I reflect only*

L’on ne voit guère en moi que mon indice de réfraction, me plaignais-je ce matin en courant, feignant de ne pas remarquer l’impertinence de ce on, quand j’ai remarqué un miroir dans les arbres et projeté sur lui ma condition de faire-valoir, alors j’ai pris une photo.

* Encore une référence à la prodigieuse chanson de Gazelle Twin, I consume only.

L’accord de proximité

J’avais dit que je le ferais, Coline Pierré m’a devancée dans La révolte des animaux moches (Le Rouergue, collection dacodac) :

Apparemment, quelques journalistes ont également adopté ce principe, abandonné au XVIIè siècle au prétexte que le genre le plus noble devait l’emporter. J’ignore si d’autres auteurs se sont engagés dans ce processus (je ne suis pas, encore une fois, une acharnée de nouveautés), en tout cas le livre de Coline est le premier où je le vois à l’œuvre et ça me réjouit beaucoup.

Ailleurs not dead

Quand je suis passée devant ce magasin promis à la démolition, j’ai spontanément pensé « Ailleurs est condamné », à cause de cette peinture naïve qui sans doute n’a jamais été aussi belle que dans ses derniers instants, mais je me suis immédiatement révoltée contre cette idée. Ailleurs, c’est là où vivent quelques-uns des individus qui me font le plus de bien, c’est de là qu’ils m’envoient des photos, des mots, de l’amour. Ailleurs, c’est là que je veux être.

(Rue Léon Gambetta, Haubourdin.)

In the kitchen (21)

On en apprend tous les jours. Je viens de découvrir que l’on trouve dans plusieurs villes de France une Vierge Marie dont l’appellation (j’allais dire le cépage) est Notre-Dame de la Bonne Mort et de toute peine. Elle a notamment une chapelle à l’entrée du cimetière d’Hellemmes, sous le diminutif (tout étant relatif) de Notre-Dame de la Bonne Mort. Pour ceux qui n’y connaîtraient rien en bondieuseries, P.P.N. signifie « Priez pour nous » – à cette lumière, mon interjection JMJ (pour Jésus Marie Joseph) ne semble pas une telle hérésie.

Il existe même une Prière à Notre-Dame de la Bonne Mort et de toute peine, dont voici un court extrait : « Ô Marie, Nous te prions aujourd’hui, pour tous ceux et celles qui souffrent dans leur âme ou dans leur corps, et qui désespèrent. (…) Pour ceux qui se laisseraient ou se feraient mourir, pour ceux qu’enlèverait une mort subite ou violente, nous te prions. » (Église St-Porchaire, Poitiers). J’ai découvert ce très beau texte sur un PDF en ligne intitulé « Et si on se faisait un carême sympa » (vous n’avez qu’à cliquer si vous ne me croyez pas). PPM, mes frères et sœurs, PPM, j’ai mal dehors, j’ai mal dedans alors PPM sans parcimonie, s’il vous plaît.

L’art (47) : des Mickeys ferroviaires

Il y avait bien longtemps que je n’avais alimenté la rubrique L’art, ce dont vous êtes nombreux à me faire le reproche ; c’est que, dans les parages, l’on ne sait plus où donner de la tête. Tenez, cette semaine, j’ai découvert une rue de Lesquin dans laquelle un jardin sur deux est orné d’une sculpture antique d’importance majeure et d’exécution remarquable (vous pouvez bien railler ma pusillanimité mais j’attends les vacances d’été pour les prendre en photo, quand les trois quarts des habitants seront partis et que je ne risquerai pas de me faire poursuivre, une fois de plus, par des propriétaires jaloux de leurs œuvres ; pour l’instant, ils campent derrière leurs Rideaux et Voilages ou entretiennent leur jardin, j’ai d’ailleurs croisé le regard d’un monsieur qui nettoyait sa Vénus en plâtre au jet d’eau, avant-hier, et il avait l’air de se demander ce que je faisais là, dans sa rue sans passage au bord des champs – le crâne rasé ne passe pas inaperçu dans tous les lieux que j’affectionne, hélas).

En tout cas, je reviens aujourd’hui à la rubrique L’art avec une pièce particulièrement admirable, au point que j’ai tenu à la présenter ici dans un dispositif de dévoilement (appelons cela une scénographie, mais oui, ne craignons pas les grands mots) que j’estime digne d’elle. D’une part, il s’agit d’art ferroviaire, soit une sous-catégorie relativement rare (vous en trouvez un bel exemple sur la septième image de Encore une voie ferrée (3)), et d’autre part il s’agit d’art outsider dédié aux Mickeys permanents (à l’inverse des Mickeys maison temporaires dont nous avons vu qu’ils fleurissent sur de nombreuses fenêtres pendant les fêtes de fin d’année ; parmi mes Mickeys permanents préférés dans les alentours, My friend Gou et ce véritable Mickey de Lomme Délivrance). De quoi me faire largement pardonner, vous l’admettrez, ma négligence des dernières semaines.

Saturday Night Fever (36) en voyage

Aujourd’hui, nous allons danser sur sept musiques de femmes originaires du Japon et de Corée du Sud (qu’elles y vivent ou pas). J’aime observer la manière dont un folklore et ses instruments trouvent place dans un langage avant-gardiste et, à ce titre, universel – c’est une question à laquelle je réfléchis tous les jours car, si ma playlist du moment (celle que j’écoute en courant) est extrêmement cosmopolite, elle est aussi très cohérente ; je viens de la parcourir et j’y ai relevé tous ces pays : Ukraine, Angleterre, Japon, Afrique du Sud, Écosse, Danemark, Israël, Colombie, Allemagne, États-Unis, Estonie, Canada (l’une des musiciennes que compte ma discothèque est inuite et pratique les techniques vocales spécifiques à la culture dont elle est issue mais le fait d’une manière qui secoue quelque peu les traditions), Corée du Sud, Italie, Irlande, Égypte, Belgique, Suède, France, Mexique, Islande, Norvège, Colombie, Espagne, Russie, Australie, etc. Il y a néanmoins une communauté d’esprit entre toutes ces musiques, un angle de vue sur la création, une appréhension du son et du bruit, une manière d’approcher l’instrument plus que l’instrument lui-même. Je compte me lancer prochainement dans l’élaboration d’un planisphère sonore ; je ne peux rien imaginer de plus passionnant.

Phew : A New World (Japon)

OOIOO – Grow Sound Tree (Japon)

Misato Mochizuki : Intermezzi II (Japon)

Midori Takada : Catastrophe Σ (Japon)

Tomoko Sauvage : Making of a Rainbow (née au Japon ; vit à Paris)

Bora Yoon : G i f t (originaire de Corée du Sud ; née à Chicago ; vit à New York)

Park Jiha : Sounds Heard From The Moon (Corée du Sud)

Okkyung Lee : Hollow Water (née en Corée du Sud ; vit à New York)

De la préservation

La prochaine fois que quelqu’un m’abîmera, je ne l’aurai pas vu venir. Tel est le pacte que j’ai conclu aujourd’hui avec moi-même. Je ne marcherai plus d’un pas leste vers ce qui peut me blesser, je ne me dirai plus que je suis assez forte pour ça, ni que ça en vaut la peine, ni que nul n’est méchant volontairement. Je serai vigilante, si possible perspicace, assurément intraitable. Ça suffit maintenant.

Prière n°13 + annexes

ANNEXES

1.
Depuis que j’ai expliqué à mes amies ma théorie de la manche pour rien, exposée ici, nous avons férocement envie de jouer à la belote ; ce que nous avons décidé de faire ce soir. Ma partenaire sera mon amie Valérie. Hier, elle a envoyé cette photo sur le fil de discussion que nous partageons avec nos adversaires, disant que ce valet, rencontré dans la rue, était de bon augure (ce à quoi je ne puis qu’acquiescer).

Je pourrais profiter de cette prière pour demander une victoire flamboyante à la belote de ce soir et sur les nouvelles complications que me soumet la vie, mais non, je demande juste à continuer de m’amuser même si je perds, même si ça ne se passe pas comme mon esprit déformé par la création romanesque aimerait pouvoir l’envisager.

2. Pour ma part, ce n’est pas un valet que j’ai rencontré ce matin mais un chat, alors que je collais la prière n°13 sur une barrière. Le chat se frottait à mes mollets et à mon sac*, se roulait par terre en ronronnant. J’étais triste de devoir lui dire au revoir pour reprendre ma route, mais j’ai promis que je reviendrais lui dire bonjour de temps en temps.

* Oui, je cours désormais avec un sac ; contrairement à ce que peut laisser croire la photo b. de cette prière (prise il y a un mois), il fait désormais trop chaud pour que je coure avec un vêtement qui comporte une capuche et donc je n’ai plus de boîte à gants intégrée. Aussi dois-je transporter mon matériel de course à pied dans un tout petit sac, que je sens à peine sur mon dos – voici le strict minimum, auquel il faut ajouter des mouchoirs, et que rejoignent à l’occasion mes trouvailles du jour :

Cast of mind

L’album Cast Of Mind de la Suédoise Kali Malone (dont je vous ai déjà fait écouter Black Gate III ici) paraît aujourd’hui. Voici le morceau éponyme, sublime comme du Ellen Arkbro oxydé, granuleux.

Des arrière-mondes paradoxaux

Chemin longeant des champs, Lesquin ; à votre gauche, tout juste masquée par ce talus verdoyant, l’autoroute A1.

Chemin longeant l’arrière d’Auchan, Faches-Thumesnil ; deux cents mètres à l’ouest, vous êtes dans les Périseaux, avec les vaches, les chevaux, les oies et les betteraves.

Conclusion : presque la campagne, c’est presque la campagne. Mais pas tout à fait.