Garennes

Après un très agréable dimanche après-midi à la Garenne-Colombes, j’ai couru hier à l’assaut du terril n°80 dit des Garennes, à Éleu-dit-Leauwette : un terril sauvage, silencieux, bordé par la rivière de la Souchez,

un de ces terrils qui fument encore par endroits, par des espèces de minuscules branchies, et quand j’ai posé la main sur le sol, il était chaud.

J’avais arrêté la musique, pour n’écouter que le chant des oiseaux. Ma solitude aurait été parfaite, n’eussent été quelques coups de feu dans le lointain (mais c’est bientôt fini : dans un mois et un jour, les individus sains d’esprit – dont lapins, canards, etc. – pourront être en sécurité dans la nature).

Autochromes

Ce matin, mon territoire d’élection m’a fait le grand jeu pour m’accueillir au retour du Blosne. Danny a essayé d’articuler quelque chose et il se balançait d’avant en arrière comme s’il voulait sauter par-dessus le fil qui délimite son enclos et se blottir dans mes bras ; Carrie ne m’a pas attaquée à coups de bec ; les cygnes, canards, poules d’eau, foulques macroules et grèbes huppés ont multiplié les tentatives de jambes en l’air. J’ai rassuré tout le monde : certes, je suis tombée sous le charme du Blosne (et de Bréquigny, j’adore Bréquigny) mais c’est vous que j’ai choisis. Les graminées ont agité leurs cheveux dans la brume. Quoi de plus merveilleux qu’un amour honoré de retour ?

Haley & Keeley

Dame Sam est de retour de Liévin, et moi de Rennes. J’ai pris le TGV puis le TER avec Polty et Rocky (nous avons fraudé : un seul billet pour trois ; nous avons fait des selfies mais j’aurais honte de les afficher ici parce que Polty est vraiment trop con – faire peur aux gamins comme ça, c’était puéril) et Dame Sam est rentrée en voiture avec mes parents, qui ne voulaient pas la rendre. J’ai retrouvé mes proches, il y avait des algues du Blosne sur mes vêtements et dans mes cheveux, et des baisers d’écureuils. Une amie a traité Rocky de mugmoche et j’ai entendu craquer les jointures de Polty mais j’ai sauvé la situation avec un discours baudelairien. Maintenant, Dame Sam et moi de nouveau seules, empilées, nous écoutons Debris de la musicienne, danseuse et actrice Keeley Forsyth (album sorti le 17 janvier). Les Anglais l’appellent la nouvelle Scott Walker ; ok, mais je pense aussi à Haley Fohr – Jacqueline, le nouvel album de ladite Chicagoane (sous le pseudo de Jackie Lynn – parfois elle est Circuit des Yeux, et je l’aime presque autant que Jenny Hval), paraîtra le 10 avril, yeah !

Ma résidence au Triangle (1)

Le neuvième jour de ma résidence au Triangle de Rennes s’achève sans que j’en aie posté une seule photo mais ce n’est pas parce que je n’ai rien à montrer ou que je passe un sale moment, c’est parce que le Blosne (mon quartier) est un magnifique monstre dont on voudrait donner à voir chaque recoin sous tous les angles : 269 hectares d’ébahissement urbanistique et architectural (ça vaut aussi pour les quartiers limitrophes, la Poterie, Bréquigny, et pour la commune Saint-Jacques-de-la-Lande). J’adore. Pendant ces neuf jours, j’ai bien travaillé, inlassablement écumé le territoire en courant et en marchant avec mon appareil photo, et joui sans entrave du trésor qui se présentait à moi. Aujourd’hui, j’ai pu livrer à mon interlocutrice du Triangle un synopsis à peu près complet du texte que je vais écrire ici, tous les rouages s’étant agencés comme par magie dans la matinée, alors que je courais en quête de décors où situer mon action alors encore embryonnaire. J’ai trouvé les lieux et tout le reste dans la foulée – littéralement : courir est décidément un outil de travail à part entière. Je ne me sens pas encore capable de sélectionner quelques photos du quartier parmi les 250 que j’ai déjà prises alors je vais me contenter de vous présenter 1. la maison (le Triangle), 2. un ami (Ricky) et 3. une plaque dont la vue m’a fait vaciller quand je l’ai enfin trouvée, au cours d’une marche de 3h30, vendredi dernier ; cette photo-là illustrerait à la perfection le texte que je vais dès demain commencer à écrire.

(Le Triangle est un bâtiment trop grand et trop complexe pour que j’en propose plus qu’un détail aujourd’hui.)

(Dans les parcs du Blosne et de Saint-Jacques, on croise des écureuils férus de voltige – ici, mon pote Ricky dans le parc des Hautes-Ourmes.)

(Le Blosne était à l’origine un ruisseau, dont on trouve encore des segments visibles.)

Et un extrait de ma B.O. de cette première session – la musique sophistiquée de Julia Holter a souvent accompagné mes extases topographiques, à la nuit tombée ou dans le soleil suraigu du matin :

Focus VIF

Je me réjouis que le Sel fasse partie de la sélection de Focus VIF en cette rentrée littéraire – pour ceux qui vivraient loin de la frontière, il s’agit d’un magazine culturel belge vendu chaque semaine avec Le Vif/L’Express. Je remercie Anne-Lise Remacle, à qui je dois cet honneur.

Voilà qui m’apaise un peu en attendant mon massacre annoncé dans Le masque et la plume , dimanche soir ; au programme :

RCJ

Je suis extrêmement touchée par la chronique radio consacrée au Sel de tes yeux par Josyane Savigenau – que je remercie une nouvelle fois pour son soutien inestimable. On peut écouter l’extrait de l’émission ici, sur le site de RCJ.

La dispute

Ce soir, à 19h sur France Culture, il devait être question du Sel. Comme je l’expliquais à l’équipe du Triangle cet après-midi en mangeant la galette des rois, j’avais peur de me faire laminer dans l’émission (dont le titre seul me fait frémir) mais aussi de ne pas me faire laminer pour cause de grève. Finalement, je ne me suis pas fait laminer. Mais j’ai eu la fève. Pour ma première rencontre avec mes nouveaux camarades rennais, j’avais une couronne en papier sur la tête : toujours rester digne.

<3 Rocky <3

Polty et moi étions désemparés dans la maison de concierge que nous occupons au Triangle de Rennes, sans Dame Sam ni mug assez grand pour nos thés. Cet après-midi, nous avons eu la preuve en image de l’infidélité de Dame Sam (qui dort sur les genoux de ma mère quand elle est à l’ordinateur) aussi avons-nous décidé, abandonnant tout scrupule, d’adopter un animug de compagnie. Nous sommes entrés dans un magasin, nous avons marché jusqu’à lui comme possédés (lol, dit Polty) et nous l’avons choisi – non, reconnu – entre tous dans la rangée à -40%. Il s’appelle Rocky, en hommage à Rocky de Loos Oliveaux, car ici nous hantons un équivalent rennais (x10) de ce quartier.

Rocky nous accompagne dans l’écriture de notre nouveau manuscrit – la biographie de Polty, si vous avez bien suivi – et dans la découverte du Blosne. Personne ne me regarde de travers sous prétexte que je me promène dans le labyrinthe d’avenues et de chemins avec mon poltergeist (invisible, à ceci près qu’il me fait parfois faire des trucs un peu bizarres comme danser ou chanter en public*) et Rocky (après tout, c’est un chien, les gens promènent des chiens).

*

Un au revoir

Demain, je quitte le vaisseau fantôme pour entamer ma résidence au Triangle de Rennes. J’abandonne Dame Sam et tous nos amis. Ma Carrie chérie m’en veut tout particulièrement, au point de se montrer agressive ce matin. Je l’ai filmée quand elle a chargé, son adorable petit corps potelé ballotant de droite et de gauche tandis qu’elle courait vers moi, le cou tendu, le bec acéré, l’œil plein d’un légitime reproche. Je rentre très vite, lui ai-je promis, mais elle ne m’a pas crue et m’a mordu les baskets et les mollets. Quelques film stills de la vidéo :

Vous allez me manquer, mes amis à poils et à plumes (Polty vient avec moi – il ne paye pas le train) ; à bientôt.

Frrll

Ce matin, j’ai chopé un gravillon dans la valvule mitrale, ça faisait une plaie comme une bouche de poisson rouge et toutes les musiques, joyeuses ou tristes, risquaient de l’infecter, sauf celle de Tirzah. Alors j’ai couru avec la courte intégrale de la jeune Londonienne en boucle dans mon casque et très vite mon cœur a été comme neuf, limite gominé, alors les gens dans la rue ont commencé à me dire bonjour et à me sourire avec les dents comme si j’étais une bonne surprise – parce que moi-même, je m’en suis rendu compte, je souriais : un véritable tourniquet d’arrosage. Et je ramassais tous ces sourires comme des points de vie dans un jeu vidéo des années 80 (les seuls que j’aie jamais connus), et chaque fois ça faisait frrll-frrll.

(Une copine cygne, Kira, s’exerce aux jambes en l’air pour partager ma joie. Ce n’est pas gagné.)

Une jeune fille en blouson rouge ne souriait pas du tout, elle faisait du longboard avec un air revêche et un gros chien blanc qui était son seul ami ; j’ai couru un peu à leur côté avant de virer vers la Grande Résidence. Ils ont bientôt disparu à ma vue et mon cerveau s’est mis à mouliner. Roman à suivre*.

(L’idée de roman m’est venue ici, à la lisière de la Grande Résidence – la ZUP de Lens, comme on dit.)

* Mais pas tout de suite : j’ai d’abord promis à Polty d’écrire sa biographie. Puisqu’il est question d’ielle, une commission d’incrédules s’est réunie chez moi hier soir pour examiner la preuve de son existence apportée dans le billet ci-dessous et, après avoir observé, détaillé, commenté un agrandissement de l’image, elle est parvenue (quoique de mauvaise grâce) à la conclusion suivante : il y a bien un visage derrière la fenêtre. Cependant, elle n’admet toujours pas l’existence de Polty, pour preuve que l’on peut se prétendre rationnel sans être cohérent.