Splendeur et abjection à Noyelles

Six images et un vide en hommage à un ami sauvagement assassiné – par respect pour lui, je n’ai pas pris en photo son cadavre sanglant : ai-je besoin d’une image choc pour témoigner de l’abjection ? Je ne le pense pas. Une amie m’avait dit que les chasseurs s’amusaient parfois à tirer sur des cygnes mais, hier matin, je l’ai constaté moi-même. Le cygne flottait, ses viscères répandus autour de lui à la surface du canal, face au terril 94 accessible aux premiers écologistes de France les dimanches et jours fériés de 10 à 17h. Les lapins ne leur ont pas suffi. J’ai découvert le corps dans les roseaux alors que je m’approchais du bord pour observer les dizaines d’oiseaux d’eau qui piaillaient leur cacophonie joyeuse et innocente, et soudain cette vision d’horreur, que je n’arrive pas à m’enlever de la tête. Je souhaite à celui qui a fait ça et à ses amis dégénérés tout ce qui pourrait leur faire regretter d’être nés.

Première neige

Samedi, c’était ma première neige sur les terrils, ma première neige avec mon amour – qui gravit ci-dessous le 94 – , c’était magique.

Carrie m’a demandé si je pouvais faire une carte postale ; on la voit ci-dessous, donnant des directives à ses camarades canards (celui qui picorait de la neige a pris cher, comme on dit).

Mais comme toujours, exaspérée par la médiocre qualité de mes images, elle a fini par charger – imitée par son inséparable Ricah.

Quant à Danny, je l’ai déçu parce que je n’avais prévu qu’une carotte et qu’il ne l’a pas trouvée dans la neige – ses poils ont tellement poussé qu’ils lui tombent quasiment dans les yeux.

Dimanche, nous avons écouté la neige fondre tendrement sur les différents plateaux de Pinchonvalles.

Hardly

At last I am free, I can hardly see in front of me, chantaient Chic et Robert Wyatt – car oui, il a repris Chic (c’est très beau). Moi, je n’écoutais que les oiseaux d’eau, ce matin, courant à petits pas raides sur la patinoire baignée de brouillard des chemins de halage et des terrils.

Quelques cartes postales

Pendant les vacances, mon amour et moi, selon notre habitude, avons voyagé à pied ou à vélo et nous avons vu des merveilles et depuis ces merveilles nous avons contemplé le sens d’être en vie et de nombreux terrils. Quelques cartes postales de nos promenades.

Soleil sur l’ancien bac à schlamm de Fouquières (on aperçoit le sommet du terril 93 de Harnes, qui se dresse à 2 km de là).

Ciel fou vu depuis les terrils du Marais de Fouquières (83, 100 et 230).

Fumerolles au même endroit.

Ici, avec en contrebas la cité du Moulin.

Changement de site pour un autre coucher de soleil : les champs vus depuis Pinchonvalles et, au fond, la forêt de Vimy.

Maintenant, nous sommes à Grenay, au sommet du 58, terril lavoir de Mazingarbe Ouest, et nous regardons les terrils jumeaux d’Haillicourt (12km à l’ouest) ainsi qu’une grosse pluie sur le château d’eau de Nœux-les-Mines (à 4,5 km).

De l’autre côté,  on voit (derrière les différents plateaux du terril que l’on surplombe depuis son point culminant) les jumeaux de la base 11/19, à Loos-en-Gohelle, soit à 4 km vers le sud est.

Toujours sur le 58 Ouest. (Il occupe 50 ha, il est assez complexe et présente une grande diversité de paysages. L’été, on y mange des tonnes de cerises et de mûres.)

Nous traversons maintenant la rue Arthur Lamendin et, depuis le 58A, terril lavoir de Mazingarbe Est, nous contemplons la zone d’activité du Champ Caudron et le terril 73 (sis à Haisnes, 5 km au nord-est, derrière le rideau de pluie).

58A est moitié plus petit que son voisin 58 mais n’en a pas moins ses lacs – comme tant d’autres,

comme par exemple le 94 de Noyelles, depuis lequel mon amour contemple la silhouette du 93 (2 km au nord).

Du soleil (2)

Comme l’année dernière, nous avons promené un soleil en carton pour accueillir les promesses de la nouvelle année. Nous l’avons brandi sur les terrils de Noyelles, Fouquières et Pinchonvalles – cette fois c’était un beau soleil que nous avions fabriqué ensemble et le ciel était d’un bleu intense. Nous avons rendu visite à nos amis Danny, Carrie et Ricah, qui se joignent à nous pour vous souhaiter une année aussi lumineuse et bleue qu’un 1er janvier dans le bassin minier.

Rester

Novembre. Je demande à une vendeuse du Bon Coin si je peux passer chez elle plutôt que de payer des frais de port – toute occasion de faire 30 km de vélo étant bonne à prendre. Elle me répond « Bien sûr, si vous pouvez vous déplacer. Je reste derrière Ikea ». Je cligne des yeux devant mon écran. C’est tout de même un drôle d’endroit pour se donner rendez-vous, derrière Ikea. Très arrière-monde. Puis l’acception familière du verbe rester, au sens d’habiter, me revient. Je ne l’avais pas croisée depuis des décennies et soudain je la trouve émouvante. Ces derniers temps, quand les gens ne m’exaspèrent pas, ils m’émeuvent. Je grince, rugis et pleurniche.

En attendant un reportage photo sur le quartier d’aspect villageois sis derrière Ikea et qui a nom Beaumont, quelques photos prises sur la route (Avion, Méricourt, Rouvroy, Drocourt, Hénin-Beaumont), soit un chemin d’arrière-mondes.

20 km, 3 h

La semaine dernière, mon amour et moi avons écouté le président à la radio, nous avons ri quand il prononçait les consonnes finales en l’absence de liaison, pour oublier que rien de tout ça n’est très drôle. Désormais, le citoyen français n’a plus une pensée pour les victimes que le virus et la précarité son binôme continuent de faire, ni pour les libertés qu’il vient de perdre en quelques mois dans la douceur de l’État policier, son unique enjeu du moment étant de pouvoir se goinfrer de jeunes animaux morts en famille autour d’un jeune sapin également mort pour l’anniv de J.C. notre sauveur en déballant des choses inutiles. Moi, tout ce que je voulais savoir, c’est si j’allais pouvoir dépasser le kilomètre autorisé sans risquer une leçon de morale et un PV. Quand le nombre 20 est tombé, nous avons poussé un cri de joie car c’est ainsi désormais, nous nous estimons heureux quand nous avons le droit de quitter un peu notre cage pour renifler les plinthes. Nous avons profité du week-end pour retrouver certains de nos terrils préférés en toute légalité.

D’abord, quelques vues de la Quatrième Dimension (mon amour et moi l’appelons ainsi parce que l’espace-temps s’y contorsionne de manière très étrange, outre que l’on y entend les arbres grincer comme des vieilles portes) dans le soleil mélancolique de l’automne.

Ci-dessous, le sol bosselé typique des terrils.

Une ravine devenue un chemin – celui-ci est l’un de mes préférés, il mène à une espèce de coursive végétale qui est l’un des aspects les plus confidentiels de ce site lui-même assez méconnu.

Au loin, dans la lumière, les terrils 83, 100 et 230 de Fouquières.

Et maintenant, quelques photos de notre paradis brumeux. Ci-dessous, nous sommes au pied du premier niveau (il y en a trois), près de la salle de pause des animaux, un lieu somptueux au tapis de mousse(s) et de champignons dont j’ai déjà présenté quelques images ici. Hier, les chevreuils étaient drapés de brouillard mais nous nous sommes du moins réjouies à l’idée que les résidus de latrines aka les chasseurs ne les voyaient pas, eux non plus, ce qui expliquait sans doute l’absence délectable de détonations : nos amis les cervidés ont eu un vrai dimanche, eux aussi.

 

Et le plateau supérieur sans chevreuils.

Mais la Splendeur & Merveille la plus sublime qu’il m’ait été donné de contempler sur les terrils ce week-end, c’est assurément celle-ci.

Et une nouveauté discographique ad hoc, A Study in Vastness d’Ana Roxanne, deuxième piste de l’album Because of a Flower.

Des fantômes

Parfois, en vue immersive, on croise des fantômes ; non pas des gens qui sont dans la terre comme je le relatais ici en début d’année à Rennes mais des apparitions furtives d’entités du passé. Ce matin, je me promène à Harnes tout en discutant au téléphone avec mon amour (je fais plein de choses en parlant au téléphone et souvent, quand j’ai fini le ménage, je me promène en vue immersive, de sorte que j’émaille la discussion d’exclamations au sujet de Chalets ou autres Splendeurs & Merveilles que je rencontre au fil de ma souris filaire – i.e. sans pile) quand soudain je tombe sur des châteaux d’eau jumeaux.

Je n’avais jamais vu ça auparavant, des châteaux d’eau jumeaux, mais je ne me réjouis pas trop vite parce que je sais que parfois le service de cartographie en ligne est sujet au glitch, comme ci-dessous dans le village de Fayet (02) :

(Complètement sinoque…)

Je continue donc d’avancer avant de me laisser aller à l’allégresse,

encore un peu,  

un clic de plus et

me voici face à une médiathèque flambant neuve. Jamais je ne verrai de mes propres yeux ces beaux monstres de foire en béton dont le service en question a gardé la trace (une trace datant, comme je l’ai lu ensuite, de 2011). Alors je suis un peu mélancolique, comme souvent quand je croise des fantômes dans un petit courant d’air froid.

Ciels (encore)

ce matin les constellations se dessinent nettement
comme s’il n’y avait pas de nuages là-haut
ni de brume sur le canal
et soudain je revois mon amour tendre la main vers le ciel
ici même un autre jour
non pas très tôt mais au crépuscule
et me demander si c’est bien l’étoile du berger, là
son autre main est dans la mienne comme un oiseau fragile
tout dans cet instant me suggère
la confiance qu’elle a en moi et je me promets que
je dédierai ma vie à la mériter