme si nos concitoyens devaient être protégés de leur propre incapacité à tourner la tête. Les concitoyens, ce n’est pas ce qui manque ici : la densité de population doit approcher d’un record régional. D’où l’on déduit que la SNCF fait beaucoup confiance aux résidents de l’Europe.

Mais si vous êtes piéton, vous pouvez voir l’autre côté de la voie ferrée ; c’est bien plus fascinant. Vous descendez du pont qui s’appelle Rue du Pont et vous arrivez au pied des voies.

En quelques foulées (car vous courez, bien sûr), vous voici au seuil d’un champ, dont je vous propose pas moins de trois images – j’aime bien les champs aussi, j’estime que trois photos ne sont pas de trop et que celles-ci, en l’occurrence, ne sont pas redondantes. Si ce n’est pas votre avis, descendez la page d’une souris leste et envoyez-moi un pigeon de réclamation, je saurai le recevoir (heureusement pour lui, je suis antispéciste).

Un panneau vous invite à rester prudent : une locomotive à vapeur pourrait bien vous surprendre à l’aiguillage.

Vous décidez de continuer tout droit plutôt que de suivre cette courbe vers les champs puisque l’Europe est le but de votre course à pied du jour.

Vous tournez maintenant la tête vers la droite et vous rendez compte que vous auriez bien pu, à quelques secondes près, sans la protection du panneau à vapeur, vous faire surprendre par ce train de marchandises.

Il est très long et plutôt rapide.

Ensuite, vous parvenez au pont que vous avez découvert du dessous au tout début de cette promenade en images qui vous est proposée par le National Geographic et présentée par votre serviteur, comme qui dirait (le mot, tout comme sage-femme, ne se genre pas, c’est ainsi).

Puis vous empruntez un long chemin sur lequel, assurément, personne ne vous entendrait crier s’il prenait la fantaisie à un psychopathe de surgir des fourrés, mais pourquoi cela se produirait-il maintenant, un matin pluvieux d’août où vous courez, la poitrine soulevée par le bonheur de découvrir de nouveaux territoires, tout en écoutant Meredith Monk au casque ?

Au bout de ce chemin, vous débouchez à l’angle nord-est de l’Europe, mais cela méritera un autre reportage.