Faune de Londres

Je ne sais pas si c’est le cas dans tous les quartiers de Londres mais dans le nôtre, les animaux sauvages vivent dans la ville, dans les espaces communs des ensembles résidentiels, dans les squares, dans les cours d’eau qui courent au pied des habitations. Voici quelques potes croisés lors de mes courses à pied à Islington et Hackney. D’abord, ce renard, le premier que j’aie réussi à prendre de près sans que le flou l’emporte.

Même chose pour cet écureuil ; il y en a des centaines ici mais il est rare qu’ils acceptent de poser.

Un canard mécontent : trop de lentilles d’eau à son goût.

Une famille de foulques macroules, les deux mamans et les quatre enfants (c’est un couple homoparental) menacée par un requin, scène hélas ordinaire à Hackney.

Cette foulque-ci est sortie quelque peu ébouriffée de sa rencontre avec une panthère de péniche.

Ici, les oiseaux ont des statuts spéciaux : il ne faut pas toucher les cygnes parce qu’ils sont la propriété de la reine (sic), en revanche les poules d’eau n’ont pas besoin de carte de stationnement pour leur voiture.

Je finis par cette photo que j’aime beaucoup – le cadrage et le grain répondent aux critères esthétiques vers lesquels je dérive quelque peu ces temps-ci et le modèle est une splendeur.

Quelques ruines minières

Hier, de retour chez moi, j’ai sauté sur mon vélo, roulé à travers champs, au pied de divers terrils, et je suis tombée sur cette maison abandonnée en bordure des champs à Grenay. Alors j’ai décidé de consacrer enfin un National Géo à quelques ruines minières.

Il y a bien sûr les cités minières désertées. Ici, à Sallaumines,

là à Barlin,

(les cités fantômes nécessiteraient un National Géo à elles seules)

mais le territoire est aussi ponctué d’anciennes infrastructures des houillères, certaines bien cachées comme celle-ci, à Bénifontaine

et d’autres plus accessibles comme celle-ci, à Haisnes,

qui est devenue un haut lieu de street art et même d’art contemporain.

À Fouquières, la salle des pendus est bien cachée dans la végétation mais semble être le théâtre d’une vie nocturne assez mouvementée.

Il faut dire qu’elle est tout confort, avec son jardin d’hiver au rez-de-chaussée,

son premier étage de type loft

et sa garde-robe intégrée.

À Loos-en-Gohelle, on ne pose pas ses meubles, il y a un peu de boulot.

À Harnes, nous vous proposons plutôt des bureaux.

On apprécie leurs belles perspectives,

leur luminosité,

le système de chauffage économique.

Je m’arrête là pour aujourd’hui ; 19 photos, c’est déjà bien assez lourd pour un seul billet. Mais assurément il y aura un Des ruines minières (2), peut-être même un (3), et un spécial cités fantômes, je m’y engage.

Val-de-Reuil

Vous êtes nombreux.ses à me réclamer le National Géo que je vous ai promis avant mon départ pour la Factorie. Le voici : après VdA, je vous présente VdR, autre ville nouvelle qui en diffère essentiellement par la densité. Selon le comparateur de territoires de l’Insee (qui est un super outil) :

PopulationVal-de-Reuil (27701)Villeneuve-d’Ascq (59009)
Population en 201813 11462 727
Densité de la population (nombre d’habitants au km²) en 2018512,32 284,3
Superficie en 2018, en km²25,627,5

On note une moins grande diversité de paysages urbains à VdR qu’à VdA mais un nombre important de points communs. Pour reprendre les catégories utilisées dans mon étude de VdA, on trouve à VdR :

De la campagne

Soit une ferme que vous avez entrevue ici, des lacs et des étangs, dont l’un est une réserve ornithologique, vue ,

Du style

dont voici un précipité : l’ancien théâtre, devenu la maison des associations – on y trouve encore un cinéma.

Face à la piscine, dont le toit est amovible, la police municipale fait une excroissance sur une résidence.

Comme à Pont de Bois (VdA), beaucoup de cheminements piétonniers se font en hauteur, à angle droit des dessertes automobiles.

Ce qui nous amène à la catégorie Des chemins, des passerelles (pas de tunnels ici)

De l’habitat

un peu moins varié qu’à VdA mais certains bâtiments semblent en être tirés avec une pince à sucre et posés là :

Ci-dessous, une immense résidence désaffectée en plein centre de la ville, dont voici un détail – le style m’évoque un peu le Blosnes à Rennes.

L’écoquartier tout neuf. Un jour, ce que j’ai supposé être le community manager de la municipalité y tournait un reportage tandis que je passais par là et m’a demandé s’il pouvait me filmer de dos « pour que ça fasse un peu de vie ». Le plus marquant, dans les deux villes certes mais surtout à Val-de-Reuil, c’est l’impression de ville fantôme qui ressort des rues désertes. Même autour des petits centres commerciaux, un sentiment de profonde solitude noue le ventre.

Ci-dessous, une image fait écho à une autre, prise à VdA, que j’insère à la suite en miniature, pour mémoire.

Ce parfum d’été nous amène à l’un des quelques California Dreamings que j’ai relevés au cours de mes promenades et nous permet d’aborder l’habitat pavillonnaire. Des lotissements de toutes les époques sont juxtaposés.

Ils côtoient aussi de rares vestiges (bien plus rares qu’à VdA) de l’ère agricole.

De l’art

aux couleurs primaires et aux formes régressives, dans un pur style VdA.

J’attirais l’attention d’Anna sur cet aspect de la ville, l’autre jour, alors que nous passions devant la sculpture ci-dessous ; j’ai employé l’expression art contemporain et elle a demandé si je parlais de ça. « Ce n’est pas très beau », a-t-elle ajouté prudemment, de peur que je ne sois sensible à cette forme d’art municipal, et de me froisser.

Ce qui nous a beaucoup amusé, mes autres camarades et moi, le jour de notre arrivée, c’est ce qui fait défaut à VdA : des ronds-points carrés ou en losange.

Un petit Upper rooms & kitchens s’impose enfin

Malgré ses nombreuses similitudes avec VdA, je ne pense pas que je me serais passionnée pour les villes nouvelles si je les avais découvertes à travers VdR (ni à travers Saint-Quentin-en-Yvelines, visitée cet été). Villeneuve-d’Ascq reste l’une de mes villes fétiches avec tous ses contrastes et ses passages secrets, une ville nouvelle qui n’est pas déprimante et qui recèle bien des surprises. Je poursuivrai ce comparatif de territoires très personnel à l’occasion.

Typologie des terrils dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais

Visiteurs en quête d’une documentation sérieuse, sachez que cette typologie très personnelle ne correspond en rien aux catégories usitées par les institutions qui recensent les terrils. Vous trouverez des données historiquement informées ici ou , une liste détaillée des terrils ici . Je précise pour les autres que je suis loin d’avoir fini mon exploration du bassin minier ; je complèterai ce document à mesure de mes découvertes (vous pourrez suivre les mises à jour sur la nouvelle page dans le menu ci-contre, intitulée Typologie des terrils puisque, on l’aura compris, c’est bien ce dont il s’agit).

Vous pouvez visualiser le PDF ci-dessous mais si vous le téléchargez, vous verrez beaucoup mieux les photos.

Sommaire :

  • Typologie des terrils, p.1
  • Tableau établissant les caractéristiques des différents tas explorés / ressentis par moi, p.13

Merci à ma chère Lulu, sans qui le tableau n’aurait pas si fière allure.

En bonus, le terril de Méricourt, ce matin, la tête dans la brume comme moi après un Noël en famille très festif.

Une perle / Une promesse

Je suis bizarre, ces temps-ci. Je m’observe du coin de l’œil et je ne comprends pas trop ce qui se passe, là-dedans. C’est toujours pire le week-end, alors que j’ai toujours tant aimé les week-ends. La semaine, ça va, je suis comme une perle dans son huître mais le week-end, je deviens une perle qui, tombée d’un collier dont le fil s’est rompu, a roulé sous un meuble à l’insu de tous, loin de ses semblables (c’est une maison où il n’y a pas de chat, personne pour aller repêcher la perle sous la commode et lui faire traverser la maison en dribblant avec toutes les pattes jusqu’à ce que la dame au collier s’écrie, Ah, la voilà ! et lui fasse rejoindre ses amies sur le nouveau fil). Dimanche dernier, j’ai roulé quatre heures à vélo pour essayer de me semer, slalomé entre les pustules de l’espèce et leurs fusils, zigzagué à la lisière des petites villes et des villages plutôt que de plonger pleinement dans la nature puisque manifestement, quoi qu’il se passe là-dedans, j’ai encore envie de rester en vie. J’ai emprunté cette ligne de désir qui traverse un arrière-monde vraiment effrayant – la première fois que je l’ai abordé, par une aube brumeuse, je n’en menais pas large (on voit, sur la première image du billet 461, posté le 4 août, sur quoi débouche une branche du chemin ; il devait être quelque chose comme 6 du matin, ce jour-là).

Je ne sais pas pourquoi cette splendeur déchue me fait tant frémir – car c’est toujours le cas.

La maison m’évoque les manoirs hantés dans les romans que j’ai lus il y a deux ans pour y relever les motifs récurrents propres au genre. Mais une chose que j’ai découverte, dimanche dernier, parce que je passais là pour la première fois en plein jour,

c’est que cette somptueuse ruine se situe juste derrière le terril de Courcelles – et hop, tout s’est agencé dans ma tête. Le 8 août, je disais ici à, son propos, « quelle tristesse de ne pouvoir accéder à ce beau terril vert tendre saupoudré de verts profonds ».

Mais dimanche dernier, soudain m’est apparue la promesse d’explorations futures : un grillage arraché, roulé au sol, aplati. Je n’avais pas réussi à me semer mais j’ai souri.

Un coup dans l’aile

J’ai l’aile droite déglinguée. De bas en haut. Depuis presque deux mois. « L’énergie est complètement bloquée, approuve mon ostéo ; ce n’est même pas la peine que je vous fasse craquer ». Le pied droit : une poignée d’osselets secouée dans la paume que l’on dit plante depuis que j’ai manqué une marche dans l’escalier de mon grand-père parce que je portais un petit meuble et, depuis presque deux mois, j’ai l’impression de courir sur des bris d’os à droite. « C’est vrai que vous êtes toute de travers », observait récemment ma podologue, perplexe. Et le dentiste de garde, consulté parce que j’avais perdu une couronne du côté droit, remarquait que, du même côté, j’avais une couronne + un plombage cassés. « Ouh, ça doit faire mal ». Tandis que les traitements répétés depuis presque deux mois contre l’otite n’en viennent pas à bout dans mon oreille droite alors que la gauche, ça va. Pour finir, mon hémisphère cérébral droit gère mes émotions et affects comme un pied droit, depuis presque deux mois. Bientôt, on m’apprendra que j’ai le coeur du mauvais côté. Bientôt, je me réveillerai dans une des maisons bancales de la rue Casimir Beugnet, à Grenay.

J’étais avec celle que j’appelais alors mon amour et dont l’absence me laisse bancale, le jour où j’ai découvert cette rue incroyable. Nous étions toutes folles. Nous y sommes revenues quelque temps plus tard avec mes meilleures amies, qui ont écarquillé les yeux et pris des photos ; nous y avons envoyé mes parents, qui m’ont appelée ensuite pour me dire que c’était incroyable. Mon amour et moi étions euphroriques et presque fières, comme si nous avions nous-mêmes dessiné ces maisons. Mais nous n’avons jamais percé leur mystère. Si vous savez quelque chose, merci de m’écrire (voir contact dans le menu). Comme toujours, je vous prie de m’excuser pour la mauvaise qualité des photos – manque de recul + dans certains cas, tombée de la nuit + cette foutue voiture qui gâche la vue.

Barbe 2

La catastrophe dite de Courrières, la plus meurtrière de l’histoire minière européenne, s’est produite le samedi 10 mars 1906, faisant 1 099 morts. Un coup de poussier a dévasté 110 kilomètres de galeries entre Billy-Montigny, Méricourt et Sallaumines. Trois jours après l’explosion, la recherche de survivants a été abandonnée, une partie de la mine condamnée pour étouffer l’incendie et ainsi préserver le gisement, ce qui n’a pas contribué à rendre populaire la Compagnie des mines de Courrières. Vingt jours après l’explosion, treize rescapés ont réussi à retrouver le puits par leurs propres moyens après avoir erré dans le noir, on se demande par quelle force ; un quatorzième a été retrouvé quatre jours plus tard encore. En 2006, un site commémoratif, dit Parcours des rescapés de la Catastrophe de Courrières ou Nécropole, a été créé sur les lieux où se sont déroulés ces événements. Hier matin, toujours décidée à me pencher sur l’histoire de mon nouveau territoire à l’occasion de la Sainte-Barbe, je m’y suis rendue.

Le parcours est une ligne droite d’un kilomètre qui part d’un belvédère, on aime les belvédères. Sur celui-ci, on ne voit plus rien,

même pas l’infographie.

Le parcours consiste en volumineux panneaux retraçant la chronologie de la catastrophe. Certains ont été tagués, on hésite entre rire et pleurer (je penche pour la seconde option) en voyant un membre masculin mal dessiné sur l’un d’eux comme une expression ultime de la bêtise ; d’autres sont à peine lisibles.

Je n’ai jamais encore évoqué cet aspect de la signalétique : outre qu’elle gâche le paysage, elle finit souvent par ne plus rien signaler. Après que trois élus ont été pris en photo devant les monuments avec des ciseaux et un ruban tricolore, plus aucun officiel ne met jamais les pieds dans ce type d’arrière-monde (car c’en est un, et je n’y traînerais pas seule la nuit) pour voir s’il ne faudrait pas passer un petit coup de balai (mais ça coûte cher, tous ces machins).

L’aspect arrière-monde du site m’a semblé plus intéressant. C’était la première fois que je voyais passer un train depuis ce lieu que j’ai bien souvent, à l’inverse, regardé depuis le train avec beaucoup de curiosité. Au point que j’ai tardé à dissiper le mystère en allant y voir de plus près.

Barbe

Ce week-end, le bassin minier fête la Sainte-Barbe ; ce n’est pas un rassemblement de hipsters mais de flammes, autour de Barbara, sainte patronne des mineurs (et des pompiers). Pour la première fois, cette année, j’y participe pleinement. Je suis dans la foule, je bois la bière ambrée de la Sainte-Barbe au milieu des autres et je prends froid et je fleure le feu de bois. Mais je ne vais pas mettre en ligne mes photos d’anciens mineurs poussant une statuette de leur sainte patronne sur un chariot à l’ancienne au milieu de créations pyrotechniques très contemporaines, bloquant la circulation sur le rond-point d’un centre commercial bondé à l’approche de Noël sans qu’aucune des voitures bloquées songe à klaxonner ; il y aura plein de telles photos tout partout la semaine prochaine et elles seront bien meilleures que les miennes. Je vais plutôt vous répéter la beauté de 94 quand il porte son peignoir de brume et qu’on ne voit plus son écusson d’Arena Terril Trail. Imaginez : on entend les oiseaux d’eau palabrer, l’air est dense comme un baiser, le reste n’est qu’écrin. Le paysage est ce qui reste du bras de fer qu’ont disputé ici pendant des décennies les mineurs et la nature, Sainte-Barbe pour arbitre. Pour l’occasion, je vous fais une visite guidée.

La silhouette de 94 se reflète sur l’étang du Brochet, un étang qui s’est formé à la suite d’un affaissement de terrain ; face à 94, son jumeau est en cours d’exploitation.

On ne devine pas, ce matin (samedi), à travers la brume, le jumeau de 94 mais les phares d’une voiture sur la route dont je parlais ici, appelons-la rue de l’Indécision.

D’ici, oui, on devine le jumeau en cours d’exploitation, derrière le bayou froid.

94, brut, ce matin (cadrage contraint, pour éviter le panneau à gauche et le plot à droite).

L’étang vu d’un peu plus haut.

L’ascension (facile) de 94 révèle ce que sa vue du ciel trahit impitoyablement : il a l’air d’une pâte à gâteau noire que l’on aurait versée dans un moule et qui se présenterait en boudins successifs, en attente d’une spatule.

Sur l’un de ses paliers, du schiste gorgé d’eau glacée.

Là-haut, on peut courir comme on veut, à travers le plateau ou, comme ici, sur le bord en contemplant la vue, alors on a l’impression que d’une minute à l’autre on va s’envoler, comme les martinets qui aiment tant ce sommet (quoique pas en ce moment).

Au milieu du plateau, il y a le lac et ses laquais.

Il y a tout ce qu’on peut rêver, ici : sous un angle, la profusion, sous un autre, une simple ligne très graphique.

Et, si vous accoutumez votre regard à la brume, en contrebas coule la Souchez canalisée, dont je vous reparle très bientôt (avec cotillons) – où vivent les oiseaux d’eau par centaines.

Poésie batelière

Dans Je respire discrètement par le nez, je livrais un texte en forme de pochette surprise intitulé Poésie hippique et qui recensait 107 noms de chevaux de course. Le voici :

« Poésie hippique

Secretariat, Peintre Célèbre, Blushing Groom, Brigadier Gérard, Divines Proportions, Electrocutionist, Fanfreluche, Edredon, Joyau d’Amour, Nice Love, Fée Des Iles, Premier violon, Play It Again, Couleur Du Nord, Belle Allure, Under The Sun, Joyeuse D’Or, Salut Lisa, Magie D’Un Soir, Only Du Lys, Opinel Du Sceux, Odyssée De Féline, Night Du Lys, Otarie Du Rib, Orchestra Sautonne, Nuit De Mars, Oasis Charmeuse, Notre Guerrier, Modèle Du Clos, Nicotine Cébé, Noble Javanaise, Matin De Manche, Papy De La Potel, Paris Is Magic, Pocket Money, Produit Fier, Perfect Charm, Quelle Star, Quelle Fusée, Quetsche Magique, Quality Charm, Gogol, Crocolyrique, Csik To Cheek, Captain Beefheart, Quelle Fiesta, Vélodrome, Heart Of Love, Anthologie, Art Martial, Highest Dancer, Big Time, Lost Sun, Brave Pile, Antigel, Mon Ami Jean-Paul, Sunrise Spirit, Call Me Blue, Noble Emeraude, Nuit Torride, Noble Nénette, Porte Carte, Professional, Loufoque Dairie, Mon Vittel, Pin Up Honey, Princesse Vaumissel, Pin Up De L’Être, Passion Fatale, Petite Folle, Péché De Vigne, Phryne Du Dollar, Praline Du Lys, Planète Foot, Préférence, Quartz Super, My Cause, Sea Of Grass, Half Crazy, By Far, So Long, Rêve D’Empire, Testiglass, River First, Ras Tafarii, Flying Bomb, Rock And Roses, Trésor Précieux, Héritière Céleste, Momie, Double Dollar, I Love Loup, Earth Planet, Danse Du Soir, Si Sismique, Big Stormy Moon, Un Rendez-Vous, Bright Style, Âme Lune, Doctor Dance, Fil D’Or, Sport Complete, Le Bonheur, Régal Viking, Take And Run, Blonde Des Aigles, Fleur Enchantée, et j’en passe »

***

Aujourd’hui, je suis en mesure de vous offrir non pas 107 mais 197 noms de péniches que j’ai croisées sur les canaux d’ici, à savoir sur le canal d’Aire, celui de la Deûle et celui de la Scarpe.

(Ci-dessus, Jules Verne talonne Vega à la frontière d’Hénin-Beaumont et de Courrières.)

Quelques précisions :

– Je ne vais pas cesser de noter leurs noms dans mon carnet au prétexte que j’aurai posté cette liste ; elle n’est pas figée, c’est un travail au long cours.

– Aujourd’hui, je connais très bien certaines de ces péniches et les reconnais de loin ; hier, par exemple, j’ai dit « Ça alors, ce ne serait pas Ghost Sniper ? » J’étais surprise parce que je ne l’avais jamais vue à Santes auparavant. « Bisous à Beuvry ! » lui ai-je lancé. Je reconnais aussi très bien Memphis, Viking, Vega et, s’il peut m’arriver de confondre Pasadena et Savannah, c’est bien parce qu’elles s’habillent tout pareil et traînent dans les mêmes rades (essentiellement la plateforme multimodale Delta 3).

(Savannah entre Meurchin et, en face, Vendin-le-Vieil.)

– Je me suis prise de passion pour les péniches cet été ; je vous en ai d’ailleurs montré un certain nombre, notamment ici. J’ai commencé à relever leurs noms le jour où j’ai croisé Tchiki-Boum ; ce fut ce qu’il convient d’appeler un coup de foudre onomastique.

(Tchiki-Boum à Douai.)

Elle ouvre donc le texte inédit que voici :

Poésie batelière

Tchiki-Boum, Popette, Traviata, Stewball, Macumba, Kon-Tiki, Tida-Kira, Loukoum, Hudson, Pasadena, Savannah, Memphis, Portland, Kansas City, Denver, El Paso, Milwaukee, Oklahoma, Adelanto, Bethesda, Tunica, Lakota, Country, Bibifoc, Top Gun, Speed, Sméagol, Avengers, Alamo, Ravetea, Jama, Dahlia, Ghost Sniper, Radar Taupe, Furious, Tous-Nerfs, Azimut, Venera, Avary, Bayard, Dolax, Remacum, Kustrif, Zagor, Cripayo, Sosanto, Shelendo, Defey, Kerzel, Welfra, Cambio, Morena, Aldo, Doma, Jado, Anex, Pantra, Wiclo, DC Mosa 1, Ginard, Vega, Mondor, Faraday, Pouchet, Louise Michel, Masséna, Jules Verne, Surcouf, Rives de la Meuse, La Vézère, Amazone, Ardenne, Sermaizien, Tréport, Paris, Isola Doma, Isola Bella, St. Barth, Saona, Castille, Merina, Benguela, Smolensk, Smirnoff, Norway, Paraguay, Sherpa, Tabor, Kingston, Big Ben, Beverwaard, Biberach, Olako, Stoupan, Unesco, Esclave, Samaritain, Njörd, Jaël, Freyja, Apis, Osiris, Hermes, Morphée, Nemesis, Poséidon, Saturnus, Pégase, Psyché, Tantra, Deo Date, Uni Deo, Cum Deo, Dieu aboie-t-il ?, Ostara, ND du Perroy, Alizé, Athena, Blizzard, Libeccio, Corylophilda, Cougar, Espadon, Marlin, Cœur d’Océan, Oceanos, Oceanic, Nautica, Aquarius, House Boat, Workshop Boat, La Galère, Salto, Solist, Violento, Filou, Remuant, Turbulent, Surprenant, Trépidant, Chahuteur, Invincible, Diligence, Perpétuel, Imprévue, L’imprévu, Impuls, Probe, Prodest, Colporteur, Nomade, Destin, Le Temps, La Paix, Bon Espoir, Serenitas, Good Luck, Apocalypse, Armageddon, Ocarina, Carina, Ben, Kenza, Alain, Béatrice, Colas, Jessica, Gay, Priscilla, Melina, Léo, Sylvaine, Sébastien, Farida, Homer, Lydia, Marcel, Netty, Samantha, Cédric, Mélanie, Émilienne, Teddy, Gaëlle, Kendall, Lucette, Gaston, Johanna, Elizabeth, Natacha, MH, Aloha, Rudyange, Isajohn, Pa-My, Ber-Mel, Ben-Gus, Will-Teir, Jor-Ali, Ja-Dy, OK Fred et j’en passe

(Linge à Flers-en-Escrebieux.)

Notez que le dernier nom, OK Fred, ferait un super nom de cheval – comme bien d’autres, d’ailleurs.

(Tréport à l’écluse de Cuinchy.)

(Colporteur entre Annoeulin et, en face, Don.)

(Trépidant et Surprenant à Estevelles – leurs voisins sont Remuant et Chahuteur.)

(Denver à Bauvin – la photo est ratée mais je l’ai sélectionnée pour le plaisir de la légender.)

(Country entre Carvin et, en face, Harnes ; la photo est ratée mais j’aime ce nom et sa graphie – je ne suis pas en train de m’excuser, ok ? J’explique, c’est tout, rien ne dissone.)

(Marlin à Douvrin, un matin d’été très tôt.)

(Péniches à Beuvry, un matin d’été encore plus tôt tôt tôt)

Je ne poste pas mes 211 photos de péniches (à ce jour) mais seulement 11. C’est plus raisonnable et néanmoins très frustrant.

Allen

La première fois, je pédalais sur cette berge du canal alors que le jour commençait à décliner. J’ai dû faire demi-tour parce qu’une manoeuvre était en cours ; une grue chargeait une péniche et le quai était fermé à la circulation cycliste. J’ai alors décidé, pour ne pas simplement revenir en arrière, de faire un crochet par le bois qui m’effraie tant, au point que je ne m’y étais pas encore aventurée en deux ans de vie minière – oui, celui-là, dans le parallélogramme rouge.

Je me suis d’abord enfoncée dans la toundra, c’était assez beau en fait alors je me suis laissée aller à la bravoure et

j’ai porté-traîné-poussé Mon Bolide sur des sentiers glissants escarpés accidentés qui montaient descendaient abrupts

et je suis arrivée dans une simili-vallée entre ce qui a toute l’apparence d’un terril déguisé en talus et la carrière auprès de laquelle s’approvisionnait présentement la péniche Pégase. Je marchais sur un sol dont une vegétation sauvage et coupante masquait partiellement des milliers de gravats – briques, plaques de béton, fragments de murs, certains dont dépassaient encore des segments de tuyaux. Des lapins ont bondi dans les fourrés.

Une cabane vide mais auprès de laquelle sont encore posés deux sièges, un traditionnel chariot de supermarché ainsi que divers ustensiles paraissait inquiétante dans cet arrière-monde plutôt inhospitalier. J’ai tâché de trouver une autre sortie, pour ne pas devoir porter-traîner-pousser une nouvelle fois Mon Bolide car depuis l’aller déjà des ecchymoses dardaient sur mes chevilles et mes mollets.

J’ai escaladé la colline à l’est, découvert une friche industrielle qui évoquait un champ de menhirs et dolmens mais je ne me suis pas attardée, il fallait sortir au plus vite ; j’ai scruté les alentours, la vue était impénétrable. De retour au bas du tas, je me suis aventurée plus avant et il s’est avéré que le site n’avait pas seulement l’air impénétable, il l’était. J’ai donc dû p-t-p MB à en choper derechef écorchures et contusions. J’étais déjà contente de n’avoir croisé aucun psychokiller (mais qu’est-ce c’est ?) La nuit est tombée tout à fait, sans plus minauder ; j’ai regagné le canal et pédalé en regardant glisser à sa surface huileuse sept péniches escortées par des cormorans. De retour chez moi, j’ai découvert que mes photos étaient presque toutes ratées.

Magnificent obsession oblige, hier (le surlendemain) j’ai sauté sur MB avec du Cicalfate plein les chaussettes et je suis retournée sur les lieux, roulant sous la pluie battante du midi avec pour seule et touchante compagnie celle de mes amis les oiseaux d’eau. J’ai accroché MB sur le chemin de halage pour pouvoir escalader toutes éminences et potientiellement détaler sans devoir le porter, j’avais un jeu de clés Allen en forme de couteau suisse dans la poche de mon ciré au cas où je devrais me défendre. Je n’avais pas atteint les premiers sentiers abrupts que la batterie de mon appareil photo s’étirait en bâillant, tout juste si j’ai eu le temps de lui dire ce que je pensais de son comportement. Il n’aura pris que la photo ci-dessous.

Il faudrait donc prendre les suivantes avec un téléphone pourri dont l’appareil ne dispose même pas d’un format carré ou 16/9. Je ne suis pas allée jusqu’à la cabane, j’ai attaqué une côte plus raide que celle de l’avant-veille et qui s’est aussi avérée extrêmement glissante ; un arbre auquel j’ai tenté de me rattraper quand j’ai patiné dangereusement s’est quant à lui révélé déraciné quoique vertical, ce lieu est décidément intéressant. Là-haut, j’ai découvert une belle perspective sur la toundra, le canal et le terril d’Estevelles – dont on devine le trapèze noir en arrière-plan.

Des dolmens et des menhirs, donc,

mais aussi un bunker

et, en contrebas, des hangars aux toits d’amiante. J’ai regagné Mon Bolide et rangé mon jeu de clés Allen dans mon sac à dos. Tout ce temps, je dois l’avouer, je portais mon casque de vélo (dont j’ai surtout fait l’acquisition pour me protéger des chasseurs, ces sacs à merde – aussi naïf que ça puisse paraître) et je devais avoir l’air d’une cosmonaute en négatif puisque j’étais en noir intégral quoique moucheté de boue et que mon casque est rond, pas aérodynamique comme celui des grands benêts fluos qui roulent en meute le dimanche matin et commentent à si fort volume sonore la santé de leur entreprise que ça fait fuir les animaux.

Vous vous demandez où se trouve cet arrière-monde ? Si vous ne le devinez pas malgré la vue satellite et les quelques indications saupoudrées dans ce récit haletant, je ne peux rien faire pour vous. J’attends dans les jours à venir des informations cadastrales qui devraient m’aider à comprendre la nature de ce site ; si j’en crois les divers documents à ma disposition, il ne s’agit pas d’un terril. Les toponymes sont eux mêmes un peu étranges. Je vous les dévoilerai bientôt.