Nuits

La brume donne un grain épais à la nuit

à la nuit bleue qui baigne les champs
de pommes de terre et de betteraves

à la nuit verte des lotissements avec
leurs pelouses et chemins de traverse

et à la nuit jaune près du passage à niveau
que fait trembler un TER tous feux éteints

de retour chez moi je m’étonne d’éprouver ma
solidité – de n’être pas devenue pigments

In the upper room (52) mais avec kitchen (33)

Je remercie mon père pour cette photo de saison, qui vient nourrir grassement mon étude, ébauchée ici, des rapports entre religion et restauration rapide. Par ailleurs, nous tenons un titre prometteur : Jésus et le-s hamburger gratinés. Je vous laisse en exploiter tout le potentiel puisque, pour ma part, j’ai déjà écrit un conte de Noël cette année (je ne vous apprends rien, vous l’avez déjà dévoré sur votre application Blibliomobi). Oui, vous avez bien lu, je vous offre ce titre, c’est mon cadeau, mon geste dickensien de l’hiver : de quoi vous occuper sainement en ce dimanche 16 décembre.

Photo prise à Arras – d’aucuns, pour éviter le hiatus, diraient sur Arras mais l’usage de la préposition sur avec un nom de ville fait partie des nombreuses choses qui m’horripilent, aussi je propose en Arras : pourquoi pas ? En Avion peut prêter à confusion mais en Arras, ça passe.

Saturday Night Fever (64)

Ce matin, avant de préparer votre fièvre de la semaine, j’ai pris un plaisir pervers (misanthrope) à espionner quelques minutes une émission dont j’ai déjà évoqué le principe (« C’est vous qui faites la programmation musicale »). Je me suis contentée d’écouter Marc remercier, en direct au téléphone, la productrice de bien vouloir diffuser sa version préférée d’un concerto de Tchaikovski, à savoir celle de Karajan (JMJ), puis, trop ému de passer à la radio sans doute, s’emmêler les pinceaux et dire Bon courage et ajouter en balbutiant, pour tous ces efforts que vous faites sur France Musique, ou quelque chose de ce genre, ce à quoi la productrice a répondu que c’était un plaisir. L’hôtesse de caisse ne répond sans doute pas la même chose quand Marc lui dit Bon courage et qu’il se sent humaniste à travers cette petite attention – pas condescendant, non, même si le sous-entendu est clairement sacré boulot de merde que vous avez là. Cette semaine, j’ai assisté à une scène de ce genre et l’hôtesse a répondu D’habitude ça va mais aujourd’hui je suis fatiguée, c’est tout. Intérieurement, je disais au gentil monsieur, Marc ? Ferme-la, s’il te plaît. Maintenant, dansons. Beaucoup de field recordings aujourd’hui, de glorieuses collaborations et ce qu’il faut de drone.

Kate Carr : I Ended Out Moving To Brixton
Il s’agit d’un seul morceau de 41’38, que l’on peut écouter comme une narration, et dont on peut lire ceci sur Bandcamp : « Kate Carr’s work explores our complex and contradictory relationship with the natural world. Her music blurs the boundaries between instruments and field recordings, underlining the intersections and overlaps between nature and culture and the myriad of incomplete ways we attempt to make sense of these terms. It explores place and non-place, being and imagining. »

Voici un film court (12′) et très beau sur le field recording tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ; l’on peut notamment y entendre la géniale Félicia Atkinson et son anglais savoureux (« maybe we didn’t record anything, maybe yes »).

Sound Fields: Adventures in contemporary field recording

Nous avons écouté plus d’une fois ici la musique de Félicia Atkinson (sous son nom ou sous son ancien pseudo de Je Suis Le Petit Chevalier) mais j’insiste : voici Coyotes, son carnet de voyage au Nouveau Mexique, paru cette année, où l’on retrouve tous les ingrédients de son univers. Une merveille.

En octobre est également sorti un nouvel album de Félicia Atkinson avec Jefre Cantu-Ledesma, Limpid as the Solitudes, leur deuxième collaboration en deux ans. On trouve aussi Cocoon (Cotton), son remix de Cocoon, titre de Kasja Lindgren sur l’album Womb, paru en juillet, mais je vais plutôt vous faire écouter The Garden puis son remix par une autre de mes super héroïnes musicales, Teresa Winter (qui devient ainsi une invitée régulière de nos samedis soir). La conception de Womb est une histoire à part entière, dont voici les grandes lignes : « The initial material of field-recordings of nature and body sounds, interviews and compositions has been re-recorded and re-amped underwater in a swimming pool – and has been re-arranged (partly by way of the impulse responses of the pool) now for stereo home listening. » (Plus de détails sur Bandcamp)

Kajsa Lindgren : The Garden

Et voici donc son remix par Teresa Winter – je n’aime pas ce type d’exercice en général mais quand des artistes que j’adore en remixent d’autres, je suis fascinée. C’est sans doute mon petit côté « people », que voulez-vous.

Cette remarque m’amène à dériver vers les collaborations de femmes formidables, dont nous avons goûté un certain nombre de fruits dans nos Fevers (je pense à Phew et Ana Da Silva, dont le corrosif Island est l’un des albums que j’ai le plus usés cette année), eh bien en voici une qui réunit pas moins de 5 musiciennes dont nous avons déjà pu apprécier le travail solo respectif : Ellen Arkbro, Marta Forsberg, Maria W Horn, Kali Malone et Elsa Bergman. C’est ce que l’on appellerait, dans les musiques à testostérone, un super groupe. Son nom est Hästköttskandalen, ce qui signifie scandale de la fraude à la viande de cheval (affaire de 2013).

Hästköttskandalen : Spacegirls I

Mais un samedi soir ne serait pas complet sans drones et notes tenues. Je suis heureuse de vous présenter une fantastique Californienne (eh oui).

Ashley Bellouin : Hummen

Encore une première

Mardi, je présenterai pour la première fois, à Paris, France, ce que l’Olivier appelle mon reportage littéraire. Je le ferai au cours d’un exercice auquel je ne m’habitue pas : la réunion avec les représentants du diffuseur. Ce sera la sixième fois, pourtant j’ai déjà mal au ventre – bien que ce soient de gentils représentants et que certains aillent jusqu’à sourire pour m’encourager, je me sens toujours comme une élève qu’on envoie au tableau. Sauf que quand j’étais élève, et même étudiante, je finissais toujours par pleurer. Après avoir soutenu mon mémoire de DEA (Master 2, les jeunes, Master 2), alors même que mon directeur de recherche venait de m’octroyer une très chouette mention, j’ai fondu en larmes. Des gens m’avaient regardée jouer un rôle social dans lequel je me sentais à l’étroit, il ne m’en fallait pas plus : n’est-ce pas suffisamment violent ? Je n’ai pas eu le temps de quitter la salle avant d’éclater en sanglots. Je ne le fais jamais face aux représentants du diffuseur. C’est déjà bien.

Aucun réseau

En attendant de me lancer dans de nouveaux projets, je vais aborder les épreuves de mon livre à paraître en mars, continuer de retoucher ma lettre à une jeune athlète, qui a perdu la semaine dernière une quinzaine de pages et s’est étoffée de quelques autres (elle n’a pas fini de muter), poursuivre mon effort (c’en est un) pour constituer un recueil de nouvelles dont le jeune lecteur auquel je le destine pourra imaginer que je me suis amusée comme une petite folle à l’écrire, et engager une nouvelle transformation d’un manuscrit qui est passé par divers stades en moins d’un an, atteignant 185 pages en juin pour ne plus en compter aujourd’hui que 51 – cette fois il s’agira de transformer le cercle qu’il constitue en quelque chose qui ressemble à ceci

or il se trouve que ce texte-là est un sujet d’angoisse dont je me serais bien passée en cette période de misanthropie suraiguë. Il faut le finir, c’est tout, c’est ce que l’on appelle dans cette société un engagement – je mens, c’est bien plus que cela : je mens pour qu’on ne me croie pas masochiste mais en fait je me fiche complètement de ce qu’on pense. Je finirai ce travail parce qu’il le faut, et cette nécessité n’a pas besoin d’être comprise pour être impérieuse. Et puis un jour je serai morte et ça ne changera pas grand chose que j’aie passé du temps à me contraindre ou à transformer des cercles en

et rien de tout cela n’a d’importance, donc je ferais mieux de prendre un avion pour la Californie mais cela non plus ne servirait à rien, sinon à m’éloigner de mes engagements actuels et de ceux qui voudraient me dire ce que je dois faire, quand et comment – ce qui me donne des nausées extraordinaires assorties de pulsions destructrices, donc ce ne serait pas si mal d’aller prendre l’air en vérité, mais ces engagements alors ? et ce n’est pas vraiment que ma pensée tourne en rond, plutôt en

mais je n’ai besoin d’aucun conseil, merci, je sais ce qu’il me faut : qu’on me laisse tranquille, pour le dire poliment. Disons que je suis de nouveau en résidence, cette fois dans le néant, et que je capte très mal, là : aucun réseau.

Peut-être un projet

Elle est née le 25 février 1954 dans un endroit qui devait ressembler à ça, dans le Doubs.

En 1982, pour rejoindre son mari, elle s’est installée ici, à Claremont, dans ce vaste néant vénéneux qu’est la Californie.

Un cancer l’a emportée le 17 février 2011. Quand le diagnostic a été posé, elle a commencé à peindre de nombreuses toiles dans l’esprit de celle-ci

et à enregistrer de nombreux disques dans l’esprit de celui-ci, le tout en autodidacte. Elle disait, If not now, when?

Je crois que j’aimerais beaucoup écrire un livre sur Lucette Bourdin.

De l’obscurité

Quelle soirée, mes ami-e-s, quelle soirée, dirai-je pour rendre hommage à une productrice de France Musique (celui ou celle qui trouve laquelle gagne un échantillon de mes céréales aux quatre noix dans un grammage transportable sans effort par un pigeon). Ce soir, j’ai vu mes meilleures amies, celles qui me réconcilient chaque jour avec l’humanité. Elles ne m’ont pas rasé la tête parce que, comme je ne les ai pas vues hier, nous avions trop de choses à nous dire. J’ai donc des cheveux. Tu ne me reconnaîtrais pas, comme disent les jeunes – ils disent tu et ils ont bien raison. Plus tôt, la météo m’avait annoncé que le soleil se coucherait à 16h43, mais elle n’avait pas pris en compte un facteur. Étant une femme extrêmement disciplinée, je suis arrivée au premier champ qui m’intéresse à 16h43, pas une seconde de plus. J’ai indiqué au soleil, d’un index très ferme, ce que j’attendais de lui mais ces gamins de bourges sont de fortes têtes : le soleil croyait sans doute que je ne le voyais pas, mais il lisait sous la couette. Je suis clémente, je lui ai laissé du temps, j’ai couru dans les rues de Templemars, où tournait un manège unique. Enfin, j’ai pu courir dans la nuit.

J’aimerais quand même savoir ce que lit le soleil, sous la couette ; je suis sûre qu’il lit des femmes et qu’il écoute des femmes. Pour tout vous dire, je n’écoute plus ni ne lis plus d’hommes, à de rares exceptions près, depuis près d’un an (j’ai assez donné) et ça change, JMJ : ça n’a rien à voir. Toutes ces femmes créent des choses passionnantes, sans l’arrogance des hommes et cependant dans leur ombre, depuis des siècles. Je m’emploie à les trouver, à les répertorier. Si je ne meurs pas dans les trois ans, je devrais avoir déjà un bon petit travail sur ce sujet.

Upper rooms and kitchens (13) : Mal assis, là (52)

Qui a les clés des chapelles ? Qui s’agenouille sur les prie-Dieu ou s’y assied mal pour refaire ses lacets ou se reposer de la longue marche jusqu’à la chapelle (car nous sommes ici à presque la campagne) ? Quand cela se produit-il ? Jamais quand je passe par là, hélas. Le mystère de Dieu se reflète assurément dans les infrastructures de son culte. Une dernière question, pour occuper votre dimanche : les JMJ des champs et ceux des villes sont-ils exactement les mêmes ? La réponse à cette dernière question, la semaine prochaine – puisqu’à celle-ci, je peux répondre.

Saturday Night Fever (63)

La musique, c’est viscéral ; ça peut donc rendre malade. Une de mes amies a ce qu’il convient d’appeler une allergie à l’accordéon et dans une moindre mesure au violon (moi, c’est à la cornemuse). J’ai remarqué cette semaine qu’une grande partie de mes rejets musicaux tient à la rapidité d’exécution et/ou à l’abondance de notes, ce qui pourrait expliquer mes bonnes dispositions envers le drone et les notes tenues. Un riff de guitare peut me donner la nausée (le jazz fusion, par exemple, outre que je trouve ça esthétiquement infect, me donne le mal de mer – le synthétiseur n’y est pas pour rien non plus), tandis qu’un morceau de Conlon Nancarrow me portera près de l’épilepsie (de même que, bien souvent, le clavecin seul), et je dois à Ysabel’s Table Dance, joyau de Charles Mingus que vous pouvez écouter ici, de ne pas rejeter aussi spasmodiquement les castagnettes. Je précise à cette occasion que je ne peux pas applaudir, je fais semblant. Applaudir, outre que ça fait mal, rappelle que l’on a des os. J’en viens à une intolérance visuelle qui me semble compléter les quelques répulsions et incapacités susdites : je ne peux pas regarder jouer un-e harpiste, alors même que j’aime les sonorités de la harpe (si je ne me cache pas les yeux devant les scènes de Harpo dans les films des Marx Brothers, je finis par convulser), ni regarder une danseuse classique faire des pointes (à considérer que cette idée un peu kitsch me vienne). Vous avez maintenant une petite idée de ce sur quoi vous ne danserez pas ce soir. Voici sept femmes formidables.

Birgit Ulher : Proportions Part I (et plein d’autres ici)

Elizabeth Joan Kelly : Club Clanger

Ann Southam : Seastill

Cat Hope : Cruel and Usual (et plein d’autres ici)

Trans-Millenia Music (Pauline Anna Strom) : Spatial Spectre

Jana Winderen : Out of Range

Marta Zapparoli : performance

Bibliomobi

Connaissez-vous Bibliomobi, application de lecture mobile qui permet de télécharger gratuitement des œuvres numériques à partir d’un smartphone ? Je suis apparemment l’une des premières à avoir participé, à l’invitation de l’AR2L (Agence régionale du Livre et de la Lecture) Hauts-de-France et de la MEL (Métropole européenne de Lille), à un programme de saison puisqu’il propose aux 8-25 ans des contes de Noël. Vous me trouverez facilement sur le site qui présente la liste des téléchargements disponibles (d’autres sont encore à venir). Un aperçu :