L’oralité : bonbons

Je n’ai pas alimenté depuis longtemps la catégorie « oralité » de ce blog, sous-partie de notre étude sur le thème « kitsch et lutte des classes » ; j’ai décidé ce matin d’en créer une sous-catégorie, soit une sous-catégorie de sous-partie, dans laquelle classer des phrases entendues autour de moi et qui me semblent, soit par leur forme, soit par leur contenu, pouvoir alimenter notre réflexion. Ce sont des bonbons pour l’esprit, pour citer éhontément Oliver Sacks, comme en sont aussi ce que j’appelle les « hors-contexte » (dont vous trouverez quelques exemples ici, en marge de mon recueil Je respire discrètement par le nez). Pour inaugurer cette nouvelle série dans la série, dans quelques minutes, ici même, un bonbon qui me fait encore sourire des jours après.

Trouvez l’intrus (2)

Vous êtes nombreux à vous rappeler avec émoi mon bestiaire de Wattignies et son fauve terrifiant. Pour vous, ce petit jeu concours sans enjeu autre que le pigeon : je ne renvoie que les volatiles porteurs de bonnes réponses et donne les autres à mon chat. Vous êtes prêts ? Trouvez l’intrus…

(Avenue de Muchembus, Sequedin.)

(Rue Léon Trulin, Lambersart.)

(Rue Jeanne Lavallard, Lomme.)

(Rue Gutenberg, Lille.)

(Rue du 20ème Siècle, Lomme.)

(Rue de la Fontaine, Verlinghem.)

(Rue de Lambersart, Saint-André-lez-Lille.)

(Rue Championnet, Lille Bois Blancs.)

(Rue du Mont à Camp, Lomme.)

(Chemin Pierre Clément, Marcq-en-Barœul.)

(Rue du Hem, Sequedin.)

(Du côté de Verlinghem – j’étais perdue dans les champs.)

Balles perdues

les villes ne me racontent plus rien ou peut-être
est-ce moi qui ne sais plus les regarder, tournée
comme je le suis vers mes territoires intérieurs
calcinés – toi, tu souris, une allumette à la main

avec cet air de petit voyou qui m’émeut tant mais
je peux courir toujours plus loin je finirai bien
par te semer – déjà je peux sourire de penser à un

autre visage que le tien, entré dans ma vie avec
le même fracas que toi entre les balles perdues

qui chez nous annoncent le retour du printemps

Chaconnes

l’auditeur distrait n’en a pas toujours conscience
mais la chaconne de Bach est plus complexe que
la chaconne chromatique de Ligeti (bien qu’elle
heurte moins l’oreille profane sans doute), c’est

ce qu’en disent les musiciens et je me contente de
les croire ; moi, Bach et Ligeti ça tire et ça remue
dans mon ventre quoique un peu différemment et

telle est ma stricte compétence musicologique, une
inextricable dentelle d’affections innommables

dans les entrailles, exactement comme en amour

Jambes en l’air (7)

Rhôô, j’ai encore mis des chaussettes dépareillées… Aujourd’hui, dans notre palpitante série de jambes en l’air, un manège, une passerelle et une gare désaffectée (celle de Lomme).

Encore des moulins

Vous êtes nombreux à me réclamer d’autres moulins de ville. En voici donc quelques-uns : il suffisait de demander, vous le voyez bien.

(Rue Albert Samain, Villeneuve d’Ascq.)

(Parc Les Poussins, Lille.)

+ panonceau canin d’un genre nouveau(Rue de Bretagne, Mons-en-Barœul.)

(Rue Saint-Luc, Lille.)

My legs down to the knees

À Candy, Guena, Mo, Joesph, Pauline, Léonard, Myn et Brigitte

nous filons dans la nuit entre les ZUP et les champs
mon ami sur son monocycle, très droit, une plante
se balance à mon guidon puis la ville s’ouvre devant
nous comme un océan de briques et de bouteilles

nous dansons dans un appartement avec des corps
étrangers qui devenus familiers en quelques heures
entrent dans nos répertoires quotidiens et nous

n’avons plus d’âge et il n’y a plus de date limite
à la gloire d’être en vie sur la planète parmi les

autres espèces animales et les fleurs sous cellophane

In the upper room (14)

Allez hop, c’est l’heure des exercices spirituels – ou de la parade sociale ? Ensuite ce sera l’heure du gigot, car, comme le dit certaine royaliste de ma connaissance (qui ne jure que par les messes « tra »), Dieu a mis les animaux sur Terre pour notre usage. Ce qu’on ne sait pas, c’est pour l’usage de qui ou quoi Il a mis sur Terre l’être humain (qui n’est donc pas un animal). Qu’attendez-Vous* de moi, Seigneur, en ce dimanche matin ? Que je prie, que je boive des bières au marché de Wazemmes ou que je courre à Lomme Délivrance ? Comment Vous remercier d’avoir placé les poulets sur Terre pour notre usage ?

(Église Saint-Paul, Rue du Général Gallieni, Marcq-en-Barœul.)

Coven : Black Sabbath (écoutez ces harmonies vocales satanistes à 1’45 : très chou ; à partir de 3′, ça devient quasiment effrayant, avec des cris gores quoique mélodieux et des guitares zinzins)

* Aujourd’hui, je Le vouvoie, sans doute parce que je propose mes services plutôt que de mendier une faveur ou un miracle, je suis dans une phase d’humilité.

L’attraction

tu dis mektoub et je me sens comme en tongs
les pieds croisés sur une chaise en plastique
dans les prémices du printemps, sans remous
dedans car j’ignore les règles et l’enjeu

tandis que les basses font vibrer les baies
vitrées je mesure à l’aune de ton malaise
combien je suis loin de tout, comme en tongs

non que j’échappe à l’attraction terrestre –
je peux en sentir l’irrésistible gravité – mais

je me sens bien, sur cette chaise en plastique