Aujourd’hui, j’ai accordé un peu de repos à mon corps et consacré la matinée à mettre mes notes en ordre, avec l’assistance de mon amie écureuille – que certains esprits médisants de mon entourage ont qualifiée d’énorme. Ici, on voit autant d’écureuils que de pigeons en France.

Je n’ai pas encore entamé les modifications que mes repérages et un certain souci de véracité amèneront. Pour l’instant, j’ai seulement développé des pistes de réflexion qui sont nées spontanément au fil de mes errances – liées aux thématiques qui sont les miennes mais qu’aucune documentation n’aurait pu me permettre d’ébaucher. Ensuite, je suis allée rejoindre Laura Shumate, une musicienne expérimentale d’ici avec qui j’échange sporadiquement depuis plusieurs mois. Nous sommes allées au Griffith Observatory, à 20′ de chez elle (elle vit dans le même ensemble résidentiel que Moby et Brad Pitt, à quelques pas de la gated community où s’est installée Angelina Jolie après la rupture, si vous voulez tout savoir). J’avais déjà fait le tour de l’observatoire il y a trois ans mais aujourd’hui j’étais en repérages. J’ai dû admettre qu’il y aurait dans mon roman une scène qui échapperait au réalisme et que Pernell, l’un de mes personnages secondaires, ouvrirait la porte avec une radio de son coccyx même si ce n’est absolument pas crédible : au diable l’hyperréalisme. Il ouvrira cette porte et trouvera sans problème le chemin jusqu’à la coupole parce que j’en ai décidé ainsi. Au fond, il me plaît bien de jouer avec la vraisemblance comme le fait le cinéma même auquel je veux rendre hommage.

Aujourd’hui, le smog avait été dissipé par une brise très plaisante et, depuis Griffith, on pouvait voir la skyline modeste de Downtown – quartier que j’appelle Gotham City mais dont Laura m’assure qu’il était encore bien plus effrayant il y a vingt ou trente ans.

C’est d’ailleurs ce que j’ai cru comprendre en visionnant des tas de séries B des années 80, ces derniers mois, j’adore les séries B – à ce propos, digression dans la digression, plus tard dans la journée, Laura, notre amie Gabie et moi nous accorderons à dire que Repo Man est l’un des meilleurs films sur L.A. (j’adore aussi Suburbia de Penelope Spheeris, autre film punk du cru). Il est en tout cas dans mon top 10. Prochainement, je posterai ici mon top 10 (souvent je dépasse un peu mais rarement au-delà de 37).

Nous avons ensuite slalomé dans les collines où vivent des stars, mais ce que nous espérions apercevoir c’était des chevreuils car Laura en voit souvent dans ces lacis labyrinthiques de rue sinueuses ; ils vivent là, dans les jardins et sous les pilotis des villas, j’imagine qu’ils mangent des fleurs.

Nous n’en avons pas croisé mais j’ai enfin vu le premier colibri de mon séjour. J’ai zoomé à fond, je suppose qu’il paraît grand (comme l’écureuille) alors qu’en réalité il fait le tiers du gabarit d’un moineau.

Nous avons poussé jusqu’à la Ennis House de Frank Lloyd Wright, à laquelle ma photo prise de nuit avec mon nouvel appareil médiocre ne rend vraiment pas honneur, aussi je préfère en piquer une sur Internet, précisément sur ce site dédié à l’architecte. J’aime beaucoup la Ennis mais mon Los Angeles fantasmatique ultime sera toujours, je l’avoue, la Stahl House de Pierre Koenig.

Ensuite nous sommes allées rejoindre Gabie Strong, une autre musicienne expérimentale d’ici ; je l’ai vue avec grand plaisir chaque fois que je suis venue à Los Angeles et, le monde expé étant petit, il se trouve qu’elle est amie avec Laura et qu’elle a sorti un album de Laura sur son label, Crystalline Morphologies, dont vous pouvez trouver le catalogue ici – on y trouve aussi les géniales Micaela Tobin aka White Boy Scream et Geneva Skeen. C’était vivifiant de sortir de ma solitude et de mon état total féral, de voir des visages amicaux et d’évoquer la ville avec deux de ses habitantes émérites. C’était un bon dimanche dans la fournaise hivernale de Californie.