Estivalitude

Ce matin, à 9h, sera diffusée sur France Inter une émission enregistrée en juillet, dont Jeanne Cherhal et moi étions les invitées, au micro de Christophe Bourseiller. Je pense n’avoir jamais été aussi navrante à la radio, sans doute parce que le format inhabituel m’a quelque peu désarçonnée, en tout cas j’ai ruminé ma propre nullité pendant deux semaines. Je m’en suis remise, ça va. Mais aujourd’hui, il n’y a plus rien à faire : ça va s’entendre, inutile de faire comme si ça n’avait pas existé. Désolée. Présentation de l’émission, ici.

L’amour dans l’arrière-monde (3)

disons que je suis un carnet
entièrement empli d’une écriture serrée
de biffures et de ratures
tu arraches les pages par paquets
et tu les brûles quelle joie
l’encre sèche crépite en étincelles oranges et bleues
comme une orange de Floride souriant sur un ciel de Floride sur une carte postale de Floride
c’est ainsi
que tu illumines ma vie
en brûlant les pages mortes de mon passé
pour célébrer le présent
alors je cueille les possibles sur ta peau si blanche
sur tes lèvres roses d’enfant
dans ton regard où dardent des poussières d’or
c’est ainsi
que tu deviens ma Floride inopinée
sous le ciel d’une zone industrielle comme
par miracle celle où j’avais imaginé pour rire
que je te rencontrerais
j’aime
Templemars vive
Templemars

Promesse de NG : Annoeullin*

J’envisage de consacrer prochainement un National Geo à la ville d’Annoeullin, non que j’y aie retrouvé la joggeuse à l’omoplate mais j’y ai découvert des trésors qui pourraient faire office d’enluminures à nos études sur le thème « Kitsh & Lutte des Classes ». Ainsi, ce Chalet du Nord remarquable, dont j’aime imaginer qu’il s’agit d’une niche de Saint-Bernard reconvertie, nous offre un pont entre L’appel de la montagne : Chalets du Nord et Mascottes du Nord : Les chiens.

Oui, je sais, cette photo est un peu floue ; c’est que je tremblais d’émotion quand je l’ai prise. Je ne m’excuserai pas. Maintenant, admirez le détail.

J’étais encore sous le choc esthétique de cette découverte quand je suis tombée sur ce crossover : un Bienvenue sur T’Hair dont le nom mérite une espèce de palme (à tout le moins la reconnaissance officielle que je lui offre ici), sis près d’un rond-point qu’orne un arbuste taillé en « chignon » selon la nomenclature adoptée dans notre chapitre Arbres du Nord : Imagin’Hair.

* J’essaierai de tenir cette promesse, contrairement à toutes celles que j’ai faites depuis la refonte de ce blog toujours en chantier, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

Resink

Ça faisait un an ce matin. Un an que j’avais pris la photo de la jeune athlète que l’on peut voir dans mon expo Ligne 18 et qui figurait dans L’Humanité du 25 avril dernier. La fleur de thé se trouvait-elle au parc ce matin pour fêter l’événement, et pour que je lui remette enfin son exemplaire de L’Huma (un peu fatigué de voyager depuis des mois dans ma sacoche de vélo) ?

Eh non.

Je profite de l’occasion pour vous dire que cette page de journal est à l’origine de mon roman à paraître en janvier aux éditions de l’Olivier (quel teaser !), roman que j’appelle affectueusement Le Sel et dont je suis en train d’écrire la suite (Le Sel 2, en somme) ou plus exactement le négatif (Le sucre, donc), avec la même ferveur. Autrement dit, considérez qu’après ces quelques jours de disponibilité, je suis de nouveau en résidence. Merci de votre compréhension, jamais démentie. See you later, alligators!

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

Sink

C’était il y a un an. C’était le 1er août mais un mercredi, un sourire est tombé dans mon cerveau, où il n’a cessé de s’épanouir comme une fleur de thé : il a soulevé des souvenirs, fait naître des projets, m’a accompagnée dans l’assainissement de ma vie. Quand je pense à cette année passée en sa discrète compagnie, j’entends Tea Break for Juliet, composé par Catherine Kontz pour la soprano Juliet Fraser et qui me semble aussi un hommage à Three Voices (for Joan La Barbara) de Morton Feldman (que Fraser a d’ailleurs interprété – Hat Hut Records, 2016). Et Sudan Archives (Brittney Parks), qui dans Sink chante I know you came to change my life. Sink mais doucement, comme une fleur de thé. Qui que soit son émettrice, c’était vraiment un sourire de compétition, merci.

Amours d’été dans l’arrière-monde

Comme je n’ai pas le droit de faire du sport pendant 10 jours à cause de mon nouveau tatouage (du chiendent sur le bras droit), je me promène à vélo. Ce matin, vous n’étiez pas nombreux à me gâcher le paysage au long des 35 km d’espaces essentiellement interstitiels que j’ai parcourus entre Templemars et Annoeullin – je m’étais inquiétée à tort, pensant que des familles de vacanciers allaient envahir les chemins ruraux broussailleux qui longent les voies ferrées, les zones industrielles et les cours d’eau croupie, mais sans doute étaient-elles occupées à gonfler des piscines de jardin. Quand j’étais partie de chez moi, mon intention était seulement de chercher dans le vrai monde une inconnue que j’avais aperçue hier sur Google Maps street view (c’était ma première rencontre virtuelle), quoiqu’en espérant échouer dans ma quête pour qu’elle m’occupe plus longtemps (quête > son objet, d’ailleurs rêverie > réalité, en l’occurrence fantasme > petite amie, engagement, injonctions et autres emmerdements).

Là, c’est la mystérieuse inconnue. Je suis très sensible au gracieux mouvement de son bras droit et à la légère inclinaison de sa tête vers l’épaule gauche, mais ce qui m’a le plus séduite en elle, c’est qu’elle se dirige sans chien vers l’arrière-monde.

Là, c’est moi qui en fais autant, au même endroit.

Mon Bolide (mon vélo de ville rose princesse) couine sur les pavés puis sur la terre desséchée des chemins, les orties cinglent mes mollets, les lapins et les oiseaux fuient devant moi comme si j’étais un incendie, puis que vois-je ? Un trou de grillage vers un autre paysage.

Mon Bolide et moi escaladons le talus que l’on devine à gauche sur la photo ci-dessous et nous voici dans la ZI ou ZAC (selon les panneaux) de l’Épinette, la plus modeste des deux zones industrielles de Seclin, où nous faisons sensation auprès des trois êtres humains que nous croisons, et que nous feignons de ne pas voir bien qu’ils conduisent des véhicules de plusieurs tonnes.

Votre espace vous y attend. Vous pourriez y fabriquer des semelles, par exemple, ça sert toujours. Ou des bouchons, des pinces. Je ne sais pas, moi, vous n’avez qu’à faire une étude de marché.

Puis nous gagnons la campagne et nous dirigeons vers Annoeullin, Mon Bolide et moi,

parce que je soupçonne (sans bases empiriques très stables mais interprétation > vérité) qu’y habite une joggeuse frôlée récemment sur un chemin de halage et dont je ne connais pas le visage mais seulement (et très vaguement) l’omoplate droite (largement suffisant). Elle courait ici même (je veux dire, sur la photo ci-dessous) le vendredi 12 juillet à 17h07 et j’ai filé très vite sans me retourner pour m’assurer un amour d’été sans matière.

Ce matin, elle n’y est pas, aussi je retourne vite dans les champs et les bois (par moments, l’on pourrait presque parler de bocage) ; ils exhalent un souffle frais qui ressemble au bonheur.

Et le calme est tel que l’on entend grésiller l’électricité dans les lignes à haute tension et que l’on voit la lune, de sorte que je finis par oublier mes amours d’été désincarnées pour savourer le bruissant ici et maintenant. Om shanti !

Oui, on est bien, au cœur de rien, dans le secret des lapins et des lieux qui n’existent pour aucun œil humain (ou presque),

au point que l’on oublierait les dangers qui guettent les êtres vivants, au paradis de l’arrière-monde comme ailleurs, n’étaient quelques panneaux à ne pas confondre avec le drapeau confédéré.

Du coup voilà

du coup je quitte Lille donc voilà
du coup je quitte Lille voilà sa densité de population vouée à l’ascension frénétique voilà ses conséquentes circulation et pollution voilà ses cénacles suffisants et ses commères donc voilà
du coup j’ai hâte hâte hâte donc voilà
du coup je serai Lensoise parce que voilà j’aime beaucoup la ville qui a nom Annay mais elle est imprononçable d’ailleurs qui souhaiterait être d’Annay ? du coup voilà je ne vivrai pas à Annay qui fait ahaner voilà ni en Annay qui convoque Iko Iko jusqu’à l’usure voilà ni ne cèderai à l’usage grotesque (du coup bien plus horripilant que comme si que, malgré que et après que + subjonctif additionnés donc voilà) de la préposition sur suivie d’un nom de lieu et du coup ne vivrai pas surannée donc voilà
du coup Lens donc voilà
du coup merci au revoir et voilà

Encore une coïncidence

Vous vous rappelez forcément le rêve que j’ai fait la nuit du 12 au 13 septembre 2019. Non ? Vous devriez stimuler un peu votre mémoire, si vous me permettez. Pour la première nuit de mes 44 ans, mon inconscient m’a offert une aventure avec Jenny Hval, ça vous revient ? Dans mon rêve, je l’accompagnais au long d’un véritable parcours initiatique jusqu’à ce que nous parvenions au bord de l’eau dans une magnifique lumière automnale et que ça devienne une histoire d’amour. Je m’en souviens précisément parce que ce rêve a eu un impact sur ma lettre à une jeune athlète. Or l’on apprend aujourd’hui que le prochain album de Jenny Hval, The Practice of Love, paraîtra le 13 septembre 2020. Et que Félicia Atkinson est invitée sur cet album – je trépigne d’entendre cette collaboration (le nouvel album de la géniale Félicia, je le précise, vient tout juste de paraître – très exactement avant-hier, sous le titre The Flower and the Vessel). Cette année encore, Jenny me fait donc un cadeau d’anniversaire. Quand j’ai lu sur le site de Wire le titre « Jenny Hval shares lead single from new album », avant même d’en savoir plus, un cri m’a échappé, qui a dû laisser supposer à mes voisins que j’avais rompu mon vœu de célibat. The Practice of Love, quoi.

(Jenny Hval par Lasse Marhaug.)

(Félicia Atkinson mais on ne sait pas par qui – désolée.)

Je précise que mon répertoire de 997 femmes formidables avance bien. La sélection est faite, j’ai réussi à laisser de côté 300 noms pour m’en tenir à ma contrainte. Maintenant, je prépare un petit paragraphe sur chacune. Plus que 919… C’est très long parce que je m’en occupe seulement au cours de micro-pauses dans mes journées de travail.