De l’indocilité (4)

Maintenant que je l’ai décidé, d’accord. Contrairement à toi, je suis très attachée à mon libre arbitre. Je n’ai pas besoin que l’on me guide, que l’on m’explique comment ça va se passer, que l’on m’énumère les précautions utiles. Je serai prudente quand je serai morte.

Jambes en l’air (24)

Quand on se sent libéré, qu’est-ce qu’on fait ? on lève les jambes pour dire merci, merci la force morale de type yogi, merci l’inextinguible pulsion de vie, merci l’imagination, merci les merveilleux amis et merci la grande dame qui ne dit pas, Bon ça suffit maintenant, cette petite cour ne te mènera nulle part, et qui, par sa patience bienveillante, m’aide à oublier celle qui ne m’a jamais vue.

(De haut en bas, passage à niveau caché dans l’arrière-Ronchin ; Grand Stade à Villeneuve-d’Ascq ; dauphin municipal de Lezennes – il me semble que c’est une poubelle.)

I don’t know about you

Dans la rubrique Me, myself & I, j’ajoute ce billet qui pourrait s’intituler, comme d’autres avant lui, Nombreuse et en bonne compagnie. L’idée de cette bêtise m’est venue en courant, alors que je chantais I can’t get enough of myself en chœur avec Santigold, ce qui m’amusait beaucoup (je dansais aussi un peu).

De l’indocilité (3)

J’écris une pièce de théâtre ; j’enregistre des entretiens, je les transcris, un jour ce sera une pièce de théâtre, je vois déjà ce que je vais tirer de cette matière débordante. Cependant, je deviens la confidente. Les gens reviennent ensuite à moi comme s’ils me connaissaient, alors que c’est moi qui les connais. Parallèlement, j’écris un roman de lumière, je le fais, je le fais quand même, je le fais d’autant plus. C’est celui qui dit le prodige que mes yeux voient en elle. C’est peut-être son roman ou c’est peut-être celui de mes yeux. Il est aussi très simplement érotique.

Une méditation

quand j’ai ouvert les yeux ce matin, un instant j’ai cru que Bana Haffar était debout au fond de ma chambre et me fixait d’un air sévère
puis j’ai eu envie de raisin blanc
puis, presque à la même seconde, j’ai dit, Qu’est-ce que vous voulez ? me promener indéfiniment dans votre petit train touristique ?
ensuite j’ai bien travaillé

(Prière à suivre.)

cet après-midi j’ai médité
mes pieds m’ont menée là où un jour j’ai cru mourir de douleur et où je suis retournée deux mois plus tard pour vérifier que la cicatrice était belle – oui*
j’y suis retournée aujourd’hui comme d’autres se font tirer les cartes – mais à l’inverse : l’esprit nu face à lui-même
et l’écho des lieux m’a dit que je vivrais alors j’aurais pu le hurler sans que personne m’entende car il n’y a personne ici
JE VAIS VIVRE YODEL-AY-HEE-HOO
mais je ne l’ai pas fait parce que ma sérénité tient au contraire au silence que j’ai appris à faire en moi
un silence doux et lent comme de la neige et que je peux convoquer pour envelopper la douleur

puis j’ai couru en short dans les rafales de grêles, le crâne à sabot 5 et sans mettre ma capuche parce que je veux fortifier ma volonté parce que
ma volonté ne doit pas faiblir
mes cuisses écarlates n’avaient plus de sensations mais mes mollets si alors j’ai sauté à pieds joints dans toutes les flaques de sorte que
j’ai couru dans l’eau glacée dans mes baskets avec Je Suis Le Petit Chevalier** en boucle dans les oreilles
pensant, Si tu poursuis ce projet, tu dois le faire avec force et joie
car quand je cours tout semble – plus que possible – léger et vif

c’était ma course initiatique du jour
quand je suis rentrée chez moi, le ciel a tourné au bleu

***

* De fait, cette méditation fait suite au billet Le silence, publié ici le 11 novembre ; j’ai constaté en rentrant chez moi les échos (pour ne pas dire les redondances) entre les deux textes (je ne parle pas des photos : les photos, voyons, c’est normal, comme le soleil reste le soleil).
** Pseudonyme de Félicia Atkinson.

Jambes en l’air (23)

Aujourd’hui, je vous emmène au long de la voie ferrée qui relie Haubourdin et Sequedin. Mon short gris perle est revenu boueux de cette expédition que j’ai menée pour votre divertissement ; j’espère que vous ne trouverez pas malgré tout le moyen de vous plaindre, alors que je fais tant pour vous. Vous noterez que j’ai aux pieds de tout nouveaux bolides. Je les ai inaugurés aujourd’hui, contrainte de renoncer aux baskets qui m’ont suivie partout ces six derniers mois, de Villeneuve-d’Ascq à Brooklyn, parce que j’ai usé leurs semelles jusqu’à les trouer, oui, carrément.