DJ (15)

Pour célébrer la fièvre du samedi soir, cinq chansons d’amour mélancoliques et lumineuses à la fois.

Billie Holiday : My First Impression Of You

Peggy Seeger : The First Time Ever I Saw Your Face

Sibylle Baier : Give Me A Smile

Karen Dalton : Take Me

Elysian Fields : When

Villeneuve-d’Ascq (6) : du fun

Ces trois images me donnent l’occasion de renouer avec ma série Fun, depuis trop longtemps délaissée mais dont vous n’aurez pas oublié les grandes heures (j’ai tout de même risqué ma vie pour vous rapporter ces images de joie, poursuivie par un chien sur un terrain de basket où personne ne m’aurait entendue crier – comment ça, vous ne vous en souvenez pas ? Ingrats ! C’était ici, le 22 février).

Sept points

1. Ce soir, l’une de mes bagues tombe de mon doigt dans la rue ; c’est ma bague depuis quinze ans, elle est un symbole très fort et je suis soulagée de la retrouver dans les feuilles mortes qui encombrent les trottoirs. De retour chez moi, dans le miroir, je me rends compte que mon jean slim a l’air d’un oversize. Nue, je vois les muscles que j’ai sculptés à la force de ma volonté, mais pas de chair autour. Un reste de poulet. Une carcasse.
2. Ce soir, nous sommes trois filles de 1974 à la même table, entourées d’amies plus jeunes et plus âgées. Les trois filles de 1974 se sentent vieilles ; nous en parlons comme d’autres parlent de rouges à lèvres. L’une d’entre nous porte des bouchons d’oreille. Nous assistons à un concert punk rock. Vraiment pas mal.
3. Je mange une marmite parce que mon corps vient de me faire peur. Ça va m’empêcher de dormir et demain je devrai faire les courses : tous ces légumes qui s’ennuyaient dans mon frigo, je les ai engloutis d’un coup. Je sens néanmoins mes os comme des couteaux sur ma chaise en bois.
4. New York, – 6h, la synagogue, un monde que je ne connais pas.
5. Les chemins qui vont à la mer.
6. Je travaille trop et pas assez.
7. Je ferme les yeux et je suis dans une ville américaine dont on ne parle pas à moins d’y vivre, j’ai cinquante ans et les voisins me font un signe de la main quand je sors de la maison. Puis j’ai quarante-trois ans et je paie mes trois verres au Liquium ; le patron est l’un de mes meilleurs amis.

Ça fait sept points – nombre premier. Ne comptez pas sur moi pour aller au-delà ce soir.

Je reviens

Je parlais avec Anton ; son accent de l’est était aussi prononcé que mon accent français et nous ne cessions de nous faire répéter des mots ; cette circonstance ne faisait qu’épaissir l’ennui de nos échanges et je m’apprêtais à partir. D’une brève exclamation, Hørdis a coupé Anton au milieu d’une phrase. Elle fixait un point derrière moi. J’ai tourné la tête pour voir ce qu’elle regardait, ignorant que ma vie suivrait cette rotation et basculerait sans que je puisse rien faire pour la remettre dans son axe. J’ai dit, Excusez-moi, je reviens, et je ne suis pas revenue.

Je pense que ce basculement et d’autres (comme il s’en produit tant, de relative ampleur) seront au cœur du roman que j’écrirai bientôt, dès que j’en aurai fini avec les corrections de mon recueil de nouvelles, à paraître à L’Olivier en 2018 (mon livre le plus désespérément sombre à ce jour) et avec mon projet sur Meredith Monk.

Villeneuve-d’Ascq (5) : de l’habitat

Venons-en au fait. Maintenant que je vous ai convaincus de vous établir dans cette ville aux fascinants contrastes, parlons immobilier. Toutes les formes de l’habitat sont représentées ici : lotissements, petits et grands ensembles, maisons ouvrières, dédales modernistes, châteaux et anciennes fermes. Vous connaissez mon goût particulier et quelque peu pervers pour les géométries les plus alambiquées représentées dans le petit catalogue (non exhaustif) ci-dessous. Mais je ne veux pas vous influencer dans une décision si délicate. Faites votre choix – et, je vous en prie, épargnez-moi les pigeons, je ne suis pas agent immobilier.

Bas-côté

certains jours de grand bonheur
il fallait s’arrêter sur le bas-côté
pour que je pleure dans son cou
et je pouvais sentir les bris de
mon être bouger en moi comme
dans une trop grande boîte

j’étais reconnaissante à ton cou

Encore des dents américaines

la dentiste sourit derrière toi il ne manque
que le lapin – son sourire et tes cheveux et la machine
mais pas de lapin
tu es la lueur dans l’œil du lapin
qui n’est pas là ni ta mère mais on peut
entendre les nombres de ta mère
et du lapin dans ton sourire sur la photo
et la dentiste ne brandit même pas
d’instrument effrayant
j’aime beaucoup cette photo
je la garde pour moi
chaton des rues

How do you say in Russian : You have the most beautiful smile I’ve ever seen ?

Villeneuve-d’Ascq (3) : de la campagne

Villeneuve-d’Ascq, c’est aussi le parc du Héron, des vrais lacs, des plans d’eau artificiels, des champs, des jardins communautaires, des cygnes, des canards, des chevaux montés de jeunes bourgeoises (j’ai fait en sorte que ce spectacle dégradant n’apparaisse pas au premier plan sur la photo) et des moulins de ville, mais oui, je vous en ai déjà présenté un dans le numéro 4, spécial Villeneuve-d’Ascq, de mes Jambes en l’air – que vous pouvez revoir ici, huit mois plus tard, avec une émotion intacte. Il me faut vous prévenir que Villeneuve-d’Ascq ne propose pas de camping, hélas, je le précise pour ceux d’entre vous qui déjà brûleraient de traverser la France, l’été prochain.