Hardly

At last I am free, I can hardly see in front of me, chantaient Chic et Robert Wyatt – car oui, il a repris Chic (c’est très beau). Moi, je n’écoutais que les oiseaux d’eau, ce matin, courant à petits pas raides sur la patinoire baignée de brouillard des chemins de halage et des terrils.

Quelques cartes postales

Soleil sur l’ancien bac à schlamm de Fouquières (on aperçoit le sommet du terril 93 de Harnes, qui se dresse à 2 km de là).

Ciel fou vu depuis les terrils du Marais de Fouquières (83, 100 et 230).

Fumerolles au même endroit.

Ici, avec en contrebas la cité du Moulin.

Changement de site pour un autre coucher de soleil : les champs vus depuis Pinchonvalles et, au fond, la forêt de Vimy.

Maintenant, nous sommes à Grenay, au sommet du 58, terril lavoir de Mazingarbe Ouest, et nous regardons les terrils jumeaux d’Haillicourt (12km à l’ouest) ainsi qu’une grosse pluie sur le château d’eau de Nœux-les-Mines (à 4,5 km).

De l’autre côté,  on voit (derrière les différents plateaux du terril que l’on surplombe depuis son point culminant) les jumeaux de la base 11/19, à Loos-en-Gohelle, soit à 4 km vers le sud est.

Toujours sur le 58 Ouest. (Il occupe 50 ha, il est assez complexe et présente une grande diversité de paysages. L’été, on y mange des tonnes de cerises et de mûres.)

Nous traversons maintenant la rue Arthur Lamendin et, depuis le 58A, terril lavoir de Mazingarbe Est, nous contemplons la zone d’activité du Champ Caudron et le terril 73 (sis à Haisnes, 5 km au nord-est, derrière le rideau de pluie).

58A est moitié plus petit que son voisin 58 mais n’en a pas moins ses lacs – comme tant d’autres,

comme par exemple le 94 de Noyelles, depuis lequel une silhouette humaine contemple celle du 93 (2 km au nord).

Rester

Novembre. Je demande à une vendeuse du Bon Coin si je peux passer chez elle plutôt que de payer des frais de port – toute occasion de faire 30 km de vélo étant bonne à prendre. Elle me répond « Bien sûr, si vous pouvez vous déplacer. Je reste derrière Ikea ». Je cligne des yeux devant mon écran. C’est tout de même un drôle d’endroit pour se donner rendez-vous, derrière Ikea. Très arrière-monde. Puis l’acception familière du verbe rester, au sens d’habiter, me revient. Je ne l’avais pas croisée depuis des décennies et soudain je la trouve émouvante. Ces derniers temps, quand les gens ne m’exaspèrent pas, ils m’émeuvent. Je grince, rugis et pleurniche.

En attendant un reportage photo sur le quartier d’aspect villageois sis derrière Ikea et qui a nom Beaumont, quelques photos prises sur la route (Avion, Méricourt, Rouvroy, Drocourt, Hénin-Beaumont), soit un chemin d’arrière-mondes.

20 km, 3 h

La semaine dernière, j’ai écouté le président à la radio, j’ai ri quand il prononçait les consonnes finales en l’absence de liaison, pour oublier que rien de tout ça n’est très drôle. Désormais, le citoyen français n’a plus une pensée pour les victimes que le virus et la précarité son binôme continuent de faire, ni pour les libertés qu’il vient de perdre en quelques mois dans la douceur de l’État policier, son unique enjeu du moment étant de pouvoir se goinfrer de jeunes animaux morts en famille autour d’un jeune sapin également mort pour l’anniv de J.C. notre sauveur en déballant des choses inutiles. Moi, tout ce que je voulais savoir, c’est si j’allais pouvoir dépasser le kilomètre autorisé sans risquer une leçon de morale et un PV. Quand le nombre 20 est tombé, j’ai poussé un cri de joie car c’est ainsi désormais, nous nous estimons heureux quand nous avons le droit de quitter un peu notre cage pour renifler les plinthes. J’ai profité du week-end pour retrouver certains de nos terrils préférés en toute légalité.

D’abord, quelques vues de la Quatrième Dimension (je l’appelle ainsi parce que l’espace-temps s’y contorsionne de manière très étrange, outre que l’on y entend les arbres grincer comme des vieilles portes) dans le soleil mélancolique de l’automne.

Ci-dessous, le sol bosselé typique des terrils.

Une ravine devenue un chemin – celui-ci est l’un de mes préférés, il mène à une espèce de coursive végétale qui est l’un des aspects les plus confidentiels de ce site lui-même assez méconnu.

Au loin, dans la lumière, les terrils 83, 100 et 230 de Fouquières.

Et maintenant, quelques photos de notre paradis brumeux. Ci-dessous, je suis au pied du premier niveau (il y en a trois), près de la salle de pause des animaux, un lieu somptueux au tapis de mousse(s) et de champignons dont j’ai déjà présenté quelques images ici. Hier, les chevreuils étaient drapés de brouillard mais je me suis du moins réjouie à l’idée que les résidus de latrines aka les chasseurs ne les voyaient pas, eux non plus, ce qui expliquait sans doute l’absence délectable de détonations : mes amis les cervidés ont eu un vrai dimanche, eux aussi.

 

Et le plateau supérieur sans chevreuils.

Des fantômes

Parfois, en vue immersive, on croise des fantômes ; non pas des gens qui sont dans la terre comme je le relatais ici en début d’année à Rennes mais des apparitions furtives d’entités du passé. Ce matin, je me promène à Harnes tout en discutant au téléphone avec mon amour (je fais plein de choses en parlant au téléphone et souvent, quand j’ai fini le ménage, je me promène en vue immersive, de sorte que j’émaille la discussion d’exclamations au sujet de Chalets ou autres Splendeurs & Merveilles que je rencontre au fil de ma souris filaire – i.e. sans pile) quand soudain je tombe sur des châteaux d’eau jumeaux.

Je n’avais jamais vu ça auparavant, des châteaux d’eau jumeaux, mais je ne me réjouis pas trop vite parce que je sais que parfois le service de cartographie en ligne est sujet au glitch, comme ci-dessous dans le village de Fayet (02) :

(Complètement sinoque…)

Je continue donc d’avancer avant de me laisser aller à l’allégresse,

encore un peu,  

un clic de plus et

me voici face à une médiathèque flambant neuve. Jamais je ne verrai de mes propres yeux ces beaux monstres de foire en béton dont le service en question a gardé la trace (une trace datant, comme je l’ai lu ensuite, de 2011). Alors je suis un peu mélancolique, comme souvent quand je croise des fantômes dans un petit courant d’air froid.

Aviaire (3)

Aujourd’hui, sur l’insistance de Carrie, je consacre une série de photos à mes amies les oies, qui vivent des heures très sombres sous la menace de H5N8. Je l’ai prévenue qu’il n’y aurait pas qu’elle dans cette série mais à ma surprise, elle ne s’en est pas offusquée : il faut de l’ombre pour qu’on apprécie la lumière, m’a-t-elle dit. Voici donc, dans un premier temps, des oies de Faches-Thumesnil, Ploegsteert et Rotterdam.

– C’est bon, maintenant, dit Carrie : fiat lux ! Le truc vraiment crétin, c’est que tu aies mis en ligne hier ta meilleure photo de moi. Celle où je danse.
– Je pensais que ça te ferait plaisir.
– Essaie de ne pas trop penser, à l’avenir : pose-moi les questions. Montre-moi sous mon meilleur jour, tiens, avec Ricah.
– Ok.
J’essaie de ne pas trop la contrarier. La voici donc avec son indéfectible amie Ricah, nageant innocemment sur son étang.

Ce genre de scène ne dure jamais très longtemps. Si Carrie est extrêmement patiente avec les pêcheurs, promeneurs, chiens et enfants, elle ne supporte pas que je m’attarde trop à la contempler : très vite, elle fonce sur moi, qu’elle soit sur l’eau ou dans l’herbe, en poussant des cris perçants.

Ça réjouissait beaucoup mon amour jusqu’au jour où, comme on le devine ci-dessous, Carrie a commencé à lui infliger le même traitement qu’à moi. On a vu alors mon amour battre son record de vitesse à vélo – elle devait son précédent record à un petit chien qui l’avait poursuivie en pleine campagne, près d’Estevelle, il faisait chaud ce jour-là et je roulais indolemment quand elle m’a dépassée à une vitesse que je ne lui avais jamais connue, et ce petit chien pas plus grand que mon pied bondissait derrière elle.

Carrie vient de me reprendre : « On n’est pas là pour parler de cette insolente », me dit-elle (elle trouve que mon amour ne lui témoigne pas assez de déférence). « Je veux une photo en noir et blanc, moi aussi, un truc qui me magnifie ». Voici :

Carrie est charismatique, une véritable meneuse ; elle ne comprend pas que je ne l’aie pas encore précisé ici, et à vrai dire moi non plus. Nous l’avons constaté : quand Carrie traverse le parc, c’est bien souvent flanquée de Ricah mais aussi de tout ce que l’étang compte de canards, poules d’eau et foulques. C’est une parade joyeusement cacophonique et s’il se trouve des humains dans les parages, ils s’arrêtent pour les regarder passer en riant avec admiration. Je ne dispose pas de photos qui en atteste mais je me rattraperai prochainement. « Tu n’as qu’à mettre une mini série de moi », me dit-elle à présent.

« Et profite de ta réclusion pour fabriquer un char à mon effigie comme celui d’Hergnies ». Eh bien, il ne me reste qu’à me mettre au travail…

J+1 an

Il y a un an jour pour jour, je déménageais de Lille à Lens, avec l’aide des cinq amis que j’ai conservés de ma longue vie lilloise (27 ans, tout de même) et de mes parents. L’année dernière, je racontais ici les premiers jours de ma nouvelle vie. Puis je présentais mes deux premiers amis du cru, Dinah et Danny. J’ai vu ce dernier presque tous les jours au long de cette année, y compris pendant les confinements puisqu’il vit à moins d’un kilomètre de chez moi. Puis j’ai rencontré Carrie, mon amie l’oie, que je ne présente plus.

Lille ne m’a jamais manqué. Parfois, j’ai envie de m’offrir une petite virée à Villeneuve-d’Ascq : un jour, sans doute.

Aviaire (2)

Les cygnes sont sujets à la grippe H5N8 (même si Homo Sapiens n’en parle pas parce qu’il ne les mange pas et ne les élève pas en batterie), aussi je poursuis mon hommage par une série qui leur est consacrée. Je n’ai pas hâte de me lancer dans ma série sur les oies parce que Carrie est de tempérament jaloux (et quelque peu narcissique), or je compte (contre son avis) ne pas choisir que des photos d’elle et de sa petite racaille chérie de Ricah. J’y viendrai pourtant très bientôt. Pour l’instant, donc, voici des cygnes

célibataires

en couple

en famille (les photos, prises alors que je courais, donc avec mon téléphone et des doigts moites guère assurés, sont de très mauvaise qualité)

gonflable (celui-ci vit à Londres)

et hippies, dans la célèbre communauté de l’étang du Brochet à Noyelles-sous-Lens.