Des lignes et des promesses

J’ai quelques National Geo de retard sur ce blog, je sais. Je continue de m’offrir des escapades dans le bassin minier dès que j’en ai l’occasion et j’accumule une matière foisonnante, que je n’ai malheureusement pas le temps de mettre en forme. L’été me laissera sans doute un peu de répit ; j’en profiterai pour faire le tri dans mes photos et les organiser à ma manière. En attendant, voici quelques images glanées aujourd’hui entre Pont-à-Vendin et Angres en passant bien sûr par Sallaumines (Où est la jeune athlète ? chantais-je de mon plus pur colorature sur l’air de Où va la jeune Hindoue ? de Léo Delibes, en même temps que j’attaquais des côtes dignes de San Francisco sur mon vélo rose : facile). Voici des lignes de l’agglomération Lens-Liévin + un zeste de California Dreaming.

Flore de Wattignies

Quand j’ai besoin de me reposer, je vais courir ou je me promène sur le service de cartographie en ligne, alternant cartes, vues satellite et immersives. Ces deux activités sont d’ailleurs intimement liées, puisque j’utilise ce service en complément de mes jambes et de mes yeux. Par exemple, je m’étonne de ce qu’une rue toute neuve de Wattignies s’appelle rue de l’Anémone des Bois ; chaque fois que j’y passe, je souris. Un jour, je sens mes neurones griller sur un problème de narration (oui, de narration, je vous rappelle que j’écris de nouveau pour la jeunesse) et je décide, pour me dégourdir les lobes, d’aller faire un petit tour dans cette rue via le service de cartographie. Vous auriez tendance à penser que ça ne sert à rien ? Avouez. Vous auriez tendance à croire que tout est dit sur la plaque de rue ? Je viens vous prouver que vous avez tort. Car sur le plan nous découvrons que nous avons affaire à un véritable herbier. Mais surtout, à une véritable énigme. Narration, encore ! Suivez-moi.

Vous reconnaissez ici la fameuse. (Anémone des bois.)

Je vous présente maintenant la bruyère cendrée.

Poursuivons avec le miroir de Vénus, qui est bien une plante.

Le laurier blanc (vous ne pouvez pas le savoir, mécréants) est une surprise. Je veux dire, qui s’est promené virtuellement dans ce quartier fleuri ne s’attend pas à y trouver du laurier blanc.

Sur la carte, en ses lieu et place, l’on trouve une plante vénéneuse, la morelle noire. Que devons-nous comprendre ? Qu’essaie de nous dire le service de cartographie en ligne ? Un employé dudit service est-il un botaniste en herbe (hihi) qui s’emmêle les bristols ? S’agit-il d’une usurpation d’identité florale ? D’une malédiction ? Mystère…

(Si vous connaissez la réponse, gardez-la pour vous, laissez notre imagination gambader avec la grâce d’un faon dans les rues de sunny Wattignies, merci.)

Loos-Sequedin : des arrière-mondes variés

L’arrière-monde a ses cornes d’abondance ; ce matin, j’ai connu l’extase la plus pure en traversant l’un de ces paradis interstitiels – écoutez-moi bien : une voie ferrée dévolue au transport de marchandises et matériaux, une pincée de splendeur passée, un petit chemin qui ne sent pas la noisette, des friches à perte de vue, des monticules de détritus, un canal, une cimenterie, des portiques de déchargement, un poste électrique et une ancienne prison. JMJ, j’ai senti une faiblesse musculaire dans mes mollets nus tant l’émotion était forte. J’avais trop longtemps négligé les charmes vénéneux de l’arrière-monde au profit de presque la campagne et cette course à pied m’a rappelé que j’avais largement de quoi m’occuper dans la métropole lilloise pendant la saison de chasse. Il y avait même un arbre foudroyé, le soleil avait l’air sale et tout macérait dans une telle humidité que l’été semblait ne jamais avoir existé. Froh, froh, wie seine Sonnen seine Sonnen flie-iegen, froh wie seine Sonnen fliegen durch des Himmels prächt’gen Plan !

La voie ferrée – elle mène, à l’est, au port de Lille

Splendeur et décadence

Typiquement ce genre de pivot paysager plein de promesses, où je commence à faire des claquettes dans les flaques

L’ancienne prison de Loos / Sequedin, derrière une friche (+ un canal mais ça, on ne le sait pas encore)

Un court segment de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette ; à droite, tout n’est que tags et détritus (je vous épargne ces derniers, ne me remerciez pas), à gauche, ronces impénétrables

Un pan d’usine de produits chimiques

Une cimenterie

Un portique de déchargement

Un poste électrique (+ poule d’eau)

Deux fragments de mur au milieu des herbes noires, devant l’ancienne prison (wtf ? comme disent les jeunes)

Encore la prison : ici, l’ancienne grille d’entrée (sans doute aussi de sortie)

La voie ferrée vue d’un pont (qui passe aussi au-dessus de l’A25)

BONUS : Où est Kennedy ?

Pinchonvalles

La semaine dernière, je ne sais plus comment j’en suis arrivée à parler terrils avec mon éditrice ; elle était dans son bureau à Montparnasse et moi dans le mien à porte d’Arras et nous regardions, chacune sur son ordinateur, des photos du terril de Pinchonvalles – il s’étend sur près de deux kilomètres entre Liévin, Avion et Givenchy-en-Gohelle, ce qui (à en croire les divers sites consultés) fait de lui le plus long d’Europe. Je me suis dit que c’était idiot de garder pour moi les photos que j’y ai prises lors d’une de mes dernières virées dans le bassin minier puis je me suis replongée dans mon manuscrit et je n’y ai plus pensé. Ce midi, plusieurs amies et moi nous sommes extasiées sur les beautés de l’automne ; deux d’entre elles ont envoyé sur notre fil commun WhatsApp des photos d’arbres rouges et jaunes prises par leur fenêtre mais je ne peux pas en faire autant, moi, je ne vois pas d’arbre par mes fenêtres puisqu’il n’y en a pas, aussi leur ai-je envoyé une photo de Pinchonvalles : je savais que les champignons allaient rafler tous les prix de beauté. J’ai conscience de vous négliger, ces derniers temps, mais vous trouverez ci-dessous de quoi me pardonner, si j’en crois l’enthousiasme de mes amies.

Le haut d’en bas, pour commencer : logique.

Les fameux champignons (oui, ce sont des vrais – l’une de mes amies a posé la question).

Quelques traverses fantômes.

Le terril de Méricourt, à l’est.

Et à l’ouest, la base 11/19, que vous avez déjà rencontrée ici.

Je vous propose un nouveau jeu, en prévision de ma migration prochaine dans le bassin minier : non plus Où est Kennedy ?* mais Où est Vimy ? Ici, au sud de Pinchonvalles, dans le lointain, son mémorial.

Plutôt pentu – mais aménagé.

Revoir ces images m’a fait du bien. Sans le désir de les partager avec vous, je n’aurais pas pensé à les regarder aujourd’hui et j’irais un peu moins bien, même si je suis allée chercher ma dose de champs ce matin. Je n’oublie jamais assez que je suis coincée dans un pot d’échappement à Lille pour quelques années encore.

* Si vous avez manqué le début, à savoir notre numéro spécial de National Géo, la tour Kennedy est sise à Loos, dans le quartier des Oliveaux. Elle serait menacée de destruction. Elle serait aussi la plus haute tour de logements sociaux au nord de l’Ile-de-France – parfois quand je vous livre des infos puisées à diverses sources documentaires, j’ai l’impression que les Hauts-de-France sont les spécialistes des superlatifs une terre de records et d’excellence : je rappelle que les rivets de la tour Eiffel ont été fabriqués à Vieux Condé, près de Valenciennes, et que le spécialiste français de la majorette vous accueille au Quesnoy. J’arrête là cette énumération pour éviter les jalousies et les attaques de pigeons.

Cysoing-Cobrieux

L’avantage d’embrasser un métier artistique (à savoir pas un vrai travail aux yeux de la plupart, cette plupart même qui ne passerait pas son dimanche, comme nous l’avons fait, à écrire ou sculpter), c’est que l’on peut décider de prendre son week-end un mardi après-midi et se promener à la campagne pendant que les familles respectables sont au vrai travail et à l’école. Zéro cri, zéro poney. Vous connaissez notre goût pour les voies ferrées désaffectées (voir nos National Geo à Charleroi, Maubeuge ou Rotterdam), eh bien aujourd’hui nous sommes allées à Cysoing.

Nous avons vu le paradis. Nous avons demandé à un couple de personnes très âgées, qui marchaient plus lentement que ne glissaient les canards sur les bassins du château, de bien vouloir nous indiquer la place de la gare. Monsieur était très heureux de nous renseigner, il nous a rappelées trois fois en nous disant : Attendez ! Encore plus court : vous passez par ici, puis vous traversez ceci et cela, puis ce sera trois fois à gauche. Nous avons serré nos bienfaiteurs dans nos bras puis nous sommes parties à l’aventure.

Nous avons trouvé la gare. Herbe de la pampa sur le quai, plantes ligneuses en pagaille sous l’abri en plexiglas – dont une affiche déteinte pour le TGV, grande innovation, décore une paroi latérale.

Nous nous sommes engagées sur la voie ferrée condamnée (bien évidemment interdite au public, comme tous les lieux les plus intéressants) en direction de Cobrieux. Ici, vous remarquerez un guet-apens de western et, si vous avez l’œil aiguisé, un tourbillon de feuilles mortes.

Nous avons traversé des champs qui ondulaient dans le contrejour (oui, j’aime les contrejours, qu’est-ce que ça peut faire ?)

Les bois aussi, je les aime à contrejour, et les usines, les filets qui enclosent les stades et les clochers, mais là ce sont des bois.

Quelquefois aussi, j’aime bien prendre les photos dans le bon sens de la lumière (le bon sens selon les critères de certains colombophiles, car à mes yeux il n’y a pas de bon ni de mauvais sens).

Nous avons imaginé vivre dans la maison de l’ancien garde-barrière, au milieu des champs : c’était bien.

Nous avons fait demi-tour, nous n’avions pas le choix mais pour une fois ça ne m’ennuyait pas de revenir sur mes pas : pour voir les paysages dans l’autre sens, qui n’est ni le bon ni le mauvais, comme vu précédemment. Ici, un chouette ruisseau.

Tout cela était vraiment très bucolique et nous avons fait des paris quelque peu urbains : noisettes ou glands ? Glands ? je ricanais : c’est toi le gland, gland de mocassin, etc. Nous avons bien ri jusqu’à ce que je dise, Et ça, c’est quoi ? C’était une cartouche de carabine alors nous avons cessé de rire pour frémir un peu. Et comme si elles avaient attendu ce moment pour gâcher notre paradis champêtre, mes bêtes noires se sont manifestées.

Il y a de drôles d’individus dans ces campagnes veinées de voies ferrées désaffectées, nous l’avons compris quand nous avons entendu les premiers coups de feu dans le lointain. J’ai crié tous les gros mots politiquement corrects que je connais (des trucs comme vieille toupie, raclure de bidet, tout-à-l’égout, roupie de sansonnet, croûte de genou et j’en passe).

L’on trouve quelque chose comme un arrière-monde, sur les côtés : un arrière-presque-la-campagne où le fer même est brindille, où les textures se mêlent jusqu’à défier les lois de la nature.

Un petit kilomètre avant de regagner Cysoing, nous avons rencontré deux adolescentes de bonne famille qui fumaient allez savoir quoi, assises sur les rails. Nous avons un peu discuté avec elles ; je leur ai dit de faire attention aux chasseurs. J’espérais qu’elles hocheraient la tête et nous avoueraient qu’ils sont une infection dans cette belle campagne, mais elles ont haussé les épaules. Ensuite, nous avons fait attention à ne pas nous prendre les pieds dans des ronces pour que les gamines n’aient pas l’occasion de se payer notre tête (je dois dire que ma coéquipière avait par endroits fait quelques pas de danse assez périlleux – mais plutôt réjouissants de mon point de vue – avec des tiges facétieuses).

Les viennoiseries de Cysoing sont très bonnes.

11/19

J’ai grandi à quelques pas des plus hauts terrils d’Europe, ceux de la base 11/19 (Loos-en-Gohelle). Leur altitude est d’environ 186 mètres ; ils sont reliés par un terril tabulaire. Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, 12 espèces de mammifères, 9 espèces de libellules et 53 espèces de papillons, plus quelques reptiles.

Aujourd’hui, l’un des terrils est aménagé pour les ascensions en famille, tandis que l’autre, encore récemment interdit (comme me le rappelaient hier mes parents), est aujourd’hui « réservé aux sportifs confirmés ». Rien qui soit susceptible d’arrêter deux aventurières telles que Stéphanie et moi.

(En reflet, la silhouette des deux terrils coniques.)

Il nous a fallu un peu plus d’une minute pour escalader une succession de mamelons qui semblaient étaient de plus en plus convexes.

Nous avons fini l’ascension en nous aidant de ce câble en acier dont l’extrémité supérieure s’avère hérissée de limaille rouillée. Parvenues au sommet, nous avons rencontré une dame équipée pour l’alpinisme, des chaussures aux bâtons. Le vent soufflait très fort, là-haut. La dame nous a informées que non, il n’y avait pas de chemin moins abrupt pour descendre. Un couple de jeunes gens a surgi d’un autre versant, en tennis assez semblables aux nôtres, les mains vides. La dame équipée semblait avoir un peu pitié de nous. Je vais vomir, a dit la jeune fille à son compagnon désarmé. Ils se sont assis.

186 mètres, ce n’est pas grand-chose à gravir, mais en descente, les semelles lisses glissent dans la poussière noire et le sol s’éboule. Nous avons procédé à tout petits pas, ce qui nous a pris vingt minutes, abandonnant les jeunes gens à la solitude des cimes.

(Vue du terril aménagé depuis le sommet de l’autre ; on devine le début du chemin par lequel nous avons choisi de descendre.)

Nous le saurons désormais : l’expression « sportif confirmé » ne concerne pas forcément la force et l’endurance mais implique parfois équipement et technique.

Londres

Existentiel

Si j’en crois l’encyclopédie en ligne selon laquelle je serais salariée en tant qu’auteur par la mairie de Faches-Thumesnil et critique de musique pop, Londres aurait une superficie de 1 572 km2 (5 590 hab./km2), soit presque le double de Berlin, qui m’est toujours apparu comme un pays à part entière avec ses 891,7 km2 (4 163 hab./km2) et ses contrastes fous. J’ai pas mal écumé le nord-est de Londres avec mon appareil photo et mon sac à dos, ce week-end, sous le même soleil de plomb que lors de mes précédents séjours. Mes pieds ont l’air de petits animaux écrasés sur un bas-côté de nationale. Si Brooklyn, les premiers jours de ma mission Stendhal (en octobre dernier), m’a beaucoup rappelé Londres, Londres allait forcément beaucoup me rappeler Brooklyn (voire quelques rues de Manhattan, par endroits) et tout ce que j’y ai vécu.

(Tout comme certaines villes de Belgique et du bassin minier, Londres se prend d’ailleurs un peu pour New York, parfois – c’est finalement plus étonnant de la part d’une capitale.)

Vendredi, mes neurones avaient l’air d’insectes écrasés sur un pare-brise mais je n’ai pas pleuré. Je me suis dit que j’étais venue pour ça : pour affronter, rejouer en quelque sorte ce moment de basculement qu’a été New York dans ma vie.

Par chance, le festival Wysing Polyphonic à Bourn (près de Cambridge), l’incroyable générosité de Mutamassik, puis les retrouvailles avec mon amie Maïté, qui m’accueillait chez elle à Hackney, m’ont tirée de ce vertige psychologique et je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer un très modeste National Geo. Finalement, j’ai aussi beaucoup ri, à Londres, avec mes amis et leurs amis mais aussi toute seule, au gré de mes déambulations. Ça, par exemple, c’est le genre de bêtise que je pourrais faire. On se sent moins seul quand on croise des preuves que d’autres partagent ce type d’humour quelque peu gouniche.

Romantique

Mais qu’est-ce que c’est ? vous interrogez-vous. Non, ce n’est pas un mal assis, là (un peu de patience, il viendra) mais un dialogue romantique, au bord de la rivière Lee Navigation ; à quelques pas de là, sous un très large pont qui la surplombe et sur lequel passe Eastway, l’on trouve d’immenses ateliers d’artistes – non pas vraiment à ciel ouvert, donc, mais véritablement sous les ponts.

Voici, en bande dessinée, le détail de ce dialogue romantique :

Enclavé

Encore un voyage sans musée ni monument – j’estime que l’essence d’une ville se trouve précisément en dehors des chemins balisés pour les touristes et les consommateurs, y compris les consommateurs culturels. C’est du moins mon parti-pris, en temps que rédactrice en chef et rédactrice tout court de nos National Geo ; je ne vous force pas à y adhérer, ni à lire ce petit paragraphe sur les enclaves de Londres, du moins de ses quartiers nord-est puisque je n’ai pas eu le temps d’explorer le reste (ce sera, je l’espère, l’objet de NG futurs). Des lotissements labyrinthiques, ce n’est pas ce qui manque dans la métropole lilloise, mais vous vous débrouillez pour trouver la sortie (ce qui peut vous prendre quelques heures, prévoyez une gourde et une barre énergétique), tandis qu’ici, de nombreux plans vous y aident, si toutefois il vous reste une notion des points cardinaux après le troisième coin de rue. Ils s’appellent estates, courts ou closes et s’articulent autour de quelques commodités, commerces et/ou centres médicaux (certains évoquent plutôt le béguinage – pas la communauté religieuse mais une forme d’habitat groupé pavillonnaire, de plain-pied, destiné à ce que l’on appelle aujourd’hui des séniors, système très répandu dans le nord de la France, en Belgique et en Hollande).

L’on trouve aussi, à Londres comme à Villeneuve-d’Ascq, de nombreuses enclaves en habitat collectif, comme cet ensemble dit St Paul’s Crescent, labyrinthe à la fois horizontal et vertical, avec des escaliers menant à des niveaux et demi-niveaux insoupçonnés quelques mètres avant leur abord immédiat.

Géométrique

Ce que j’aime dans les très grandes villes, c’est me laisser happer par des perspectives inattendues, par des enchevêtrements de lignes et de formes. Les bâtiments les plus familiers (comme celui de Norman Foster sur l’image ci-dessous) apparaissent nouveaux sous des angles où on les découvre inopinément, en tournant la tête – à supposer que l’on ne connaisse pas la ville dans ses moindres recoins. Ils prennent alors un aspect qu’on ne leur connaissait pas, du simple fait qu’ils s’inscrivent dans un contexte différent, au cœur de contrastes que l’on n’avait pas encore aperçus – car un bâtiment n’existe pas indépendamment de son environnement. Le socle des plus imposants immeubles semble se dérober indéfiniment, comme le pied de l’arc-en-ciel, jusqu’à ce qu’on y parvienne et qu’il ne soit plus possible de saisir une image complète de l’édifice. Ce que j’aime dans les très grandes villes, c’est qu’on ne peut pas les embrasser dans un regard – c’est la frustration de ne pouvoir saisir (ni être) les courbes, les angles, le mouvement, la pesanteur et la grâce. C’est de me sentir infinitésimale.

Graphique

Je n’avais d’autre objectif, le dernier jour de mon séjour à Londres, que de rejoindre la gare St Pancras depuis la maison de mes amis à Hackney. J’avais sept ou huit heures pour ça : beaucoup trop, estimerez-vous, mais c’est compter sans le hasard des rencontres, qui détournent le marcheur curieux du droit chemin, l’incitent à d’incessantes digressions pédestres. Londres est une de ces villes riches en street art dont on épluche les murs comme des catalogues d’exposition.

L’on y trouve des inscriptions de tous ordres – politiques, poétiques (« La pluie, tes yeux », en français) ou plutôt amusantes, comme celle-ci :

La soucoupe volante de type War of the worlds est omniprésente, dans des styles graphiques variés. Ici, un détail d’une fresque de très mauvais augure.

Les alentours de Hertford Union Canal semblent particulièrement affectés par cette vision apocalyptique du monde.

Quant à Shoreditch, il tourne volontiers le consumérisme en dérision.

Camden, c’est plus gentil.

Quoique Shoreditch aussi puisse l’être :

Brick Lane regorge de collages multi-strates assez inextricables. L’œil s’y promène longuement, se réjouit de trouvailles, d’annonces improbables (« Baby eating competition », annonce par exemple une affiche très austère, et en sous-titre : « Enter your greedy little pig into the 2018 Baby Eating Competition »). Vue d’ensemble d’un de ces nombres murs.

Détail d’un autre mur.

Et pour finir, un minuscule aperçu de ces ateliers d’artistes situés sous Eastway, au bord de River Lee Navigation, dont je vous parlais dans Londres (2) romantique.

Exactement vide

Londres est une très grande ville dans laquelle on peut éprouver le vide exact, quand le soleil joue au cricket avec les crânes dans les rues muettes, ton sur ton, brique sur brique. C’est le dernier souffle de l’été. Il s’éteint à six heures du soir et l’on se pelotonne alors sur l’herbe sèche et l’on se serre dans ses propres bras.

L’on y trouve également de beaux arrière-mondes mais c’est, contre toute apparence, un autre sujet. Dans ce genre-là, par exemple :

Pieux / Upper rooms & kitchens

Quand je vous dis que Londres et Brooklyn ont bien des points communs, je ne parle pas que des maisons (victoriennes ou géorgiennes à Londres, brownstones à New York, avec leurs escaliers fleuris et leurs grilles de fer forgé). Londres aussi est truffée de lieux de culte (églises méthodistes, adventistes du septième jour, pentecôtistes, évangéliques, désacralisées, en travaux, etc.) coincés entre deux maisons, perchés sur des agences de voyage ou cachés au fond de cours pouilleuses. J’ai abusé de votre patience, le 15 octobre dernier, lorsque j’ai posté 67 photos en un seul Upper rooms & kitchens from Brooklyn ; j’ai décidé d’être plus raisonnable dans ce numéro spécial consacré à Londres. Vous aurez donc droit aujourd’hui à 43 lieux de culte glanés en deux jours de marche dans le nord-est de Londres. J’ai tâché de varier les angles pour ne pas vous lasser, païens que vous êtes. Pourquoi 43 ? Parce que c’est le nombre premier qui dans trois jours ne sera plus mon âge ; une manière de dire à cet âge, Bisous bisous, merci pour tout (mais aussi, bien sûr, merci à Jésus, à sa famille et à ses amis, qui euh – pour leur, enfin, vous voyez ? Non ? Bon, tant pis, merci quand même à eux puisque c’est dimanche).

Projet de jumelage Rotterdam-Lomme

Je cherche des appuis politiques pour proposer le jumelage de Lomme (59160) avec Rotterdam, ces deux villes me semblant partager un certain nombre de caractéristiques. Laissez-moi vous en présenter trois – je réserve la liste exhaustive de leurs points communs aux salles de réunion où sera débattue mon initiative.

1. Comme à Rotterdam, il y a des cours d’eau à Lomme.

(Photo prise depuis un monticule de déchets malodorants, mais peu importe si je contracte une maladie grave : a. ce projet de jumelage mérite que je donne de ma personne et b. à Lomme, un centre d’hygiène sociale pourra prendre soin de moi – voir 2.)

2. Comme Rotterdam, Lomme est un laboratoire d’expérimentations urbanistiques, son fleuron étant le quartier Délivrance, qui rayonne autour de son école ménagère et de son centre d’hygiène sociale (cf. Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise, chapitre Madame, ou Les arts ménagers à travers les âges, paragraphe Années 20), soit deux piliers de notre société patriarcale.

3. À Lomme aussi, quelqu’un a perdu son Mickey (voir notre National Geo sur Rotterdam, chapitre Lost in Rotterdam).

Convaincus ?

Rotterdam

La ville mérite bien sa réputation de « petite New York de l’Europe » ; on y trouve aussi un peu de Londres, dans les quartiers résidentiels, une pincée de Berlin – elle offre notamment la même respiration – et beaucoup de Rotterdam. Il serait impossible de reconstituer en photos l’inouïe diversité de la ville et de proposer un inventaire de ses bâtiments les plus remarquables, ce qui nécessiterait par ailleurs de les resituer dans les nombreuses et vertigineuses perspectives qui les magnifient chacune à sa manière (ça ne m’empêchera pas de revenir sur mon préféré, De Rotterdam de Rem Koolhaas). Bref, je vais m’en tenir à mes rubriques habituelles, c’est plus humble et plus prudent. C’est pourquoi je commence par une déclaration d’amour à la ville en vous proposant une sélection des zéphyrs embrasés que j’y ai surpris au détour d’un quai, d’un jardin aérien ou d’une rue.

De Rotterdam

Dessiné par Rem Koolhaas, l’immeuble ne serait pas une splendeur nonpareille sans tout ce verre – qu’il faut bien nettoyer, évidemment. Un zoom sur la situation là-haut.

Des reflets ou pas

Grand Jeu Concours ! Trois des photos ci-dessous ne sont pas des photos de reflets. Devinez lesquelles et gagnez quelque chose plus tard. Disons 30 g de canneberges bio, quand je serai allée en acheter (plutôt la semaine prochaine – je sais, ça obligera le pigeon gagnant à faire deux aller-retour : si ça vous ennuie, ne jouez tout simplement pas).

Rideaux et Voilages

Rideaux et Voilages de péniche

Rideaux et Voilages de roulotte sur les toits

Moins sobre, ce trompe-l’œil imitant à la perfection les Rideaux et Voilages qui font peur + (n’est-ce pas extraordinaire ?) des reflets de voitures, trompe-l’œil astucieusement collé sur la fenêtre d’une maison promise à la démolition (oui, collé : il s’agit en effet d’un sticker géant en six parties)

Véritables Rideaux et Voilages faits de bâches sur ce bâtiment en construction dont les fenêtres de style industriel entrent en harmonie avec celles du Fenix Food Factory tout proche

Teaser : dans un billet imminent, j’en viendrai à cet incontournable des National Geo estivaux que vous attendez tous, transis sur vos transats dans tous les campings d’Europe, suspendus à vos téléphones portables* (à quoi sert-il que je vous offre de la HD ?) Je vous laisse deviner à quoi vous aurez droit demain matin…

* Nous déclinons toute responsabilité en cas de dépassement de forfait.

Le métro fantôme

Bien sûr, il nous fallait nous aventurer sur les sites à l’abandon que recèle encore (plus pour longtemps) la ville de Rotterdam, si possible une voie ferrée, comme le veut notre tradition. Parcourant le site de Luchtsingel, charmante entreprise citoyenne dont vous pourrez tout savoir ici (c’est bon, nous sommes National Geo, pas l’office du tourisme de Rotterdam), nous avons trouvé : nous avons été littéralement appelées par un tronçon de métro aérien abandonné, recouvert d’un revêtement caoutchouteux et très mal protégé des intrusions par une grille brinquebalante. Nous l’avons donc longé sur 1,65 km, à savoir jusqu’à son extrémité. Moins spectaculaire que le métro fantôme de Charleroi, il nous a tout de même ravies.

Au début, il se présentait ainsi.

Il nous permettait de découvrir un quartier d’en haut…

…et de regarder un peu chez les gens. Les quelques habitants qui nous ont surprises, quoique d’abord étonnés de nous voir là, ne nous ont pas sermonnées, ni (a priori) dénoncées.

De loin en loin, nous devinions d’anciennes stations.

Un atelier d’artiste(s ?) nous a offert une pause culturelle (un petit zoom sur cette exposition en plein air à notre seul bénéfice vous sera proposé très prochainement dans l’inévitable billet consacré à Rotterdam : L’art).

Nous avons vite deviné qu’il nous faudrait rebrousser chemin quand nous atteindrions le bout de cette voie plus très ferrée, et nous étions bien curieuses de savoir ce qui nous attendrait. C’était l’autoroute, tout simplement. Et, entre la ville et elle, le Noorderkanaal. Qu’est-ce que cette chose à sa surface, vous demandez-vous ?

La réponse en un petit zoom (j’ai un zoom assez chouette sur mon nouvel appareil photo, vous l’aurez deviné).

Lost in Rotterdam

La rubrique des objets trouvés est assurément l’une des plus mal loties sur ce blog. Je trouve amusant de l’alimenter à l’occasion d’un reportage de fond sur Rotterdam, ville aux antipodes de l’arrière-monde dans la mesure où elle est d’une exquise propreté. Rien n’y traîne, ou presque – je me dois de signaler que dans les quartiers populaires, principalement ceux situés au sud de la Nouvelle Meuse, l’on trouve malgré tout quelques papiers gras et Caprisun ; je pense que les services de ramassage des ordures y sont moins zélés, mais ces territoires à l’écart des regards (touristiques) restent de très bonne tenue comparés à l’arrière-monde de la métropole lilloise qui est en toutes choses notre étalon or, notre Fernsehturm, notre étoile du berger. Je vois également dans ce billet l’occasion inespérée d’exhiber un Mickey hollandais (désolée, il ne s’agit pas d’un Mickey maison, il ne faut pas trop en demander : pour tout dire, le kitsch non plus n’est pas de mise à Rotterdam, qui fait plutôt dans le bon goût – pour ne pas dire dans le raffinement – et la sobriété).

(Feuille fondue au revêtement d’étanchéité signalé dans le billet Rotterdam : Le métro fantôme.)

La divination

Vous savez combien je crois aux avertissements que m’adressent les murs et supports variés des villes – moi qui n’ajoute pas foi, en revanche, à la moléomancie (divination par les taches de naissance et les grains de beauté). Les murs ne m’ont pas fait défaut à Rotterdam, ils apportaient un écho intéressant et souvent très pertinent aux questions existentielles et ontologiques dont nous débattions sans fin, ma coéquipière de National Geo et moi-même, au cours de nos déambulations et plus spécifiquement à l’heure de l’apéritif.

(Académie Willem de Kooning ; nous devrions cette phrase à de Kooning himself – j’ignorais qu’il était né à Rotterdam, eh bien c’est le cas : il est né à Rotterdam.)

(Détail de Ode aan Marten Toonder*, monument situé sur le Blaak, près du Markthal.)

(Mais qu’est-ce que c’est ? Vous demandez-vous. C’est d’une part une incitation à la prudence qui m’était directement adressée, ou si l’on préfère une illustration du lâcher-prise qui est le mien ces derniers temps, et d’autre part un teaser pour un prochain article dans lequel je jouerai les Carlotta Delmont du XXIème siècle.)

* Toonder était un cartoonist local, comme on le voit bien ci-dessous :

(Pas trop) mal assis, là

Je ne vais pas mentir : l’on s’assied plutôt bien à Rotterdam. Devant chaque maison, des sièges confortables, parfois des salons de jardin à part entière sur les trottoirs, cernés de plantes et tout particulièrement de roses trémières ; beaucoup de bancs avec tablette centrale, aussi ; très peu de plastique – nous sommes plus dans une tendance nature, bois, rotin. Dans les parcs, des bancs et tables de pique-nique comme neuves (accord de proximité, les gars), où le design ne fait pas mal aux fesses. Je pense avoir trouvé la ville du bien-asseoir, ou du moins l’une d’elles (l’on se rappellera que j’ai trouvé très peu de mal assis à Brooklyn). Cependant, que serait une série National Geo sans ses Mal assis, là ? Je craignais des représailles de votre part, aussi ai-je photographié quelques sièges et configurations qui m’ont charmée.

Erasmusbrug

Le pont dessiné par Ben van Berkel et Caroline Bos se lève plusieurs fois par jour, non pour laisser passer des péniches, des barges ou des cargos mais des petits voiliers familiaux sur lesquels l’on se prélasse – cependant qu’au fil des minutes, derrière les barrières de sécurité, le nombre des piétons, cyclistes, automobiles et tramways en attente ne cesse d’augmenter. Nous reviendrons sur l’Erasmusbrug à l’occasion d’un incontournable billet sur la géométrie.

Le vide exact

Quelques chiffres pouvant expliquer l’excellence de Rotterdam en matière de vide exact et illustrant également mon assertion selon laquelle la ville respire et nous laisse respirer – en comparaison avec Lille et sa métropole, qui sont notre phare, notre abécédaire, notre méridien de Greenwich (et l’étau qui aura notre peau).

Population de Rotterdam : 634 253 hab. / population de l’aire urbaine : 1 424 662 hab. / superficie : 319,35 km2 / densité : 1 986 hab./km2
Population de Lille : 232 741 hab. / population de l’aire urbaine : 1 182 127 hab. / superficie : 34,51 km2 / densité : 6 744 hab./km²*

(Où l’on comprend peut-être mieux que la vie à Lille m’évoque un métro parisien à l’heure de pointe : vous voyez que je n’en rajoute pas. Pour tout dire, le vide exact est devenu ma passion, je rêve qu’il n’ait jamais de fin.)

Piekstraat, à Feijenoord, où l’on n’a pas croisé aucun être humain.

World Port Center, tour Montevideo, tours Rotterdam et tour New Orleans, vus depuis Katendrecht, où l’on a croisé peu d’êtres humains.

Willemsbrug, vu depuis le Ons Parc, où l’on a rarement croisé des êtres humains.

* Donnez-moi des densités de population et je m’amuse pendant des heures, comme un enfant avec une bassine d’eau et un verre.

Aviaire

À Rotterdam, l’omniprésence de l’eau amène de nombreuses populations aviaires à partager l’espace urbain avec les humains – les humains y sont en l’occurrence très souriants et les oiseaux pas très farouches. Ci-dessous, une troupe de canards danseurs particulièrement accueillants : lorsque nous sommes arrivées à Stootblok, nous avons aperçu cette bande d’amis qui somnolaient entre une barre de type HLM et le quai Binnenhaven, et tous se sont levés pour s’avancer vers nous puis, alors que nous allions les rejoindre, se sont disposés comme vous pouvez le voir sur la photo. Une véritable invitation. Alors nous nous sommes postées chacune d’un côté du groupe et nous avons dansé en ligne avec nos amis canards, en tapant dans les mains et lançant des Yeehaw ! Les habitants des alentours ont semblé apprécier cette performance – vous me pardonnerez de ne pas l’avoir filmée pour vous : j’étais pleinement dans l’instant, comprenez-vous. Cette circonstance me permet en tout cas de renouer avec la rubrique Dancing Chicken, délaissée depuis plusieurs mois pour d’évidentes raisons d’atonie posturale en contexte festif (je danse de nouveau dans les champs et avec les canards, c’est déjà bien).

Je ne prétendrai pas qu’à Rotterdam, l’on danse avec tout ce qui vole. Mais on peut aussi passer un bon moment entre amis autour d’un café.

Ou juste saluer une connaissance qui traverse le port devant le building New Orleans.

Ou échanger quelques mots de néerlandais : « Hoe gaat het met u ? » nous enquerrons-nous. « Rustig », répond l’oie.

– Hoe is et water ?
– Op de perfecte temperatuur.

Steamship Rotterdam

Je trouvais l’idée de ce billet plutôt amusante, avant de me rendre compte que l’on pouvait ne pas percevoir la distance ironique à travers les seules images, pour peu que, par exemple, l’on ne soit pas en train d’écouter Gudrun Gut – ce qui serait vraiment dommage. Alors qu’étais-je censée faire ? Renoncer à vous emmener à bord de ce flamboyant paquebot ? Ou seulement vous confier qu’il ne navigue plus ? Qu’il s’agit aujourd’hui d’un simple hôtel avec une piscine qui tient plutôt de la pataugeoire et un restaurant dont l’odeur a eu sur nous l’effet qu’aurait pu avoir le roulis en haute mer ? D’ailleurs permettez que je vous y accueille en short.

La géométrie

J’ai officiellement renoncé à me pencher sur tous les buildings remarquables de Rotterdam, mais ça ne signifie pas que je ne vais pas m’attarder, le temps d’un billet, sur la géométrie. Ce serait idiot, la ville étant un véritable labyrinthe visuel de lignes et de courbes. Simplement, je laisserai les tours de côté pour ne pas faire de jalouse. Pour plus de détails sur les photos ci-dessous, merci de contacter la rédaction par pigeon.

L’art

L’art est partout dans les rues de Rotterdam, et principalement dans des espèces de cadres géants qui ornent les façades de certains quartiers résidentiels (dont Noordereiland, notre île, et Katendrecht). Mais avant de vous présenter trois de mes œuvres murales préférées, voici comme promis un zoom sur l’atelier d’artiste(s ?) que nous avons découvert depuis la voie de métro désaffectée, ainsi qu’une publicité pour une exposition.

La piscine

J’ai compris à Berlin, il y a quelques années, que je disposais en tant que française d’un super pouvoir très utile quand on aime s’aventurer dans des friches. Je l’ai expérimenté à Teufelsberg, sur le site de l’ancien projet Echelon de la NSA, puis à Spreepark, parc d’attraction tout aussi désaffecté : quand quelqu’un finit par vous tomber dessus, vous faites mine de ne comprendre aucune langue étrangère et les gardiens renoncent à se mettre en colère dès lors que vous avez prononcé quelques mots en français : alors ils laissent tomber, tout simplement. Au mieux, ils vous laissent finir votre visite et, au pire, vous raccompagnent à la sortie. Mais les Rotterdamois que nous avons croisés étaient si accueillants que même leur manière de nous congédier était comme un hug, aussi n’avions-nous pas besoin de jouer la carte du plouc pour nous en tirer sans ennuis. L’ancien centre aquatique Tropicana, fermé depuis une dizaine d’années, abrite aujourd’hui un bar à bobos, Aloha, et un espace de coworking, BlueCity, mais pour l’instant, le bassin principal reste dans l’état – un incendie l’a menacé l’été dernier mais les initiateurs du coworking ont nettoyé les dégâts et, à terme, ce bassin qui fait également office de serre équatoriale (l’on devine à la lumière calamiteuse des photos ci-dessous les conditions météorologiques de cette visite) fera également partie de leur espace de travail. Je sais tout ça parce que la charmante dame qui nous a demandé de bien vouloir quitter les lieux a gentiment discuté avec nous avant de nous laisser regagner la sortie sans escorte, tranquillement.

Et ici, en exclusivité, mon premier Mal assis à la piscine :

Upper rooms & kitchens

Contrairement aux bien assis, là, les églises et autres bondieuseries ne pullulent pas à Rotterdam comme elles le font à New York (et en Vendée). L’image ci-dessous vous donnera un aperçu de la place qu’elles occupent dans l’espace urbain :

C’est bien clair ? Quant à la mosquée centrale, elle est en vérité plutôt enclavée (au sud de la Nouvelle Meuse : pas centrale à proprement parler).

Ci-dessous, ce qui fut une église et qui aujourd’hui, sous le nom de ‘t Lispunt, répond à des problématiques sociales uit de buurt. C’est bien aimable à Jésus d’avoir donné sa maison pour la bonne cause. Les missions de t’Lipunt sont aujourd’hui celles-ci : « Buurthuis ‘t Lispunt organiseert verschillende activiteiten voor kinderen uit de buurt. Hierdoor worden bewoners actief betrokken bij de buurt en wordt een brug geslagen tussen verschillende culturen en het bevordert de emancipatie, participatie en integratie. Er is een aanbod aan recreatie, educatieve, sportieve en ondersteunende activiteiten. Kinderen met een meervoudige problematiek krijgen veel aandacht. » Comme vous l’aurez compris, nous avons découvert ce lieu depuis la voie de métro désaffectée dont il est question ici.

Chercher a posteriori le nom du lieu de culte ci-dessous sur une célèbre carte en ligne m’aura appris deux choses : 1. il n’est pas répertorié sur ledit plan* comme un lieu de culte (s’agit-il d’une autre MAJ – ou CCCS – gracieusement offert.e par Jésus aux Rotterdamois ?) 2. que j’ai manqué une église particulièrement audacieuse sur le plan architectural, ce qui me conforte dans l’idée que nous devons retourner à Rotterdam : pour compléter ce National Geo.

Pour finir, une vue de Citykerk Het Steiger Sint Dominicus dans son milieu naturel.

* Nous n’accordons qu’une confiance relative au plan en ligne, dans la mesure où nous avons trouvé dans ses fascinants méandres d’inévitables et néanmoins embarrassantes inexactitudes.

La Roche-sur-Yon vs Villeneuve-d’Ascq

Grand Jeu Concours : lequel des éléments ci-dessous (tous photographiés à la Roche-sur-Yon) les deux villes n’ont-elles pas en commun ? Gardez vos pigeons, ceci est un concours avec vous-mêmes : il vous permettra de vous dépasser, sans autre récompense.

1. Des lotissements labyrinthiques veinés de petits chemins accessibles aux seuls piétons et cyclistes ;

2. le mélange de vieille pierre, de béton et de verre dans un paysage extrêmement contrasté ;

3. le mélange de nature et de géométrie dans un paysage extrêmement contrasté ;

4. un barrage ;

5. un vieux château ?