Aviaire (2)

Les cygnes sont sujets à la grippe H5N8 (même si Homo Sapiens n’en parle pas parce qu’il ne les mange pas et ne les élève pas en batterie), aussi je poursuis mon hommage par une série qui leur est consacrée. Je n’ai pas hâte de me lancer dans ma série sur les oies parce que Carrie est de tempérament jaloux (et quelque peu narcissique), or je compte (contre son avis) ne pas choisir que des photos d’elle et de sa petite racaille chérie de Ricah. J’y viendrai pourtant très bientôt. Pour l’instant, donc, voici des cygnes

célibataires

en couple

en famille (les photos, prises alors que je courais, donc avec mon téléphone et des doigts moites guère assurés, sont de très mauvaise qualité)

gonflable (celui-ci vit à Londres)

et hippies, dans la célèbre communauté de l’étang du Brochet à Noyelles-sous-Lens.

C.I.O.

Dans une autre vie, je veux faire ça. Quand je regarde ce genre de vidéo (comme quand j’assistais à des répétitions dans le loft de Meredith Monk – et même si, là, il ne s’agissait pas d’improvisation), je me dis que j’aurais dû consulter un.e conseiller.e d’orientation, au lycée. Si je faisais le métier de ces femmes, je ne serais pas misanthrope.

(De gauche à droite, Jean-Carla Rodea, Anaïs Maviel, Charmaine Lee, Amirtha Kidambi, Kristin Slipp et Émilie Lesbros.)

Je crois que je serais comme Anaïs Maviel et Charmaine Lee, parfois j’aurais envie de rire, quand soudain j’aurais conscience que c’est fantastique d’être là en train de faire ça, incroyable que ce soit mon mode de vie. Et un peu comme Amirtha Kidambi dans la mesure où ce serait moi qui dirais aux copines, « Et si on improvisait une pièce vocale de 34′ qui s’appellerait Not A Police State ? »

Tombeau du Chicago blues

J’ai conscience qu’en dévoilant les coordonnées de l’authentique tombeau du Chicago blues, je vais ouvrir la brèche pour un tourisme de mélomanes. Certes je n’aime pas la foule mais j’aime les mélomanes, alors allons-y. Il se situe exactement ici : 50°25’36.2″N 2°50’52.6″E, à savoir rue Fernand Léger, à Sallaumines. Soit à 350 mètres à vol d’oiseau du parc Guimier qui est le cadre de ma chanson de geste à paraître, dont il se trouve qu’elle établit précisément un parallèle entre le bassin minier du Pas-de-Calais et les États-Unis (bon, certes plutôt leur sud que Chicago, mais quand même, il me semble tenir là un CQFD de haut vol). Si Matana Roberts, Jamila Woods, Angel Bat Dawid ou je ne sais quelle autre de mes héroïnes chicagoannes de naissance et/ou d’élection souhaite venir enquêter sur cette stèle, qu’elle n’hésite pas à passer prendre un café chez moi, c’est à 853 mètres.

Des courbes

Je prépare une nouvelle expo de photos et de textes sur les Splendeurs & Merveilles du bassin minier. Je vous donnerai plus de précisions dès que possible mais je peux déjà vous dire que j’y travaille dans l’esprit très 16:9 flamboyant qui est ma nouvelle approche du territoire, après les carrés noirs et blancs de Ligne 18.

La bêbête (2)

Ce que vous m’avez fait peur, Monsieur l’agent ! Surgir comme ça sur un chemin de halage sans éclairage public… Vous traquez un cygne porteur du H5N8 ? Un canard ? Une foulque ?

Moi ? Qu’est-ce que

Oh, ça.

Mais vous n’y êtes pas du tout, Monsieur l’agent. Ce n’est pas avec vous que je joue à cache-cache, c’est avec le virus. C’est pour ça que je suis ici avant le lever du soleil, parce que je ne risque de croiser personne – enfin, à part vous. À ce propos, Monsieur l’agent, ça vous ennuierait de placer le masque sur votre nez ?

Aviaire (1)

Alors que la grippe aviaire frappe de nouveau mes amis à plumes, « La filière du foie gras ne cache pas son inquiétude », pour citer Le Monde – qu’elle coule et ne se relève jamais, qu’elle s’auto-gave à en exploser. Je ne m’inquiète pas pour cette lucrative barbarie made in France mais pour les innocents exposés au virus dans leurs canaux, leurs rivières, leurs étangs. Moi qui assistais avec une joie chaque fois renouvelée au passage si musical d’oies sauvages dans le ciel d’ici, je ne pourrai plus les regarder sans mélancolie. J’ai décidé de rendre hommage à mes amis en danger par de modestes séries. Pour commencer, quelques-unes de mes meilleures photos de cannes, canetons et canards so far.

en familleen voldont mini série 1dans l’eaudont mini série 2 et un canard de Rotterdam 

Un chat un chat

Pour oublier un instant les multiples horreurs qui émaillent l’actualité, voici une belle histoire et des photos de chats (prises entre 2005 et 2007, sauf mention).

En octobre 2004, je rentrais du cinéma quand j’ai croisé une chatte très sale et qui puait ; ce n’était manifestement pas sa première nuit à la belle étoile. Elle m’a suivie chez moi, 113 rue Brûle-Maison à Lille, et s’y est installée en princesse avec un dédain ostensible pour les autres chats présents. Je l’ai appelée Sam ; elle a exigé d’être anoblie ; ce fut donc Dame Sam. Elle a pué pendant trois semaines, se dandinant avec désinvolture entre le jardin, les gamelles et le canapé. Puis elle s’est abandonnée à ma tendresse et à celle de Joe.

(Ici, Dame Sam avec feu Joe, qui nous manque chaque jour depuis bientôt 5 ans.)

De mon côté, j’ai appelé la LPA de Lille et, grâce au tatouage dans son oreille droite, obtenu le nom et l’adresse de l’humaine qui l’avait adoptée un an plus tôt ; quand je me suis présentée à cette adresse, il n’y avait plus personne. Je n’ai pas retrouvé la trace de l’humaine et, si elle a cherché DS, la LPA ne m’en a pas prévenue. J’y ai vu un signe du destin : DS et moi étions faites l’une pour l’autre.

(Mon entourage s’accorde pour dire que nous avons le même caractère.)

J’ai vécu pendant près de 17 ans avec ce petit être autoritaire sans que ni la LPA ni aucun vétérinaire me signale jamais que je devrais faire une démarche d’adoption. Inutile de préciser que je n’ai pas beaucoup d’affection pour les adjectifs possessifs appliqués à des êtres vivants – si vous m’entendez parfois parler de mon chat, ce n’est certainement pas parce que je m’en estime propriétaire, c’est juste affectueux.

(En fait, je vis chez Dame Sam et elle me laisse disposer gracieusement de ses possessions. Le jour où j’ai pris cette photo, j’ai sans doute utilisé un autre sac puisqu’elle avait besoin de celui-ci.)

Mais la veille du confinement discriminatoire, j’avais rendez-vous dans un dispensaire de la SPA où, pour la première fois, on m’a réclamé sa carte d’identification. Sans cette carte, je ne pouvais pas faire soigner celle qui pendant 17 ans a dormi sur mes genoux, mon dos, mes jambes ou mon ventre (selon ma position), celle que, tout ce temps, j’ai servie avec empressement et à qui j’ai attribué une multitude de surnoms parmi lesquels le plus usité reste cocotte chat, celle dont j’ai mordillé les oreilles et embrassé le petit nez vieux rose et le ventre crème et le sommet de la tête des dizaines de fois par jour.

(Mini Tiger et moi avons aussi déménagé 7 fois ensemble.)

Je me suis rendue chez un vétérinaire afin d’obtenir le duplicata bidule (jamais je n’ai su retenir un nom de formulaire) qui me permettrait de revendiquer la propriété de ce petit être intraitable, ce qui soudain devenait non seulement nécessaire mais urgent. La vétérinaire a d’abord refusé de me le fournir parce que le site Internet de l’I-cad (l’organisme qui gère le fichier National d’identification des c***ivores domestiques) indiquait encore que le détenteur de ce chat était la LPA de Lille.

(Pendant 17 ans, DS n’a pas spécialement cherché à fuir – alors même qu’elle avait su, en 2004, profiter du déménagement de son ex humaine pour filer.)

Après avoir fouillé ses archives, le responsable de la LPA, que j’ai contacté, a retrouvé la trace de l’adoption, qui a eu lieu en 2003 mais n’a jamais été enregistrée. Le fautif a tenté de joindre l’humaine (semi-)officielle de DS, comme je l’avais fait 17 ans plus tôt, mais flûte alors, son numéro de téléphone n’était plus attribué. Il m’a cependant dit ne rien pouvoir faire pour me permettre d’obtenir un certificat d’identification, au prétexte que j’aurais pu avoir volé la veille celle qui à ses yeux n’était guère qu’EMV407.

(Dame Sam en 2014.)

J’ai insulté l’hypocrite irresponsable et procédurier comme il se doit. La secrétaire du dispensaire m’a dit que j’avais bien fait : « C’est un con, m’a-t-elle dit, moi j’appelle un chat un chat ». Après avoir à plusieurs reprises consulté le dispensaire, la vétérinaire et le refuge de Lens-Liévin, j’ai enfin rencontré à l’I-cad une conseillère qui m’a dit : « Et le chat, dans tout ça ? » Alors j’ai su que j’avais trouvé notre sauveuse. Elle a réussi à convaincre la vétérinaire de me fournir le formulaire dont j’aurais besoin une demi-heure plus tard pour la consultation, au terme d’une haletante course contre la montre.

(De 2005 à 2007, les chats ont particulièrement apprécié le chauffage par le sol dans notre résidence de Lambersart – résidence à laquelle je rends hommage dans Le zeppelin et surtout dans Je respire discrètement par le nez.)

Au dispensaire, tout le monde était si gentil et si doux que j’ai oublié la bataille qui pendant deux jours m’avait obligée à passer plus de coups de fil que je n’en passe ordinairement en un mois. Le véto qui a ausculté DS a confirmé mon diagnostic, à cette différence qu’il n’a pas employé le mot sénilité : « Ce sont les acquis de l’âge », a-t-il dit. Et il m’a prescrit les vasodilatateurs et les petits calmants qui, je l’espère, permettront au chou chat de retrouver le sommeil (ce qui par la même occasion me rendrait le mien).

Mais surtout. J’ai obtenu la fiche signalétique de Dame Sam. Je sais désormais qu’elle est née le 1er octobre 2002 et j’ai mis des jours à me remettre de son premier nom, qui révèle tant de choses. Avant que je ne la recueille, Dame Sam n’était pas qu’une pauvre baronne : elle était Vénus. Rien moins.

(Cette photo de 2019, déjà vue ici, prouve la pertinence de ce prénom.)

THAT’S ALL, FOLKS!

La bêbête* (1)

Bonjour Monsieur l’agent.

Comment ? Une attestation de quoi ?

Ah ! Vous plaisantez, Monsieur l’agent, c’est bien ça ? Excusez-moi si je manque d’humour, c’est que l’uniforme me rend un peu nerveuse, j’ai toujours l’impression d’avoir cassé un guichet de banque à la hache, que je suis sortie toute nue sur la voie publique par inadvertance ou que les tatouages viennent d’être interdits.

Arrêtez, vous allez finir par me faire peur ! Qu’il est taquin, votre coéquipier, vous ne devez pas vous ennuyer avec lui. Certes, je ne suis pas du tout les infos, Monsieur l’agent, mais s’il y avait un nouveau confinement, je suppose que je l’aurais remarqué…

(Brume sur le canal de Noyelles et le terril 94.)

* J’ignore si l’expression « faire le/la bêbête » est une spécialité régionale ou une expression familière répandue worldwide mais elle est assurément surannée. La dernière fois que je l’ai entendue, dans ma vie antérieure (lilloise), ma voisine pourtant tout juste trentenaire disait à son compagnon que si je lui parlais des facéties de leur chat, elle ferait la bêbête. J’ai surpris cette déclaration parce qu’elle avait une porte poreuse et une voix qui porte et ça m’a beaucoup amusée.

Mon petit frère

Il s’appelle Matthieu Chiarello mais il se fait appeler The Invisible. Il sait faire beaucoup de choses plutôt à la perfection et il est modeste : il se présente comme un One – invisible man band from the middle of nowhere. Il a aussi fait partie de plein de groupes dont l’un des plus en vue s’appelait Wild. Voici son dernier clip, filmé par ma nièce Nina (11 ans).

/3 : Bonjour le monde

Quand tout au monde va si formidablement bien, on lui dit bonjour.

Bonjour !

The robber don’t hate you

He had permission, permission by words
permission of thanks, permission of laws, permission of banks
white table cloth dinners, convention centres, it was all done real carefully

Tamara Lindeman (aka The Weather Station)