NPR 26 du flûte alors

Aujourd’hui, je vous propose une journée de festivités pour les trois ans de ma rencontre avec celle que j’appelle désormais le Monstre (top 3 dans mon palmarès de perverses, qui se limite à 3 individus – par chance, je rencontre aussi de chouettes personnes). La professionnelle de santé mentale qui assure la maintenance de mon cerveau depuis près de quinze ans comprend ma tristesse et ma déception mais ajoute, pour me consoler : Elle vous aurait détruite. Je hoche la tête, j’ai cessé de me débattre contre l’évidence. Je dis juste, Flûte alors, j’aimais tellement ce monstre. Mais trêve de pensées larmoyantes, que la fête commence.

D’abord, en douceur.

Le slogan peint sur le mur de béton n’est pas de moi – je suis très rigoureuse, j’aurais mis un tiret entre aimez et vous ; cela dit, je salue (selon la formule du moment) l’accent circonflexe et cette écriture cursive à laquelle la mienne fait écho en tout petit.

elle ne veut plus
je l’ai froissée
sans le faire exprès

Je me demande si quelqu’un répondra à ma réponse ; ça me plairait beaucoup mais j’ai désormais un peu de mal à rêver.

Comme le chantait Morrissey quand j’étais une jeune fille,

I’ve come to wish you an unhappy birthday
Cause you’re evil
And you lie

La suite ce midi et le troisième volet ce soir – oui, c’est comme un traitement antibiotique.

NPR 25 inoubliable

Ce NPR 25 est une mini série en deux épisodes, en hommage à une ex avec qui je ne suis pas restée amie (ce qui est bien dommage parce que c’est une fille attachante, talentueuse et drôle, trois qualités plutôt rares) mais que j’ai toujours plaisir à croiser de temps en temps. Cette semaine, je me suis rappelé quelques-unes de ses tirades. Son plus gros défaut est l’orgueil mais elle en a conscience et, pour compenser ce trait de caractère plutôt ingrat, elle a développé une autodérision et une franchise qui m’amusent toujours autant.

ok, elle a dit
mais je te préviens
je ne serai jamais ton amie
j’ai besoin de croire
qu’on ne se remet pas
de moi

Elle avait employé l’adjectif inoubliable qui donne son titre à cette mini série réversible et que l’épisode 2 approfondit ci-dessous.

Je me suis rappelé ces phrases au cours de mes réflexions ménagères (l’aspirateur laisse tant de place aux pensées parasites) sur la raison qui peut pousser un adulte à user d’un procédé prisé par les adolescents, consistant à faire comme si quelqu’un n’existait pas et qu’ils appellent ghoster. Ma théorie est que l’on choisit de disparaître dans l’espoir, forcément pathétique et vain, de se rendre inoubliable quand on n’a pas d’autre ressort que le mystère pour marquer durablement un esprit, ni l’humour que veut honorer ce NPR.

NPR 24 du petit cajun

Je n’ai pas accroché ce NPR devant le site d’Annay-sous-Lens qui évoque le plus le bayou : il aurait fallu le ficeler à un arbre, ce à quoi je ne peux me résoudre, en l’absence de signalétique à parasiter – tant mieux, la signalétique est à mes yeux une pollution visuelle au même titre que les dépôts d’ordures.

Des arbres qui grincent

Quelque chose grince, remarquait mon amie, l’autre jour, sur un sentier boueux en contrebas de mon chemin fétiche du moment – car non seulement nous avons des cavaliers mais bien souvent nous avons des sentiers parallèles, sauvages, en aval. Je ne me lasse pas d’entendre les vieux arbres grincer comme des portes de manoir hanté, ni de regarder leurs formes tortueuses pousser en tous sens, leurs branches mêlées de lianes bruissant d’oiseaux et d’écureuils, leurs troncs couverts de mousse et de lierre.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est arbres-4.jpg.

An infinite victory

En versant quelques miettes de thé dans mon compost, je découvre l’étiquette du Yogi Tea qu’a bu mon Antique hier ; la devise à la con me tire un rire un peu sec. Love is an infinite victory – and my ass a narrow disaster. C’est ça, dis-je à ce sachet de mauvais goût, va te décomposer.

Avant de prendre le thé, hier, j’avais fait le petit train touristique pour mes amies et les avais emmenées aux abords du technicentre de la SNCF,

dans des bois qui, la nuit, sont le théâtre de fêtes sauvages mais où personne ne traîne en plein jour. Nous avions vu une dizaine d’extincteurs joncher les talus et j’avais rêvassé qu’il existe des extincteurs d’amour – amour dont le siège n’est pas le cœur mais le cerveau, bien sûr. Demain je vais faire réparer le mien à Lille : pédalerai-je sous un soleil estival comme celui de la semaine dernière ou dans une tempête de neige comme celle que je contemple aujourd’hui par ma fenêtre ?

Mon cerveau est grillé comme une ampoule soumise à une surtension constante depuis six semaines qui ont l’air, selon les jours, de six minutes ou de six mois. Je n’ai plus aucune idée de ce qui est réel, de ce qui est important, de ce qui est grave, de ce qui est juste, de ce qui est réversible. J’aime, je hais, je ris, je pleure, je fonce, je me rétracte, je me crois tirée d’affaire, je sombre, je suis attendrie, exaspérée, une rage féroce clapote dans mes veines. Parfois, je me demande si j’existe encore. Peut-être suis-je un fantôme, une morte qui se croit vivante comme l’un des personnages dans le roman que je suis en train de travailler, ça expliquerait 1. que des pseudo proches n’aient jamais répondu à mon message de bonne année ; 2. que des éditeurs n’aient jamais ne serait-ce qu’accusé réception de mes manuscrits ; 3. que Dame Sam, après avoir passé sa vie sur mes genoux, ait choisi de partir sans me dire au revoir pour aller s’éteindre dans la nature ; 4. que, me voyant ramper à bout de forces dans ce désert hostile, la femme qui disait vouloir passer sa vie avec moi m’ait soudain abandonnée sans un mot d’explication (ni de fuck : sans un mot). Alors la victoire infinie du putain de Yogi Tea, non. Putain non.

NPR 23 des lapins

Un NPR signalétique ce matin, près de l’endroit où j’ai peut-être sauvé un lièvre il y a un mois (je me suis, depuis cet épisode, procuré le numéro d’une association qui recueille et soigne les animaux sauvages). Mon A4 a l’air d’un flyer à côté des panneaux officiels.

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois tant j’étais stressée d’être surprise par des voitures en provenance du pont au bas duquel je me trouvais, debout sur une glissière de sécurité – un pont qui plonge sous celui de la photo ci-dessus. Vu depuis le chemin de halage, celui sur lequel je ficelais le processus ressemble à ça :

et vu depuis lui-même, à ça :

J’avais, dans un premier temps, mal noué la ficelle ; la deuxième fois, j’avais accroché le NPR à l’envers, ce qui m’a beaucoup amusée mais ensuite il a fallu couper les ficelles, qui sont devenues un peu trop courtes ; etc. Ces aléas m’ont permis d’assister au lever du jour

et de contempler ce magnifique nuage.

Des plages

Une plage de Lens, révélée par la démolition d’un bâtiment, m’a rappelé la destruction de la barre Marcel Bertrand à Lille mais aussi des photos que j’avais prises à Mons-en-Barœul, à Haubourdin et à Brooklyn ; les voici, dans cet ordre, de haut en bas. C’est l’occasion d’alimenter la rubrique Splendeurs & Merveilles, à laquelle ma lubie des NPR nuit gravement.

NPR 22 du vaste monde

Hier, j’ai promené ce NPR à vélo, nous avons roulé une trentaine de kilomètres et fait des essayages de paysages. Nous avons traversé des bois,

des champs,

dont un avec terrils en arrière-plan,

longé un ruisseau

et j’ai finalement décidé de le laisser près du spot de lapins, l’un des terrils superstars de mon journal de confinement.

Cet échantillon de paysages est comme une ligne de cailloux reliant quelques points symboliques de mon enclos. Cet enclos est devenu pour moi, depuis un peu plus d’an, une métonymie du vaste monde, comme il l’a été pour le tu de cette micro narration jusqu’à sa disparition. De même, pendant la plus grande partie de cette année, j’ai voulu voir les jours parfaits que j’y passais avec ce tu comme des synecdoques de ce que serait notre vie ensemble. De même, je confie à ce NPR concis le soin de raconter notre histoire. On y trouve tous les ingrédients d’un bon vieux roman : de l’amour, de l’action et un sacré vertige ontologique.

NPR 20 de tirette surprise

J’ai décidé de renommer tous les nouveaux processus réversibles : comme les terrils, ils seront toujours numérotés mais ils auront aussi un sobriquet. Je n’ai pu résister à la tentation du ton sur ton pour ce NPR de tirette surprise :

tandis que, sur cette poubelle de Méricourt, j’ai préféré le rappel de couleur.

Ce matin, je craignais que mon NPR des pouces opposables n’ait été arraché, il était si facile de tirer sur le papier nu entre les deux bandes adhésives, et ça n’a pas manqué. Je vois parfaitement à quel genre de crétin (vas-y kessexa) imputer cette mauvaise action et, bien que ce soit le destin d’un processus réversible d’être vandalisé, je suis en colère. J’aurais aimé que celui-ci tienne tout le week-end pour m’assurer qu’il ait fait sourire, avant de disparaître, ceux que je souhaitais faire sourire. J’ai décollé le scotch et l’ai jeté dans une poubelle semblable à celle que l’on voit ci-dessus.