Soifs

Ici, homo sapiens a eu soif. Ici : au bord du canal, sur les segments dont la collectivité a rasé la ripisylve pour le confort à court terme de ses usager-es. Homo sapiens a eu soif, et homo sapiens a bu, ensuite de quoi il a détendu les muscles de ses pouces opposables, lâchant les contenants à l’endroit exact où il les a vidés de leur contenu, de sorte que sur la pelade de végétation jaunâtre laissée sur la berge par des messieurs en gilet orange fleurissent désormais – en lieu et place de la coronille bigarrée, de la vipérine, des ombellifères, de l’aigremoine, de la tanaisie ou encore de l’épilobe à feuilles étroites – des bouteilles de Cristalline, des pochettes de Capri Sun et des canettes de soda écrasées. Homo sapiens a eu soif et ça ne risque pas d’aller mieux.

Les animaux non-humains aussi ont soif. Ils luttent pour leur survie dans leur habitat fragmenté (qui pour mémoire est au mieux un patchwork de zones piégées, d’enclos et de chasses gardées) ; parfois, l’issue est fatale. La semaine dernière, j’ai rencontré une jeune chevrette sur un chemin de halage près de Béthune ; elle se penchait vers l’eau, j’ai souri qu’elle semble s’intéresser à une famille de canards dont les petits étaient encore au stade de poussins. Je l’ai revue hier – non : j’ai vu ce qu’il reste d’elle, un cadavre enflé, nauséabond, en décomposition à la surface du canal. Elle devait avoir soif, elle aussi, elle a dû tomber dans l’eau et nager jusqu’à épuisement de ses forces, car il n’y a aucun endroit où elle aurait pu trouver une prise pour remonter sur la berge.

J’ai découvert son abominable sort hier, j’ai vu sa grâce et son innocence envolées ; ce matin, au bord d’un autre canal, j’ai vu les détritus d’homo sapiens. Et je n’ai pas souhaité le meilleur à mon espèce dégénérée.

Je ne t’oublierai jamais, petite merveille.

Revue & Corrigée

Ce trimestre dans Revue & Corrigée, je mentionne quelques compositrices et musiciennes iraniennes ou d’origine iranienne – il ne s’agit évidemment pas d’un inventaire exhaustif, d’abord parce que je ne connais pas tout le monde et ensuite parce que je ne dispose que de 1000 mots… On y trouve Ghazal Faghihi, Pantea Armanfar, Maryam Kiani, Roxanna Albayati, Fari Bradley, Shiva Feshareki, Gisou Golshani, Sahar Homami, Sarvenaz Mostofey, Hani Mojtahedy, Rad Samar (Mentrix), Shabnam Parvaresh, Mona Matbou-Riahi, Rojin Sharafi, Aftab Darvishi, Nesa Azadikhah, Niloofar Ashgary, Sara Bigdeli Shamloo (SarrSew), Nina Maghsoodloo, Honey Haq Pazhutan (Wind8), Kimia Koochakzadeh-Yazdi, Maryam Sirvan, Soho Rezanejad, Bahar Royaee, Aida Shirazi, Taraneh Schmidt (Taranoya), Sholeh Asgary, Maral Mahmoudi (Maral) et Niloufar Shiri

On y trouve aussi un entretien de six pages avec Floy Krouchi.

Le sommaire est assez remarquable – il semble déjà loin, le temps où, quand on lisait cette revue, on avait l’impression de vivre dans un monde où les femmes n’existaient tout simplement pas…

Montbron

Dimanche prochain, si la canicule n’a pas fait fondre les voies ferrées, Wendy Delorme et moi parlerons d’écriture à quatre mains au festival de Montbron.

LYL Radio

Basta Now : Bzz-Ho-Ay-Ee-Oooo a été diffusé aujourd’hui et on peut désormais l’écouter ici. Please faites-le, c’est mon meilleur mix à ce jour (enfin, avec celui-ci…)

Synopsis : Jennifer Walshe (en photo ci-dessus) tente de yodeler avec des amies perchées sur des montagnes lointaines, mais il y a de la friture sur la ligne. Qu’est-ce que c’est ? se demandent-elles. Eh bien, c’est le bourdonnement de nombreux diptères. Alors, le yodel et le bourdonnement s’affronteront-ils, ou assisterons-nous au début d’une symphonie à ce jour inouïe ? La communication triomphera-t-elle à la fin ? Parviendrons-nous à nous débarrasser du langage de la domination ? Et quand ce sera fait, que restera-t-il ? Bzz-Ho-Ay-Ee-Oooo

Tracklist :

CLARICE JENSEN – One Bee (excerpt)
MAGGIE NICOLS – Noticing
ANNE GILLIS – Ondulatoires
JENNIFER WALSHE – The Dowager Marchylove, The Wasistas of Thereswhere
URSULA HÄSE – YodExpAli
YOKO ONO – Fly (excerpts)
PROPAN – Murd (feat. Johanna Orellana & Harald Lassen)
SHITNEY – Do you Like it?
GHAZAL FAGHIHI – Ismail
BEIßPONY – For All That Fall
MACIE STEWART & LIA KOHL – Honey Not Sweet
AI YAMAMOTO – Summer
HELEN SVOBODA – When it Rains
LEA ARAFAH, RITAMARIA – Depois do fim do mundo
BETHAN KELLOUGH – A Song of Wings
HANNAH PEEL & BEIBEI WANG – Awaken The Insects
TYGAPAW, JULIANA HUXTABLE – Exorcise the Language of Domination

Et maintenant je vais vous raconter ce qui s’est passé, exactement, dans cette montagne.

*Yoko Ono, au cas où vous ne seriez pas physionomiste

Revue & Corrigée

J’ai deux contributions ce trimestre, ma chronique habituelle, Brouillon Permanent, et un entretien avec Floy Krouchi. Le sommaire est assez exceptionnel, avec une grande majorité de femmes – je constate d’ailleurs que Valérie Vivancos a rejoint la team. Voilà qui s’annonce très réjouissant…

Marché de la poésie

Je l’avoue sans honte, je vais au Marché de la poésie de Paris pour retrouver des ami-es. Cette année était une grande cuvée parce que pour la première fois depuis 2019, mes amies montpelliéraines NatYot, Isabelle Bonat-Luciani et moi-même y étions réunies – en 2017 nous n’avions pas encore commencé le rituel du selfie.

2026 :

2019 :

2017 : IBL envoie une carte postale à M. Gaudin ( Godin), qui a réservé la table que nous occupons à la buvette du Marché ; en arrière-plan, NatYot fume.

Retour en 2026. Sans nous concerter, IBL et moi avons porté nos T-shirts de circonstance, ce qui nous a valu une certaine popularité (Jane Sautière nous a même prises en photo – mais celle ci-dessous est de NatYot).

Nous célébrions aussi les trente ans des Carnets du Dessert de Lune, et la parution de cette anthologie où nous sommes une sacrée bande de potes poètes.

Ici, nous sommes avec Rémi Checchetto et mon cher Emanuel Campo.

C’était vendredi, et samedi j’ai séché le Marché pour découvrir les bords de Marne avec la meuf la plus merveilleuse du monde.

La Voix du Nord

Encore une bonne occasion de remercier Catherine Painset, qui suit mon travail et le soutient depuis 25 ans. Dans La Voix du Nord de ce jour, je réponds à ses questions sur Paysages pauvres – entretien intégral ici. Merci Catherine

L’Huma

Un immense merci à Sophie Joubert pour son article sur Paysages pauvres dans L’Humanité du 26 mai. Les abonné-es peuvent le lire ici

Paysages pauvres : des aménagements

Dans Paysages pauvres, je tourne beaucoup en dérision les aménagements prévus par la collectivité territoriale pour le confort d’en famille ou entre ami-es. Voici deux illustrations que je me suis amusée à faire, l’un avec de la peinture, l’autre avec Gimp.

« des barrières faites pour être contournées
des chicanes où se faufiler d’un gracieux déhanché
des clôtures à écraser enjamber sauter forcer découper
des blocs de béton à gravir des plots escamotables à narguer »

« chaque année des sites naguère sauvages voient
des plots des plaques des bornes des tables des panneaux
baliser leurs principaux axes aussi modestes soient-ils
dans le paysage du 21ème siècle
un fléchage résout la question du choix
auquel est confronté-e l’aspirant-e à la mobilité
dépourvue de goût personnel et de curiosité

l’infographie ravage le paysage même qu’elle commente
pour décrire à l’aspirant-e mobile ce qu’iel a sous les yeux »