Plat ventre (2)

Nous y sommes retournées, à quatre cette fois, et nous avons retrouvé nos trois amis lièvres ; Liz nous a fait jouer à Gazelle Twin. Elle disait qu’on ne le faisait pas correctement, mais ce n’est pas si facile – surtout pour moi, sans cheveux ni capuche, j’ai dû prendre un air peu commode mais elle trouvait que j’étais mauvaise comédienne, bref, à la fin Anna et Karen boudaient un peu et me laissaient faire toute la conversation, et les lièvres se sont éloignés sans dire au revoir. Du moins avons-nous brisé la symétrie, rétabli le désordre des nombres premiers. Les pavés étaient chauds sous nos sept corps, puis l’on se relevait dans le vent froid et c’était comme si l’on plongeait dans un lac de montagne.

(D’après la photo de Liz « Gazelle Twin » par Tash Tung. Ok, elle le fait mieux que nous, mais elle a plusieurs années d’entraînement.)

Plat ventre

– Tiens, dit un lièvre, elles s’allongent sur le ventre, maintenant.
(Il emploie le pluriel parce que, contrairement aux vôtres, les yeux des lièvres perçoivent le spectre lumineux d’Anna et de Karen aussi distinctement que le mien quand nous traversons leur habitat.)
– Habituellement, remarque un deuxième lièvre, elles sont plutôt sur le dos.
– Les jambes en l’air, précise un troisième.
– J’ai essayé, l’autre jour, c’est plutôt amusant.
– Je sais, j’ai vu tes Polaroïd alors j’ai essayé aussi.
– Et à plat ventre, vous avez testé ?
– Hihi !
Et les lièvres à leur tour s’allongent au milieu du chemin qui traverse les champs ; ils sont trois, comme nous. Ça fait six personnes à plat ventre sur les pavés (hélas, ce n’est pas un nombre premier, nous sommes à un corps de la perfection) pour célébrer le retour d’une relative fraîcheur.

Jambes en l’air (26) à la Roche-sur-Yon (7)

De haut en bas, place Napoléon, devant le Grand R et à la Maison Gueffier, au cours d’un atelier d’écriture très guindé, comme on le voit clairement (merci pour leur complicité à Alix, Michèle, Pascale, Catherine, Barbara, Catherine et Bernard*, de gauche à droite sur la photo).

* Merci aussi à Micheline, Christian, Catherine, Eric, Corinne, Nad’, Pascale et Sophie, tous hors champ ici mais qui ont également contribué à faire de cet atelier un moment riche et généreux. Je leur dois aussi d’inoubliables fous rires.

Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.

De l’indocilité (5)

Je t’attends, ma chérie. Ne tarde pas trop, je te rappelle que nous avons beaucoup de choses à faire. Dame Sam me dit de te dire qu’elle a hâte d’être une héroïne de bande dessinée. Enfin, fais ce que tu peux, nous ne voulons certainement pas te mettre la pression.

Jambes en l’air (25) : un cheval

Je lis le dernier roman de Nathalie Kuperman, Je suis le genre de fille, et j’éclate de rire dans le TGV en découvrant ce paragraphe :

« Quand je fais le cheval, je profite pleinement du moment. Je me sens forte, je me crois drôle même si personne ne rit. L’événement ne dure que quelques secondes, mais ces secondes, je les savoure. Elles sont mon présent si rare, je lève les pieds très haut, je suis un cheval. »

Ça ne vous rappelle personne ? Pieds très haut et jambes en l’air, après tout, la différence est-elle si énorme ? Sur le plan social, je tiens une alliée précieuse. Les gens, me dis-je, ne deviennent pas amis pour rien ; ça s’appelle les affinités électives, mes chers, même s’il s’agit de lever les jambes. Il faudra que je parle à Nathalie de mon concept d’être nombreuse et en bonne compagnie.

(De haut en bas, Wattignies, Faches-Thumesnil, Ronchin.)

Mal assis, là (36) : patatras

Quand j’ai pris cette photo, hier après-midi, j’étais très mal assise sur le sol dégoûtant de cette micro friche de Loos, c’est-à-dire très exactement là où je venais de tomber.

C’était la chute la plus ridicule de mon existence et j’ai décidé d’en tirer parti pour 1. rire un peu et 2. prendre cette photo : « Tant que j’y suis », ai-je dit. C’est aussi l’occasion de ressortir des mots que l’on n’emploie plus assez, comme patatras.

Il y a quelques mois, ma meilleure amie, Antique, a vécu une chute similaire – j’entends par là non motivée par une racine, une anfractuosité, le verglas ni aucun autre facteur de ce type. Elle marchait, elle est tombée, voilà tout (sans vouloir dénoncer) ; un jeune homme a été témoin de la scène et Antique lui a dit qu’il avait le droit de rire : « Je ne me suis pas fait mal », a-t-elle précisé. Moi, si, je me suis fait un peu mal, hier, mais moins que le jour où le cercle de fer ci-dessous m’a fait un croche-pied, l’année dernière (il était assez ridicule aussi de courir en sang).

De l’indocilité (4)

Maintenant que je l’ai décidé, d’accord. Contrairement à toi, je suis très attachée à mon libre arbitre. Je n’ai pas besoin que l’on me guide, que l’on m’explique comment ça va se passer, que l’on m’énumère les précautions utiles. Je serai prudente quand je serai morte.

Jambes en l’air (24)

Quand on se sent libéré, qu’est-ce qu’on fait ? on lève les jambes pour dire merci, merci la force morale de type yogi, merci l’inextinguible pulsion de vie, merci l’imagination, merci les merveilleux amis et merci la grande dame qui ne dit pas, Bon ça suffit maintenant, cette petite cour ne te mènera nulle part, et qui, par sa patience bienveillante, m’aide à oublier celle qui ne m’a jamais vue.

(De haut en bas, passage à niveau caché dans l’arrière-Ronchin ; Grand Stade à Villeneuve-d’Ascq ; dauphin municipal de Lezennes – il me semble que c’est une poubelle.)