Un scotome

Mon appareil photo a couru plus de 11 000 kilomètres avec moi, il a pas mal voyagé, il s’est pris de la même passion que moi pour les arrière-mondes. Nous nous entendons bien, en général. Depuis quelques jours, il a un scotome. Vous le voyez ci-dessous, à gauche d’un panneau qui souffre d’un problème plus radical (l’œuvre de joyeux chasseurs* ?)

Je ne peux techniquement pas déloger ce scotome à l’intérieur de son petit corps compact. Que faire ? 1. Corriger ses prises de vue sur Gimp ? 2. Laisser son scotome signer toutes ses photos ? 3. Recadrer les photos de manière à ce que le scotome se perde dans une zone sombre, comme c’est le cas sur l’image ci-dessous puisque j’ai délibérément placé la tache noire dans l’impact de balle sur le panneau ? Ce pourrait être un nouveau concept intéressant mais je crains qu’il ne s’avère très rapidement frustrant et lassant. Comme je n’arrive pas à me décider, je vais vous faire voter (ça faisait longtemps) : envoyez moi vos pigeons avec l’option qui emporte votre préférence, 1, 2 ou 3. Rien à gagner, ceci n’est PAS un Grand Jeu Concours.

* Fuck les chasseurs.

Plat ventre

– Tiens, dit un lièvre, elles s’allongent sur le ventre, maintenant.
(Il emploie le pluriel parce que, contrairement aux vôtres, les yeux des lièvres perçoivent le spectre lumineux d’Anna et de Karen aussi distinctement que le mien quand nous traversons leur habitat.)
– Habituellement, remarque un deuxième lièvre, elles sont plutôt sur le dos.
– Les jambes en l’air, précise un troisième.
– J’ai essayé, l’autre jour, c’est plutôt amusant.
– Je sais, j’ai vu tes Polaroïd alors j’ai essayé aussi.
– Et à plat ventre, vous avez testé ?
– Hihi !
Et les lièvres à leur tour s’allongent au milieu du chemin qui traverse les champs ; ils sont trois, comme nous. Ça fait six personnes à plat ventre sur les pavés (hélas, ce n’est pas un nombre premier, nous sommes à un corps de la perfection) pour célébrer le retour d’une relative fraîcheur.

L’art (46)

Nous avons déjà eu l’occasion ici d’effleurer la vaste question de l’art des ronds-points, très riche dans la région (mais je tiens à signaler qu’il est également très vigoureux en Vendée – ne nous reposons pas sur nos fiertés locales). Aujourd’hui, c’est sur une spécialité dans la spécialité que je veux m’attarder un instant : l’art des ronds-points de parcs d’activité. Ici, le rond-point du P.A. L’Orée du Golf, à Ronchin, limite Lezennes. C’est l’art de l’arrière-monde, modeste, géométrique, quasiment monochrome. Admirez…

In the upper room (36)

Jésus est pardon et moi aussi alors je souhaite un bon anniversaire à cette tricheuse, au cas où elle passerait par ici sur la route pour Middle Church : qui sait ? En cette belle journée, l’indice de pollution est de 8/10 et des morceaux d’enfants animaux carbonisent sur des grilles mais, attendant de voir ce que la vie nous réserve, nous gardons la foi et l’espérance avec ou sans Jésus, sa mère, son père et leurs amis saints – le plus souvent sans eux mais il reste nous, ce si beau nous zébré de tissu cicatriciel au fil des défections. C’est déjà bien.


(Wattignies, près de Noyelles-les-Seclin.)

La divination (3) sans gallinacés

Aujourd’hui, j’ai de nouveau pratiqué la divination par les murs – et par murs, j’entends notamment les cloisons mobiles telles que les palissades, comme nous l’avons vu ici. Je dois dire que je ne suis toujours pas déçue par leur clairvoyance. J’ai brièvement envisagé de tenter l’alectryomancie mais je ne peux m’empêcher d’y voir une forme d’exploitation animale, mon degré d’exigence dans le respect de mes frères et sœurs gallinacés étant très élevé.

* Divination par des lettres ou grains choisis par un coq ou une poule.

Saturday Night Fever (32)

Comme il est ici de tradition, un samedi sur deux et parfois plus, nous allons aujourd’hui danser sur les musiques de sept femmes formidables. La première de cette playlist, Missy Mazzoli, aurait travaillé pour Meredith Monk pendant l’été 2005 et l’une de ses tâches (si l’on en croit le New York Times) aurait consisté à s’occuper de Neutron, la tortue de Meredith. N’oublions jamais combien ce monde est fascinant. Puisque je parle de Meredith Monk, je suis heureuse de pouvoir de nouveau écouter sa musique, après plusieurs mois où même ses pochettes de disques me plongeaient dans des abîmes de mélancolie ; cette semaine, j’ai couru-dansé sur Three heavens and hells, que je ne peux hélas partager avec vous ici car on ne le trouve pas sur les sites de vidéo. Je vous encourage vivement à vous le procurer si vous ne voulez pas tout simplement foirer votre Saturday night.

Missy Mazzoli : This World Within Me Is Too Small

Tanya Tagaq : Sulfur

Nicole Lizée : Bookburners

Susie Ibarra : Flower after flower

Gudrun Gut : Tip Tip

Runhild Gammelsæter : Collapse

People Like Us : Whistle Song (encore une Londonienne…)

RFI

Merci à Jean-François Cadet qui m’accueillait en direct, cet après-midi, dans son émission Vous m’en donnerez des nouvelles, sur RFI, pour parler de La vie effaçant toutes choses. On peut l’écouter ici.

Motto

La semaine dernière, un collégien m’a demandé si j’avais une devise.
– Euh, non, ai-je dit, déçue de le décevoir. Tu en as une, toi ?
– Euh, non, a-t-il dit.
Ainsi étions-nous deux individus face à face et sans devise.

Aujourd’hui, jetant un regard prudent vers les deux dernières années de ma vie, embrassant dans un clignement de paupière le large spectre des cruautés qui m’ont été infligées, me viennent ces paroles toutes simples de Gazelle Twin dans I consume only :

Avec une devise pareille, je serais quelqu’un d’autre, ce serait reposant.

Frappez-moi

si tu continues
des inconnus vont finir par me gifler dans la rue
tant doit être irritant le sourire sans demi-teinte
que je promène en ce monde qui n’a pas cessé de sombrer
sous prétexte que tu es entrée dans ma vie

tu peux continuer quand même

Mal assis, là (39) : encore des tables de pique-nique

C’est bien, quand il fait beau, on est content. On dit, On l’a bien attendu. On dit, Ça fait du bien. Bien bien bien. On s’agglutine sur les pelouses, on s’agglutine sur les terrasses, on s’agglutine sur les plages ou devant le canal et on est content. Au pire, on dit, C’est quand même malheureux d’être enfermé toute la journée au travail alors qu’il fait si beau. Je trouve que l’on est sacrément ingrat, du moins si l’on travaille dans des cadres bucoliques tels que ceux-ci, à Lambersart, Hellemmes et Villeneuve-d’Ascq, et que l’on peut bien s’y asseoir, là, le midi avec son Tupperware.

Voir aussi : Mal assis, là (28), spécial tables de pique-nique.