Upper rooms & kitchens (10)

Dimanche dernier, il était déjà tard quand cet Alléluia Car a regagné l’entrepôt ; nous nous sommes dit que conducteur d’Alléluia Car (// serviteur du Seigneur) était un métier exigeant où l’on ne comptait pas ses heures. D’ailleurs, parmi les services proposés par celui que nous suivions, il y a le DJing. Et pour t’aider à atteindre le royaume du Tout-Puissant, a remarqué Stéphanie, que te propose l’Alléluia Car ? Une petite échelle, ai-je répondu : Ladder to Heaven. Nous aimons vraiment beaucoup les devinettes.

Saturday Night Fever (57)

Une fièvre sans sucre, cette semaine. Vous croyez peut-être que je vais vous donner de l’avant-club music et des gentilles punkettes tous les samedis ? Aujourd’hui, j’ai envie d’expérimental alors vous danserez expérimental ou vous danserez ailleurs – je ne vous retiens pas. En ce qui me concerne, c’est le genre de sélection qui me fait aimer ma vie : je ne voudrais pas d’une bande originale moins inouïe que ça.

Greta Pistaceci : Test (comporte un drone au thérémine)

Lisa Busby : Platinum Ash Rose Gold

Johanna Bramli : Spectrum / Spirals

Tania Chen et Ingrid Plum, performance (2017, au Verdict à Brighton) ; vous pouvez écouter le formidable album Taut de la Danoise Ingrid Plum ici ; elle l’a enregistré après avoir travaillé auprès de Meredith Monk et chaque morceau a été composé spécialement pour elle par un-e compositeur-trice contemporain-e

Agathe Max : Alerte

Iris Garrelfs : Traces in/of/with Sound #6 – Noise and Whispers

Mayuko Hino : Atomism

Le titre est à l’intérieur (c’est une surprise)

Je suis passée voir mes vaches préférées, ce matin, et je leur ai proposé un jeu : une espèce de devinette.
MOI – Qu’est-ce qu’on fait quand est vraiment très, très joyeux ?
5972 – Euh, on danse ?
MOI – On danse, oui, et quoi d’autre ?
5987 – On chante.
5965 – On fait des bruits de bouche.
MOI – Oui, très bien ! Mais avant ça ? La toute première chose que l’on fait ? Mettez-vous en situation, imaginez que vous soyez envahies d’une très, très grande joie : quelle est la première chose que
5993 – Jambes en l’air ! On met les jambes en l’air.
MOI – Bien ! Quand même…
5972 et 5965, en chœur : Ah ouaiiiis…
5972 – On est cons…
5987 – Vous n’êtes qu’une bande de vendues, de fayotes anthropomorphistes : aucune qui ait le courage de pattes en l’air.
5965 – N’empêche que moi, j’ai trouvé les bruits de bouche.
MOI – Bisous, les filles, à très vite !

Jambes en l’air (26) bucoliques

(Photos prises aux Périseaux et à la Canteraine.)

8993

L’été indien touche à sa fin, dirait-on. J’avais pris goût à ses lumières et à ses couleurs ; j’en partage encore quelques vues avec vous avant de revenir au noir et blanc. Par ailleurs, j’ai remarqué cette semaine un phénomène étrange : quand je cours, mon rhume fait une pause, comme celui d’Allison quand elle monte sur scène. Elle n’éternue pas en chantant, ni dans son violon, et moi, je n’éternue pas en disant aux vaches, Que tu es belle ! (Vous allez voir ci-dessous la vache dont je serais amoureuse si j’étais aussi une vache ; vous admirerez particulièrement ses yeux asymétriques absolument craquants.) Je me suis rappelé un article d’Oliver Sacks sur l’un de ses patients, un chirurgien atteint du syndrome de la Tourette dont tous les symptômes se suspendaient au seuil du bloc opératoire, parfois pendant dix heures. Je me suis demandé quelles conclusions sur les caprices du corps il fallait tirer de ces observations. Devais-je soumettre ce sujet de réflexion à la jeune athlète ? Non, ai-je décidé : on ne peut pas tout dire à une jeune athlète, ni lui réserver l’intégralité de nos élucubrations. C’est pourquoi vous lisez ceci à cet instant précis.
Note 1 : Peut-être se trouve-t-il parmi vous des jeunes athlètes.
Note 2 : Contrairement aux apparences, 8993, le matricule de la vache qui m’a tapé dans l’œil, n’est pas un nombre premier. J’attribuerais bien un nom à ma nouvelle amie pour éviter de la désigner par un matricule mais de quel droit ajouterais-je l’offense d’une telle intrusion à sa vie de captivité ?

(Photos prises quelque part entre Noyelles-les-Seclin, Houplin-Ancoisne et Haubourdin.)

9:47/19/103

Quand j’avais l’âge de la jeune athlète, j’aurais été heureuse qu’une inconnue de 44 ans avec qui j’ai juste échangé quelques sourires m’adresse une lettre de… 130, 150 pages ? (plus ? le texte en décidera sans moi) et j’aurais adoré y répondre, mais la jeune athlète n’est pas moi et qui sait si elle me répondra ? De toute façon, la remise du paquet n’est pas pour tout de suite. J’écris, comme je le faisais ailleurs il y a un an, avec une sorte de fièvre, mais ensuite viendra le moment de relire, réagencer et retoucher interminablement. En attendant, pour fêter cette nouvelle belle série de nombres premiers qu’est 9:47/19/103, quelques étoiles d’eau surprises à contrejour entre Wambrechies et Marquette.

In the kitchen (29)

Au milieu des champs, ce matin, très précisément au Cliquenois (commune de Wambrechies), alors que je m’engageais dans un virage à quatre-vingt-dix degrés, je suis tombée sur une chapelle. J’ai fait semblant de ne pas la voir mais un petit raclement de gorge (j’ai tout de suite reconnu là l’autoritarisme de la Vierge Marie) m’a rappelée à la politesse élémentaire. C’est que, voyez-vous, je n’aime pas m’arrêter quand je cours. Et puis, soyons honnête, j’étais bien tranquille avec les perdrix, les oies, les vaches, les chevaux et les chèvres, et soudain il fallait que je fasse la discussion, qui plus est que j’écoute une vierge parler layette, un comble pour qui chérit l’idée de copulation sans procréation : la femme à l’envers, en somme.
Il fait ses dents, m’a dit Marie.
– Il faut bien passer par là, ai-je répondu platement ». Je n’ai vraiment rien à dire à ce sujet ; mes baskets s’ennuyaient déjà tellement qu’elles ont commencé à faire des claquettes, aussi j’ai parlé d’autre chose : « Désolée, je n’ai pas de fruits à coque dans mes poches, aujourd’hui.
– De toute façon j’y suis allergique, je préfère le sucre roux.
– Ah oui, j’inverse toujours.
– J’ai remarqué. Tu pourrais ne pas taper des pieds comme ça dans les feuilles mortes ? Ça va le réveiller.
– Non, je crains de ne pas pouvoir, c’est une histoire de terminaisons nerveuses.
– J’ai toujours pensé que tu avais un problème, a grimacé notre mère à tous. Désolée mais dans ce cas je vais devoir te demander de partir.
J’ai remercié mes baskets après le virage suivant.

Saturday Night Fever (56)

Bien sûr, vous allez avoir vos sept musiques de femmes formidables, mais je ne m’excuserai pas de programmer une artiste qui vous a déjà fait danser ici, d’autres samedis soir, parce qu’elle vient aujourd’hui vous présenter une nouveauté qui me réjouit beaucoup. Il s’agit de The Drought, le dernier album de Puce Mary, sorti le vendredi 5 octobre. La voix de la Danoise y est plus audible que d’ordinaire (parlée, la voix, pas chantée : il est question de noise indus expérimentale, ici, pas de musette), les textures grincent, craquent, crissent, claquent, c’est la tectonique des plaques de jour de l’apocalypse, d’ailleurs on peut entendre les portes du purgatoire battre dans le souffle du brasier, le sabot du diable y frapper (// Pharmakon, Intent or instinct), la terre gémir sous le ballet des hélicoptères aux vitres teintées (≠ Stockhausen). Red Desert est le morceau le plus mélancolique de Frederikke Hoffmeier à ce jour, et qui dit mélancolique dit mélodique : à un moment, on entend un orgue jouer. Carrément. Bref, je ne saurais vous recommander The Drought plus vivement. Vous pouvez l’écouter ici, avant de vous le procurer. La pochette est du photographe Torbjørn Rødland.

Deux autres albums entiers, c’est mon jour de largesse. Vous apprécierez les variations de lumière et de chaleur qu’ils présentent, chacun à sa manière.

Cosey Fanni Tutti : Time To Tell

Lingua Ignota (Kristin Hayter) : All bitches die

Et puis quoi, maintenant ? Je pense que j’ai envie d’être éclectique, aujourd’hui. Oui, c’est ce que je vais faire. Nous allons commencer avec une copine queer qui travaille (en gros) sur les icônes féminines de la culture populaire afro-américaine

Mhysa (E. Jane) : Spectrum

poursuivre avec trois filles énergiques

Explode into Colors : Paper

remballer les percussions avec Someday we’ll be together de la multi-instrumentiste Laura Ortman

et finir par une nouveauté toute en voix (je crois que je vais adorer cet album, paru hier sur le même label que le dernier Puce Mary, à savoir PAN – qui fête ses dix ans cette année)

Stine Janvin : Fake Synthetic Music

Je suis vraiment gentille, gentille.

Où est Kennedy ? (7)

En courant ce matin, j’ai vu un oiseau rouge, rouge extincteur, un oiseau en plastique qui picorait au bord du chemin ; tout autour de moi, les champs étaient immenses et c’était comme nager dans un océan, dans le flux et le reflux du vent frais, d’autant que j’écoutais Sunergy, l’album de Suzanne Ciani et Kaitlyn Aurelia Smith, éminemment océanique (vous l’avez déjà constaté ici). Comme presque chaque jour depuis le début de ma résidence, je suis rentrée de mon footing avec suffisamment de brouillons pour ne pas décoller le nez de mon manuscrit tout le reste de la journée, mais j’avais tout de même envie de vous communiquer un peu de ma joie, aussi me voici avec un nouvel épisode de votre jeu préféré (hors Grand Jeu Concours) : Où est Kennedy ? Hein ?

4:43/73/13

Il est 4:43 cette nuit et j’ai atteint la page 73 de ma Lettre à une jeune athlète, treize jours après l’avoir commencée. Soit une belle série de nombres premiers. Cette résidence d’écriture à carrément la campagne me réussit plutôt bien. Enfin, je crois – ce texte devient un peu fou, pour dire la vérité, il se tord entre mes mains comme un petit serpent, dessinant toutes sortes de figures et, de fait, me ramène à mon premier roman, écrit quand j’étais en classe de première, dont je ne me rappelle pas grand chose sinon que son principe était de s’annuler lui-même. Ce n’est qu’une forme parmi bien d’autres de l’Ouroboros qu’il se révèle être fondamentalement. Il y a aussi toutes sortes d’images dans ma lettre, dont ce photomaton de 1992 (j’avais donc 18 ans).

Faire Salon en public – actualisé

Faire Salon, collectif artistique pluridisciplinaire LGBTQ+ non mixte dont j’ai l’honneur d’être la présidente, se propose de vous rencontrer jeudi soir (11 octobre) dès 18h au centre LGBTQIF « J’en suis, j’y reste », 19 rue de Condé à Lille. Nous serons au moins huit pour vous accueillir, rien que ça… Venez nombreux !