Promesse de NG : Annoeullin*

J’envisage de consacrer prochainement un National Geo à la ville d’Annoeullin, non que j’y aie retrouvé la joggeuse à l’omoplate mais j’y ai découvert des trésors qui pourraient faire office d’enluminures à nos études sur le thème « Kitsh & Lutte des Classes ». Ainsi, ce Chalet du Nord remarquable, dont j’aime imaginer qu’il s’agit d’une niche de Saint-Bernard reconvertie, nous offre un pont entre L’appel de la montagne : Chalets du Nord et Mascottes du Nord : Les chiens.

Oui, je sais, cette photo est un peu floue ; c’est que je tremblais d’émotion quand je l’ai prise. Je ne m’excuserai pas. Maintenant, admirez le détail.

J’étais encore sous le choc esthétique de cette découverte quand je suis tombée sur ce crossover : un Bienvenue sur T’Hair dont le nom mérite une espèce de palme (à tout le moins la reconnaissance officielle que je lui offre ici), sis près d’un rond-point qu’orne un arbuste taillé en « chignon » selon la nomenclature adoptée dans notre chapitre Arbres du Nord : Imagin’Hair.

* J’essaierai de tenir cette promesse, contrairement à toutes celles que j’ai faites depuis la refonte de ce blog toujours en chantier, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

Amours d’été dans l’arrière-monde

Comme je n’ai pas le droit de faire du sport pendant 10 jours à cause de mon nouveau tatouage (du chiendent sur le bras droit), je me promène à vélo. Ce matin, vous n’étiez pas nombreux à me gâcher le paysage au long des 35 km d’espaces essentiellement interstitiels que j’ai parcourus entre Templemars et Annoeullin – je m’étais inquiétée à tort, pensant que des familles de vacanciers allaient envahir les chemins ruraux broussailleux qui longent les voies ferrées, les zones industrielles et les cours d’eau croupie, mais sans doute étaient-elles occupées à gonfler des piscines de jardin. Quand j’étais partie de chez moi, mon intention était seulement de chercher dans le vrai monde une inconnue que j’avais aperçue hier sur Google Maps street view (c’était ma première rencontre virtuelle), quoiqu’en espérant échouer dans ma quête pour qu’elle m’occupe plus longtemps (quête > son objet, d’ailleurs rêverie > réalité, en l’occurrence fantasme > petite amie, engagement, injonctions et autres emmerdements).

Là, c’est la mystérieuse inconnue. Je suis très sensible au gracieux mouvement de son bras droit et à la légère inclinaison de sa tête vers l’épaule gauche, mais ce qui m’a le plus séduite en elle, c’est qu’elle se dirige sans chien vers l’arrière-monde.

Là, c’est moi qui en fais autant, au même endroit.

Mon Bolide (mon vélo de ville rose princesse) couine sur les pavés puis sur la terre desséchée des chemins, les orties cinglent mes mollets, les lapins et les oiseaux fuient devant moi comme si j’étais un incendie, puis que vois-je ? Un trou de grillage vers un autre paysage.

Mon Bolide et moi escaladons le talus que l’on devine à gauche sur la photo ci-dessous et nous voici dans la ZI ou ZAC (selon les panneaux) de l’Épinette, la plus modeste des deux zones industrielles de Seclin, où nous faisons sensation auprès des trois êtres humains que nous croisons, et que nous feignons de ne pas voir bien qu’ils conduisent des véhicules de plusieurs tonnes.

Votre espace vous y attend. Vous pourriez y fabriquer des semelles, par exemple, ça sert toujours. Ou des bouchons, des pinces. Je ne sais pas, moi, vous n’avez qu’à faire une étude de marché.

Puis nous gagnons la campagne et nous dirigeons vers Annoeullin, Mon Bolide et moi,

parce que je soupçonne (sans bases empiriques très stables mais interprétation > vérité) qu’y habite une joggeuse frôlée récemment sur un chemin de halage et dont je ne connais pas le visage mais seulement (et très vaguement) l’omoplate droite (largement suffisant). Elle courait ici même (je veux dire, sur la photo ci-dessous) le vendredi 12 juillet à 17h07 et j’ai filé très vite sans me retourner pour m’assurer un amour d’été sans matière.

Ce matin, elle n’y est pas, aussi je retourne vite dans les champs et les bois (par moments, l’on pourrait presque parler de bocage) ; ils exhalent un souffle frais qui ressemble au bonheur.

Et le calme est tel que l’on entend grésiller l’électricité dans les lignes à haute tension et que l’on voit la lune, de sorte que je finis par oublier mes amours d’été désincarnées pour savourer le bruissant ici et maintenant. Om shanti !

Oui, on est bien, au cœur de rien, dans le secret des lapins et des lieux qui n’existent pour aucun œil humain (ou presque),

au point que l’on oublierait les dangers qui guettent les êtres vivants, au paradis de l’arrière-monde comme ailleurs, n’étaient quelques panneaux à ne pas confondre avec le drapeau confédéré.

Des mini-golfs

Ce mini-golf est sis à Pont-à-Meurchin : il est véritablement traversé par la limite entre les villes de Pont-à-Vendin et de Meurchin. Soit il s’agit d’un golf à 17 trous soit mon esprit est trop plié à la logique des nombres premiers pour que mon regard ait perçu le dix-huitième. Depuis que je me suis documentée sur ce noble sport, Le Bon Coin me suggère d’en acheter un chaque fois que je consulte les annonces immobilières, c’est-à-dire très souvent (je me casse dans le bassin minier – si ça ne tenait qu’à moi, je serais gone sur l’avant-jour, comme disent les Cajuns), et il est vrai que c’est tentant mais le prix (comptez entre 5 et 20 000 euros) décourage l’achat impulsif.

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L’indécision

La rue de Noyelles / du 10 mars / de Lyon à Fouquières-sous / Noyelles-lès-Lens.

D’un côté de cette rue, l’harmonie des oiseaux d’eau

et de l’autre, l’effondrement des techniques modernes

(sur le panneau il n’est pas écrit attention chute de pylônes mais risque d’inondation).

Qu’est-ce que c’est ?

Non, ce n’est pas un film américain post-apocalyptique, c’est Montigny-en-Gohelle. Ci-dessus, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne, ci-dessous non. Et c’est, rien que pour vous, 17 images du bonheur dans le bassin minier (la précédente ne compte pas, elle n’est pas de moi mais d’un Tobe Hooper minier).

Toujours à Montigny, face à la station-service et aux supermarchés incendiés, éventrés, noyés sous les déchets, ces Rideaux et Voilages remarquables sans esbroufe ni dauphins.

Depuis le 23 mai, je poursuis mon projet poétique en forme de road-trip cycliste. Je descends chaque fois à une gare différente avec mon vélo, je me perds et je découvre. 40 km par jour sur un biclou en fin de carrière, sous le soleil qui fait cloquer l’hélix de mon oreille droite. Je pédale dans un autre espace-temps. Si par exemple vous déplorez la mort des petits commerces et des centres-villes, c’est parce que vous n’allez pas à Billy-Montigny, où les années 1980 n’ont pas pris fin. Ameublement et décoration,

chaussures et prêt-à-porter, il y a tout ce que vous voulez.

Moins à Fouquières-lès-Lens.

Encore que. Si j’avais su écouter le trottoir, j’aurais enfilé ces protège-oreilles, bien qu’il fît 35 degrés ce jour-là, et des cloques ne darderaient pas sur mon hélix. Je n’ai pas voulu croire que c’était ce dont j’avais besoin.

Dans le bassin minier, on ne trouve pas que les années 1980 ; il y a aussi la modernité – c’est à Meurchin.

Ainsi le cycle de la vie suit-il son cours. Ci dessous, des bébés cygnes de Wingles.

Comme moi, la nature est heureuse ici. J’en veux pour preuve ce champ de colza et de coquelicots à Annay (≠ en Annay).

Gloire à Annay (≠ d’Annay) !

Les surprises jaillissent à chaque tour de roue. Un exemple : après le jardin des voitures brûlées à Hénin-Beaumont,

au fond de ce qui est une impasse pour les véhicules motorisés, il suffit de traverser la voie ferrée

pour déboucher dans le parc des Îles, et là laissez-moi vous dire que le roi n’est pas notre cousin. De quoi danser de joie devant les escaliers. Yee-haw !

Un autre jour (passé comme les couleurs de cette affiche livrée aux intempéries à Noyelles-sous-Lens), on pouvait se rendre au salon du bien-être et de / par (?) la voyance. Mais à quoi bon la voyance quand le bien-être est juste là et ne demande qu’à être vu, saisi au vol par l’œil disponible, alerte, brillant de gratitude ?

Et personne n’est laissé de côté, comme on le voit dans ce parc des mêmes Noyelles (est-ce un Noyelle ou une Noyelle ?) au bord de l’autoroute dite rocade minière.

Tout cela est tellement excitant que l’on peut dire, waouh,

Mais l’endroit que je préfère et où je tiens ma permanence poétique, c’est ce parc de Sallaumines. Je m’y sens comme chez moi, quelque part entre la déchetterie, un lotissement et l’autoroute. Il ne s’y passe jamais rien = Il s’y passe toujours quelque chose. Dimanche, une pie a poursuivi un chat en le narguant, je le jure.

5 arrière-mondes (1) : au sud-est de la métropole lilloise

Les arrière-mondes que je vous présente ici se situent dans un périmètre de moins de cinq kilomètres-carrés. Ils ne communiquent pas ensemble et diffèrent tant, dans l’esprit, que quand on en traverse un, on se sent très loin des autres. Je les ordonne dans un sens de lecture classique, de haut en bas et de gauche à droite, autrement dit vers le sud-est. J’aurais aussi pu les classer dans l’ordre du plus accueillant au plus inquiétant, auquel cas le dernier resterait le dernier.

1. Suivez-moi. Passez les grilles et les blocs de béton qui voudraient obstruer le tunnel. Entrez dans le tunnel. N’ayez pas peur. De quoi s’agit-il ? D’une autoroute à l’abandon ? D’une voie ferrée ?

Cent mètres plus loin, voici le paysage que vous découvrez. Les éléments présents à l’image ne vous permettent pas de répondre à la question précédente, j’en ai conscience.

Sous cet angle-là non plus, je suppose.

Tant mieux : je n’aimerais pas provoquer un afflux de touristes dans ce lieu relativement préservé, à quelques décharges près.

Car il mène à des paysages inattendus : à presque la campagne – au loin, vous reconnaîtrez deux des tours Europe dont j’ai déjà dit, ici-même, combien elles me fascinent.

Vous longez le champ et, à votre gauche, se déploie un site ferroviaire désaffecté qui, quoique sous vidéo-surveillance, vous épargne les chiens, la police et autres milices. Du moins y ai-je échappé à chacune de mes visites.

Je n’ai pas récupéré d’isolateurs de caténaires pour décorer mon salon parce que c’est trop lourd pour la capuche de mon K-way, mais il y a l’embarras du choix : verre, céramique, petit modèle ou grand modèle.

Idem pour les nombres premiers : difficiles à transporter – puisque cloués dans des traverses.

Puis, sans barrière ni transition, vous parvenez à un dépôt ferroviaire qui n’est pas du tout désaffecté.

Fin de l’arrière-monde 1.

2. De part et d’autre de l’autoroute A27, deux arrières-mondes apportent un éventail d’étrangetés intéressant (quoique pas inépuisable). Il s’agit de zones infréquentées, sinon par des centaines de lapins et de lièvres.

Ma passion pour les plans de villes m’a longtemps tenue à distance des vues satellite mais j’ai appris à les apprécier depuis que je me suis prise de passion pour les arrière-mondes : elles permettent une vue d’ensemble sur des espaces dont on ne pourrait se représenter l’agencement à la seule force des jambes et de l’intuition qu’elles nous en donnent, en particulier des espaces qui ne sont pas tout à fait urbains (bois, carrières, etc.), voire qui ne sont pas tout à fait accessibles.

a. au nord de l’A27

Pour commencer, voici un arrière-monde interstitiel entre trois terrains de jeu réservés à la bourgeoisie : un centre hippique, un terrain de golf et un complexe motocycliste. L’on peut y pénétrer à divers points ; en sortir est plus compliqué. Certaines parties sont ouvertes sur l’avant-monde, comme on le voit ci-dessous.

Certains aménagements peuvent faire croire, fallacieusement, que l’on s’apprête à entrer dans un espace balisé.

Mais non. Là-haut, les sentiers sont extrêmement étroits, certains totalement obstrués par la végétation et notamment par les orties. Les lapins y bondissent de toutes parts.

Depuis ce promontoire, qui avance dans la verdure à la manière d’une digue, l’on peut apercevoir, d’un côté, le terrain de golf,

et de l’autre le complexe motocycliste dont vous avez pu voir le tracé sinueux sur le plan.

b. au sud de l’A27

Il y a bien des manières d’atteindre cet arrière-monde à presque la campagne. L’une de mes préférées consiste en un chemin étroit serti entre l’autoroute A1 et un champ ; un arbre déraciné cet hiver par une tempête est sa dernière cicatrice en date, elle oblige à faire un petit saut de cabri bien agréable entre deux foulées ; sur le talus qui descend vers le champ, de la monnaie du pape en abondance.

On n’est pas censé passer devant cette grille (qui mène selon toute vraisemblance à l’autoroute) ; il fallait tourner à droite plus tôt. Demi-tour, hop.

Un peu plus loin, on traverse ce passage à niveau agreste, autour duquel je prépare depuis le mois de septembre 2018 un petit travail photo que je vous livrerai en septembre 2019.

Vous n’y verrez pas ceci parce que ce n’est pas dans le bon sens.

Ici, comme ailleurs, les délinquant-e-s aiment démonter des voitures. Ça se passe sans doute la nuit, quand je ne cours pas là.

Dans le champ il y a deux bunkers

et dans les bunkers il y a du champêtre – un doux mélange d’orties et de barres de fer rouillé.

Tout au fond du champ, une série de buttes à lapins masque partiellement une voie de TGV.

On peut y accéder si on n’a rien de prévu ces prochaines années.

Ou on peut monter sur la butte, si on n’a pas peur de se faire broyer le pied par un piège destiné aux lapins, car cet arrière-monde n’est pas un paradis, l’on y trouve des chasseurs et des pièges posés par eux. J’en ai vu un cet hiver, un grand crétin qui visait l’entrée d’un terrier, prêt à faire exploser une tête de lapin pour son loisir. Il a baissé son fusil pour me laisser passer mais je ne l’ai pas regardé pour éviter de lui vomir dessus ou de retourner son arme contre lui. Si l’on accepte de prendre les mêmes risques que les lapins, on peut surplomber les champs et la voie de TGV.

On monte par là, comme ça

et après on peut regarder en bas, c’est chouette.

Sans ces raclures de chasseurs, le paradis des lapins et des lièvres ressemblerait un peu à ça (on s’y amuse comme des fous, ces temps-ci).

3. Pas très loin d’un ancien centre de tri postal et de son arrêt ferroviaire désaffecté,

un caddie brûlé nous invite à pénétrer dans un lieu bien protégé des intrusion par des blocs de béton et bittes chromées

On accède à ça. Ce n’est pas spectaculaire, de prime abord, je vous l’accorde

mais à y regarder de plus près c’est carrément un lieu d’art contemporain

et de multiples vernissages – vous trouverez ci-dessous des résidus de fêtes mais aussi de mon ancienne rubrique consacrée aux sols.

4. Nous sommes dans la même ville, à peine un kilomètre au sud-est de l’arrière-monde n°2b ci-dessus. Nous l’atteignons après avoir traversé un parc d’activité différent de celui que nous présentions à l’instant – bien plus étendu. Nous en apercevons un bâtiment de tôle, en arrière-plan de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette.

Ai-je déjà mentionné le fait que l’arrière-monde n’était pas seulement le théâtre de fêtes écologiquement inoubliables mais aussi un espace de décharge très apprécié ? Quoique bien plus difficile d’accès que les déchetteries, on s’aperçoit qu’il est convoité par un certain nombre d’entrepreneurs de BTP, de garagistes et de familles désunies (nous y reviendrons dans des numéros spéciaux de la rubrique L’arrière-monde).

Cette fois nous passons sous le TGV (le même) : ça change.

Des peintures rupestres nous avertissent de ce qui nous attend de l’autre côté du portique.

C’est, avant tout, une puanteur rare, non pas celle du fumier mais celle du liquide noir de nature indéfinissable qui constitue les flaques ci-dessous.

Quand on a traversé les champs glauques de cet arrière-monde, l’on débouche sur un pont qui surplombe l’autoroute. Les arrière-mondes ont toujours quelque chose à voir avec les autoroutes et les voies de chemin de fer, particulièrement de TGV.

Normal, me direz-vous, c’est le principe même des espaces interstitiels. Et puisqu’on en parle, quelques éléments visuels indissociables de ces derniers :

Quelques arrière-mondes (2) : au nord de la métropole lilloise

Parfois, une rue joue au bout du monde toute seule. C’est le cas de cette rue infréquentée, absolument dépourvue d’habitations et très peu pourvue en activités, si l’on exclut la cimenterie représentée par la boucle sur le plan ci-dessous. Elle a cependant des fonctions : elle sépare le canal d’une friche où même les voies ferrées s’interrompent, et l’on y trouve l’une des frontières entre deux villes. C’est un arrière-monde qui divise sans en avoir l’air.

Un long mur de béton borde la rue, à l’ouest, côté friche. Il attire étrangement peu de street artists. Certains pans sont particulièrement dégradés.

Trace d’une activité artistique ancienne dans la rue, ce visage au pochoir presque effacé.

L’impasse que l’on devine sur le plan ressemble à ceci. C’est plus que décevant, carrément injuste : encore une friche dont personne n’a que faire mais dont l’accès nous est interdit, à nous que les arrière-mondes comblent de joie.

Incongrue, à l’entrée de la cimenterie, cette locomotive abandonnée sur un bloc de pierre. Si j’avais disposé d’une capuche, j’aurais été tentée de l’emporter ; mais alors j’aurais eu l’impression de diminuer un peu ce territoire secret.

Maintenant, intéressons-nous à l’est de la rue : de l’autre côté du canal, contrairement aux apparences, cette usine n’est pas désaffectée (comme l’est en revanche la plus illustre et impressionnante de ses voisines, ancienne minoterie située à 300 mètres d’ici, à vol d’oiseau, et dont je ne mentionnerai pas le nom, pour stimuler votre curiosité).

Il est extrêmement facile de s’approcher du canal, les grilles qui en condamnent l’accès étant du genre symbolique. Cela dit, ce n’est pas comme s’il y avait des millions de choses passionnantes à voir, de l’autre côté.

Il y a quand même des Schtroumpfs et des puzzles. Il fallait y penser. Je veux dire, à venir les déposer ici.

Il y a aussi des trucs brisés, bien sûr, il y en a toujours.

Des lignes et des promesses

J’ai quelques National Geo de retard sur ce blog, je sais. Je continue de m’offrir des escapades dans le bassin minier dès que j’en ai l’occasion et j’accumule une matière foisonnante, que je n’ai malheureusement pas le temps de mettre en forme. L’été me laissera sans doute un peu de répit ; j’en profiterai pour faire le tri dans mes photos et les organiser à ma manière. En attendant, voici quelques images glanées aujourd’hui entre Pont-à-Vendin et Angres en passant bien sûr par Sallaumines (Où est la jeune athlète ? chantais-je de mon plus pur colorature sur l’air de Où va la jeune Hindoue ? de Léo Delibes, en même temps que j’attaquais des côtes dignes de San Francisco sur mon vélo rose : facile). Voici des lignes de l’agglomération Lens-Liévin + un zeste de California Dreaming.

Flore de Wattignies

Quand j’ai besoin de me reposer, je vais courir ou je me promène sur le service de cartographie en ligne, alternant cartes, vues satellite et immersives. Ces deux activités sont d’ailleurs intimement liées, puisque j’utilise ce service en complément de mes jambes et de mes yeux. Par exemple, je m’étonne de ce qu’une rue toute neuve de Wattignies s’appelle rue de l’Anémone des Bois ; chaque fois que j’y passe, je souris. Un jour, je sens mes neurones griller sur un problème de narration (oui, de narration, je vous rappelle que j’écris de nouveau pour la jeunesse) et je décide, pour me dégourdir les lobes, d’aller faire un petit tour dans cette rue via le service de cartographie. Vous auriez tendance à penser que ça ne sert à rien ? Avouez. Vous auriez tendance à croire que tout est dit sur la plaque de rue ? Je viens vous prouver que vous avez tort. Car sur le plan nous découvrons que nous avons affaire à un véritable herbier. Mais surtout, à une véritable énigme. Narration, encore ! Suivez-moi.

Vous reconnaissez ici la fameuse. (Anémone des bois.)

Je vous présente maintenant la bruyère cendrée.

Poursuivons avec le miroir de Vénus, qui est bien une plante.

Le laurier blanc (vous ne pouvez pas le savoir, mécréants) est une surprise. Je veux dire, qui s’est promené virtuellement dans ce quartier fleuri ne s’attend pas à y trouver du laurier blanc.

Sur la carte, en ses lieu et place, l’on trouve une plante vénéneuse, la morelle noire. Que devons-nous comprendre ? Qu’essaie de nous dire le service de cartographie en ligne ? Un employé dudit service est-il un botaniste en herbe (hihi) qui s’emmêle les bristols ? S’agit-il d’une usurpation d’identité florale ? D’une malédiction ? Mystère…

(Si vous connaissez la réponse, gardez-la pour vous, laissez notre imagination gambader avec la grâce d’un faon dans les rues de sunny Wattignies, merci.)