Quelques typographies d’Avion

que j’ai classées dans ce que je pense être l’ordre chronologique de leurs époques mais je me trompe peut-être totalement ; je vous laisse le soin de les mettre dans l’ordre qui vous paraît juste. Vous l’aurez compris, j’aime beaucoup Avion, où l’on trouve la cité des cheminots, la véloroute à destination d’Hénin-Beaumont et ses arbres fruitiers, l’un des plus beaux terrils de notre bassin minier (Pinchonvalles) et l’un des plus effrayants (dit par moi du psychopathe), le parc de la Glissoire qui a son propre terril avec observatoire design et son parc d’attractions miniature kitsch, des coins et recoins étonnants, chemins de traverse, tunnels, arrière-mondes inquiétants, une ZUP au bord des champs, des cités pavillonnaires décorées avec audace, des contrastes esthétiques et sociaux assez éclatants, de l’art post-minier plutôt surprenant (quoiqu’en la matière, aucune ville à ma connaissance ne surpasse Méricourt), des gens qui se disent bonjour avec des chiens, etc. Et des inscriptions et enseignes figées dans le temps.

NPR 32 de locomotion

Comme j’ai conservé un esprit d’enfant, le fait que notre magnifique cité des cheminots soit partagée entre Avion et Méricourt me fait sourire. D’autant que, l’été, nous avons aussi Avion Plage dans le quartier de la République + la plage du parc de la Glissoire et son célèbre toboggan gonflable à flanc de terril* (voir les chapitres Des échelles et L’aventure de mon expo Ligne 18) : Avion, 17 583 habitants, a deux plages. Mais pas de pédalos. D’où ce NPR revendicatif.

Il pleuvait samedi soir quand j’ai accroché ce processus réversible (et pris ces photos) mais si vous pouviez voir les corps marbrés de rouge glisser sur le toboggan, au long de nos torrides étés, vous ne diriez pas bof.

J’ai aussi remarqué au parc une œuvre qui manquait à ma micro série Des plages. Je me demande comment elle avait pu m’échapper jusqu’alors, d’autant qu’elle n’a pas l’air de la semaine – ce qui fait tout son charme : la même en peinture fraîche, j’imagine, ferait mal aux yeux, ce n’est pas comme si le projecteur diurne qui la surmonte n’y suffisait pas.

* Il s’agit du terril 81, dit 5 de Lens Est. (Et ce que j’appelle le spot de lapins, ce terril interstitiel qui m’a sauvé la vie pendant le premier confinement, est son jumeau, le 81 A dit 5 de Lens Ouest.)

/ 3 : Foulque dans la brume

Dans le NPR 31 d’interdiction et d’instruction, je fais allusion au lever du soleil sur l’étang du Brochet alors que les photos sont plutôt claires et nettes. C’est qu’il faut bien dissocier lever du jour et lever du soleil. Ainsi, quelques minutes encore après avoir terminé l’accrochage, alors que je gagnais l’autre rive du canal en passant sur le pont désormais bien connu (cf. NPR des lapins), j’ai pu admirer ceci.

Une foulque passait par là.

Puis elle a plongé. Les foulques sont essentiellement végétariennes mais parfois elles se laissent à aller à manger des larves d’insectes et des bivalves.

Souvent, les foulques se battent comme on le dit des chiffonnières (je connais mieux les foulques ; à l’avenir, j’emploierai l’expression se battre comme des foulques).

NPR 31 d’interdiction et d’instruction

Bienvenue sur l’Arena Terril Trail – puisque tel est (je l’ai déjà signalé ici) le nom grotesque dont a été rebaptisé le terril 94 de Noyelles-sous-Lens. Ces derniers mois, plusieurs panneaux en bois comme celui de la photo ci-dessous gâchent le paysage autrefois lunaire ; on y trouve des listes d’interdictions qui doivent émoustiller les vandales, à supposer qu’ils aient l’idée de descendre de quad pour les consulter (des chicanes auraient été plus utiles). On y trouve aussi des plots, des rondins et, à plusieurs points stratégiques, ce type de signalétique à la mode qui commente la vue comme si le monde était une image qui ne tenait pas debout sans légendes et commentaires. Pollution visuelle que tout ceci, avec des infographies sans goût, comme nous allons le voir.

Cela dit, je peux me tromper : si vraiment le visiteur est par essence une cruche qui ne reconnaît pas son cul de son coude, sans doute tout ceci lui est-il indispensable. Mais dans ce cas, la signalétique souffre d’un flou criminel. J’ai tâché d’y remédier, ce matin, tout en contemplant le lever de soleil sur l’étang du Brochet couvert de brume.

ceci est le panneau des interdictions
mais il y a aussi un panneau instructif
qui décrit ce que vous voyez
(terril, plots, panneaux)
pour le consulter, suivez les plots vers l’est

(j’ai écrit ce NPR au milieu de la nuit, pendant mon insomnie, ce n’est pas un NPR improvisé ; il s’avère inexact puisque le panneau instructif a été déplacé, une centaine de mètres au nord du point que j’indique : tout le monde va être perdu, j’en ai peur, et va tourner bras ballants à la recherche d’un plot indiquant le panneau)

les listes d’interdictions sont les suivantes :

  1. avec des dessins pour les mal-comprenants

notez :

a. qu’une image a été découpée (c’est le cas sur tous les autres panneaux de ce type) ; quelque chose me dit qu’il s’agissait de chasse et de pêche, qui sont autorisés ici : on ne nourrit pas les animaux mais on peut leur tirer dessus ou leur arracher la bouche

b. sur le dessin ci-dessus, ce sont les chiens qui n’ont pas le droit de faire caca, tandis que dans la version sans illustrations, ci-dessous, on comprend bien que les humains non plus n’en ont pas le droit (j’aurais beaucoup aimé un dessin, pour le coup)

2. sans les dessins, pour ceux qui ont étudié à la faculté

J’ai gratté avec les ongles le plexi couvert de givre, je trouve les traces assez belles (donc au retour de cet accrochage, je courais en short avec masque et sac à dos, les mains dans les poches de ma veste pour ne pas perdre les ongles ; curieusement aucune inconnue ne m’a sifflée).

Pour aider le visiteur à trouver son chemin jusqu’au panneau instructif, j’ai légendé quelques plots qui ne l’avaient pas été, par une négligence incompréhensible des aménageurs.

Le suivant se trouve ici : utile, comme on le voit.

Cette fois, j’ai tenu à rappeler quelques règles élémentaires ; je m’inquiétais pour ce plot nu, à la merci des ingrats.

Voici le suivant, dans le soleil levant.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est NPR-32-k.jpg.

Je ne les ai pas tous légendés, gratter le givre avec les ongles devenait douloureux.

Et voici les stars d’Arena Terril Trail.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est NPR-32-n.jpg.

On peut courir avec des bâtons sur le terril, comme le monsieur qui sourit, content à l’idée d’être immortalisé sur une infographie en deux langues. Come here to train! Come here by train, too, here is the gare SNCF. Merci !

Des oisons

au parc de la Glissoire, en Avion (je ne vois pas pourquoi on se taperait un hiatus si certaine ville du sud y échappe avec à peine deux lettres en plus).

17 secondes de douceur – quoiqu’un peu secouées par le vent, désolée…

NPR 30 culturel

Un peu de militantisme dans ces nouveaux processus réversibles.

la culture, c’est essentiel
la preuve :

les jeunes vident des extincteurs
sur la véloroute parce qu’ils ne
peuvent plus aller au théâtre

ou ils mangent des choses
grasses devant la télévision

NPR 29 éblouissant

Voici l’occasion de vous raconter un peu comment je procède dans mes NPR improvisés. Hier, au début de ma course à pied, je vois sur mon chemin fétiche les restes d’une torche manuelle éclairante de longue durée – 8 minutes – normalement utilisée par la SNCF pour signaler un danger ou un accident mais aussi très amusante, au même titre que l’extincteur, pour les fêtes nocturnes de plein air. Leur vision allume un poème dans ma tête mais je décide que je reviendrai l’installer en fin de parcours. Je m’arrête à Méricourt, le temps de préparer trois NPR, dont celui ci-dessous, prêt à planter – ce qui me permet de le mettre en place et de le prendre en photo en quelques secondes, avant que le cow-boy et son ami berger allemand, que j’ai dépassés 2 ou 300 mètres plus tôt, ne me rattrapent.

il n’y a personne au monde
que je souhaite éblouir
qu’est-ce que vous dites
de ça, madame ?

Le tube rouge et le jaune sont les deux parties d’une même torche ; je précise que ces signaux de sécurité sont les mêmes partout en France et que les couleurs n’ont aucun rapport avec la proximité (700 m à vol d’oiseau) du terrain où s’entraîne l’équipe du RC Lens et du technicentre où sont volées ces torches (il faut dire que les portes des locomotives ne sont même pas verrouillées, on y entre comme on veut).

Retour sur le NPR 23 des lapins. Je pensais qu’il serait décroché ou vandalisé dans la journée mais j’étais surprise, ce matin, de constater qu’à l’inverse, il avait été tourné de manière à être mieux placé sur le poteau – même si, de ce côté de la route, il ne fait plus vraiment son travail de signalisation. Disons qu’il tombe mieux, comme on pourrait le dire d’une robe.

Je doute que ce puisse être une prouesse du vent ; je pense plutôt à une complicité humaine – ou peut-être ai-je un regain de foi en mes congénères depuis que des voisins de la Quatrième Dimension, après avoir vu mon NPR 26 des indices proprioceptifs, m’ont démasquée (trop forts) puis contactée, usant de la discrète nouveauté de ce blog : la page contact*. J’en étais toute joyeuse.

* Elle date de mercredi… Qu’est-ce que vous dites de ça, madame ?

/ 3 : Oiseaux d’eau noirs

Ce matin, les animaux étaient joyeux et nombreux près du terril de Noyelles, les lapins surgissaient de toutes part et les oiseaux mêlaient leurs chants. Un cygne a craché quand j’ai essayé de lui parler, il s’est vexé que ça m’amuse, un héron s’est envolé alors que je disais bonjour à des poules d’eaux, foulques et grèbes huppés, me réjouissais de voir sympathiser un colvert et un Duclair (j’avais assisté, mercredi, à un tel rapprochement sur la Deûle, au retour de Lille). Pour accueillir ces canards noirs à jabot blanc apparemment d’origine normande, voici un /3 consacré aux oiseaux d’eau noirs que l’on rencontre à Noyelles-sous-Lens. Ci-dessous, un canard de Duclair , un cygne noir et une foulque macroule Jésus. Pas de poule d’eau, non (ça ferait un / 4 et ce ne serait pas un nombre premier), pourtant je dois confesser une tendresse toute particulière pour les gallinules. Chaque fois que je vois une de ces poulettes courir vers le canal, mon cœur fond, j’ai envie de déposer un baiser très délicat au sommet de son crâne. Les photos ne sont pas nettes, il était très tôt et le ciel est plombé ce matin.

NPR 28 du bon souvenir

Troisième et dernier épisode de cette trilogie d’anniversaire. Il y a trois ans, il était à peu près cette heure-ci quand j’ai rencontré le Monstre. Grand Jeu Concours ! Devinez où a été prise cette photo – à moins que vous ne veniez de tomber sur ce blog pour quelque obscure raison, vous devriez reconnaître le lieu.

pourquoi les monstres
ne garderaient-ils pas
un bon souvenir de ceux
qu’ils ont suppliciés ?

(Or je ne souhaite pas que ma tortionnaire garde un bon souvenir de moi.)

Réponse à notre Grand Jeu Concours : j’ai prélevé la branche à moitié calcinée sur laquelle est punaisé ce NPR dans un cercle de gravats où refroidissait un récent feu de camp, et ce feu de camp avait flambé sur… le terril du psychopathe, bien sûr.

NPR 27 du merveilleux moment

Merci d’avoir patienté. Il est midi et nous sommes de retour pour commémorer les trois ans de ma rencontre avec le Monstre. Vous aurez du mal à le croire mais les deux photos ci-dessous ont été prises à la même heure, ce matin. Je me suis assise sur un tronc d’arbre coupé, au bord d’un champ, en short par 2° C, pour contempler le lever du soleil sur le terril de Méricourt en même temps que je préparais ce petit carton mais aussi ceux des NPR 28 (en ligne ce soir) et 29 (en ligne demain), dont l’idée m’était venue quelques minutes plus tôt, au fil de mon parcours. Car mon nouveau plaisir est d’improviser les NPR (c’était déjà le cas des NPR 26 du flûte alors, NPR 25 inoubliable et NPR 15 des terminaisons nerveuses), ce qui implique de courir avec un petit sac à dos pour disposer d’un minimum de matériel – divers types de papier, punaises, scotch, ciseaux, perforatrice, ficelle, stylos. Le seul inconvénient de ce procédé, c’est qu’il morcelle considérablement mes courses à pied : je ne ferais pas ça tous les jours, parfois j’ai besoin de sentir le crescendo de l’endorphine épouser sans entrave celui de la musique, disons par exemple celui de Love, Lovers, la dernière tuerie de Jenny Hval au sein de son duo Lost Girls (un morceau irrésistible, qui musicalement ressemble un peu à la rencontre de Kelly Lee Owens avec Nisennenmondai dans une montée à la SØS Gunver Ryberg mais sans cesser d’être du pur et unique génie Hval).

On devine le NPR à contre-jour sous ce lever de soleil flamboyant.

Suite et fin de cette journée festive, ce soir.