et ne se ressemblent pas

Ces photos ont été prises à peu près à la même heure (vers 7h15, soit avant le lever du soleil), à des endroits différents quoique toujours près de l’eau, lors de mes courses à pied des cinq derniers jours. Demain, à cette heure-là, je serai dans mon deuxième train du jour, le premier partant à 5h40 ; et après-demain, je courrai au bord de la mer, quelque part entre Regnéville, Montmartin et Hauteville, avant de regagner les Fours à Chaux, où mes Vertébrales et moi recevrons nos invitées Amélie Deschamps, Coline Pierré et Sophie Quénon, pour réfléchir et cuisiner ensemble. Cette perspective m’emplit d’une joie indescriptible. En attendant, voici de la lumière, des nuages, de la brume, de la pluie et du vent.

13 novembre

14 novembre

15 novembre

16 novembre

17 novembre

Un 11 novembre

Il y a trois ans, j’avais assisté à la plus petite fanfare du monde tandis que je courais à Loison puis j’avais pleurniché dans les rues absolument désertes de Lens, pour mon troisième jour sur mon nouveau territoire. Je me rappelais cet épisode en souriant, hier, tandis que je rejoignais mes amies à la limite de Harnes et de Fouquières pour une promenade crépusculaire et m’extasiais de toutes Splendeurs & Merveilles que je traversais en chemin sur Mon Bolide. J’adore guider mes amies dans mes paysages préférés, elles sont très réceptives à leur beauté, à leur étrangeté, elles acceptent d’aller dans des lieux interdits où je n’ose pas toujours aller seule parce que je vieillis et qu’en vieillissant, je suis un peu plus sujette à la peur.

the night dripper

Ce matin, tout le temps que j’ai couru (entre 6h45 et 8h), le ciel m’a offert un véritable spectacle, qu’aucun feu d’artifice ne saurait égaler ; chaque fois que je pensais le spectacle fini parce que le soleil était trop près de se lever, l’atmosphère trop claire, de nouveaux flamboiements bleus, verts, roses, orange, emplissaient le ciel à l’est, se reflétaient sur les nuages tous azimuts, on baignait littéralement dans les couleurs, c’était comme nager dans de l’aquarelle. Je dis on parce que, par endroits, au début et à la fin de ma course, je n’étais pas tout à fait seule. Il y avait de loin en loin quelques ados qui se traînaient vers les abribus ; dans la lueur bleutée de leur petit écran, leurs visages paraissaient cadavériques. J’ai refoulé l’envie de leur crier, Regardez, les zombies, levez la tête, avec un point d’exclamation gros comme l’Empire State Building et des ronds de jambes et de bras qui pourraient s’apparenter à une danse. Je fais ce genre de choses parfois, quand les Splendeurs & Merveilles me rendent euphorique, j’ai envie de partager ; je dis aux passants, Si vous allez par là, vous allez voir des phoques (souvenir de Regnéville) ou, cet été, à une dame qui se promenait avec un chien au bord d’un canal : Là, vous voyez ? Il y a un monstre marin. Mais ce matin, je n’ai rien dit aux ados qui regardaient leurs séries et leurs réseaux sociaux débilitants, je les ai laissés à leurs limbes numériques. Parfois, le soir, j’aime aussi aller me promener sous le ciel tourmenté, alors je regarde les nuages noirs défiler devant la lune et photographie des lumières électriques en dripping – le tire de ce billet est un clin d’œil au disque de Dr John, The Night Tripper.

l’automne

Bien sûr je préfèrerais glisser au fil des dénivelés sur mon vélo par une aube tiède, que les chats errants se roulent sur le dos dans des flaques de soleil et que les fusils somnolent dans leurs étuis mais c’est l’automne et comme toutes les saisons elle a ses parfums, ses lumières et plus généralement ses Splendeurs & Merveilles alors je les savoure et les remercie.

Bien sûr je suis reconnaissante d’être si souvent sur les routes depuis un an mais passer un peu de temps chez moi me fait ronronner d’aise.

Ce matin, j’ai couru dans les rues de Loos-en-Gohelle, qui est une ville assez étrange (de ma part c’est évidemment un compliment), puis j’ai fini par un crochet sur le 11/19. Je suis frustrée de champs et de bois depuis l’ouverture de la chasse mais j’en profite pour savourer les paysages si singuliers de mon territoire.

Dans trois jours, ça fera trois ans que je peux l’appeler Mon territoire. Trois ans que j’ai emménagé à Lens, juste à temps pour les fêtes de la Sainte-Barbe. Je suis toujours aussi fascinée par la bizarrerie de l’habitat et des vestiges miniers, des artefacts devenus sites naturels – tas de schiste dont, par endroits, sort l’extrémité de traverses comme des os fracturés trouent une peau. Des terrils comme des collines vertébrées.

Je pensais aux villes dans lesquelles j’ai passé du temps récemment et je me disais qu’il n’y a vraiment rien à faire en ville. Et soudain je me suis rappelé que la plupart des gens pensent l’inverse : qu’il n’y a rien à faire dans le genre de trou que je me suis choisi pour habitat. Ils sont contents d’aller prendre des bains de foule dans des salles de spectacle ou des musées, ce qui doit représenter au maximum 5% de leur temps, et moi je suis heureuse d’échapper aux 95% de temps sans air ni horizon qu’il me faudrait subir si je vivais en ville.

Le luxe que je me suis octroyé en emménageant ici est celui des espaces ouverts, vastes, aérés.

Je courais ce matin avec l’impression que le vent me nettoyait dedans, mes poumons étaient comme des ailes intérieures. J’ai croisé deux personnes en 15 km, elles m’ont dit bonjour. J’étais heureuse.

retard de Spl. & Merv.

Je manque de temps pour tout, pour répondre aux mails des amies, pour afficher les Splendeurs & Merveilles de mon territoire sur ce blog, pour errer comme j’en ai besoin. Mes nerfs sont une pelote de fil de fer, mon cerveau a des ratés, aussi j’ai décidé de ne plus accepter aucun travail ni aucune résidence supplémentaires cette année, quoi qu’il arrive – ce matin encore, une proposition vraiment tentante est arrivée avant même que j’aille courir dans les lumières folles de l’aube mais comme Valentina aime le dire avec son irrésistible accent, Non c’est non. Cette semaine, j’ai cru que j’allais disjoncter ; ce qui m’a sauvée, c’est de m’accorder d’aller à la Forge à vélo, 45 km en passant par les chemins de halage, au soleil, et quelque chose en moi s’est défroissé. Je n’ai certes pas avancé dans les corrections de Colline cet après-midi-là (je n’ai pas mentionné le fait que j’ai dû, de nouveau, laisser Nue de côté – ce manuscrit maudit – puisqu’une éditrice a enfin envie de donner une chance à mon texte « trop radical ») mais on travaille moins bien mort et il s’avère que je suis une petite nature, si je ne respire pas, si je ne cours pas ni ne pédale à distance de la ville, je dépéris. Une de mes amies me disait hier qu’un de ses jeunes collègues ne déjeune pas parce que « manger, c’est pour les faibles » ; je suis heureuse d’être vieille et faible, j’adore manger, prendre le temps de faire des choses improductives, j’adore me rendre inutile. Ce matin, donc, le ciel était d’une beauté exaltante ; les photos prises avec mon téléphone sont loin de rendre honneur à toutes ses subtilités.

Hier soir, mes amies et moi sommes allées saluer les champignons de Pinchonvalles,

juste avant le crépuscule.

Mercredi, ce sont ces champignons de Sallaumines au lever du soleil qui m’ont donné envie de m’arrêter le temps d’une photo.

kisses from Epping forest,

une forêt non loin de Londres où nous avons croisé un cerf, ce matin, mais il s’est enfui trop vite pour que je puisse le prendre en photo. Je me suis contentée de prendre des photos d’arbres morts, ma nouvelle passion : ils accueillent de tels biotopes, c’est magnifique et fascinant…

Il y a aussi beaucoup d’arbres creux, également de formidables habitats pour toutes sortes d’espèces.

Et bien sûr, des champignons de toutes sortes. J’ai essayé de décrire en anglais ce qu’est la mycorhize mais je pense que même mes bras (dont un jour un passant m’a lancé qu’ils étaient plus longs que moi) n’étaient pas assez grands.

On était bien, dans la forêt. Valentina était un petit oiseau noir, joyeux et

contagieux.

bateau-mouche

Quelques Splendeurs & Merveilles en bonus du /3:/3 précédent, hier après-midi de Libercourt à Dourges.

Jurassic expo, Libercourt

ici bientôt votre police, Oignies

héron & aigrette, parc des Hautois, Oignies

le 9-9 bis (et en arrière-plan le petit terril 107 très boisé de Carvin) depuis les terrils 116-117, Dourges

libellule faisant une pause sur l’escalier du 116-117, Dourges

perdrix au bord de la mare-lac du 116-117, Dourges

l’un des étangs du parc des Hautois, Oignies

101

C’est l’un de mes terrils préférés. Ce matin, je n’avais pas envie de courir (traumatisme du chasseur qui m’a tiré dessus samedi dernier) aussi j’ai sauté sur mon vélo et pédalé de toutes mes forces. J’ai atteint Hénin-Beaumont à temps pour voir le soleil se lever depuis le 101.

Quand je suis arrivée, je dégageais de la vapeur d’eau après cet effort soutenu dans l’air froid, j’ai dû enlever mes lunettes pendant un bon quart d’heure, la buée revenait instantanément à chacune de mes tentatives de les remettre. Disons que je n’ai pas vu le panneau, je ne savais pas que l’accès au terril était désormais interdit. J’y suis venue tant de fois. Ce site est dangereux, dit le panneau, sauf pour les gens autorisés à se mettre en danger ; le panneau aime les gens, il aime les gens qui ne tombent pas dans des ravines – il est vrai qu’il y en a, on les voit ici qui coupent le paysage comme un vulgaire gâteau noir,

certaines profondes, d’autres moins

Je ne veux pas renoncer à voir le soleil se lever ici

ni renoncer à me perdre dans les multiples plateaux de ce site plus complexe qu’il n’y paraît (i.e. typique minier),

à nul autre pareil

Je ne veux pas avoir à pâtir du fait qu’une douzaine de gamins venaient encore récemment brûler de l’essence et se donner des frissons faciles sur leurs motos et leurs quads au fil de ces reliefs insaisissables, je ne veux pas être jetée avec les pneus des flaques, je ne veux pas être privée de 101

Je veux continuer à prendre des photos de ses bizarreries en toutes saisons, toutes lumières, toutes conditions météorologiques

C’est ce que j’ai décidé, en prenant quelque chose comme 79 photos, quand j’ai vu ce pauvre bébé ; j’avais l’appareil à la main, je ne savais pas ce qu’il fallait faire, ce qui convenait – comme si quelque chose convenait ou pas face à la mort d’un innocent (et mort de quoi ? ce terril étant assurément un terril Délivrance, je ne serais pas surprise que des chasseurs y sévissent sans autorisation ni permis). J’ai rangé mon appareil. Puis je me suis dit que non, je ne pouvais pas nier son sort affreux, je ne pouvais pas passer mon chemin sans tenter de lui rendre hommage de la seule manière maladroite que je connaisse, même si cet hommage ne lui rendra pas la vie. Je lui dédie ces quelques vues de ce qui fut le paradis de sa trop courte vie.

Le monde est un peu moins vivant depuis que tu n’y bondis plus, petit lapin

59 km en 7 images

Hier matin, j’ai renoncé à voir le soleil se lever ; j’ai commencé à travailler dès potron-minet, me réservant l’oxygénation pour l’après-midi : une différence de 11 degrés valait bien ce sacrifice d’un jour. Je n’avais pas l’intention d’aller très loin mais j’ai laissé ma curiosité s’ébattre en me disant qu’après tout, c’était l’un des derniers beaux jours de l’année, que par ailleurs j’avais déjà travaillé six heures et que j’aurais encore toute la soirée, sans compter que j’ai eu le week-end le plus studieux de toute la communauté d’agglo. Ma conscience va bien, je ne me justifierai pas. Parmi les pépites de ma petite virée,

Luxuriance à Roost-Warendin,

maison de quartier sous forme d’église en parpaings à Auby

multifonction à Moncheaux,

en face du sophora pleureur qui ne doit pas être né l’année dernière

contrairement à ces jeunes sapins dont l’espérance de vie est désormais d’un mois,

à Raimbeaucourt, où je n’ai pas pu m’acheter de chaussures parce que c’était lundi

mais où j’ai pu admirer les bas-reliefs de la salle des fêtes, qui mettent à l’honneur les arts vivants

c’était une très chouette promenade