une chronologie

Il y a quatre mois et onze jours, j’étais chargée par un sanglier en Normandie ; il y a deux semaines, Valentina et moi sauvions une mésange charbonnière ; la semaine dernière, j’ai rêvé qu’une mésange charbonnière blessée se réfugiait dans la gueule d’un sanglier – je l’en retirais, pensant que celui-ci voulait la manger, mais dès que je la relâchais, elle sautait dans la bouche du suidé, s’y blottissait frémissante comme si c’était l’endroit le plus sûr au monde.

Il y a trois mois jour pour jour, j’envoyais un message à Valentina pour lui dire que j’aimerais la connaître. Ce qui nous fait rire parce qu’aujourd’hui, il nous semble plutôt nous connaître depuis trois ans.

Ce soir, l’un de ses morceaux solo est en ligne sur le site de mon magazine favori, Wire, dans le dernier épisode de l’émission Adventures In Sound And Music (pour Resonance FM). On peut aussi y entendre Helena Celle ou encore Laura Cannell (dont, personnellement, je recommanderais particulièrement Antiphony of the Trees, paru en mars, où elle délaisse le violon pour la flûte et c’est sublime).

des bras pour les oreilles

Sept très chouettes albums à bras parus plus ou moins récemment.

1. Claire Rousay & More Eaze, An afternoon Whine ; 2. Aya, Im Hole (qui semble inviter ses ci-dessus amies Claire & Mari – le vrai nom de More Eaze est Mari Maurice – à arrêter de fumer) ; 3. Keeley Forsyth, Limbs ; 4. Nyokabi Kariuki, Peace Places: Kenyan Memories ; 5. Amirtha Kidambi & Elder Ones, From Untruth (leur album Holy Science aurait également pu faire l’affaire, c’est un ensemble très bras) ; 6. Sally Decker, In The Tender Dream ; 7. Kaja Draksler, In Otherness Oneself.

Weird in the wild

Trop weird pour n’être qu’un / 3, ces souvenirs d’une séance de photos avec Valentina et Laila – musicienne dont j’aime beaucoup le travail et qui figure également dans mon répertoire de créatrices sonores. Nous avons pris un train pour Hampstead Heath, la lumière était plus vive que nous ne le souhaitions mais nous avons essayé d’en jouer ; les réflecteurs sont devenus des accessoires. Nous faisions des essais pour la pochette d’un album à venir que je suis l’une des deux seules personnes à avoir entendu à ce jour, s’il m’est permis de frimer un peu, et dont je pressens qu’il ne passera pas inaperçu. Voici donc trois photos qui ne nous serviront pas et qui révèlent parfaitement l’esprit de ce que nous avons essayé de faire.

Nous avons beaucoup ri, sous le regard blasé d’un renard de format saint-bernard.

Cette sacrée rotondité

Voici enfin quelques images du 5 mai, à Regnéville, où Emmanuelle Polle, Aude Rabillon et moi-même avons performé notre pièce à trois voix pour la première fois.

C’était dans la salle des fêtes de Regnéville-sur-Mer.

Ici, nous sommes entourées par les allié.e.s de rêve, Claire Crosville et Pascal Benning. C’était un bonheur de travailler et d’échanger avec eux.

Sun Ra

Hier soir, Valentina mixait à Hackney Earth. Il s’agit d’un ancien cinéma souterrain qui, après avoir été redécouvert, a été transformé en salle de concerts sans qu’une ponceuse ou un pinceau aient été mis à contribution. Pure décadence telle que je l’aime. Nous y étions déjà venues samedi soir pour la première soirée du Sun Ra Arkestra – l’ensemble légendaire allait jouer trois soirs de suite et Valentina mixait pour le dernier concert. Moi, je l’assistais modestement, lançais les morceaux en version digitale sur mon ordinateur portable et rangeais les disques dans leurs pochettes. Petite main. L’ingé son est venu dire à Valentina, Samedi soir, c’était le gars de Sonic Youth qui mixait, mais c’est toi qui gagnes. Il l’a félicitée pour l’étrangeté (le mot était weird) de sa sélection.

Elle m’a embrassée derrière ses platines et m’a dit, Tu aurais imaginé ça il y a trois mois, mixer avec moi pour le Sun Ra Arkestra ?

(Merci à Susumu pour la photo.)

Je ne l’aurais pas imaginé non plus en 1990, quand j’ai découvert l’ensemble – c’était l’époque où, comme je le décris dans Terrils tout partout, j’allais à pied à la médiathèque de Lens tous les samedis après-midi avec mon walkman et empruntais des disques de free jazz. Cette musique m’était un refuge comme l’espace en était un pour ce musicien avant-gardiste trop noir et trop gay pour son ère, au point qu’il préférait se revendiquer de l’espace. Aujourd’hui, l’Arkestra est dirigé par Marshall Allen, 97 ans et en grande forme ; il est le dernier musicien vivant de l’ensemble originel. Ci-dessous en rouge.

Alors que nous assistions au concert, Valentina m’a dit à l’oreille que Poutine avait menacé Londres de la bombe atomique ; elle l’avait appris le matin même. J’ai frémi quand l’Arkestra s’est mis à jouer Nuclear War dans une ambiance justement électrique.

Nous étions sous terre comme dans l’espace, dans une autre dimension. Il y avait les amis, Susumu, Yoshino, Cathy, Arthur ; il y avait une dame qui peignait des toiles au premier rang ; il y avait une vieille dame en tailleur-pantalon rose bonbon qui dansait avec une vigueur et une grâce magnifiques au pied de la scène et deux jeunes garçons debout au milieu des gradins, leurs corps souples et légers au milieu des spectateurs assis. Tout cela très magique et libérateur. Le concert fini, nous avons lancé notre mixtape, qui débute (comme je le disais dans le précédent billet) par un morceau maison, Valentina au piano et ma voix en boucle. On peut m’entendre dire « Tu souris mais la vérité est amère » (que je prononce comme un « ta mère ») ; l’idée nous en est venue parce qu’une inconnue a vraiment dit à Valentina, il y a deux semaines, dans la rue, « You smile but the truth is bitter ».

La vieille dame en tailleur-pantalon rose bonbon était la dernière à quitter la salle.

Aujourd’hui, nous allons prendre des photos pour un album de Valentina. Mais pas dans ce genre-là.

2 jours cellulaires

Mon amour et moi avons passé deux jours incognito à Paris.

Nous avons constaté l’extrême difficulté de s’y alimenter – à Londres, on trouve des options vegan absolument partout, des cuisines de tous les pays sont accessibles aux antispécistes, c’est fantastique (j’y ai même testé la nourriture népalaise) ; je me rappelle avoir constaté la même chose à Berlin il y a dix ans déjà ; mais à Paris, même trouver une option végétarienne est un défi. (Outre que les gens sont d’une impolitesse exemplaire, que les rats filent sur les trottoirs immondes et que des êtres humains errent pieds nus, égarés, au milieu de gravures de mode ployant sous les sacs de shopping.) Mais nous avons infusé notre magie dans cette ville qui m’est si hostile.

Nous avons trouvé l’hôtel le mieux insonorisé de la capitale, aux murs couverts de mousse alvéolaire. Il se trouve à la Villette, j’aime bien cet endroit (je ne suis pas que grognon).

Nous étions venues assister à la version concert de Cellular Songs, la pièce de Meredith Monk dont j’ai beaucoup parlé dans mon livre A happy woman mais également sur ce blog, dans la rubrique Autumn in New York. Après y avoir assisté, nous avons rejoint la joyeuse compagnie pour fêter l’anniversaire de ma chère Allison. Je les retrouvais, Meredith et elle, près de cinq ans ans après mon immersion dans la vie de l’Ensemble à New York. Allison et moi avons repris The Mountaineer’s Courtship, chanson d’Ernest et Hattie Stoneman (1927) que nous avions déjà chantée à Lille. Nous étions également en compagnie de Jean-Louis Tallon, auteur (entre autres) du formidable livre Meredith Monk, Une voix mystique, paru cette année aux éditions Le Mot et le Reste ; je le rencontrais hier pour la première fois après cinq ans d’une correspondance régulière et amicale. Ci-dessous, sur la photo prise par mon amour, on me voit auprès d’Allison et de Meredith et on aperçoit en bout de table Ellen Fisher, toujours aussi adorable et drôle qu’en 2017.

La photo ci-dessous a été prise par Jean-Louis.

Quand reverrai-je Allison et Meredith ? En octobre si je suis Valentina en tournée (c’est à l’étude), en 2023 si je fais miraculeusement partie des élus de la Villa Albertine… Cette fois, en tout cas, je ne laisserai pas passer tant d’années.

Et maintenant, l’Ensemble est en route pour une dernière date européenne cellulaire au Luxembourg, mon amour en plein vol pour Malmö, où elle jouera à minuit. Moi, je suis rentrée à Lens, un peu étourdie par tant d’émotions fortes.

(Détail du papier peint dans la chambre d’hôtel.)

pas de neuvième course

Parmi les nombreuses publications de mon amour, cette année, ce génial album. Un livret de photos accompagne le disque, des photos prises dans un hôtel abandonné où tout est resté tel que surpris par un incendie, le couvert est encore mis sur des tables aux nappes épaisses, un piano calciné se dresse devant des traces de cadres emportés par le feu. Pour en savoir plus sur la musique étrange du duo (j’adore), vous pouvez lire cet excellent article de Boomkat.

punk chic <3

Il sera bientôt dans les kiosques : le nouveau numéro de mon magazine préféré consacre quatre pages bien méritées à ma fabuleuse amoureuse. Nous attendions avec impatience de découvrir l’article, qui est assez complet (sans pour autant creuser véritablement les nombreux projets musicaux évoqués, mais il aurait fallu le double de pages, au moins) et les photos, que j’aime beaucoup même si Valentina aurait préféré qu’on reconnaisse Joshua Tree en arrière-plan. Nous avions préparé la prise de vue (lunettes noires, pas de sourire), on peut dire que l’effet est réussi : badass super classe. Dommage que le titre de l’article soit en tout point inepte. Dommage aussi que ma tendre punk chic ait reçu le magazine aujourd’hui et pas mercredi, quand elle fêtera ses 45 ans dans mes bras.

une tempête colorée

Un nouvel album de ma bien-aimée sort aujourd’hui – en attendant une série d’autres nouveautés, solo ou avec ses divers groupes, quelques éclectiques tueries dont je reparlerai ici (moi, je les ai en avant-première, évidemment, voire avant le mixage). Sa parution du jour fait la une du site Boomkat, qui l’a classée album de la semaine, comme je l’ai constaté ce matin puisque je consulte ce site tous les jours depuis des années. Un bel article lui est aussi consacré. Tomber sur le nom de la femme qu’on aime quand on ouvre un site Internet, ça fait un drôle d’effet. J’ai tendance à oublier que ça peut arriver. Je suis heureuse que son travail incroyable soit reconnu et en même temps j’ai l’impression qu’on m’enlève un peu d’elle – ce tout petit, tout petit peu d’elle qu’est son image publique. Ridicule, je sais, d’autant que je ne l’aurais pas rencontrée si je n’avais pas été moi-même une de ses admiratrices to begin with.

Sur la pochette, ce n’est pas elle, non, c’est une actrice italienne.

Des cadeaux

Je reçois parfois des cadeaux d’ami.e.s qui publient des livres, des disques. Des livres dédicacés arrivent dans ma boîte aux lettres, comme cette semaine le dernier roman de mon amie Nat Yot et la nouvelle version des entretiens de Jean-Louis Tallon avec Meredith Monk. C’est à Jean-Louis que je dois d’avoir pu contacter Meredith, en 2016, et nous n’avons jamais cessé de nous écrire depuis – je le rencontrerai enfin en avril, lors du concert de Meredith à Paris.

Delphine Dora m’a quant à elle envoyé plusieurs de ses albums et même des inédits, qu’elle m’a très justement décrits comme évocateurs d’Hildegard von Bingen et de Meredith Monk. Je suis très honorée d’avoir pu entendre ces magnifiques morceaux en avant-première. Vous pouvez découvrir ici la riche discographie de Delphine Dora, si vous ne la connaissez pas encore. Parmi ses dernières parutions, À l’abri du monde

et Rêver l’imperceptible (vous imaginez bien que de tels titres ne pouvaient que me parler), ce dernier pouvant aussi être écouté sur le site de France Musique, ici, agrémenté des commentaires de Delphine.

Un morceau magnifique de L’inattingible – il me donne des frissons, comme presque tous les morceaux de cet album, d’ailleurs… J’écrirai bientôt un petit texte pour développer ce qu’il représente à mes yeux et à mes oreilles.