Cubes et justice

Cette résidence flambant neuve est sise rue de Marquette à Wambrechies. Un peu plus à l’ouest, vers Quesnoy, la même rue (disons son prolongement) s’appelle rue de Quesnoy. De l’autre côté du rond-point, vers l’est (vers Marquette), une route dessert une zone industrielle et cette route dépourvue de trottoir porte pompeusement le nom d’avenue Clément Ader. Le deuxième prénom de Clément Ader (1841-1925) était Agnès ; c’était un pionnier de l’aviation et ses avions avaient la forme de chauves-souris ; pour ces deux raisons, et même si des esprits grincheux insinuent que ses avions n’ont jamais vraiment volé, il eût mérité une avenue moins indigne, par exemple la rue qui s’appelle rue de Marquette avant d’être trop à l’ouest pour ne pas devenir rue de Quesnoy. Merci de signer ma pétition dans le rectangle ci-dessous :

Summer Brackets : A Name In The Eye (Summer Brackets est l’un des groupes d’Isabelle Bonameau, auteur et illustratrice jeunesse de fière origine belge – bisous, Isabelle, si tu passes par ici !)

Notre chapelle au clair de lune

(L’usine Grands Moulins de Paris, à Marquette-lez-Lille, vue depuis le bord de la Deûle.)

Ne suis-je pas une magicienne de l’amour ?

Léo Marjane : La Chapelle au clair de Lune (Que ce billet soit aussi l’occasion de rendre hommage à Léo Marjane, qui nous a quittés la semaine dernière à l’âge de 104 ans.)

Mise à jour :

Vous êtes nombreux à me demander si cette usine est désaffectée. Vous voulez que je lance un Grand Jeu Concours, c’est ça ? Vous avez vraiment besoin d’un bon d’achat d’1,49€ dans un mini centre commercial de Wattignies ?

My little corner of the world


(Rue du Quesne, à la frontière de Marcq-en-Barœul et de Wasquehal ; notons que la maison la plus proche du pont – et donc de l’autoroute – est en vente depuis un petit bout de temps.)

Extrait d’un texte inédit qui ne parle pas de cet endroit précisément mais, la configuration étant similaire, ça n’a guère d’importance :

« Le dimanche matin, quand il fait beau, les familles et les amis se rassemblent autour d’une voiture ou d’un scooter, et l’on répare, et l’on nettoie. Ainsi, Ju & Gé au bord du gouffre, rue Spriet Tellier. On pourrait les croire frère et sœur car ils ont la même corpulence et la même nature de cheveu, d’un blond fin et d’aspect cassant, mais ils sont mari et femme. Ils portent tous deux un T-shirt blanc mais Ju a enfilé un gilet beige à grosses torsades par-dessus. Les mains dans les poches du gilet, elle esquisse de lents pas chassés à mesure que Gé avance, le balai raclette à bout de bras. J’ignore si le caoutchouc de la raclette couine ou crisse contre la tôle du camion aussi blanc que les T-shirts, à cause de l’autoroute qui gronde en contrebas, malgré le mur anti-bruit. C’est dimanche et les automobiles filent bord à bord ou bien on les nettoie. Le vrombissement est si fort, dans le quartier, que Ju et Gé ne peuvent parler en nettoyant le camion. Si fort que ce chat ne semble pas en sécurité, assis là, pourtant immobile dans le renfoncement d’une porte, le regard serein. »

Anita Bryant : In My Little Corner Of The World

Un cadeau (un vrai)

Comme chaque année, le site du magazine Wire propose à l’écoute 50 titres de l’année ; oubliez l’essence forcément crétine et outrecuidante de tout palmarès, car Wire est du genre à dénicher des perles et n’est pas là pour trier les pièces faciles dont se nourrissent la plupart des médias : malgré deux ou trois tartes à la crème, on trouve dans cette playlist très éclectique de quoi être sacrément heureux.

Régressions

Avenue Arthur Notebart, à Lomme – la rue où habite notre ami Gypsy -, l’on rivalise d’invention et de bricolages pour fêter Noël ; j’ai attendu que la nuit soit tombée pour prendre des photos mais quasiment toutes sont floues : les lumières clignotent à rendre épileptique un derviche tourneur. Alors voici un maigre détail de ma fenêtre préférée, si l’on peut le formuler ainsi.

Pour achever la régression, allons-y franchement :

The New Christy Minstrels : Sing Along With Santa

Christmas Minnie

(Rue Chanzy, Lille Fives. Notez bien que l’artiste aurait pu la couvrir un peu : elle va attraper la misère, comme on dit.)

Olivier Messiaen : Vingt Regards sur l’Enfant Jésus, I-II, (I. « Regard du Père » ; II. « Regard de l’étoile »), Pierre-Laurent Aimard au piano.

Fun Fun (3)

(Ronchin, Le champ du Cerf – très précisément, avenue Frédéric Chopin.)

clap

la vie est décevante mais elle
reflue elle finit toujours par
refluer alors ses traces remuent les viscères
plus qu’elle ne l’a jamais fait si ce n’est
dans ces moments où le sang bat si fort
que l’on se leurre – que l’on
croit à ses clameurs ses pathétiques
cotillons – que l’on croit – que l’on veut
croire et frapper d’autres mains
du plat de sa main pour accélérer encore
le pouls furieux sur les photos
où l’on ouvre la bouche en grand et les
dents vigoureuses comme elles mangent
la vie ! ces dents sont immortelles
dirait-on mais toujours elles finissent
par tomber – la vie est un taudis
que l’on tapisse des belles photos
de nous riant pour
pouvoir applaudir encore

Susumu Yokota : Kaiten Mokuba