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Le mille quatre cent neuvième et dernier week-end de ma vie lilloise – mon acte II – touche à son fin. L’acte III débutera samedi prochain. Que souhaites-tu faire de ce dernier dimanche ? aurais-je pu me demander si j’avais eu besoin d’y réfléchir, mais mon instinct a guidé Mon Bolide sans tergiverser à travers mes quartiers préférés de Villeneuve-d’Ascq, en finissant par la Cousinerie et les Marchenelles, puis entre champs et bosquets dans un silence presque parfait, jusqu’à Hem, Roubaix, Croix, ensuite de quoi nous avons dévalé le Grand Boulevard qui a été l’une de mes premières amours topographiques dans la métropole lilloise – au début des années 2000 c’était une passion, d’ailleurs certains d’entre vous ont dû connaître la carte postale ci-dessous, que j’ai publiée en 2005 sur mon blog alors intitulé Rien n’arrête nos esprits (et dont est tiré mon recueil Je respire discrètement par le nez, où l’on trouvait également les aventures de Dancing Chicken et de Sean Mondino, mais surtout la série à succès Avec Marie-Eustache et nos amis) :

Aujourd’hui, ce serait plutôt

Mais mon dernier coup de cœur dans la métropole lilloise, c’est ce lotissement de la Cousinerie qu’enrobe la rue de la Cimaise et où l’on trouve, entre autres éblouissements, ces trésors de géométrie :

Ici, même les arbres sont au cordeau

sauf celui auquel je m’identifie

Il n’y a pas que des allées pavillonnaires mais aussi de petites résidences et, naturellement, les chemins de traverse qui font le sel des lotissements.

J’adore aussi la vue qu’offre ce Beaucoup Fun du quartier Flers Bourg.

Et le ciel était poignant, à la fois mélancolique et lumineux : parfait pour ce dernier dimanche de l’acte II. Qu’il en soit remercié.

27 ans plus tard

Quitter une ville après y avoir vécu vingt-sept ans est étrangement douloureux – et, sans vouloir me plaindre, on n’est guère compris : après tout, on l’a choisi, et (en ce qui me concerne) on ne s’en va pas très loin. Or il se passe des choses inattendues, à l’approche du départ, et le mien est imminent. Des souvenirs et des visages que l’on n’avait pas évoqués depuis des années, des décennies, reviennent à la mémoire sans avoir été convoqués. Cette nuit, en rêve, j’ai revu mon amie Cathy ; dans la vraie vie, ce n’est pas arrivé depuis plus de quinze ans. Chaque jour m’apporte ainsi son lot de fantômes et d’anecdotes. Pour le dire simplement, c’est comme voir sa vie défiler. Désormais, chaque pas que je fais dans les rues de Lille soulève une poussière de réminiscences. Dès lors, il est difficile de ne pas avoir l’impression de mourir un peu, même si c’est dans l’espoir de renaître ailleurs autrement, si possible mieux.

(Où suis-je ? HK1, Faidherbe, 1992)

Je n’aurais pas pensé dire ça un jour mais, tant que j’y suis, pour être sûre de n’oublier personne, j’aimerais pouvoir faire défiler un générique de fin et revoir une dernière fois ceux que j’ai connus ici puis perdus : ceux qui sont morts, ceux qui sont partis avant moi, sans laisser d’adresse ni plus de trace dans la ville que je n’en laisserai, ceux avec qui je suis brouillée pour toujours, ceux dont je ne saurais dire pourquoi je ne les vois plus, ceux dont je me demande comment j’ai pu oublier leur nom, ceux dont j’ignore ce qu’ils sont devenus et dont je ne saurais même pas dater la disparition de mon petit paysage, ceux dont je ne me rappelle pas pourquoi je traverse la rue pour ne pas les croiser, ceux dont je me rappelle très bien pourquoi j’évite chaque lieu qu’ils sont susceptibles de fréquenter, ceux qui semblent inscrits dans la ville au même titre que sa pierre, ses briques, ses pavés, ceux dont le visage m’est aussi familier qu’un motif de papier peint, mais où ai-je déjà vu ce papier peint ?

Quant à moi, la première année de ma vie lilloise, je ressemblais à ça (après élimination, avec ciseaux à bouts ronds, des cheveux  présents sur la photo de classe).

(à droite, après repousse : plus joyeuse)

Mon arrivée dans cette ville me semble à la fois dater d’hier et d’une autre vie. Je revois certains visages de l’internat ; pas tous, pas même celui de la fille qui me faisait face dans le dortoir de soixante lits, d’aspect militaire (un lit, une armoire, un lit, une armoire). Bien qu’aucune ne m’ait manqué pendant toutes ces années, bien que jamais je n’aie envisagé concrètement la possibilité de revoir l’une ou l’autre, il me semble que nous sommes les aigrettes d’un pissenlit, disséminées à la surface du globe terrestre. Ce pissenlit était un faisceau de hasards : le dossier de l’une avait été accepté de justesse, une autre avait longuement hésité entre Lille et Douai, une autre encore avait opté en dernière minute pour l’internat, renonçant à prendre son premier studio, et nous avions été réunies à la jonction de soixante chemins tortueux, ne nous en réjouissant ni ne nous en plaignant, puis la vie avait soufflé l’heure de notre dispersion. Si je n’étais pas en train de faire mes cartons, m’aurait-il un jour paru étrange et poignant de ne jamais revoir ces jeunes filles avec lesquelles j’ai partagé un dortoir ou leur souvenir se serait-il totalement effacé à mon insu ? Où qu’elles soient aujourd’hui, j’espère qu’elles vont toutes merveilleusement bien.

(1992, internat du lycée Faidherbe : quelques-unes de mes camarades (mélange de prépas littéraire et scientifique) + 3 garçons que leurs petites amies avaient cachés)

Récemment encore, je ne me rendais pas compte qu’à mes yeux nous avions formé une espèce de famille, une famille comme on en a plusieurs dans une existence, celle du sang, celle des amis, mais aussi celles que peuvent constituer une troupe de théâtre, un groupe de musique, un dortoir, ou un moment. Ci-dessous, détail d’un pêle-mêle de l’été 1999 – j’évoque cette bande-là dans deux de mes premiers romans, Si encore l’amour durait et Push the push button.On penserait que c’était la mode des T-shits blancs mais je crois qu’aucun d’entre nous n’a jamais été à la mode ; un hasard blanc, sans doute.

Je ne vois pas défiler que des visages mais aussi des lieux, dont certains n’existent plus, ou plus sous la même forme. J’ai quasiment l’impression de quitter une autre ville que celle où je suis arrivée il y a 27 ans et deux mois, d’autant que depuis plusieurs années, je vis plus dans la banlieue que la ville même. Je connais avec précision de nombreuses villes de la métropole lilloise, tant j’ai consacré de temps à explorer le territoire, à pied, à vélo, en courant. Est-ce le signe qu’il est temps de partir ou est-ce un gâchis ? me suis-je demandé récemment, et la réponse m’est venue plus facilement que je ne l’aurais cru : ça ne peut être un gâchis puisque je ne partage ma connaissance des lieux avec personne, mon approche du territoire reposant sur ce que mes propres amis appellent des drôles de lubies. Je peux dire où se situe le plus volumineux Chalet du Nord sur une aire de 150 km² (c’est assurément à Ronchin) mais je n’ai aucune idée du personnage historique auquel tel monument rend hommage, à supposer que mon regard ait jamais prêté attention audit monument. Rien de très transmissible. En ce qui me concerne, j’ai depuis longtemps exprimé toute la saveur de la plupart de ces lieux et n’en retrouve plus l’intensité que lors de sporadiques épiphanies – à part peut-être à Villeneuve-d’Ascq, que j’aime toujours aussi passionnément (eh oui) – ça c’est une photo que j’y ai prise dimanche, précisément à la Cousinerie :

(amour éternel)

Quand j’aurai le recul nécessaire (celui de la distance mais aussi, sans doute, celui du temps), j’essaierai d’exploiter sous une forme pertinente ce que je connais de ce territoire, et quelques-unes des quelque 12 000 photos que j’y ai prises, dont certaines ont fait un passage sur ce blog avant son démantèlement – le genre de beautés et merveilles que peu d’entre nous voient, comme celle-ci, sur un mur de Marcq-en-Barœul :

J’ai commencé à me promener à Lille avec un appareil en 2003. C’était l’époque où je voulais que mes photos aient l’air sorties d’une photocopieuse des PTT, à 50 centimes la copie, ou d’une caméra de surveillance. C’était l’époque où Lille était encore décrépite et par endroits inquiétante, ce qui faisait une grande partie de son charme. On y trouvait ceci, en plein centre ville :

Je viens de retrouver les originales, ça n’a pas grand chose à voir. Dans certains cas, ce traitement cheap ne rendait pas trop mal :

Pour vous donner une idée, l’image ci-dessus ressemblait à celle ci-dessous avant mon traitement spécial « photocopie PTT » :

J’étais jeune et très fan de Sonic Youth – dis-je au passé alors que, samedi soir, lors de ma sortie de l’année dans le centre de la ville, empruntant des chemins glauques baignés de lumière orange baveuse (une pure lumière de photocopie PTT sans effets spéciaux) pour contourner les rues à touristes, j’ai trouvé un certain charme à la promenade parce que précisément, j’écoutais No Home Record de Kim Gordon, sorti quelques jours plus tôt – Will you get, will you get, get lost.

En 2003, j’étais déjà très attentive à Jésus agent de la circulation, comme en témoigne cette photo avec camion poubelle, véritable ancêtre de mes Upper Rooms & Kitchens.

Et ça, JMJ, ce n’est pas le Bronx dans les années 1970 mais mon quartier (Moulins) en 2003 (toujours), très précisément l’angle de la rue d’Avesnes et de la rue de Wattignies avant que le terrain ne devienne la place du Carnaval avec ses sculptures pour école maternelle et sa résidence du Soleil Intérieur, où les fenêtres ont l’air de meurtrières.

Mais c’est fini, tout ça : au revoir, Lille. Et à bientôt pour un sacré National Geo consacré à sa banlieue. Ça, ce sera après Rennes – ah oui, Rennes : je vous en parle bientôt.

I <3 Scln

Je suis tombée amoureuse de mon nouveau bolide, un vélo rouge qui saute comme un cabri dans les bois et les champs. Et, de fil en aiguille, je suis tombée amoureuse de Seclin. Il me faut d’abord m’excuser d’avoir incorrectement nommé la ZI (ou ZAC) de l’Épinette ASPUZI, dans de précédents billets, quand j’ignorais encore que Seclin était la ville de DEUX zones industrielles : double bonheur, surtout le dimanche – ça tombe bien, parce que le dimanche les berges du canal sont infréquentables, entre les campings sauvages de pêcheurs en tente kaki, les marcheurs nordiques, joggeurs fluorescents et cyclistes coqués coquets. Ici, il n’y a que moi, le dimanche. Le samedi soir, c’est sans doute différent, à en juger par les traces de beaucoup fun devant les hangars :

Le dimanche, tout n’est que lignes pures, jeux de lumière et délectable désolation.

Mais ASPUZI, the real ASPUZI, c’est aussi la couleur et la danse :

ASPUZI est l’antichambre de Seclin. Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Quelques chiffres, pour commencer : Seclin, c’est 17,42 km² pour 12 463 habitants (2016), soit une densité de 715 hab./km². Si ça ne vous parle pas, Sallaumines (l’étalon-or de ce blog), c’est 3,82 km² pour 9 799 habitants, soit une densité de 2 565 hab./km². See what I mean? (Ok, il faudrait faire le calcul en décomptant les hectares non habités des ZI, je l’admets sans mauvaise foi, mais dans ce cas il faudrait en faire autant pour la déchetterie de Sallaumines.) Notez qu’en termes de Ville Fleurie, nous sommes à Seclin 3 fleurs – Sallaumines 1.

Le canal de Seclin n’y est sans doute pas pour rien, bien sûr, qui rejoint perpendiculairement la Deûle à Houplin-Ancoisne, 4,5 km à l’ouest.

Les oiseaux d’eau y vivent en harmonie, comme à Harnes.

Il y a aussi des ragondins et des fantômes.

Seclin est connue pour ses châteaux. Sauf que, Grand Jeu Concours ! un seul des trois châteaux ci-dessous en est vraiment un : lequel est-ce ? Question 2 : L’un de ces châteaux n’est pas sis à Seclin mais à Templemars, à quelques pas de la frontière. Duquel s’agit-il ?

Cette tendance au faste n’exclut ni les ZUP

(vue de l’ouest)

(vue du sud)

ni les arrière-mondes :

ni les Upper Rooms & Kitchens de carrefours et ronds-points :

(abbé Bonpain de carrefour)

(Jésus Christ de rond-point)

ni le Kitsch & Lutte des Classes – Grand Jeu Concours 2 ! Laquelle de ces œuvres n’est pas une boîte aux lettres de Seclin mais de Carvin (autre passion récente) ?

L’art, ce n’est pas ce qui manque, à Seclin : mural

et de rond-point (ici, la couleur s’impose, vous allez le comprendre)

Cette dernière œuvre de rond-point nous amène dans mon lotissement préféré de la ville : les Aviateurs. J’adore. D’autant que, si de nombreux-ses Seclinois-e-s me témoignent volontiers une certaine hostilité, les Aviateurs-trices me traitent généralement comme une des leurs – sans collier de fleurs ni tralala. Voici un plan du quartier : un vrai crop circle, à l’américaine, quoique l’on ne s’y perde pas trop.

Le lotissement fait face à l’hôpital de Seclin, le nouveau, un hôpital intéressant, paradoxal, à la fois hôpital de campagne puisque l’on peut notamment y accéder par des chemins de tracteurs, quoique par ailleurs il fasse preuve d’une belle géométrie :

Une vue du parking s’impose également :

Attention, chien méchant et volumineux juste derrière cette rangée de maisons, il m’a poursuivie l’autre jour et j’étais bien contente d’être juchée sur Mon Bolide, dont on aurait dit qu’il pétaradait comme un bolide des Fous du volant mais en fait c’était le claquement de mes dents. Maintenant, voyons comment les Aviateurs se présentent depuis l’hôpital.

On voit plein d’avions dans le ciel aussi, à Seclin, bien plus qu’à Lesquin si vous voulez tout savoir,

et d’autres objets volants

et des sommets intéressants, quoiqu’ils ne volent pas,

et aussi des tunnels : ici, on en a plein les yeux, dessus et dessous.

Pour finir, un peu d’architecture (ici, l’arrière de l’hôtel de ville),

d’urbanisme (cité des jardins)

(ça ressemble à ça)

et de presque la campagne

Voilà, entre autres choses, pourquoi i <3 tant Scln.

Promesse de NG : Annoeullin*

J’envisage de consacrer prochainement un National Geo à la ville d’Annoeullin, non que j’y aie retrouvé la joggeuse à l’omoplate mais j’y ai découvert des trésors qui pourraient faire office d’enluminures à nos études sur le thème « Kitsh & Lutte des Classes ». Ainsi, ce Chalet du Nord remarquable, dont j’aime imaginer qu’il s’agit d’une niche de Saint-Bernard reconvertie, nous offre un pont entre L’appel de la montagne : Chalets du Nord et Mascottes du Nord : Les chiens.

Oui, je sais, cette photo est un peu floue ; c’est que je tremblais d’émotion quand je l’ai prise. Je ne m’excuserai pas. Maintenant, admirez le détail.

J’étais encore sous le choc esthétique de cette découverte quand je suis tombée sur ce crossover : un Bienvenue sur T’Hair dont le nom mérite une espèce de palme (à tout le moins la reconnaissance officielle que je lui offre ici), sis près d’un rond-point qu’orne un arbuste taillé en « chignon » selon la nomenclature adoptée dans notre chapitre Arbres du Nord : Imagin’Hair.

* J’essaierai de tenir cette promesse, contrairement à toutes celles que j’ai faites depuis la refonte de ce blog toujours en chantier, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

L’indécision

La rue de Noyelles / du 10 mars / de Lyon à Fouquières-sous / Noyelles-lès-Lens.

D’un côté de cette rue, l’harmonie des oiseaux d’eau

et de l’autre, l’effondrement des techniques modernes

(sur le panneau il n’est pas écrit attention chute de pylônes mais risque d’inondation).

Qu’est-ce que c’est ?

Non, ce n’est pas un film américain post-apocalyptique, c’est Montigny-en-Gohelle. Ci-dessus, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne, ci-dessous non. Et c’est, rien que pour vous, 17 images du bonheur dans le bassin minier (la précédente ne compte pas, elle n’est pas de moi mais d’un Tobe Hooper minier).

Toujours à Montigny, face à la station-service et aux supermarchés incendiés, éventrés, noyés sous les déchets, ces Rideaux et Voilages remarquables sans esbroufe ni dauphins.

Depuis le 23 mai, je poursuis mon projet poétique en forme de road-trip cycliste. Je descends chaque fois à une gare différente avec mon vélo, je me perds et je découvre. 40 km par jour sur un biclou en fin de carrière, sous le soleil qui fait cloquer l’hélix de mon oreille droite. Je pédale dans un autre espace-temps. Si par exemple vous déplorez la mort des petits commerces et des centres-villes, c’est parce que vous n’allez pas à Billy-Montigny, où les années 1980 n’ont pas pris fin. Ameublement et décoration,

chaussures et prêt-à-porter, il y a tout ce que vous voulez.

Moins à Fouquières-lès-Lens.

Encore que. Si j’avais su écouter le trottoir, j’aurais enfilé ces protège-oreilles, bien qu’il fît 35 degrés ce jour-là, et des cloques ne darderaient pas sur mon hélix. Je n’ai pas voulu croire que c’était ce dont j’avais besoin.

Dans le bassin minier, on ne trouve pas que les années 1980 ; il y a aussi la modernité – c’est à Meurchin.

Ainsi le cycle de la vie suit-il son cours. Ci dessous, des bébés cygnes de Wingles.

Comme moi, la nature est heureuse ici. J’en veux pour preuve ce champ de colza et de coquelicots à Annay (≠ en Annay).

Gloire à Annay (≠ d’Annay) !

Les surprises jaillissent à chaque tour de roue. Un exemple : après le jardin des voitures brûlées à Hénin-Beaumont,

au fond de ce qui est une impasse pour les véhicules motorisés, il suffit de traverser la voie ferrée

pour déboucher dans le parc des Îles, et là laissez-moi vous dire que le roi n’est pas notre cousin. De quoi danser de joie devant les escaliers. Yee-haw !

Un autre jour (passé comme les couleurs de cette affiche livrée aux intempéries à Noyelles-sous-Lens), on pouvait se rendre au salon du bien-être et de / par (?) la voyance. Mais à quoi bon la voyance quand le bien-être est juste là et ne demande qu’à être vu, saisi au vol par l’œil disponible, alerte, brillant de gratitude ?

Et personne n’est laissé de côté, comme on le voit dans ce parc des mêmes Noyelles (est-ce un Noyelle ou une Noyelle ?) au bord de l’autoroute dite rocade minière.

Tout cela est tellement excitant que l’on peut dire, waouh,

Mais l’endroit que je préfère et où je tiens ma permanence poétique, c’est ce parc de Sallaumines. Je m’y sens comme chez moi, quelque part entre la déchetterie, un lotissement et l’autoroute. Il ne s’y passe jamais rien = Il s’y passe toujours quelque chose. Dimanche, une pie a poursuivi un chat en le narguant, je le jure.

Des lignes et des promesses

J’ai quelques National Geo de retard sur ce blog, je sais. Je continue de m’offrir des escapades dans le bassin minier dès que j’en ai l’occasion et j’accumule une matière foisonnante, que je n’ai malheureusement pas le temps de mettre en forme. L’été me laissera sans doute un peu de répit ; j’en profiterai pour faire le tri dans mes photos et les organiser à ma manière. En attendant, voici quelques images glanées aujourd’hui entre Pont-à-Vendin et Angres en passant bien sûr par Sallaumines (Où est la jeune athlète ? chantais-je de mon plus pur colorature sur l’air de Où va la jeune Hindoue ? de Léo Delibes, en même temps que j’attaquais des côtes dignes de San Francisco sur mon vélo rose : facile). Voici des lignes de l’agglomération Lens-Liévin + un zeste de California Dreaming.

Flore de Wattignies

Quand j’ai besoin de me reposer, je vais courir ou je me promène sur le service de cartographie en ligne, alternant cartes, vues satellite et immersives. Ces deux activités sont d’ailleurs intimement liées, puisque j’utilise ce service en complément de mes jambes et de mes yeux. Par exemple, je m’étonne de ce qu’une rue toute neuve de Wattignies s’appelle rue de l’Anémone des Bois ; chaque fois que j’y passe, je souris. Un jour, je sens mes neurones griller sur un problème de narration (oui, de narration, je vous rappelle que j’écris de nouveau pour la jeunesse) et je décide, pour me dégourdir les lobes, d’aller faire un petit tour dans cette rue via le service de cartographie. Vous auriez tendance à penser que ça ne sert à rien ? Avouez. Vous auriez tendance à croire que tout est dit sur la plaque de rue ? Je viens vous prouver que vous avez tort. Car sur le plan nous découvrons que nous avons affaire à un véritable herbier. Mais surtout, à une véritable énigme. Narration, encore ! Suivez-moi.

Vous reconnaissez ici la fameuse. (Anémone des bois.)

Je vous présente maintenant la bruyère cendrée.

Poursuivons avec le miroir de Vénus, qui est bien une plante.

Le laurier blanc (vous ne pouvez pas le savoir, mécréants) est une surprise. Je veux dire, qui s’est promené virtuellement dans ce quartier fleuri ne s’attend pas à y trouver du laurier blanc.

Sur la carte, en ses lieu et place, l’on trouve une plante vénéneuse, la morelle noire. Que devons-nous comprendre ? Qu’essaie de nous dire le service de cartographie en ligne ? Un employé dudit service est-il un botaniste en herbe (hihi) qui s’emmêle les bristols ? S’agit-il d’une usurpation d’identité florale ? D’une malédiction ? Mystère…

(Si vous connaissez la réponse, gardez-la pour vous, laissez notre imagination gambader avec la grâce d’un faon dans les rues de sunny Wattignies, merci.)