Saturday Night Fever (60)

Il y a deux semaines, j’ai cru que j’avais perdu tout le contenu de ce blog parce que je n’avais pas payé mon hébergeur (la facture était arrivée à mon ancienne adresse avec la menace suivante : « votre domaine pourrait être DÉFINITIVEMENT effacé »). Pendant les quelques heures où j’ai craint qu’il ne soit trop tard pour sauver mes rubriques saugrenues, je me suis dit que ce serait l’occasion de commencer autre chose et j’ai même fini par en concevoir une forme de soulagement ; à vrai dire, j’étais surtout inquiète pour les femmes formidables. J’avais été stupide de confier à une société le répertoire que je constitue pour vous, bien sûr, mais surtout pour moi-même (faute avouée, etc.), aussi ai-je décidé de copier-coller tous les liens dans un fichier texte et de me l’envoyer par mail ; à cette occasion, je me suis rendu compte que je vous ai déjà présenté plus de 233 musiciennes et compositrices contemporaines, par lots de sept, au fil de nos Saturday Night Fevers. Comme si je n’étais pas assez généreuse, voici le dernier album de Jasmine Guffond en intégralité, ce Degradation Loops qui est forcément, me dis-je, une référence aux Disintegration Loops de William Basinski – souvent mises à l’honneur ici avant ma spécialisation dans la production féminine. J’ai beaucoup écouté Jasmine Guffond cette semaine (et aussi Teresa Winter, que je vous ai déjà présentée ici) avant de m’apercevoir qu’elle se faisait aussi appeler Jasmina Maschina – j’ai soumis à votre fine oreille un titre d’elle sous ce nom en février 2017 mais je viens de supprimer le billet qu’il illustrait, il était archi périmé. Toi ici ! lui ai-je dit. Alors que c’était moi qui me trouvais sur son super site Internet, où vous pouvez écouter des heures de sa musique.

Jasmine Guffond : Degradation Loops

Astrid Sonne : Canceled Eyes

Clara de Asís : Do Nothing (Ce n’est qu’un extrait mais vous pouvez en voir et en écouter plus sur son site)

Hélène Breschand : Les incarnés

Ikonika : Please

Maria Forsberg : Weave and Dream

Kelly Moran : Limonium (Vous pouvez écouter / vous procurer les albums de cette formidable New-yorkaise sur bandcamp)

Happy happy

J’ai l’immense joie de vous annoncer que mon livre sur Meredith Monk, A happy woman, paraîtra aux éditions de l’Olivier le 7 mars, à savoir la veille de la journée internationale des droits des femmes. Je me réjouis d’autant plus de cette coïncidence que Meredith a beaucoup souffert, à ses débuts, de la condescendance voire du mépris dont sont toujours gratifiées les femmes dans les milieux artistiques (comme dans tous les autres, me direz-vous) mais que sa détermination n’a jamais faibli. Nous en parlions l’automne dernier, comme je le raconte dans cet extrait de mon livre :

« C’est d’autant plus difficile quand on est une femme, me dit-elle. Mais cela nous donne un avantage sur les hommes : nous sommes opiniâtres et nous questionnons constamment notre pratique. Regarde certains compositeurs – je ne les citerai pas, tu sais très bien de qui je veux parler –, on sent bien que leur mère leur a dit, Tu vas tout réussir, trésor, tu es le meilleur. »

Pour changer, j’ai décidé de vous dévoiler ce que ne sera PAS la couverture du livre – mon éditrice et moi nous avons fait cinq propositions, celle-ci était ma préférée mais n’a pas été retenue :

J’ai pris cette photo lors de la remise du Gish Prize à la Brooklyn Academy of Music le 26 octobre 2017. Je ris encore toute seule chaque fois que je la vois. La voici en grand :

Ce que je ne vous ai jamais montré, c’est la photo qui, (presque) à ce moment-là, était prise sur scène (le nom de son auteure n’est pas mentionné sur le site de la fondation) :

(© 2018 The Dorothy & Lillian Gish Prize)

L’art (56)

Je serais bien égoïste si je gardais pour moi ce chef d’œuvre de l’art contemporain. Vous pouvez l’admirer in situ à Wattignies Village, plus précisément rue des ? des ? des Arts, bien sûr ! Juste en face du Centre culturel Robert Delefosse. Tout dans cette sculpture est en fer, jusqu’à la partition – sauf le tabouret, qui n’est pas signé : l’artiste l’a-t-il ou elle choisi / dessiné / cloué lui ou elle-même ? (Désolée, je ne sais pas qui est cette si majestueuse pièce.) Le tabouret fait-il partie de l’œuvre ou le devons-nous à un service autre que culturel ? Aux espaces verts, par exemple ? Vous trouvez peut-être que je me pose bien des questions inutiles, mais je suis toujours intriguée par l’art municipal : existe-t-il des foires ou des salons dans des parcs d’exposition, où les maire-sse-s / urbanistes / adjoint-e-s à la culture se rendent afin de choisir leurs sculptures de ronds-points, de jardins publics, de mémoriaux, etc. ? À moins que les artistes ne se présentent directement dans les hôtels de ville avec leur book et ne disent, Bonjour, j’ai pensé que votre centre culturel gagnerait en rayonnement grâce à ce piano en fer forgé (+ tabouret en bois – ou pas). S’il s’agit d’appels d’offre, ce n’est pas moins fascinant : qui décide que tel ou tel bâtiment public mérite le privilège de l’art ? Qui décide qu’ici, un piano en fer serait adéquat, et là une femme nue drapée de pierre ? L’équipe municipale ou l’artiste ? Si vous avez les réponses à toutes mes questions, je vous en prie, gardez-les : laissez-nous rêver, spéculer, débattre des diverses hypothèses pendant les longues soirées d’hiver entre ami-e-s, merci.

Pinchonvalles

La semaine dernière, je ne sais plus comment j’en suis arrivée à parler terrils avec mon éditrice ; elle était dans son bureau à Montparnasse et moi dans le mien à porte d’Arras et nous regardions, chacune sur son ordinateur, des photos du terril de Pinchonvalles – il s’étend sur près de deux kilomètres entre Liévin, Avion et Givenchy-en-Gohelle, ce qui (à en croire les divers sites consultés) fait de lui le plus long d’Europe. Je me suis dit que c’était idiot de garder pour moi les photos que j’y ai prises lors d’une de mes dernières virées dans le bassin minier puis je me suis replongée dans mon manuscrit et je n’y ai plus pensé. Ce midi, plusieurs amies et moi nous sommes extasiées sur les beautés de l’automne ; deux d’entre elles ont envoyé sur notre fil commun WhatsApp des photos d’arbres rouges et jaunes prises par leur fenêtre mais je ne peux pas en faire autant, moi, je ne vois pas d’arbre par mes fenêtres puisqu’il n’y en a pas, aussi leur ai-je envoyé une photo de Pinchonvalles : je savais que les champignons allaient rafler tous les prix de beauté. J’ai conscience de vous négliger, ces derniers temps, mais vous trouverez ci-dessous de quoi me pardonner, si j’en crois l’enthousiasme de mes amies.

Le haut d’en bas, pour commencer : logique.

Les fameux champignons (oui, ce sont des vrais – l’une de mes amies a posé la question).

Quelques traverses fantômes.

Le terril de Méricourt, à l’est.

Et à l’ouest, la base 11/19, que vous avez déjà rencontrée ici.

Je vous propose un nouveau jeu, en prévision de ma migration prochaine dans le bassin minier : non plus Où est Kennedy ?* mais Où est Vimy ? Ici, au sud de Pinchonvalles, dans le lointain, son mémorial.

Plutôt pentu – mais aménagé.

Revoir ces images m’a fait du bien. Sans le désir de les partager avec vous, je n’aurais pas pensé à les regarder aujourd’hui et j’irais un peu moins bien, même si je suis allée chercher ma dose de champs ce matin. Je n’oublie jamais assez que je suis coincée dans un pot d’échappement à Lille pour quelques années encore.

* Si vous avez manqué le début, à savoir notre numéro spécial de National Géo, la tour Kennedy est sise à Loos, dans le quartier des Oliveaux. Elle serait menacée de destruction. Elle serait aussi la plus haute tour de logements sociaux au nord de l’Ile-de-France – parfois quand je vous livre des infos puisées à diverses sources documentaires, j’ai l’impression que les Hauts-de-France sont les spécialistes des superlatifs une terre de records et d’excellence : je rappelle que les rivets de la tour Eiffel ont été fabriqués à Vieux Condé, près de Valenciennes, et que le spécialiste français de la majorette vous accueille au Quesnoy. J’arrête là cette énumération pour éviter les jalousies et les attaques de pigeons.

Ligne 18

Mon exposition de photos et de textes sur la langueur de l’été dans le bassin minier s’intitulera Ligne 18. C’est la ligne de TER qui relie mes deux territoires, ligne pointillée entre ma vie actuelle et mon passé – ce passé dans lequel, cet été, je me suis replongée. Le vernissage aura lieu à la salle Jean Ferrat, Place des droits de l’enfant, dans la bonne ville d’Avion, le vendredi 30 novembre à 18h30. Venez, il y aura des trucs à boire et des chips. L’affiche devrait ressembler à ceci, à en croire les maquettes que m’a proposées l’association Colères du présent (j’ai pris la liberté de les panacher afin de pouvoir vous annoncer le grand événement avant que vous n’ayez réservé une table au Crocodile pour votre anniversaire de mariage. L’asso ne m’en voudra pas, je suis juste prévoyante : il faut bien que vous ayez le temps de vérifier la pression de vos pneus).

Upper rooms and kitchens (11)

Ce matin, upper rooms, kitchens et bibliothèque. Parlons pudding et littérature, mais pas longtemps, j’ai envie d’aller courir. Commençons par une citation, j’exècre les citations mais celle-ci est quand même assez drôle et ça ne me dérange pas de l’extraire de son contexte.

« L’éternité, disait-elle, ressemblait à l’espace, en ce qu’elle continuait sans fin, avec Dieu quelque part au milieu, comme une pièce de six pence dans un plum-pudding (pensait Melanie quand elle avait sept ans), qui côtoierait des galaxies à la place des raisins secs et se languirait, peut-être, de la compagnie d’autres pièces de six pence. Comme Dieu doit se sentir seul, pensait Melanie quand elle avait sept ans. »

La phrase est d’Angela Carter, dans Le magasin de jouets magique (traduction d’Isabelle D. Philippe, Christian Bourgois – le roman date de 1967 mais n’a été traduit en français qu’en 1999). Bien que ce passage m’ait beaucoup rire, le reste du roman m’a donné un cafard terrible, sans doute parce que ses descriptions de crasse sont particulièrement efficaces, de sorte que je l’ai tout de suite posé sur la pile des livres à donner, sans crochet par ma bibliothèque : je ne le relirai jamais, même si je le trouve très bien écrit. Je lirai d’autres œuvres d’Angela Carter, dont un texte en quatrième de couverture dit que « Sa gloire peut être comparée à celle de Virginia Woolf, à laquelle les jeunes semblent désormais la préférer ». J’ai rarement lu une phrase d’une telle ineptie sur un livre, en tout cas chez un bon éditeur. Éclairez-moi : Qui sont les jeunes ? Et si on comparait la gloire d’Angela Carter avec celle de Flannery O’Connor ? Ou peut-être que ces choses-là ne se mesurent qu’au sein d’un même pays ? JMJ, c’est vraiment d’une stupidité rare.

Mais revenons-en à nos upper rooms & kitchens. Pour rester dans le pudding cosmique, le cul récemment ravalé de l’église Saint-Pierre-en-Antioche d’Ascq (car il faut préciser cette curiosité, que cette église tourne le dos à place du général de Gaulle – Villeneuve-d’Ascq – comme un chat qui boude). Son beau cosmos flambant neuf mérite bien de vous être présenté en couleurs.

Sans œufs

Gratuit pour les mamies (2) à la Maison Folie de Moulins, c’est demain à 15h. Je vous prépare une lecture un peu particulière, avec inédits, gramophone, radio portative, cierges magiques et si possible pupitre vivant. Connaissant ma propension à trembler beaucoup des mains quand je fais une lecture publique, ce n’est pas gagné mais vous serez indulgents. Merci de venir sans œufs, pourris ou pas. Je serai entourée d’Arnaud Boulogne, Josiane Collet, Lucien Fradin, Aurore Magnier, Marie Stévenard, Clemmie Wonder, du Gang des tricoteuses, d’Avenir Enfance et de la classe de 1ère STI 2D2 du Lycée Baggio.

Pour l’instant, je répète dans mon salon.

Saturday Night Fever (59)

France Musique a diffusé ce matin, à l’heure du petit déjeuner, une Symphonie concertante qui citait plusieurs fois la fucking Marseillaise et dont je ne mentionnerai pas le compositeur parce que ce serait lui faire trop d’honneur posthume. J’aurais pu beaucoup m’énerver mais j’ai gardé la saine habitude de ne pas écouter la radio avec un marteau donc je me suis contentée de l’éteindre et tout va bien, c’est samedi quand même, oh comme nous aimons le samedi ! Ces relents patriotiques m’ont donné envie de débuter cette playlist par un extrait du nouvel album de Maria W Horn, Kontrapoetik, qui évoque la région de Norrland en Suède, la lutte des classes et la sorcellerie/féminisme. Dans un texte de présentation sur bandcamp, il est question de « practice consisting of ceremonies and rituals based on counter readings of the Christian genesis narratives, dismantling its misogynist traditions. In these counter-myths, Lucifer is re-conceptualized as a feminist liberator of womankind*, and is seen as an ally in the struggle against a patriarchy supported by God the father and the male priesthood. The ingestion of the forbidden fruit by Eve becomes a heroic act of rebellion against the tyranny of God and Adam. »

Maria W Horn : Stramonium

Je trouve incroyable que nous n’ayons encore jamais dansé avec Laurie Spiegel, qui est une pionnière de certaines musiques sur lesquelles nous aimons tant exprimer notre fièvre. Permettez que je répare dès à présent cette aberration.

Laurie Spiegel : East River Dawn

Et maintenant, du drone, du field recording, du piano préparé, entre autres petites gourmandises.

Olivia Block : 132 Ranks

Vanessa Rossetto : 348315

Angharad Davies, Tisha Mukarji & Dimitra Lazaridou-Chatzigoga : Outwash

Nous avons déjà entendu Nicole Lizée dans Saturday Night Fever (32) mais la voici dans une veine très différente.

Nicole Lizée : Zoetropes

Nous avons déjà entendu Anne Guthrie aussi, dans Saturday Night Fever (39), mais la voici dans une veine légèrement différente. Figurez-vous qu’elle vit à Brooklyn, au cas où vous en auriez quelque chose à faire. Je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces formidables musiciennes que j’aurais pu y rencontrer, si j’avais mieux préparé mon voyage et totalement renoncé à dormir pendant un mois.

Anne Guthrie : Cello Suite No.2 Prelude, II

Deux aspects du travail d’Anne Guthrie en images : un instrument traditionnel (ici le cor, ailleurs le violoncelle) et l’électronique, d’une part, et de l’autre le field recording.

(Photo de Loren Wohl.)

(Je ne sais pas de qui est cette photo, désolée.)

* La féministe américaine Robin Morgan écrivait en 1977 : « À la Bourse, nous avons demandé une entrevue avec Satan, notre supérieur – un faux pas qui, avec le recul, me consterne : c’est l’Église catholique qui a inventé Satan, et qui a ensuite accusé les sorcières d’être satanistes. Nous avons mordu à l’hameçon patriarcal sur ce sujet, et sur tant d’autres. » (Citée par Mona Chollet dans Sorcières, Zones, 2018.) Mais passons, nous sommes ici pour danser, pas pour nous crêper le chignon (je vous déconseille de jouer à ça avec moi : vous perdriez).

L’art (55)

Je n’avais pas alimenté la rubrique depuis le mois d’août, comme vous me l’avez fait remarquer lors de votre dernière offensive aviaire (était-il besoin d’une telle violence ?) et je reconnais mon tort. Vous voici généreusement dédommagés, vous l’admettrez. Je vais même aller plus loin et vous offrir un Grand Jeu Concours : soyez le premier ou la première à reconnaître l’atelier d’artiste dont j’ai photographié la fenêtre et gagnez un gland de Cysoing (≠ noisette) par retour de pigeon.

Cysoing-Cobrieux

L’avantage d’embrasser un métier artistique (à savoir pas un vrai travail aux yeux de la plupart, cette plupart même qui ne passerait pas son dimanche, comme nous l’avons fait, à écrire ou sculpter), c’est que l’on peut décider de prendre son week-end un mardi après-midi et se promener à la campagne pendant que les familles respectables sont au vrai travail et à l’école. Zéro cri, zéro poney. Vous connaissez notre goût pour les voies ferrées désaffectées (voir nos National Geo à Charleroi, Maubeuge ou Rotterdam), eh bien aujourd’hui nous sommes allées à Cysoing.

Nous avons vu le paradis. Nous avons demandé à un couple de personnes très âgées, qui marchaient plus lentement que ne glissaient les canards sur les bassins du château, de bien vouloir nous indiquer la place de la gare. Monsieur était très heureux de nous renseigner, il nous a rappelées trois fois en nous disant : Attendez ! Encore plus court : vous passez par ici, puis vous traversez ceci et cela, puis ce sera trois fois à gauche. Nous avons serré nos bienfaiteurs dans nos bras puis nous sommes parties à l’aventure.

Nous avons trouvé la gare. Herbe de la pampa sur le quai, plantes ligneuses en pagaille sous l’abri en plexiglas – dont une affiche déteinte pour le TGV, grande innovation, décore une paroi latérale.

Nous nous sommes engagées sur la voie ferrée condamnée (bien évidemment interdite au public, comme tous les lieux les plus intéressants) en direction de Cobrieux. Ici, vous remarquerez un guet-apens de western et, si vous avez l’œil aiguisé, un tourbillon de feuilles mortes.

Nous avons traversé des champs qui ondulaient dans le contrejour (oui, j’aime les contrejours, qu’est-ce que ça peut faire ?)

Les bois aussi, je les aime à contrejour, et les usines, les filets qui enclosent les stades et les clochers, mais là ce sont des bois.

Quelquefois aussi, j’aime bien prendre les photos dans le bon sens de la lumière (le bon sens selon les critères de certains colombophiles, car à mes yeux il n’y a pas de bon ni de mauvais sens).

Nous avons imaginé vivre dans la maison de l’ancien garde-barrière, au milieu des champs : c’était bien.

Nous avons fait demi-tour, nous n’avions pas le choix mais pour une fois ça ne m’ennuyait pas de revenir sur mes pas : pour voir les paysages dans l’autre sens, qui n’est ni le bon ni le mauvais, comme vu précédemment. Ici, un chouette ruisseau.

Tout cela était vraiment très bucolique et nous avons fait des paris quelque peu urbains : noisettes ou glands ? Glands ? je ricanais : c’est toi le gland, gland de mocassin, etc. Nous avons bien ri jusqu’à ce que je dise, Et ça, c’est quoi ? C’était une cartouche de carabine alors nous avons cessé de rire pour frémir un peu. Et comme si elles avaient attendu ce moment pour gâcher notre paradis champêtre, mes bêtes noires se sont manifestées.

Il y a de drôles d’individus dans ces campagnes veinées de voies ferrées désaffectées, nous l’avons compris quand nous avons entendu les premiers coups de feu dans le lointain. J’ai crié tous les gros mots politiquement corrects que je connais (des trucs comme vieille toupie, raclure de bidet, tout-à-l’égout, roupie de sansonnet, croûte de genou et j’en passe).

L’on trouve quelque chose comme un arrière-monde, sur les côtés : un arrière-presque-la-campagne où le fer même est brindille, où les textures se mêlent jusqu’à défier les lois de la nature.

Un petit kilomètre avant de regagner Cysoing, nous avons rencontré deux adolescentes de bonne famille qui fumaient allez savoir quoi, assises sur les rails. Nous avons un peu discuté avec elles ; je leur ai dit de faire attention aux chasseurs. J’espérais qu’elles hocheraient la tête et nous avoueraient qu’ils sont une infection dans cette belle campagne, mais elles ont haussé les épaules. Ensuite, nous avons fait attention à ne pas nous prendre les pieds dans des ronces pour que les gamines n’aient pas l’occasion de se payer notre tête (je dois dire que ma coéquipière avait par endroits fait quelques pas de danse assez périlleux – mais plutôt réjouissants de mon point de vue – avec des tiges facétieuses).

Les viennoiseries de Cysoing sont très bonnes.