Patterns

37′ de course lumière zéro

BOUM

11h32 Hellemmes rue du Progrès
Ryoji Ikeda Test pattern

une révélation me frappe
et me détourne de toute décision hâtive
face à la constante déception qu’est cette vie

50′ de course lumière 0,7

VLAN

11h45 Villeneuve d’Ascq chemin de la Bascule
Pierre Boulez Messagesquisse

je veux casser du dedans
l’œuf qui m’est imparti je ne vois pas
qui pourrait bien m’en empêcher au nom de quoi

1h47 de course lumière 1,3

PAF

12h42 retour maison place V
Edgar Varèse Ionisation

dès que le mouvement cesse
le néant gluant de nouveau enfle
dans mes veines engourdissant ma pensée

1h44 d’inertie lumière 0,3

ZING

14h26 sur chaise bois + sous chat dame Sam
Morton Feldman Why patterns

n’être que mouvement
je ne vois d’autre solution
au délitement – à ma dispersion par le vent

In the kitchen (9)

chaque jour ôter un peu de la matière
qui a coagulé sur mon quotidien
vider
purifier l’espace
diminuer mon empreinte
mettre à la benne le surplus
la bimbeloterie d’une existence
chaque jour préparer un peu le départ
traquer la tentation du sens
décrocher la décoration pour
que se dessine l’essence
en lignes claires
réduire toujours un peu plus
chaque jour jusqu’à extinction de soi

après quoi j’irai sonner à la porte du Royaume
avec une bonne bouteille et des noix de cajou

( Avenue de l’Europe, Haubourdin.)

Israël Quellet : Pour Voix Et Rire, Percussions, Orgue

La peau

j’ai mes genoux des grands jours
pochés et pelés
nous avons bien dansé encore
une fois au bord
d’un nouveau précipice
pauvres corps vieillissants
faisandés dedans
nous avons gesticulé pour
défier la mort cependant
que nous râpions nos genoux
sur son indifférence

ce midi les champs scintillent
sous le ciel changeant
mes cheveux gouttent
mon visage ruisselle
sur mes lèvres en perles de sel
il n’y a vraiment que nous ici

je cours dans les ombres étroites
des rues estivales pourtant
jamais ma peau n’a présenté
une teinte si dorée
je la regarde avec étonnement
comme si ce n’était pas la mienne
et que ce n’était pas moi dedans
– cette dense masse de silence
épuisée d’avoir essayé
dans des spasmes maladroits
de bruisser un peu parfois

DJ (11)

J’avais plus ou moins décidé d’abandonner ce blog, mais c’est samedi et je ne peux résister à la tentation de vous faire danser. Mettez vos baskets et préparez-vous à la grande abduction car, aujourd’hui, je vous fly to the moon and beyond, avec des photos en prime.

Ella Fitzgerald : Two Little Men in a Flying Saucer

Sun Ra : We Travel The Spaceways

Philip Glass : Einstein On The Beach, « Spaceship  »

ESG : UFO

Blonde Redhead : U.F.O.

Grouper : Alien observer

L’art (29)

Résidence chic et art collectif idoine, Avenue Saint-Maur à La Madeleine. Vous connaissez désormais les questions rituelles, déjà évoquées ici, concernant l’art pour les collectivités : Qui décide ? Qui dessine ? Que se dit-il dans les réunions de copropriété ? Comment l’ordre du jour nomme-t-il l’œuvre ? « Femme potelée néanmoins emportée par le vent, vraisemblablement à cause de son drapé ? »

Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (7) : La corbeille

La semaine que j’ai consacrée à la très sérieuse (quoique petite) histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise touchera bientôt à sa fin. Cette semaine, dans la métropole lilloise, j’ai couru en quête d’images pour alimenter mon sujet, c’était amusant. Je m’amuse bien, parfois, ici. Et d’autres fois, j’ai bien envie de disparaître totalement et d’arrêter. Aujourd’hui, c’est le cas.

Aussi ai-je supprimé l’attendue « brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (7) : DJ (11) », qui était prête à poster. Quelques autres billets aussi : corbeille. Ceci n’est pas un vrai billet ; ceci est un exercice : puis-je manquer de rigueur pour quelque chose d’aussi stupide qu’un billet de blog ou suis-je vraiment incorrigible ?

Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (5)

Monsieur, ou Le culte du corps à travers les âges

Dans cette nouvelle rubrique, c’est rien moins qu’une brève histoire de l’homme que nous retraçons, de l’antiquité à nos jours.

L’antiquité

Les plus assidus d’entre vous reconnaîtront ci-dessous l’objet de L’art (9). Je déteste me répéter mais il me semble important de ne pas négliger cette partie de l’histoire. Monsieur n’était pas que footballeur, il pouvait également être discobole, ce que les fouilles effectuées au Jardin des Plantes ne révélaient pas. Il pratiquait ce sport sans short – notez que cette statue nous apprend beaucoup quant à l’évolution de l’anatomie virile.

L’époque médiévale

Les plus assidus d’entre vous reconnaîtront ci-dessous l’objet de L’art (19). Je déteste me répéter mais il me semble important de ne pas négliger cette partie de l’histoire. Monsieur, outre qu’il ouvrait la voie aux hipsters comme le mentionnait L’art (19), portait la robe avec beaucoup de grâce.

Années 1920

Théorie la plus répandue à propos de ce buste : Monsieur était contemplatif. Vêtu d’un simple boléro qui dévoilait son torse nu et bronzé, il observait avec courage l’activité de ce monde indifférent à ses souffrances morales, à savoir les mouvements de la vie sur la place Alexandre Dumas – le vent dans les arbres, les ombrelles fleurissant le terrain de pétanque, les zéphyrs embrasant des tourterelles sur un fil électrique, etc. Théorie la plus polémique : Monsieur était une commère.

Années 1950

Monsieur était coquet. Nous pensons qu’il entretenait déjà son corps comme nous avons la preuve qu’il le faisait dans les années 1980 (voir plus bas) et qu’il tenait à ce que ses vêtements épousent au plus près son torse puissant, à des fins esthétiques.

1978

Deux théories s’opposent autour de cette image trouvée sur un site de fouilles à proximité de la gare Lille Europe : Monsieur (que l’on reconnaît à sa mâchoire de qualité américaine) construisait-il la ligne 1 du métro lillois ou était-il un amateur de la chanson YMCA, incontournable de la culture gay ? Il est permis de se poser la question car le tube de Village People et l’inauguration des Grands Travaux qui aboutiraient au réseau métropolitain que nous connaissons aujourd’hui (pas moins de deux lignes) datent de la même année.

Années 1980

Les archives photographiques d’une grande agence de coaching sportif sise à proximité du cimetière de l’Est, à Lille, nous rappellent que Monsieur ne joue pas qu’au football. Certains spécialistes pensent que ce harnachement suggère des pratiques érotiques extrêmes. Nous ne pouvons toutefois l’affirmer avec certitude. La thèse la plus plausible nous paraît être que monsieur n’entreprend rien, dans les années quatre-vingt non plus qu’à aucune autre période de l’histoire, sans un équipement ad hoc, avec un goût prononcé pour les matières techniques de type latex ou microfibres mais aussi pour les couleurs fluorescentes et les jeux électroniques.

XXIème siècle

La mode masculine est assurément aux fessiers étroits, comme en témoigne ce leader de la contestation lilloise célèbre pour sa signature en forme de rébus.

L’art (28)

Depuis la publication de La poésie (2) mais surtout de L’art (23), vous êtes nombreux à me réclamer plus de billets sur l’association art et frites. Je m’incline. Voici, pour commencer, la célèbre friterie loosoise – avec un détail de sa fresque, comme dans les livres d’art. L’artiste a donné à la frite un chic rarement atteint.

Admirez maintenant le détail de ce trompe-l’oeil.*

*Je précise à ce propos que je reviendrai très prochainement avec un nouveau numéro consacré à l’art du trompe-l’oeil, dans la perspective de notre enquête au long cours sur le thème « kitsch et lutte des classes » : ne manquez pas L’art (30) !

Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (4)

Madame, ou Les arts ménagers à travers les âges

Dans cette nouvelle rubrique, c’est rien moins qu’une brève histoire de la femme que nous retraçons, du vingtième siècle à demain.

Les années 1920

La maison se targue, sur son enseigne, d’avoir été fondée en 1897, mais il semblerait qu’elle ait plutôt vu le jour dans les années 1920, comme en témoigne la coupe de Madame Edmé. Les flappers (ou garçonnes) n’existaient tout simplement pas au XIXè siècle. On ne nous la fait pas.

(Rue Georges Boidin, Lambersart.)

1925

L’école ménagère recevait les femmes et filles de cheminots qui habitaient à Lomme Délivrance, quartier-village dont la construction a débuté en 1921. Afin de faire des filles de la cité de « futures bonnes ménagères qui sauront gérer leur ménage avec économie et en même temps créer un intérieur agréable qui retiendra le mari à la maison »*, la compagnie aménage (…) dans une maison de quatre pièces une école ménagère : on y apprend « à acheter et à conserver les aliments, à préparer une nourriture à la fois saine et économique ; à aménager, à décorer son intérieur, à couper et entretenir les vêtements, à réparer le linge et aussi (…) à élever les enfants »**

(Place Beaulieu, Lomme.)

1968

Les jeunes filles avaient la possibilité d’aller à l’école, si elles enfilaient le jean autrefois réservé aux garçons, mais cela leur était visiblement douloureux – on le vérifie ci-dessous dans les larmes de cette fillette se rendant à l’école Saint Joseph, à Haubourdin : sans doute son âme se révoltait-elle contre cette violence faite à sa nature ménagère.

Aujourd’hui

Peut-être reconnaîtrez-vous l’agence lilloise d’une chaîne dont je tairai le nom et qui propose « Ménage / Repassage / Grand nettoyage / Grandes occasions / Garde d’enfants ».

Il y a aussi une dame moderne, qui a les cheveux courts et porte le pantalon sous son tablier ; elle tient un chiffon et un pulvérisateur de produit à récurer dans ses gants en caoutchouc. Vous pouvez apercevoir sa silhouette dans la vitrine de l’autre côté de l’angle.

Demain

Une fillette a troqué sa gazinière contre une 8,6. Souhaitons-lui une bonne continuation.

(Boulevard de Metz, Lille.)

* Maurice Boisseau, Les Œuvres d’amélioration sociale dans la Compagnie des chemins de fer du Nord (thèse), Imprimerie librairie militaire universelle L. Fournier, 1924.
** Compte-rendu du conseil d’administration de la cité de Lille-La Délivrance sur les écoles ménagères, 1925.