L’art (30)

Aujourd’hui, l’art de balcon ; il n’est pas aussi rare que sa sous-exposition dans cette rubrique peut le laisser supposer mais seulement très difficile à photographier. Hier encore, dans le quartier de l’Europe à Haubourdin, j’ai pu contempler un balcon sur lequel se côtoyaient des animaux en stuc et en si grand nombre (chat, chien, vache, mouton, biche, etc.) que le moulin (de taille respectable) à leur gauche ne pouvait tourner ses ailes ni mon objectif contenir de manière satisfaisante la débauche visuelle que présentait cette ménagerie – d’autant qu’elle se trouvait au quatrième étage. Ci-dessous, j’ai pu zoomer de manière à ce que vous puissiez admirer cette œuvre en exposition permanente sur un balcon de la résidence du Beffroi (Lille), côté rue de Paris.

Encore une voie ferrée (2)

Celle-ci relie Sequedin à Hallennes-les-Haubourdin et Haubourdin. Elle vous apparaît ainsi quand vous la longez en voiture. Pas mal.

Vous pouvez même admirer ces barrières qui permettent aux piétons de traverser les voies ferrées pour gagner les grands ensembles de l’Europe. L’on trouve très peu de ces barrières dans la métropole lilloise, comme si nos concitoyens devaient être protégés de leur propre incapacité à tourner la tête. Les concitoyens, ce n’est pas ce qui manque ici : la densité de population doit approcher d’un record régional. D’où l’on déduit que la SNCF fait beaucoup confiance aux résidents de l’Europe.

Mais si vous êtes piéton, vous pouvez voir l’autre côté de la voie ferrée ; c’est bien plus fascinant. Vous descendez du pont qui s’appelle Rue du Pont et vous arrivez au pied des voies.

En quelques foulées (car vous courez, bien sûr), vous voici au seuil d’un champ, dont je vous propose pas moins de trois images – j’aime bien les champs aussi, j’estime que trois photos ne sont pas de trop et que celles-ci, en l’occurrence, ne sont pas redondantes. Si ce n’est pas votre avis, descendez la page d’une souris leste et envoyez-moi un pigeon de réclamation, je saurai le recevoir (heureusement pour lui, je suis antispéciste).

Un panneau vous invite à rester prudent : une locomotive à vapeur pourrait bien vous surprendre à l’aiguillage.

Vous décidez de continuer tout droit plutôt que de suivre cette courbe vers les champs puisque l’Europe est le but de votre course à pied du jour.

Vous tournez maintenant la tête vers la droite et vous rendez compte que vous auriez bien pu, à quelques secondes près, sans la protection du panneau à vapeur, vous faire surprendre par ce train de marchandises.

Il est très long et plutôt rapide.

Ensuite, vous parvenez au pont que vous avez découvert du dessous au tout début de cette promenade en images qui vous est proposée par le National Geographic et présentée par votre serviteur, comme qui dirait (le mot, tout comme sage-femme, ne se genre pas, c’est ainsi).

Puis vous empruntez un long chemin sur lequel, assurément, personne ne vous entendrait crier s’il prenait la fantaisie à un psychopathe de surgir des fourrés, mais pourquoi cela se produirait-il maintenant, un matin pluvieux d’août où vous courez, la poitrine soulevée par le bonheur de découvrir de nouveaux territoires, tout en écoutant Meredith Monk au casque ?

Au bout de ce chemin, vous débouchez à l’angle nord-est de l’Europe, mais cela méritera un autre reportage.

Mal assis, là (10)

Vous savez, pour suivre assidument mon exploration du confort et de la convivialité dans l’espace public, que la qualité du siège ne fait pas tout le mal assis, là, mais également son environnement physique. En voici ma démonstration du jour. Les images ci-dessous ont été prises à Lomme, au bord de la voie ferrée à Sequedin et à Ploegsteert (Belgique). La première configuration est particulièrement accueillante – encore que le banc tourne le dos à l’insulte taguée sur le mur de cette usine désaffectée : c’est déjà bien.

C’était mieux avant

je ne suis pas nostalgique
mais quand à quarante-trois ans
vous êtes dans le lit d’une femme
et qu’elle allume
une cigarette dès le réveil
auprès de votre enveloppe charnelle
inutilement disponible
vous pouvez penser furtivement
que c’était mieux avant

Zéphyrs embrasés (25)

Admirez ces zéphyrs embrasés du Bizet . Nous avons également trouvé dans cette ville limitrophe d’Armentières, à la frontière belge, le magasin qui selon toute vraisemblance alimente une grande partie de la Belgique et des Hauts-de-France en un certain type de zéphyrs embrasés, dans un design unique très proche de celui-ci mais en plâtre, éventuellement pailleté. Un nid d’amour que le Bizet.

De mains et de trains

mes mains béent au bout de mes bras
le sang nu grésille
au creux des paumes
mes mains se balancent
au bout de mes bras au rythme de
Einstürzende Neubauten
tandis que je m’éloigne

le train
traverse des territoires où j’aime courir
usurpant la prérogative de mes pieds
je veux être dedans et dehors à la fois
ici et là

dans le train des sanglots primitifs
lavent ma cage thoracique
car soudain tout le monde me manque
avec la violence d’un soleil
décrit par-dessus un guidon
et qui s’achève à plat ventre
sur la croûte mixte de bitume
de chewing-gums fossilisés et de
déjections mille fois séchées

le contrôleur semble rassuré
quand je lui souris
j’ai fini mes mouchoirs
en papier de toute façon
je lis un peu

Einstürzende Neubauten : Wo sind meine Schuhe ?

In the (community) kitchen (10)

En cette époque troublée, j’invoque rien moins qu’une armée de Vierges Marie. Comme le dit si bien The Polyphonic Spree, Together we are heavy. Assez, peut-être, pour sortir la Terre de son axe et la faire dériver dans un autre coin de l’univers, où nous serions plus heureux peut-être – du moins aurions-nous, en chemin, le temps d’y rêver.

En attendant, trouvez l’intrus et gagnez-le.* Vite, à vos pigeons !

The Polyphonic Spree : Section 20 (Together We’re Heavy)

More crumbs

elle lance vers moi
les ballons d’une fête où
je ne me trouvais pas
et rit comme si elle venait
de me faire un croche-pied

des jours entiers regretté
de ne pas avoir fui
dans mes baskets
sans faire mes lacets
pour ne pas perdre une seconde

quand la lumière d’août
découpe de l’or
sur les poubelles d’août
ce sont toujours
des poubelles

Zéphyrs embrasés (24)

En ce qui me concerne, je danse plutôt avec des amis. On danse tous ensemble et même avec des inconnus qui se joignent à nous parce qu’ils aiment bien notre manière de glisser sur les genoux et d’agiter les bras. Mais il y a aussi des couples qui dansent amoureusement sur la plage de Lambersart, les yeux fermés, la barbe au vent de la Deûle. C’est pas mal non plus.

Beautés et merveilles

Le cadre de façade, il fallait y penser. Pourquoi pas, d’abord ? Pourquoi les sabots en grès, puits, moulins, chalets du Nord, Rideaux et Voilages, chevaux, goélands et bateaux de fenêtre, pourquoi tant de décorations variées (quoique récurrentes) et pas de temps en temps un bon petit cadre de façade ?

(Rue du Docteur Charcot, Marcq-en-Baroeul ; maison d’habitation.)