In the upper room (45)

J’ai une bonne nouvelle pour vous, ce matin : comme ses amis Elvis et Michael Jackson, Jésus est vivant ! Je l’ai appris mercredi en passant devant l’église Saint-Léger, à Lens, et j’ai dû me faire violence pour garder cette information par-devers moi jusqu’au jour traditionnellement dédié aux upper rooms & kitchens. Si mon exploration de l’agglomération ne me comblait pas de joie, ce scoop suffirait à le faire. Quelques rencontres inopinées, aussi émouvantes qu’éphémères, ayant déjà émaillé mon périple cycliste, je me prends à rêver qu’un matin, au détour d’un terril ou d’une baraque à frites, je croise celui-là même qui est mort pour nos péchés, nu sous son voile qui volait qui volait, son voile qui volait au vent (pour citer Marie Dubas*) comme suggéré ci-dessous, et qu’il me raconte ce que ça fait, d’être le sauveur du bassin minier. Si cette chance m’était offerte, j’essaierais de le prendre en photo, à la dérobée.

* Marie Dubas : Son voile qui volait

Saturday Night Fever (47)

Promesse tenue, voici un samedi réservé à female:pressure, réseau international fondé par Electric Indigo et qui réunit des femmes, trans et queer œuvrant dans les musiques électroniques et les arts numériques. Vous entendrez notamment un morceau de Sonae, qui vous a fait danser la semaine dernière sur la musique des autres – elle m’a dit que vous vous étiez plutôt bien tenus, ce qui m’a fort agréablement surprise. J’attends de vous le même comportement adulte cette semaine : si vous ne supportez pas la musique électronique (je veux dire aucune forme de musique électronique, car je vous en propose ici un spectre assez large), allez danser ailleurs ce soir, tout simplement.

Electric Indigo : The Landing (Vienne)

Sonae : Einfach So (Cologne)

Kaffe Matthews : Weather Made I (Londres)

Abyss X : Humiliation (Los Angeles)

Paula Temple : Monstro (Berlin)

Ah! Kosmos : Melting Into Rise (Istanbul)

Xyramat : Yacikaa (Hambourg)

Des tuyaux + 1

Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir vous proposer aujourd’hui, quand je me suis rappelé ce tuyau que m’a donné un dératiseur hier soir (j’ai des fréquentations variées, voyez-vous) : il y a une invasion de frelons asiatiques à Lille en ce moment – uniquement à Lille, pas dans la région, a-t-il précisé. Ce que nous ignorons, c’est si les frelons considèrent Hellemmes et Lomme comme des quartiers de Lille, dans l’esprit colonialiste de l’hôtel de ville, ou comme des villes à part entière. Lommois, ne vous réjouissez pas trop vite. Fivois, dans le doute, traversez la rue, réfugiez-vous à Hellemmes. Si malgré mon avertissement vous croisez la route d’une de ces bestioles, écoutez les conseils du dératiseur : Ne la chassez pas de la main comme une bête guêpe, courez, il n’y a que ça à faire, parce qu’elle peut vous tuer. Ce n’est pas gai, je le sais bien, mais je ne suis pas là pour vous faire croire que toutes les espèces partagent notre antispécisme.

(Tuyaux de Loos ou d’Haubourdin, on ne sait pas (c’est pile entre les deux), de Lomme (la colonie ou pas), Mons-en-Baroeul (je sais que cette photo est floue, patates, mais j’aime bien, laissez-moi tranquille), Lille Sud et Wattignies.)

Promesses + trucs brûlés

Vous êtes nombreux à me reprocher le minimalisme de mes interventions ici, ces dernières semaines. C’est que, voyez-vous, je n’ai plus tellement la tête dans la métropole lilloise depuis que j’arpente le bassin minier à vélo en quête de vides exacts, d’ennui existentiel et aussi un peu de kitsch & lutte des classes, pour mon plaisir personnel (car ce n’est pas vraiment mon sujet). Je suis désolée de n’être plus très présente mais je vous promets qu’avant même mon exposition de photos et de textes, je vous livrerai ici la matière que j’aurai décidé de ne pas utiliser (ma sélection compte déjà quelques images inexploitables dans ma thématique mais que par ailleurs j’aime beaucoup ; je compte sur vous pour éponger mes frustrations). En attendant, quelques trucs brûlés puisque vous aussi, comme les mauvais garçons d’ici, le feu vous divertit au cœur de l’été (à en croire vos pigeons et le succès surprenant de Sols d’été (4)).

Sols d’été (4)

Cependant que des incidents climatiques font rage un peu partout et que nous arrivons péniblement au terme d’une longue canicule, la jeunesse désœuvrée de la métropole lilloise fait du feu. Avec des mobylettes, des voitures, des cannettes de 8,6. Les saines activités d’un été en ville.

Mal assis, là (48)

Nous avons déjà évoqué le confort dans l’exercice du deal. Deux des trois salons en plein air ci-dessous sont des repaires de mauvais garçons – que cela reste entre nous. Le premier se trouve à l’entrée d’une rue condamnée, à Roubaix. Quand le Scarface du coin m’a demandé ce que je photographiais, j’étais heureuse de pouvoir dire : Le chat. De l’enfilade de jardins en friche à l’arrière des maisons sortaient des fantômes émaciés et titubants. J’ai dit au revoir et bonne fin de journée. J’ai tâché de ne pas me retourner 37 fois avant d’avoir atteint le coin de la rue, mais c’était un gentil Scarface.

(Photos prises à Roubaix, donc, à Wazemmes et à Ronchin.)

Au bord de l’eau

Un samedi grésillant de soleil, je me suis déclarée en vacances pour un jour. Mes deux coéquipières et moi avons longé la Deûle, la Marque, le Canal de Roubaix puis celui de l’Espierres, après nous être égarées à Croix car trois Gouniche peuvent bien perdre le fil d’un canal ; quand nous sommes rentrées à Lille sur nos vélos de ville après 55 km de faux plat, la peau salée, poussiéreuse, un vent frais a entassé de gros nuages sombres sur le désert d’août presque parfait. Voici sept images glanées en chemin. La première est affreusement surexposée mais ce pont est sans doute ce qui m’a le plus fascinée en cours de route – un pont de chemin de fer en bois et en acier, dont on se demande comment des trains ont pu un jour l’emprunter sans que tout s’effondre. Là, nous avions déjà perdu le fil du canal mais nous ne le savions pas encore parce que, à notre décharge, nous longions quelque chose qui ressemblait quand même beaucoup à un canal.

Ce qui nous a permis de découvrir cet aspect de Croix que nous ne connaissions pas.

Parfois, nous passions sous des voies rapides et autoroutes, sous de longs ponts quelque peu inquiétants comme je les aime (au loin, mes coéquipières sur leurs bicyclettes.)

D’autre fois, des passerelles chargées de tags et même de peintures dans le style bord de mer, assez inhabituelles, nous proposaient de passer au-dessus de l’autoroute ; mais non.

Mes coéquipières étaient souvent loin devant parce que je m’arrêtais constamment pour prendre des photos. Ensuite, je pédalais sec pour les rattraper, puis je buvais de l’eau tiède. (Ici, je pense que nous étions quelque part entre Roubaix et Wattrelos.)

Finalement nous sommes arrivées à Leers, la frontière belge était proche et, au-delà, le but de notre promenade, à savoir une guinguette d’Estaimpuis, où nous attendaient des frites belges et des Belges très chaleureux, comme ils le sont souvent.

Alors que notre périple touchait à sa fin, la ducasse de Marquette battait son plein, avec son glacier, sa pêche aux canards et son unique manège ; deux jeunes gens étaient assis sur la plateforme immobile de celui-ci, qui diffusait à un volume réjouissant la chanson D.I.S.C.O. Nous l’avons chantée pendant une partie de la route – jusqu’à ce que nous arrivions chez moi, où je nous ai nettoyé les oreilles avec le dernier album de Santigold, I Don’t Want: The Gold Fire Sessions, sorti le 27 juillet.

In the kitchen (25)

Autant vous prévenir, notre prière du jour va contrevenir à deux de nos principes élémentaires :
1. Cette semaine, notre kitchen est en couleur ; en noir et blanc, elle perdrait beaucoup de son sens, comme vous serez bien obligés de l’admettre.
2. Ce n’est pas moi qui l’ai prise en photo mais mon père. Il m’avait décrit cette borne kilométrique avec Vierge Marie et je lui avais demandé de bien vouloir m’en envoyer une image quand il aurait l’occasion de lui rendre de nouveau visite à Diéval, village du Pas-de-Calais (751 habitants, 63 hab/km²) dont je vous offre ci-dessous une image satellite (vous admirerez la marqueterie que présente la campagne d’ici).

Si vous avez quelque chose à redire, je prépare des rafraichissements sur mon chéneau pour vos pigeons. Mais si vous voulez bien abdiquer votre mauvaise foi coutumière, vous apprécierez l’aplomb de ce syllogisme terrien : les routes de campagne tuent, c’est bien connu, or Marie est investie dans la prévention routière au point d’avoir formé son propre fils unique au noble métier d’agent de la circulation, comme nous l’avons vu bien souvent (notamment ici), donc une kitchen kilométrique était une solution astucieuse pour veiller sur les automobilistes.

Saturday Night Fever (46) : De la sous-traitance

Comme j’ai trop de travail ces temps-ci et que, en prime, je me paye aujourd’hui le luxe d’une virée à vélo entre filles (dont il est fort probable que je vous rapporte quelques photos), je ne suis pas en mesure d’assurer votre Saturday Night Fever. C’est comme ça. Je n’ai pas honte, je n’ai pas peur. J’abandonne mon poste à Sonia Güttler, aka Sonae : elle a offert cette semaine un excellent mix au site Internet du magazine Wire, mix dans lequel on trouve d’ailleurs la musique de quelques femmes formidables dont il a déjà été question ici. Et puis la semaine prochaine, je vous ferai écouter Sonae herself, ainsi que quelques artistes également liées au réseau female:pressure. Pour écouter le mix de Sonae, cliquer ici.


(Photo de Katja Ruge.)

Tristesse

Ce matin, j’ai repéré cette inscription sur un mur de la résidence Comtesse de Ségur, à Ronchin. Je l’ai prise en photo parce que je trouvais que la composition était belle (l’enseigne de la pharmacie à l’arrière du magasin, le volet de fer, le jaune volontaire, exubérant, et le tag) mais aussi parce que j’étais touchée par la sensibilité de son auteur (ou du moins par ce que ce simple mot et son étonnant point final suggèrent de son regard et de son empathie). Je n’ai jamais consacré de billet à cet ensemble, composé de deux immeubles pourvus de cellules commerciales et de services au rez-de-chaussée, bien qu’il me fascine depuis très longtemps. De retour chez moi, tout à l’heure, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus, ce qui veut dire que je cherchais des chiffres, à mon habitude (ainsi ai-je lu que 1400 habitants s’y partageaient 642 appartements) mais j’ai aussi appris par hasard qu’un garçon de 11 ans y avait été poignardé à mort au début des années 2000 par un camarade de classe. L’agresseur, aujourd’hui sorti de prison, dit que sa victime ne quitte jamais ses pensées : « J’essaie de réussir ma vie pour deux vies », dit-il. Alors je me suis demandé si l’auteur de « Tristesse. » connaissait ce fait divers.