Je n’ai pas le courage de raconter Downtown, pas aujourd’hui. Ce quartier me semble chaque fois plus cauchemardesque, quoique jamais plus je ne ressente le même saisissement que la première fois. Dans l’avion, j’ai revu Seven de David Fincher (1995) ; je ne supporte pas les films de serial killers mais j’ai profité d’être très entourée pour le visionner, parce que je me rappelais que la photographie du film restituait bien l’atmosphère à couper au couteau de Downtown. Ce matin, j’ai essayé d’y prendre des photos mais des regards m’ont fait sentir que ce n’était pas apprécié (par quelque malédiction, j’ai perdu toutes celles que j’ai prises en octobre 2024, alors que j’y étais hébergée – je courais très tôt, la ville dormait encore et il n’y avait pas de témoin, c’était beaucoup plus commode). Alors je vais plutôt poster quelques images de Los Feliz, où je vis cette semaine.
Je préparais mon voyage à Los Angeles depuis des mois ; je suis partie avec un manuscrit de 373 pages, plus de 500 repères sur mon GPS et un forfait spécial États-Unis pour pouvoir (notamment) utiliser ce dernier. Malheureusement, mon téléphone ne fonctionne pas ici, ce qui est très handicapant dans une ville de 1200 km² où l’on est seule et piétonne. Ce matin, dépitée, j’ai décidé que ce voyage serait mémorable quoi qu’il en soit et je suis partie à l’assaut du panneau Hollywood – soit une marche de 23 km, dont les deux tiers dans les collines (par endroits bien escarpées) sous un soleil de plomb.
(à une certaine hauteur, on n’entend plus que les oiseaux et quelques hélicoptères ; la rumeur de la circulation ne nous parvient plus)
J’ai pris des photos des lieux où se passent des scènes de mon roman à Bronson Canyon pour pouvoir finir d’écrire une scène restée en pointillés, après avoir étudié de plus près la topographie – j’ai découvert à cette occasion que la scène du tremblement de terre dans Short Cuts n’est pas fidèle à celle-ci. La Bronson Cave est condamnée, ce qui en fait m’arrange pour ma fiction.
J’ai vu des dizaines de faucons,
de geais buissonniers de Californie qui, quand ils volent au soleil, brillent comme des martins-pêcheurs,
des écureuils
et le premier coyote de mon séjour (trop rapide hélas pour que je puisse le prendre en photo). Et aussi, j’ai vu un jeune homme (un Indien de Bengalore arrivé à L.A. il y a trois jours) descendre en courant un chemin étroit qui sinue dans le chaparral ; il était terrifié au point qu’il avait du mal à respirer : il venait de croiser un serpent à sonnettes, un petit qui s’est dressé en position d’attaque à son approche. Il dit avoir aussi vu des crottes de puma (pour mémoire, les pumas mangent en moyenne trois ou quate personnes humaines par an à Los Angeles). Les collines de L.A. ne sont pas un endroit où je risquerais le hors-piste, personnellement.
Puis nous sommes arrivé-es au sommet, derrière les lettres blanches ; plusieurs autres personnes étaient là, sans doute d’autres cinéphiles. On a beau les avoir vues des milliers de fois au cinéma, approcher les lettres de si près reste un choc.
(en arrière-plan, on devine le Griffith Observatory et la modeste skyline de Downtown noyée dans le smog)
Aujourd’hui, des grilles empêchent l’accès aux lettres ; ça n’a pas toujours été le cas. Dans quelques films, on voit des personnages s’en approcher (d’ailleurs Peg Entwistle n’est apparemment pas la seule personne qui se soit suicidée en sautant du haut du H, en 1932 dans son cas – les lettres font 15 m de haut). Ci-dessous, une image de Hollywood 90028 (1973), excellent film de Christina Hornisher. (Je parlerai un jour de ma captothèque. J’ai commencé il y a un peu moins d’un an à collectionner les film stills, également dans le cadre de mon projet L.A. ; j’en ai aujourd’hui un peu moins de 700 ; parfois je passe les images en revue et c’est merveilleux.)
Et la ville est luxuriante, c’est une explosion de fleurs de toutes les formes et de toutes les couleurs, d’arbres énormes dont les racines soulèvent les trottoirs (du moins est-ce le cas à Los Feliz). Je chercherai leurs noms – du moins d’une sélection : si je m’arrêtais chaque fois que j’en vois une nouvelle essence, je n’avancerais pas…
Une résidence de création est un espace-temps suspendu en marge du réel, une capsule hors du flux ordinaire de nos vies. Pendant quelques jours, quelques semaines, voire quelques mois, des lieux et des personnes que nous découvrons deviennent notre monde. Des amitiés parfois improbables se nouent avec une intensité proche de l’ivresse, des amitiés qui pour certaines n’auraient pu éclore dans aucun autre contexte. Chaque fois que je quitte une résidence, c’est un déchirement. Il faut dire au revoir à des lieux et à des personnes dont on n’est jamais vraiment assuré-e qu’on les reverra un jour, même si on se le promet. Dans les cas les plus extrêmes, quand l’intensité des liens est très forte, j’ai l’impression de mourir un peu le jour du départ. Je meurs à un monde pour retourner à celui que j’ai construit ailleurs. Pendant les quelques jours qui suivent, je ne sais plus vraiment où est ma place. C’est ce qui m’attend cette fois encore, car mon séjour à la Villa Glovettes était assurément une de ces expériences intenses. Aujourd’hui, j’ai marché quatre heures pour dire au revoir à divers endroits que j’ai particulièrement aimés, je patinais dans la neige et une ampoule de la taille d’une mandarine dardait derrière mon pied gauche et je pleurais, je riais, les souvenirs flottaient autour de moi, avec une beauté mélancolique semblable à celle de la neige qui tombait des sapins en brume blanche. Bien sûr, c’est devenu un moment métaphysique.
J’ai pensé à Knoxville, Summer of 1915, rhapsodie lyrique de Samuel Barber sur un texte de James Agee : « By some chance, here they are, all on this earth; and who shall ever tell the sorrow of being on this earth, lying, on quilts, on the grass, in a summer evening, among the sounds of the night. May God bless my people, my uncle, my aunt, my mother, my good father, oh, remember them kindly in their time of trouble; and in the hour of their taking away » (c’est un enfant qui parle).
J’ai pensé à A Song for Europe de Roxy Music, où Bryan Ferry chante en français : « Tous ces moments / Perdus dans l’enchantement / Qui ne reviendront / Jamais ».
Parmi ces moments qui ne reviendront jamais, quelques promenades avec mon amie Éléonor. Le premier jours de ma session de novembre, nous avons gravi la montagne jusqu’au Pas de l’OEille (1960 mètres, soit un dénivelé de 700 mètres depuis les Glovettes), un col dont je parle dans mon roman en cours d’écriture.
Quelques images prises en chemin :
Un peu de neige résiduelle jouait à la noix de coco.
Et quand nous avons atteint la crête, nous avons découvert non pas un paysage mais une mer de nuages. Nous étions en t-shirt, dans la neige, dans le ciel. Partager une expérience comme celle-ci avec un autre être humain est fou. Pour moi, du moins, ça l’est.
Nous avons aimé la manière dont la neige soulignait les détails des sapins.
Le lendemain, nous sommes retournées au Col Vert où, cette fois, nous n’avons pas débouché dans un nuage (cf. session d’octobre).
Au col, nous avons vu passer plusieurs bouquetins puis Éléonor a mangé sa salade de pâtes sur un banc quand, soudain, un autre mâle est apparu. Peu après, nous avons vu deux étagnes et un cabri qui tentaient de rejoindre ces messieurs bouquetins.
Les jours suivants, la neige est tombée sans discontinuer. Nous avons tout de même marché, une fois en compagnie de Lola, l’une des deux mascottes de la Villa Glovettes (l’autre est un chat roux, Gus, qui erre beaucoup – des témoins l’ont croisé au Col Vert, à 1650 mètres d’altitude). Lola aime plonger la tête dans la neige, ça lui va bien.
Nos ami-es commun-es de Grenoble Gaëlle et Manuel sont venu-es passer le week-end aux Glovettes. Nous somme allé-es à la cascade, qui était en grande partie gelée.
Éléonor, Manuel, Gaëlle et moi, à notre avantage.
Le dimanche soir, Éléonor est rentrée à Grenoble avec Gaëlle et Manuel ; sa résidence était terminée. C’était en quelque sorte une fin pour moi aussi. Éléonor est assurément la compagne de rando idéale pour moi – comme je n’en avais eu que deux dans ma vie.
Après son départ, je me suis promenée seule ou avec ma copine Lola.
J’ai erré dans des paysages abstraits.
Hier, j’ai fait ma première marche en raquettes avec Hélène, Agathe, Zoé, Clément, Théophile et Lola.
Nous étions à Lans-en-Vercors. Là aussi, après 700 mètres de dénivelé, nous avons pu contempler une mer de nuages sur les deux versants.
Versant est.
Versant ouest.
Nous avons pique-niqué dans la neige, juste sous l’arête, au soleil ; il faisait – 3°. J’adore les premières fois.
Demain je descendrai à Grenoble, où je retrouverai Éléonor, et cette fois il faudra vraiment se dire au revoir. En marchant cet après-midi, j’ai dit au revoir à Villard-de-Lans, au revoir à la cascade de la Fauge, au revoir à mon chemin préféré, au rocher du serpent, à l’arête du Gerbier, au Pas de L’Oeille, au Prey des Prés, ça m’a donné un plus grand vertige qu’hier quand je me tenais au bord du précipice, avec vue sur les Alpes de l’autre côté de la mer blanche. Demain, il faudra dire au revoir à Agathe, à Sarah, à Zoé. Je n’ai pas pu dire au revoir à Marie, ma daughter de coeur, retenue à Dijon. Je me demande quand je la reverrai, où dans ce vaste monde.
Du 6 au 20 octobre, j’ai eu le bonheur de séjourner aux Glovettes (à Villard-de-Lans dans le Vercors) pour la première moitié d’une résidence d’écriture. Pour reprendre la description qu’en fait son site Internet, « Villa Glovettes est une résidence d’artistes nichée dans le Vercors. Pendant la période dite “hors-saison”, elle accueille des artistes et leurs projets dans les studios vides de l’immense copropriété Les Glovettes et programme des événements pour faire se rencontrer habitant·e·s et artistes résident·e·s. » Nous étions une quarantaine à vivre dans cette station de ski pouvant accueillir 5 000 personnes, dont plusieurs artistes – avec moi pour cette session, Éléonor Gilbert, Louise Janet, Maélys Faure, Eva Pelzer, Mathilde Ramadier – ainsi que la créatrice de cette résidence, Agathe Chion, et sa super stagiaire Marie Wolff (elles-mêmes artistes). Certain-es résident-es frissonnent parfois, aux Glovettes, avec l’impression de vivre dans un univers inquiétant à la Shining mais moi, pas du tout. J’ai adoré cette atmosphère fantomatique.
Il y a trois barres aux Glovettes. Ci-dessus, la barre est, où se trouvait mon appartement (je n’ai quasiment jamais entendu de signe de vie autour de moi dans cette partie du bâtiment) ; ci-dessous, la petite barre centrale et la barre ouest.
C’est la deuxième résidence d’écriture que je fais à proximité d’un télésiège (cf. le télésiège Cordoba au Mont Noir, près de la Villa Yourcenar – ici, il y en a plusieurs, dont le Grand Canyon et Côte 2000).
Dès mon premier jour, en cherchant le Rocher du Serpent, qui s’y trouve,
j’ai découvert mon paradis, dont voici l’entrée :
Mon paradis est un sentier à la conjonction de plusieurs paysages. En amont, une forêt de feuillus (j’ai relevé une quinzaine d’essences différentes) et de la roche ; en aval une clairière et, derrière, une forêt de conifères ; en face, les arêtes du Gerbier. Son calme et sa beauté lavent l’âme en profondeur.
Quant aux arêtes du Gerbier, j’y ai randonné à plusieurs reprises, avec des groupes différents. Le premier comptait Agathe et sa chienne Lola, Marie et Louise, ci-dessous (il manque Éléonor sur la photo). Départ à 6h du matin, dans la nuit, avec nos lampes frontales.
On ne le voit pas sur la photo ci-dessus parce que nous étions dans un nuage, mais le soleil venait de se lever. On le voit mieux ci-dessous, où nous sommes entre deux nuages, celui que nous surplombons et celui qui s’apprête à nous accueillir, là-haut, au Col Vert.
Pour une autre rando, à l’inverse, nous sommes parties en fin d’après-midi pour le Pas de l’Oeille et sommes redecendues dans la nuit noire, pour finir avec une lampe pour quatre parce que nous sommes des dilettantes. De gauche à droite sur la photo ci-dessous, Éléonor, myself, Maélys et Eva.
NB : on devine sur mon mollet la trace d’une morsure de chien ; il se trouve que j’ai été mordue sur un terril par un border collie la veille de mon départ pour une montagne pleine de loups (l’année dernière, une meute de loups a mangé un chien des Glovettes sous les regards impuissants de quelques témoins humains et n’ont laissé que son collier), j’ai pris ça comme un avertissement mais à ce jour, les seules louves que j’aie croisées dans le Vercors, c’est nous (avec Maélys dans le rôle de la brebis), plus tard cette nuit-là :
Nous avons essayé de lire une carte des reliefs pour éviter les chemins trop dangereux.
Si vos yeux sont bons, vous verrez sur la photo ci-dessous des bouquetins qui vivent en paix (aux loups près), là-haut, à 2000 mètres.
Il est difficile de décrire l’impression que l’on a quand on « marche » (ce qui implique parfois de sauter, grimper, se hisser) dans ces paysages minéraux ; celle, peut-être, de faire l’expérience de la préhistoire, de tous les bouleversements géologiques qui nous ont précédé-es.
Ci-dessous, la descente quand nous avions encore trois lampes pour quatre.
Autour des Glovettes, il y a aussi de l’eau. Un torrent très mignon, en contrebas des Clots,
qui mène à la cascade de la Fauge, passé le pont de l’Amour,
et à 1520 m, la retenue collinaire du Prey des Prés.
Quand il y a des nuages, on n’est pas plongé-e dans une grisaille déprimante, on est soit DANS les nuages et c’est très beau, comme de la brume, soit au-dessus et c’est comme baisser les yeux sur une mer blanche.
Un soir, je contemplais depuis mon bureau les dernières lueurs du crépuscules quand soudain, en quelques secondes, un nuage a mangé les Glovettes :
Je me réjouis de retrouver la Villa Glovettes du 17 au 30 novembre. Qui sait où j’en serai alors de mon manuscrit en cours… J’y ai écrit, en tout, une soixantaine de pages. J’ai aussi reçu la visite de mon amie Katia Bouchoueva (co-autrice de La plus petite subdivision).
Je dois aussi noter l’omniprésence de Floy K., en direct de New York via WhatsApp. Nos échanges, stimulants, drôles et chaleureux, ont très largement teinté mon expérience vertacomicorienne.
Au début de l’été, je me suis donné pour objectif de voir des chevreuils tous les jours. Ce n’est pas ce qui s’est passé à proprement parler mais si je fais une moyenne, je dois en avoir vu 1,7 par jour. J’ai pu photographier les deux tiers d’entre eux ; ceux que j’ai vus de très près sont partis trop vite pour que j’en aie le temps, évaporés en quelques bonds gracieux. Voici 19 des 157 photos que j’ai prises à ce jour.
Ci-dessous, à Lillers, une scène de rut à laquelle j’ai assisté inopinément – c’est assez impressionnant. La chevrette n’a pas l’air de beaucoup s’amuser, pour tout dire.
Aperçus de l’habitat anthropisé des animaux sauvages au 21ème siècle
Ici, on sent déjà les prémices de l’automne sans avoir vraiment goûté l’été : le vent nous privait de ce suspens si particulier, fait d’immobilité et d’une acoustique élastique, à la fois ample et précise, que j’aime tant d’habitude en cette saison. J’ai peur que cette sensation ne revienne jamais, qu’elle ait été emportée par le vent du changement climatique.
Cet été, j’ai vu des humain-es tourner en rond dans leur propre cerveau sans s’apercevoir que leur cage était ouverte – et si vous leur désignez l’issue, iels reculent, terrifié-es. J’ai vu des animaux non-humains dans des enclos bien fermés, aussi étroits que leur solitude était immense, et dont le regard avait la profondeur insondable de la mort. J’ai vu des animaux non-humains écrasés, des hérissons par centaines, quelques lapins et lièvres, trois grenouilles, deux chats. J’ai vu des centaines d’animaux non-humains libres que les chasseurs pourront bientôt harceler, transformant la paix relative de la belle saison dans leur habitat morcelé en un long enfer. Déjà, dans les réserves naturelles, les sites ornithologiques, la « chasse de loisir » a commencé. J’invente des prières profanes pour chaque être innocent que menacent mes congénères les plus répugnants ; ça ne soulage que moi.
Je contemple le crépuscule de la civilisation. Je regarde les faux enjeux que les humain-es tournent entre leurs mains comme des articles de bazar. Je regarde des humain-es taguer leur blaze sur un immeuble dont la démolition a déjà commencé. Je trouve dans l’idée de la fin imminente un vif sentiment de liberté.
Je posterai bientôt ici une sélection de mes innombrables photos de chevreuils et chevrettes prises ces trois derniers mois. En attendant, voici une vision émouvante de complicité interspécifique – j’ai photographié ce héron garde-boeufs et son camarade ce matin, dans la petite ville d’Annequin, un peu après l’aube.
Parfois je fais pipi au bord d’un sentier perdu à l’écart de la civilisation et je me rends compte que j’ai de la compagnie. Ce n’est pas embarrassant, c’est la nature. J’aime bien cette photo, ses couleurs un peu années 70s (je ne l’ai pas fait exprès).
Et j’aime bien mes étés à mi-temps. J’aime mes matinées à vélo à la campagne, au bord d’un canal ou d’un autre, dans la forêt ; j’aime la brûlure dans les muscles et le son des pneus qui avalent les kilomètres par dizaines à mesure que le soleil se fait plus piquant. J’aime voir des oiseaux d’eau par centaines, de furtifs martins-pêcheurs, des chevreuils, des lapins, des lièvres, des faisans mécontents ; j’aime la musique et parfois aussi, à la campagne, le silence (ou ce qui s’en approche quand on a des acouphènes), j’entends par là l’absence d’un perpétuel ronronnement de moteurs, de travaux, de clameurs, où l’on entend distinctement les ailes des oiseaux, les bruissements dans les fourrés, le bourdonnement des diptères ; j’aime cuisiner, fenêtres ouvertes, en dansant sur mes musiques d’été ; j’aime lire quelques pages après le déjeuner dans la pénombre fraîche du midi, volets baissés aux trois quarts ; j’aime les projets tous passionnants qui m’occupent les après-midi, particulièrement la préparation de Los Angeles, j’aime que les idées explosent dans ma tête comme du pop-corn ; j’aime les amitiés proches et lointaines, les complicités qui naissent à travers des continents avec des musiciennes qui partagent ma lutte pour la reconnaissance des artistes finta.
C’est ce que j’ai envie de partager aujourd’hui, laissant de côté le temps d’un paragraphe la noirceur du monde que notre espèce a construit – celle que tout le monde voit, et celle que peu ont envie de voir, en cette période de barbecues, de petits êtres écrasés au bord des routes et de loi Duplomb.
Je guettais depuis un mois ce qui est à mes yeux l’un des événements du printemps : le moment où les bébé grèbes huppés sortent de leur coquille (bien après les bébés poules d’eau, les mini foulques avec leur jabot rouge, les oisons, les canetons et les gros pompons gris que sont les cygnons). J’attends toujours ce moment parce que ces petits être rayés (bec inclus) que leurs mères promènent sur leur dos sont assez atypiques. Aujourd’hui, j’ai vu les premiers de l’année sur le canal d’Aire, j’en ai bondi de joie – ce qui est un peu dangereux sur un vélo.
J’ai commencé plusieurs séries de photos, dont une consacrée aux oiseaux d’eau (comme chaque année). Aujourd’hui, j’ai envie de partager quelques images de foulques prises ces derniers jours, respectivement, de haut en bas, sur le canal de la Deûle (juste avant la sortie d’Haubourdin, quand Lille approche et que mon ventre se noue, cette foulque m’a offert hier un petit numéro de surf dont je la remercie encore), sur le canal de la Souchez (avec un bébé beau à tomber), sur le canal d’Aire, sur le canal de Seclin et de nouveau sur le canal de la Souchez – vous aurez deviné que l’un de mes sous-thèmes du printemps est le nid flottant de foulque. Ces oiseaux sont assez fascinants, ce sont des bâtisseurs solitaires (contrairement aux grèbes, qui, comme je l’ai observé, construisent leur nid en couple), des querelleurs et presque d’aussi bons surfeurs que les gallinules. Ils sont infatigables.
Ce matin, j’ai croisé une famille de cervidés : un chevreuil, une chevrette et leurs trois ados. Demain commencera leur calvaire pour les six prochains mois (je fais semblant de croire qu’ils vont s’en sortir, qu’ils vont échapper aux raclures de bidet en gilet orange). Voici la mère et les petits :
Et maintenant, je vous présente quelques-uns des nombreux animaux que j’ai rencontrés cet été, au cours de mes plus de 3 000 km de vélo et, pour les derniers, au cours d’une randonnée dans le Haut Jura. Vous allez voir des lapins, un lièvre, une faisane, des vaches, un grèbe huppé, une foulque macroule et l’un de ses petits, une paonne, onze cormorans, un héron, un gang d’oies cendrées, un agneau, un chamois et son ado. Ils sont la beauté. Le tombeau, c’est la saison de chasse qui s’ouvre demain dans le Pas-de-Calais (elle a déjà commencé dans d’autres départements).