Re-forge

Et un petit souvenir de ma dernière lecture à La Forge (place du Général de Gaulle, à Marcq-en-Barœul) avec le violoncelliste Guillaume Lafeuille. Merci à Nico pour la photo !

La poésie encore

J’a-dore le marché de la poésie, quand j’y retrouve Mandana, mes Montpelliéraines de choc, Sarah, IBL (que je ne présente plus) et NatYot, et les autres ami-e-s.

(Ici, avec IBL et Sarah <3)

Note au sujet de ma permanence

On apprend beaucoup de choses dans mon nouveau projet poétique, sur des tas de sujets : l’érythème fessier du nourrisson, les escargots, la musique cajun, Jean Guimier, le minigolf, les cavaliers ou encore les foulques macroules – vous connaissez Fulica atra, bien sûr ?

Attention, à ne pas confondre avec la gallinule poule d’eau !

Oui, enfin ce sont dans les deux cas des rallidae de l’ordre des gruiformes. Mais je n’en dis pas plus, pour ne pas gâcher l’effet du long poème épique auquel je consacre ma résidence cycliste. Patientez, vous saurez. Tenez bon.

L’indécision

La rue de Noyelles / du 10 mars / de Lyon à Fouquières-sous / Noyelles-lès-Lens.

D’un côté de cette rue, l’harmonie des oiseaux d’eau

et de l’autre, l’effondrement des techniques modernes

(sur le panneau il n’est pas écrit attention chute de pylônes mais risque d’inondation).

Qu’est-ce que c’est ?

Non, ce n’est pas un film américain post-apocalyptique, c’est Montigny-en-Gohelle. Ci-dessus, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne, ci-dessous non. Et c’est, rien que pour vous, 17 images du bonheur dans le bassin minier (la précédente ne compte pas, elle n’est pas de moi mais d’un Tobe Hooper minier).

Toujours à Montigny, face à la station-service et aux supermarchés incendiés, éventrés, noyés sous les déchets, ces Rideaux et Voilages remarquables sans esbroufe ni dauphins.

Depuis le 23 mai, je poursuis mon projet poétique en forme de road-trip cycliste. Je descends chaque fois à une gare différente avec mon vélo, je me perds et je découvre. 40 km par jour sur un biclou en fin de carrière, sous le soleil qui fait cloquer l’hélix de mon oreille droite. Je pédale dans un autre espace-temps. Si par exemple vous déplorez la mort des petits commerces et des centres-villes, c’est parce que vous n’allez pas à Billy-Montigny, où les années 1980 n’ont pas pris fin. Ameublement et décoration,

chaussures et prêt-à-porter, il y a tout ce que vous voulez.

Moins à Fouquières-lès-Lens.

Encore que. Si j’avais su écouter le trottoir, j’aurais enfilé ces protège-oreilles, bien qu’il fît 35 degrés ce jour-là, et des cloques ne darderaient pas sur mon hélix. Je n’ai pas voulu croire que c’était ce dont j’avais besoin.

Dans le bassin minier, on ne trouve pas que les années 1980 ; il y a aussi la modernité – c’est à Meurchin.

Ainsi le cycle de la vie suit-il son cours. Ci dessous, des bébés cygnes de Wingles.

Comme moi, la nature est heureuse ici. J’en veux pour preuve ce champ de colza et de coquelicots à Annay (≠ en Annay).

Gloire à Annay (≠ d’Annay) !

Les surprises jaillissent à chaque tour de roue. Un exemple : après le jardin des voitures brûlées à Hénin-Beaumont,

au fond de ce qui est une impasse pour les véhicules motorisés, il suffit de traverser la voie ferrée

pour déboucher dans le parc des Îles, et là laissez-moi vous dire que le roi n’est pas notre cousin. De quoi danser de joie devant les escaliers. Yee-haw !

Un autre jour (passé comme les couleurs de cette affiche livrée aux intempéries à Noyelles-sous-Lens), on pouvait se rendre au salon du bien-être et de / par (?) la voyance. Mais à quoi bon la voyance quand le bien-être est juste là et ne demande qu’à être vu, saisi au vol par l’œil disponible, alerte, brillant de gratitude ?

Et personne n’est laissé de côté, comme on le voit dans ce parc des mêmes Noyelles (est-ce un Noyelle ou une Noyelle ?) au bord de l’autoroute dite rocade minière.

Tout cela est tellement excitant que l’on peut dire, waouh,

Mais l’endroit que je préfère et où je tiens ma permanence poétique, c’est ce parc de Sallaumines. Je m’y sens comme chez moi, quelque part entre la déchetterie, un lotissement et l’autoroute. Il ne s’y passe jamais rien = Il s’y passe toujours quelque chose. Dimanche, une pie a poursuivi un chat en le narguant, je le jure.

Les Parleuses : le podcast

Samedi dernier, j’ai eu l’honneur de répondre à l’invitation de Littérature etc. (encore un immense merci à Aurélie Olivier pour sa confiance) et de devenir une parleuse. Vous trouverez le podcast, le texte et quelques images sur la page Les Parleuses #3 : Carson McCullers, accessible depuis le menu supérieur de ce blog ou en cliquant sur ce lien.

(Merci à mon antique pour la photo souvenir.)

Sommaire (évolutif)

La rubrique L’arrière-monde est de retour, encore très peu étoffée mais ça viendra.

1. Autumn in New York
2. Factuel
3. Kitsch et lutte des classes :

Rideaux et Voilages ;
L’appel de la montagne : Chalets du Nord ;
L’appel du large ;
Mascottes du Nord : Des chiens ;
Mascottes du Nord : Des chevaux ;
Mascottes du Nord : Des lions ;
Mascottes du Nord : Des oiseaux ;
L’art : collections privées du Nord ;
L’art : collectivités du Nord ;
Des Mickey du Nord ;
Autres fenêtres du Nord ;
Zéphyrs embrasés ;
Imagin’Hair ;
California Dreaming (des palmiers du Nord).

4. National Geo :

Trois enclaves
Notes sur Mons-en-Barœul
Loos Oliveaux
Charleroi
Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise
Maubeuge
Haubourdin-Sequedin : encore une voie ferrée
Loos-Sequedin : des arrière-mondes variés
Comines-Warneton
Villeneuve-d’Ascq
Emmerin
La Roche-sur-Yon
La Roche-sur-Yon vs Villeneuve-d’Ascq
Rotterdam
Projet de jumelage Rotterdam-Lomme
Londres
11/19
Cysoing-Cobrieux
Pinchonvalles
Flore de Wattignies

5. L’arrière-monde :

Les feux de l’été
5 arrière-mondes (1) : au sud-est de la métropole lilloise

et bien d’autres à suivre

Les feux de l’été

Le 29 avril, je courais au long de la voie ferrée qui mène de Loos à Haubourdin et j’y ai découvert, dans un ancien champ très récemment devenu friche, un lieu éphémère de convivialité, tout confort et sécurisé. En tout cas, les feux de l’été sont de retour, avec une franche avance sur le calendrier.

Tout était prêt pour la fête. Le 10 mai, le barbecue avait été consommé, les braises prudemment couvertes de cailloux. C’est ce que j’appelle une vie nocturne responsable et prudente – respectueuse, aussi : zéro emballage, pas même l’ombre d’un Capri-Sun.

Maintenant, je vous emmène au parc de la jeune athlète, plus précisément sur le terrain qui le surplombe et où personne ne joue jamais (plus) au basket. Je mène un projet poético-photographique autour de ce parc depuis quelques jours – il m’occupera très précisément du 23 mai au 19 juin. Considérons cela comme une résidence à vélo. Je profite de l’occasion pour vous prévenir que je ne serai donc pas très disponible pendant cette période, merci de votre compréhension.

Ici, une vue en contexte : derrière le souvenir d’un feu de camp, qui gît sur ce qui fut autrefois un terrain de basket, le lotissement de la J.A.

Et comme je suis d’excellente humeur (c’est relatif à la J.A. mais la superstition m’empêche de vous en dire plus pour le moment), vous avez droit en prime à quelques détails, à commencer par un très mal assis, là.

Les deux dernières images m’amènent à me poser une question : ces ustensiles ont-ils été laissés au bitume en prévision de samedis soir ultérieurs ou en qualité de rebuts ? Si je les avais récupérés dans ma capuche pour mon propre usage, quelqu’un aurait-il dit, la semaine prochaine, « Eh merde, on nous a piqué la grille et le pic à brochette » ?

5 arrière-mondes (1) : au sud-est de la métropole lilloise

Les arrière-mondes que je vous présente ici se situent dans un périmètre de moins de cinq kilomètres-carrés. Ils ne communiquent pas ensemble et diffèrent tant, dans l’esprit, que quand on en traverse un, on se sent très loin des autres. Je les ordonne dans un sens de lecture classique, de haut en bas et de gauche à droite, autrement dit vers le sud-est. J’aurais aussi pu les classer dans l’ordre du plus accueillant au plus inquiétant, auquel cas le dernier resterait le dernier.

1. Suivez-moi. Passez les grilles et les blocs de béton qui voudraient obstruer le tunnel. Entrez dans le tunnel. N’ayez pas peur. De quoi s’agit-il ? D’une autoroute à l’abandon ? D’une voie ferrée ?

Cent mètres plus loin, voici le paysage que vous découvrez. Les éléments présents à l’image ne vous permettent pas de répondre à la question précédente, j’en ai conscience.

Sous cet angle-là non plus, je suppose.

Tant mieux : je n’aimerais pas provoquer un afflux de touristes dans ce lieu relativement préservé, à quelques décharges près.

Car il mène à des paysages inattendus : à presque la campagne – au loin, vous reconnaîtrez deux des tours Europe dont j’ai déjà dit, ici-même, combien elles me fascinent.

Vous longez le champ et, à votre gauche, se déploie un site ferroviaire désaffecté qui, quoique sous vidéo-surveillance, vous épargne les chiens, la police et autres milices. Du moins y ai-je échappé à chacune de mes visites.

Je n’ai pas récupéré d’isolateurs de caténaires pour décorer mon salon parce que c’est trop lourd pour la capuche de mon K-way, mais il y a l’embarras du choix : verre, céramique, petit modèle ou grand modèle.

Idem pour les nombres premiers : difficiles à transporter – puisque cloués dans des traverses.

Puis, sans barrière ni transition, vous parvenez à un dépôt ferroviaire qui n’est pas du tout désaffecté.

Fin de l’arrière-monde 1.

2. De part et d’autre de l’autoroute A27, deux arrières-mondes apportent un éventail d’étrangetés intéressant (quoique pas inépuisable). Il s’agit de zones infréquentées, sinon par des centaines de lapins et de lièvres.

Ma passion pour les plans de villes m’a longtemps tenue à distance des vues satellite mais j’ai appris à les apprécier depuis que je me suis prise de passion pour les arrière-mondes : elles permettent une vue d’ensemble sur des espaces dont on ne pourrait se représenter l’agencement à la seule force des jambes et de l’intuition qu’elles nous en donnent, en particulier des espaces qui ne sont pas tout à fait urbains (bois, carrières, etc.), voire qui ne sont pas tout à fait accessibles.

a. au nord de l’A27

Pour commencer, voici un arrière-monde interstitiel entre trois terrains de jeu réservés à la bourgeoisie : un centre hippique, un terrain de golf et un complexe motocycliste. L’on peut y pénétrer à divers points ; en sortir est plus compliqué. Certaines parties sont ouvertes sur l’avant-monde, comme on le voit ci-dessous.

Certains aménagements peuvent faire croire, fallacieusement, que l’on s’apprête à entrer dans un espace balisé.

Mais non. Là-haut, les sentiers sont extrêmement étroits, certains totalement obstrués par la végétation et notamment par les orties. Les lapins y bondissent de toutes parts.

Depuis ce promontoire, qui avance dans la verdure à la manière d’une digue, l’on peut apercevoir, d’un côté, le terrain de golf,

et de l’autre le complexe motocycliste dont vous avez pu voir le tracé sinueux sur le plan.

b. au sud de l’A27

Il y a bien des manières d’atteindre cet arrière-monde à presque la campagne. L’une de mes préférées consiste en un chemin étroit serti entre l’autoroute A1 et un champ ; un arbre déraciné cet hiver par une tempête est sa dernière cicatrice en date, elle oblige à faire un petit saut de cabri bien agréable entre deux foulées ; sur le talus qui descend vers le champ, de la monnaie du pape en abondance.

On n’est pas censé passer devant cette grille (qui mène selon toute vraisemblance à l’autoroute) ; il fallait tourner à droite plus tôt. Demi-tour, hop.

Un peu plus loin, on traverse ce passage à niveau agreste, autour duquel je prépare depuis le mois de septembre 2018 un petit travail photo que je vous livrerai en septembre 2019.

Vous n’y verrez pas ceci parce que ce n’est pas dans le bon sens.

Ici, comme ailleurs, les délinquant-e-s aiment démonter des voitures. Ça se passe sans doute la nuit, quand je ne cours pas là.

Dans le champ il y a deux bunkers

et dans les bunkers il y a du champêtre – un doux mélange d’orties et de barres de fer rouillé.

Tout au fond du champ, une série de buttes à lapins masque partiellement une voie de TGV.

On peut y accéder si on n’a rien de prévu ces prochaines années.

Ou on peut monter sur la butte, si on n’a pas peur de se faire broyer le pied par un piège destiné aux lapins, car cet arrière-monde n’est pas un paradis, l’on y trouve des chasseurs et des pièges posés par eux. J’en ai vu un cet hiver, un grand crétin qui visait l’entrée d’un terrier, prêt à faire exploser une tête de lapin pour son loisir. Il a baissé son fusil pour me laisser passer mais je ne l’ai pas regardé pour éviter de lui vomir dessus ou de retourner son arme contre lui. Si l’on accepte de prendre les mêmes risques que les lapins, on peut surplomber les champs et la voie de TGV.

On monte par là, comme ça

et après on peut regarder en bas, c’est chouette.

Sans ces raclures de chasseurs, le paradis des lapins et des lièvres ressemblerait un peu à ça (on s’y amuse comme des fous, ces temps-ci).

3. Pas très loin d’un ancien centre de tri postal et de son arrêt ferroviaire désaffecté,

un caddie brûlé nous invite à pénétrer dans un lieu bien protégé des intrusion par des blocs de béton et bittes chromées

On accède à ça. Ce n’est pas spectaculaire, de prime abord, je vous l’accorde

mais à y regarder de plus près c’est carrément un lieu d’art contemporain

et de multiples vernissages – vous trouverez ci-dessous des résidus de fêtes mais aussi de mon ancienne rubrique consacrée aux sols.

4. Nous sommes dans la même ville, à peine un kilomètre au sud-est de l’arrière-monde n°2b ci-dessus. Nous l’atteignons après avoir traversé un parc d’activité différent de celui que nous présentions à l’instant – bien plus étendu. Nous en apercevons un bâtiment de tôle, en arrière-plan de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette.

Ai-je déjà mentionné le fait que l’arrière-monde n’était pas seulement le théâtre de fêtes écologiquement inoubliables mais aussi un espace de décharge très apprécié ? Quoique bien plus difficile d’accès que les déchetteries, on s’aperçoit qu’il est convoité par un certain nombre d’entrepreneurs de BTP, de garagistes et de familles désunies (nous y reviendrons dans des numéros spéciaux de la rubrique L’arrière-monde).

Cette fois nous passons sous le TGV (le même) : ça change.

Des peintures rupestres nous avertissent de ce qui nous attend de l’autre côté du portique.

C’est, avant tout, une puanteur rare, non pas celle du fumier mais celle du liquide noir de nature indéfinissable qui constitue les flaques ci-dessous.

Quand on a traversé les champs glauques de cet arrière-monde, l’on débouche sur un pont qui surplombe l’autoroute. Les arrière-mondes ont toujours quelque chose à voir avec les autoroutes et les voies de chemin de fer, particulièrement de TGV.

Normal, me direz-vous, c’est le principe même des espaces interstitiels. Et puisqu’on en parle, quelques éléments visuels indissociables de ces derniers :