/3 : <3 (1)

L’une vibre et l’autre frétille, toutes deux se cabrent de joie parce qu’ensemble, elles sont libres et sauvages, le vent dans la crinière. Il n’y aura pas de happy end pour ces chevales parce qu’il n’y aura pas de fin, jamais, juste un infini chemin heureux.

Les chevales ci-dessus pourraient figurer dans le catalogue Imagin’Hair – elles en seraient sans doute les fleurons.

(photos prises à Annay-sous-Lens, Lens et Loison-sous-Lens – oui, il y a beaucoup de villes-sous-Lens parce que Lens c’est grand et ça rayonne sévère)

NPR 73A et 73 des synapses pétillants

L’idée de ce NPR m’est venue avant-hier soir : je venais d’apprendre que je passerais le week-end au paradis et je me demandais quelle musique écouter. Tout en moi faisait des claquettes mais quand j’ai passé en revue les derniers albums que j’ai découverts, j’ai sautillé des fesses sur ma chaise en voyant la joyeuse pochette de cet album du duo LEYA – soit Marilu Donovan à la harpe et au chant et Adam Markiewicz au violon. J’avais trouvé le disque très beau à la première écoute mais sans pouvoir aller jusqu’au bout parce que j’avais l’impression que j’allais mourir de tristesse. Et c’était il y a quelques jours à peine – what a difference a day makes! Aujourd’hui, je peux apprécier pleinement cette musique pas si flingante, en définitive, et la pochette pourrait être de Nan Goldin, j’adore.

J’avais une idée de phrase pour le NPR, il me restait à trouver le lieu adéquat où l’accrocher. J’ai pensé à une fresque de Sallaumines, ce qui donnerait ceci – tiens oui, commençons à l’envers avec le

NPR 73A des disques tristes

Mais hier, avant d’avoir pu me rendre à Sallaumines, j’ai pédalé jusqu’à Carvin pour y recevoir ma première injection dite chronodose, chantant en chemin des chansons pas du tout tristes puisque personne ne pouvait m’entendre dans le vent furieux le masque et les champs comme ça

et une fois parvenue au centre de vaccination, à peine ai-je attaché Mon Bolide à un poteau que j’ai découvert ceci

et j’y ai punaisé ce NPR avec anacoluthe

Notez que les supports de ces 73A et 73 présentent deux formes très différentes d’art municipal, ce qui vaut à ce billet d’être également référencé dans la rubrique Kitsch & Lutte des Classes (le décor du 73 n’a rien à envier au petit c de L’art : collectivités du Nord).

Quelques Mickeys du bassin minier

J’ai déjà rendu, dans un reportage visible ici, un hommage sincère à cette forme d’art brut qu’est le Mickey maison. Non, je n’ai toujours pas fini ma thèse : j’ai encore tant de merveilles à découvrir, d’autant que mon champ d’investigation s’étend désormais au bassin minier et non plus à la seule métropole lilloise. En attendant la somme que je dois à mon sujet, voici quelques spécimens d’ici. Je précise, pour ceux qui nous rejoignent, que j’appelle Mickey maison tout personnage de BD ou dessin animé peint de mémoire et d’une main aimante par un(e) maître(sse) de maison au tempérament audacieux, entreprenant et généreux. J’ai beaucoup de tendresse pour ces fresques régressives.

Je vous emmène d’abord à Loos-en-Gohelle, où bat son plein ce que j’appelle une fiesta, mur qui réunit des personnages issus de divers univers.

On en trouve une aussi Pont-à-Vendin, quoique la mixité y soit moindre et quelque peu contrariée par le logo Disney.

Notez que Bart Simpson n’est pas une telle rareté sur les murs de notre belle région, comme en témoigne cette image (hélas en noir et blanc) prise il y a quelques années dans la métropole lilloise (d’où le noir et blanc) :

Sautons par-dessus la Deûle pour nous rendre à Vendin-le-Vieil, où l’on peut contempler depuis le pont ferroviaire cette mini fiesta défraîchie (en zoomant au maximum, ça donne ce petit flou que vous voudrez bien excuser) :

Retour à Pont-à-Vendin, où l’on trouve cette émouvante camionnette :

Avion, décidément ville aux trésors, possède le seul garage à ma connaissance qui soit consacré à Lucky Luke (quoique sans Lucky Luke himself),

ce qui mérite assurément un détail :

Vous aurez noté la proximité récurrente des Mickeys du Pas-de-Calais avec une statuaire semblable à celle que je louais dans L’art : collections privées du Nord – soit une enquête que je renonce à mener ici, tant il y aurait à faire : ce n’est pas pour rien qu’une annexe du Louvre est échue à Lens car notre agglomération est une ville d’art, notre agglomération aime l’art, sous toutes ses formes (moi-même, n’y participé-je pas modestement avec mes nouveaux processus réversibles, qui relèvent de l’arte molto povera ?)

NPR 36 de la petite sirène

Oui, c’est bien elle. La petite sirène vit à Sallaumines – mais je n’en dis pas plus.

Pour la netteté, je ne repasserai pas. Tout simplement parce que je n’ai pas laissé le NPR devant cette maison, pour éviter tout malentendu et qu’un couple ne se déchire à cause de suspicions d’adultère. J’avais prévu mon coup et conçu un système d’attache de type porte-serviette à suspendre mais pour NPR (j’étais passée hier pour estimer l’épaisseur du muret en béton), de manière à pouvoir le repositionner vite et sans rien abîmer.

Pas plus net dans cette lumière de 6h37 am, un voisin de la petite sirène : un cygne sans tête que je regarde toujours avec tendresse. Ce jardin nous donne une belle leçon : quand on aime quelqu’un, on l’aime même sans tête.

Mais revenons à notre NPR 36. Comme il était repositionnable, je l’ai finalement laissé à la piscine municipale d’Avion.

Le soleil se levait, faisant écho à l’éclairage public. Très harmonieux. Depuis des semaines, des mois, j’assiste tous les matins à l’extinction des lampadaires, je ne m’en lasse pas.

Noël profane et Noël sacré

Sur le fil qui sépare Loison-sous-Lens de Vendin-le-Vieil. Pour ceux qui suivent un peu, ce billet fait écho au torride Amour profane et amour sacré du 21 octobre à Noyelles-sous-Lens. Ici, nous avons affaire à un(e) artiste qui a pris le temps de concevoir la crèche, ainsi que le traîneau, les rennes et (original !) le petit train du père Noël, de rassembler des matériaux de récupération, caisses, planches, palettes, etc. pour leur fabrication, avant de découper, assembler, peindre et mettre en scène tout ce petit monde. Vous ne verrez rien la nuit car l’installation n’est pas nucléaire friendly, certes, mais je me permets d’attribuer mon prix d’honneur 2020 à cette maison minière de Noël.

 

Comme dans les livres d’art, un détail :

I <3 nucléaire

Jésus ne réclame pas que le sacrifice d’oiseaux et de sapins pour son anniversaire, il lui faut aussi de la lumière, beaucoup de lumière. Tant de lumière que l’appareil photo de mon téléphone en bave, c’est pourquoi je ne vous infligerai pas un reportage exhaustif sur Joyeux Noël dans le bassin minier mais une modeste sélection de généreuses mises en place.

Rappelons d’abord que le Joyeux Noël est historiquement une institution de l’hétérocratie : papa bonhomme de neige, maman bonne femme de neige et bébé de neige vous font coucou.

(Coucou ! Coucou ! Coucou !)

Ci-dessous, un astucieux recyclage du patrimoine minier : le chariot de cet effrayant père Noël n’est autre qu’une berline (dans le bassin minier, les berlines servent bien souvent de bacs à fleurs dans les jardins privés et publics ; chez les voisins de la jeune athlète, ci-dessous, la berline trouve son usage en toute saison).

L’angle que j’ai choisi pour la prise de vue suivante ne vous permet pas d’apprécier à sa juste valeur la profusion du dispositif – surtout si l’on considère l’exiguïté de l’espace d’exposition – mais on y aperçoit ce que je pense être une nouveauté de ce Noël 2020, très répandue par ici : la projection de dessins sur pignon (des flocons et pères Noël mais aussi parfois des Mickeys, car pourquoi ne pas additionner les motifs de pure joie ?) qui tournent, sans pour autant être animés, comme dans un kaléidoscope.

Demain, pour le jour J, mon grand gagnant du plus beau jardin de Noël 2020, à la fois écolo, religieux et artistique. Restez branchés !

Reconversion

J’aime décidément recenser : les créatrices sonores de par le monde, bien sûr, mais aussi les Chalets du Nord. J’ai enfin eu l’idée de les inscrire sur un plan, lorsque j’ai entamé un nouveau manuscrit qui est une espèce d’atlas à ma manière, avec des critères dont l’universalité, quoique indéniable, n’est pas forcément reconnue. Je me sers donc des outils mis à notre disposition par le world wide web pour signaler par une étoile toutes les boîtes aux lettres en forme de chalet que je croise et celles que je me rappelle avoir croisées. Il en manque forcément un certain nombre, ma mémoire n’étant pas infaillible, mais désormais je promets d’être vigilante et de reporter sans tarder mes ‘prises’ du jour. Un aperçu en tout petit – trop petit hélas pour pouvoir vérifier cette loi (que l’on devrait appeler Loi de Chiarello, soit dit sans vanité, car je doute que quiconque l’ait énoncée avant moi) selon laquelle le Chalet appelle le Chalet car, à cette échelle, les étoiles se superposent dans les rues où l’émulation est particulièrement forte.

J’ai développé un instinct pour les Chalets. Exemple : tout à l’heure, alors que je plaçais ma dernière trouvaille dans une rue de Sallaumines, je me suis dit Tiens, je serais surprise qu’il n’y ait pas de Chalet du Nord dans ce petit quartier de Loison où il a l’air de faire bon vivre. Je m’y suis promenée en vue immersive et il ne m’a pas fallu trente secondes pour que PAF

Je ne vais pas jouer la fausse modestie, je suis assez fière de ce talent dont je m’avance à supputer qu’il ne doit pas courir les rues. Alors j’ai décidé de l’exploiter. Je ne vais pas me lancer dans la commercialisation de faux mages bio en circuit court comme je l’avais envisagé depuis l’acquisition de Désiré (mon mixeur) mais plutôt dans le démarchage. Je serais bien incapable de construire des Chalets du Nord, même aussi simples que celui-ci, mais si je pouvais m’associer avec un(e) menuisier(e), je me chargerais de proposer les services de mon entreprise au porte-à-porte. Je saurais où aller frapper, je ne perdrais pas de temps ni d’énergie à me faire claquer des portes au nez. Dans le seul secteur du chalet ci-dessus, j’ai trouvé trois clients potentiels dans une aire de 0,025 km². Jugez par vous-mêmes.

Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Ça manque de Chalets, non ? Quand on a déjà un puits et/ou un moulin d’ornement (et ça vaut pour les pompes à bras, sabots en grès, statuettes, etc.), on est mûr pour le Chalet du Nord. Une étude de marché serait superfétatoire. Outre qu’un tel commerce serait un moyen plus sûr que l’écriture de remplir la gamelle de Vénus, je vendrais rien moins que du bonheur : proposer des Chalets aux habitants de ces maisons, ce serait les accompagner dans une forme d’accomplissement. Même le promeneur y gagnerait – personnellement, je trouve tristes les rues sans Chalets du Nord. Vous savez combien j’aime la Cité des Cheminots, mais je suis prête à parier que les villes d’Avion et de Méricourt ont offert une boîte aux lettres homologuée (un cube en métal vert, beige ou bordeaux) à chacun de ses foyers ; résultat : épistolairement parlant, on meurt d’ennui. Bref, j’ai trouvé ma voie. JMJ, c’est décidément un bon dimanche…

/ 3 : Vous ici

Au début de l’été, j’ai fait du ménage sur ce blog, supprimé pas mal de choses et réagencé légèrement ce que je conservais ; j’ai aussi remis de vieilles séries en ligne sous une forme nouvelle et aujourd’hui j’inaugure une nouvelle rubrique intitulée / 3 (ce n’est pas un code ou symbole de sms ni rien de ce genre, juste un bon vieux « par trois »). J’y célébrerai en triptyques la vertigineuse splendeur du trivial, du détail et du vide exact. Notre premier trio ne déparerait pas les séries consacrées à la faune et à la flore dans la rubrique Kitsch & lutte des classes et je suppose que lors d’un prochain remaniement ils entreront dans ce type d’inventaire, non plus consacré à la métropole lilloise mais au bassin minier du Pas-de-Calais.

(Photos prises à Liévin, Méricourt et Annay-sous-Lens – la troisième en lumière artificielle à 6h12 du matin, d’où son flou, que vous voudrez bien considérer avec indulgence ; je la remplacerai à l’occasion.)