Processus réversible n°10 : notvivianmayer (4)

Bien que j’aie couru près de 100 km, cette semaine encore, je n’arrive pas à me considérer comme sportive. Peut-être parce que je cours avec un rouleau de scotch en bracelet et avec des tas de choses dans ma capuche / boîte à gants, notamment des objets trouvés tel que la prise de courant coupée dans Prière n°10 (avec petit c en couleur) ou le rétroviseur brisé ci-dessous. Cet après-midi, je me suis tellement amusée que je suis tombée sans me prendre les pieds dans quoi que ce soit. Notez que ce processus réversible est mon premier dispositif interactif, certes rudimentaire.

Moche

Hier soir, nous avons abordé divers sujets existentiels et ontologiques, parmi lesquels une question qui nous a occupés assez longtemps : Y a-t-il des configurations spécifiques pour les mystiques et des transits particuliers au moment des conversions ? Joe a finalement clos la discussion par un prudent « peut-être ». Aujourd’hui, mon questionnement solitaire concerne la novella que je suis en train d’écrire sur Allison ; il me semble être passée insensiblement d’un processus de sublimation à un processus de réification. N’y-a-t-il pas de voie médiane ? me suis-je entendue dire à voix haute, tout à l’heure, face au miroir de la salle de bains. Je suis toujours aussi moche, trop moche pour appeler le sosie d’Anna, et je mets à profit le temps de repli nécessaire que m’impose ma hideur pour interroger ma pratique artistique du moment.

Mal assis, là (35) : Bruxelles

La Foire du livre m’a donné l’occasion de visiter une part infime du fascinant arrière-monde bruxellois. J’aime beaucoup cette ville (je pourrais même y vivre), il y règne un esprit de partage qui se manifeste jusque dans la conception du siège : ici, l’on peut mal s’asseoir nombreux, c’est généreux.

In the upper room (33)

Il est symboliquement pénible d’aborder le numéro 33 de ce rendez-vous dominical (côté messieurs, car nous avons aussi le versant In the kitchen pour les dames – essentiellement pour les vierges maries puisque, pour une raison qui m’échappe, nous ne disposons guère de saintes dans les alentours). 33, quand on parle christ, c’est un peu comme madeleine quand on parle Proust : l’histoire faite running gag, vidée de son sens, réduite à une marionnette de doigt trop bavarde, aux platitudes stéréotypées. J’ai failli sauter directement au numéro 34 mais l’idée d’une nuée de pigeons s’abattant sur moi m’en a dissuadée – je sais que vous tenez mes comptes mieux que je ne le ferai jamais, non par rigueur intellectuelle mais en quête d’une faille qui vous donnerait l’occasion de me tourmenter (je suis heureuse de servir à quelque chose en ce monde, et si ce doit être d’exutoire à vos frustrations existentielles, je l’accepte avec une abnégation toute christique). Ici comme ailleurs, je veux fêter ce 33 depuis l’arrière (très précisément, depuis ce type de point décrit dans Mal assis, là : des jardins).

Drôles de trucs

Hier soir, nous avons dansé, Anna, Dancing Chicken, Dame Sam et moi, en hommage au sosie d’Anna, que nous avons failli croiser sans le savoir il y a quelques jours. Apprendre ça nous a fait faire de drôles de trucs, de retour à la maison, avec les jambes, les bras et le bec (surtout DC).

(La photo dans le phylactère est de Warren Millar.)

Eh oui, nous avons encore dansé sur cette musique (7 fois par jour en moyenne) :

Anna Meredith : R-Type (écoutez ça aussi fort que vous le pouvez)

Saturday Night Fever (27)

Un samedi soir aux fièvres variées, cette semaine, quoique toujours orchestrées par des femmes incroyables, inclassables. Vous êtes prêt(e)s ?

(Santigold dans la vidéo de Banshee, image d’Ethan Marcopoulos.)

Cindy Lee : Act of Tenderness

Abyss X : Lyrical Waxing

Kara-Lis Coverdale : Touch me and die

Jarboe & Helen Money – Wired

Pharmakon : Autoimmune

Heather Leigh : The Return

Santigold : Banshee (Sans doute la chanson qui me rend le plus hystérique, à égalité avec R-Type d’Anna)

L’arrière-monde (10)

Les arrière-mondes se marient bien avec la lumière (avec toute lumière : écarquillée, carbonique ou filtrée sous les amas de nuages anthracites), soit qu’elle les sublime, soit qu’ils offrent un marche-pied à sa gloire ou à sa mélancolie, posant un genou au sol pour qu’elle puisse, y prenant appui, s’étirer vers l’infini.

(De haut en bas, Lesquin, CHR, Lille Sud, Wattignies, Moulins. Je ne fréquente guère plus que le sud de la métropole, ces dernières semaines ; je ne le choisis pas, je vais là où des images mentales m’attirent dès le réveil car, en matière de course à pied, je me fie totalement à mon instinct. Tant que je danse, que je ris aux éclats et que je rentre boueuse, assez désaxée pour croire – au moins jusqu’après la douche – à la toute-puissance de mon esprit, tout va bien.)

Du piment

C’est ce que me recommande 박지하 ce matin – je suis en pyjama, je redresse la perspective de quelques arrière-mondes en buvant mon thé cependant que, un mètre à ma droite, Dame Sam se prélasse au soleil sur l’appui de fenêtre.
– J’y ai bien pensé, figure-toi. C’était même ma première idée au réveil : aujourd’hui, fais-le.
– Quoi ? s’en mêle Dame Sam.
– Elle voudrait inviter le sosie d’Anna pour le déjeuner.
– Ah ouais, dit Dame Sam, ça fait trois jours qu’elle nous bassine avec ça, DG, Anna et moi.
– Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? insiste 박지하.
– Regarde-moi, je plaide : je n’ai jamais été aussi affreuse.
Et je ne parle pas du pyjama. 박지하 grimace.
– J’avoue, dit-elle .
Et ça ne sonne même pas adolescent. Je n’appellerai pas le sosie d’Anna, la basketteuse du cosmos, aujourd’hui encore.

***

Un peu de pub pour notre amie : le premier album de 박지하, Communion, paraîtra en Europe le 2 mars : plus qu’une semaine !