Cantine l’Intrépide

– Wtf ? demandent les oiseaux perchés sur les branches de Carol Anne et des arbres voisins.

Ils sont intrigués par le spectacle devenu quotidien d’une vingtaine de grives se disputant mon fil à linge, phénomène qui est devenu, ces dernières semaines, le sujet principal de leurs conciliabules.

– Comment ? Vous ne connaissez pas la cantine l’Intrépide ? s’esclaffent les grives.

C’est moi qui tiens la cantine et change les boules de graisse ; l’Intrépide Dame Sam ne pose pas un coussinet sur ces machins-là, mais elle a souhaité que le nom de la cantine lui rende hommage ; on ne pouvait guère mieux choisir que l’Intrépide, car les oiseaux qui s’y arrêtent s’exposent aux bad boys du quartier, une bande de chats errants qui se déplacent en file indienne au fond des jardins (l’Intrépide Dame Sam, quant à elle, ne chasse pas – elle a des plaisirs plus raffinés).

Les grives ne sont pas les seules à se nourrir dans notre cantine : les mésanges charbonnières et les rouge-gorges y ont pris leurs habitudes, et les tourterelles ramassent les miettes – trop snobs pour manger à même la boule de graisse.

Il faut dire qu’elles répètent pour Holiday On Ice en ce moment, sur un morceau de Ka Baird (Ka pour Kathleen, natürlich) que je leur ai recommandé – oui, je suis en quelque sorte conseillère artistique pour Holiday On Ice.

Désormais, il me faut ajouter bdg à ma liste de courses : c’est que j’ai des responsabilités, figurez-vous.

Billet de saison

À Lens, on aime les feux d’artifices : il y en a déjà eu quatre depuis que j’y ai emménagé, début novembre – deux pour la Sainte-Barbe, un pour Noël et un dont je n’ai jamais compris ce qu’il célébrait. J’ai pu assister à celui de Noël depuis ma fenêtre, hier soir, avec Polty (qui en grinçait de joie) et l’Intrépide Dame Sam (oui, son nom s’est allongé d’un adjectif, suite à quelques prouesses paranormales).

Il ne me reste qu’à vous souhaiter un bon Noël – comme le font si généreusement ces voisins de la jeune athlète / Sarah :

L’Intrépide Dame Sam pense que j’oublie quelque chose. Elle trouve crétin que j’évoque son nouveau titre (grade ?) sans vous montrer ce qui le lui vaut. Elle n’a pas tort. Pour tout vous dire, elle a exploré les frondaisons de Carol Anne (qui est très en beauté dans la tempête), sans l’aide d’aucun Dr. Lesh – j’attendais au pied de l’arbre avec une corde, au cas où, mais elle a refusé mon intervention car, disait-elle, je risquais de faire n’importe quoi, n’étant docteur ès que dalle.

Agenda provisoire

Dans moins de deux semaines, Le sel de tes yeux sera en librairie, et je me préparerai à faire ma valise pour une résidence au Triangle de Rennes, qui m’occupera beaucoup de janvier à juin. Toutes les dates de ces deux aventures ne sont pas encore fixées mais voici celles qui le sont déjà :

janvier

le dimanche 26, de 16h à 18h, à la crêperie de la Garenne-Colombes ou à la librairie Mots en Marge (à définir), je ferai une lecture du roman entrecoupée d’extraits musicaux, à l’invitation de la libraire et chroniqueuse Nathalie Iris

le mercredi 29, à 17h30, au Furet du Nord, à Lille, j’aurai le plaisir de participer à une rencontre croisée avec Amandine Dhée, qui présentera son nouveau texte, À mains nues

mars

le jeudi 19, à 19h, dans le cadre de ma résidence au Triangle de Rennes, je participerai à la soirée Double Fiesta avec la formidable chorégraphe (entre autres) Léa Rault : plus d’infos ici

le samedi 21, je serai à la librairie Folies d’encre, à Aulnay-sous-bois, dans le cadre du festival Hors Limites

avril

le mardi 7, à 19h, toujours dans le cadre de ma résidence au Triangle de Rennes, je partagerai le plateau avec mes invitées Nathalie Kuperman et Fanny Taillandier pour une soirée intitulée Le chaos en trois rounds (plus d’infos ici)

le jeudi 9, à 19h, je serai de retour à Lille pour une rencontre aux Archives Départementales sur le thème « La bibliothèque idéale des écrivains », dans le cadre du Festival Résonances 2020, aux côtés de Bastien Quignon, Olivier de Solminihac et Géraldine Barbe

En attendant, j’ai créé une petite page (menu ci-contre) pour présenter un peu Le sel de tes yeux.

Un jeudi

Cet après-midi, j’ai fini la première mouture de mon nouveau manuscrit. Je suis allée courir avant de me sentir vide et il s’est passé un certain nombre de choses : au deuxième kilomètre, j’avais tracé les (très) grandes lignes de mon futur roman (Sel + 2, donc) ; au neuvième, une vieille copine oie, Carrie, m’a sauvagement attaquée. Elle a couru vers moi, le cou tendu comme une lance (c’était assez craquant), et m’a martelé les baskets et les mollets à coups de bec ; parfois elle s’arrêtait mais, vexée de me voir me tortiller de rire, elle revenait à la charge. Je ne sais pas ce qu’elle me reproche ; je la vois plusieurs fois par semaine depuis des mois et nous avons toujours été en bons termes – je ne nie pas que nous ayons parfois eu des mots, mais jamais nous n’en étions venues au bec. Là, c’est elle au mois de juillet (oui, ça chauffait un peu, ce jour-là, mais rien de bien grave) :

Plus loin, Danny s’est avancé vers moi d’un pas enjoué. Je me suis excusée de ne pas avoir de carottes sur moi et soudain j’ai compris ce qu’il voulait me montrer : quatre pétillantes poulettes sont arrivées aujourd’hui dans son enclos ! Je lui ai promis qu’on fêterait ça très vite (il m’a chargée de la playlist, des légumes et des confettis).

Let’s celebrate

Ce matin, j’ai fêté la fermeture de la pêche avec quelques potes, au son de Jenifer Walton.

Sirène

J’étais à cet endroit précis, ce matin, je courais au soleil en écoutant Buhrstone de Sarah Davachi, quand j’ai eu envie de rencontrer le grand amour.

Comme si ça existait. Comme si c’était dans mes cordes. Comme si je n’avais pas un manuscrit à finir, un chat très accaparant et un poltergeist facétieux. Mais quand même, ai-je pensé, je me blottirais bien dans des bras, là, des bras de confiance, des bras qui resteraient… Je pesais le pour et le contre quand je me suis retrouvée coincée le long d’une voie ferrée sur un chemin boueux. Par curiosité, j’avais quitté les chemins balisés, autorisés, depuis plusieurs minutes déjà. Plutôt que de revenir sur mes pas, j’ai traversé la voie et enjambé la rambarde pour accéder au quai, fuyant ce qui s’avérait être à la fois un cul-de-sac et un bas-côté. J’ai dit ok, je vois.

Dans les corons, j’ai admiré une statue de sirène cuivrée, horizontale, je n’ai pas pu la prendre en photo à cause des molosses qui se jetaient sur les grillages à mon passage. J’aurais bien fait une capture d’écran sur le service de cartographie en ligne, mais la vue immersive date de juillet 2018 et la maison qu’orne aujourd’hui cette œuvre remarquable était encore en travaux. Il s’agit donc d’une toute jeune sirène. Cuivrée.

L’ambition

Nous avons étudié dans L’art : collection privées du Nord quelques sculptures remarquables de la métropole lilloise. Je n’ai jamais prétendu à l’exhaustivité, ce n’est pas mon propos, mais il manque à mon échantillon un véritable incontournable de l’art paysager : la charrette hippomobile. Il y en a une à Emmerin que je ne me lassais d’admirer au cours de mes footings mais que je n’ai jamais osé prendre en photo – j’avais peur de ne pas savoir rendre honneur à sa démesure et, surtout, peur d’être poursuivie par ses propriétaires ou par leur chien,  mais je m’aperçois a posteriori que c’était très pleutre de ma part. Voici un aperçu de l’œuvre, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne :

(Un seul cheval pour trois enfants – exploitation animale très forte.)

Pourquoi, vous demandez-vous, ai-je attendu de quitter la métropole lilloise pour vous la dévoiler ? Tout simplement parce que je lui ai trouvé de sérieuses rivales dans le bassin minier, notamment à Loison-sous-Lens et à Noyelles-sous-Lens :

(Ici, cheval seul avec garçon pensif – exploitation animale moyenne.)

(Deux chevaux avec moustachu bourru – exploitation animale modérée.)

Détail de cette dernière pièce – photo prise par mes soins, cette fois, en l’absence de chien et de voisins à leur fenêtre :

Notez que ces charrettes transportent toutes des plantes. Ce sont des bacs à fleurs considérables. Que n’ai-je un jardinet à l’avant de ma maison ? Tant d’ambition artistique m’émule (de trait), c’est d’ailleurs pourquoi j’ai décidé aujourd’hui de vous dévoiler ces merveilles méconnues de notre patrimoine.

Porosité

Ce matin, j’ai sillonné en courant le quartier Nord-Ouest de Lens, composé de « cités minières implantées en patchwork, sans lien entre elles ni avec le reste de la ville », pour citer tandem+ – architecture plus urbanisme. Hier, j’avais découvert la fosse 12-14 de nuit, et (mon imaginaire étant ce qu’il est) je m’étais sentie à Brooklyn dans les années 1970. Ce matin, en pleine lumière, l’effet était certes assez différent mais je continue de penser qu’il faut profiter de cette atmosphère apocalyptique avant d’imminents travaux ayant pour objectifs « recomposition du parcellaire en lanières et réinterprétation contemporaine de la trame pavillonnaire », ainsi bien sûr que la nécessaire rénovation d’un habitat qui, pour reprendre l’euphémisme des urbanistes, « manque de confort » – mais pas forcément d’amour, à en croire certaines maisons murées.

Certaines villes sont des palimpsestes, d’autres des patchworks, et ici l’on ressent de manière très nette les coutures entre des unités urbaines plus ou moins grandes, des superblocks que sont les divers types de corons et les cités-jardins (fosse 14) aux étonnants carrés de maisons ouvrières d’époques et de formats différents, des rosaces que présentent les cités de cheminots, enchâssées entre voies ferrées (naturellement) et voies rapides (leurs courbes s’y prêtent) aux lotissements plus ou moins cossus qui se sont construits par vagues, des années soixante à nos jours, jusqu’au point culminant de Lens, son impressionnante Grande Résidence (un peu moins de 50 hectares), dédale de tours, barres et pavillons posés sur le socle d’une dalle commerçante considérable et (fait plutôt rare) active. (Tout cela, j’en ai conscience, méritera(it) au minimum un National Geo…)

Autrement dit, ma nouvelle ville est une juxtaposition d’ensembles résidentiels, d’époques et de styles différents. J’adore. Parfois, on reste un peu interloqué (j’adore aussi) : pourquoi trouve-t-on ici une rue de grandes maisons en bois d’inspiration américaine ? par exemple. Alors on cherche des renseignements sur ladite rue, mais on ne trouve rien, et on se dit que c’est aussi bien comme ça : ce que la connaissance perd, l’imagination le gagne, et on sait de quel côté penche mon cœur.

L’un des objectifs du plan d’urbanisme en cours est de « coudre le quartier à la ville > le rendre poreux et qualifier son approche ». Je pensais à ça, ce matin en courant, avec la défiance que vous me connaissez face aux initiatives qui gomment les particularismes les plus charmants (à savoir atypiques, voire biscornus) des villes, et j’y pense de nouveau, ce soir, sous un angle tout à fait différent : je m’aperçois que c’est la méthode que j’emploie pour travailler mon manuscrit en cours. Je trouve des biais pour rendre possible une réelle porosité entre les différents éléments que je souhaite assembler. Je m’en suis rendu compte après avoir trouvé puis éprouvé un fil ad hoc pour lier/coudre diverses scènes de ma narration ayant pour cadre une enclave résidentielle. N’est-ce pas une formidable manière de clore un dimanche studieux dans la bonne ville de Lens ?

Message privé

Pour M., qui me dit que si je poste encore une photo comme celles du précédent billet, elle débarque de sa capitale.

Je t’attends à la gare de Lens demain dès potron-minet.

Toujours pas trace de Dinah près de sa maison – peut-être est-ce sa résidence secondaire.

Ce matin, j’avais dans les oreilles le Nisennenmondai parfait pour la circonstance. La brume mordait les mollets, je trouvais ça très agréable jusqu’à ce que je voie Danny pétrifié dans sa pâture. Tu as des plaisirs bourgeois, m’a-t-il dit. Puis il est rentré dans sa cabane en grommelant, Bonne douche. J’irai lui donner une carotte pour essayer de l’attendrir.