Promesse de NG : Annoeullin*

J’envisage de consacrer prochainement un National Geo à la ville d’Annoeullin, non que j’y aie retrouvé la joggeuse à l’omoplate mais j’y ai découvert des trésors qui pourraient faire office d’enluminures à nos études sur le thème « Kitsh & Lutte des Classes ». Ainsi, ce Chalet du Nord remarquable, dont j’aime imaginer qu’il s’agit d’une niche de Saint-Bernard reconvertie, nous offre un pont entre L’appel de la montagne : Chalets du Nord et Mascottes du Nord : Les chiens.

Oui, je sais, cette photo est un peu floue ; c’est que je tremblais d’émotion quand je l’ai prise. Je ne m’excuserai pas. Maintenant, admirez le détail.

J’étais encore sous le choc esthétique de cette découverte quand je suis tombée sur ce crossover : un Bienvenue sur T’Hair dont le nom mérite une espèce de palme (à tout le moins la reconnaissance officielle que je lui offre ici), sis près d’un rond-point qu’orne un arbuste taillé en « chignon » selon la nomenclature adoptée dans notre chapitre Arbres du Nord : Imagin’Hair.

* J’essaierai de tenir cette promesse, contrairement à toutes celles que j’ai faites depuis la refonte de ce blog toujours en chantier, mais ce ne sera pas pour tout de suite.

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

L’indécision

La rue de Noyelles / du 10 mars / de Lyon à Fouquières-sous / Noyelles-lès-Lens.

D’un côté de cette rue, l’harmonie des oiseaux d’eau

et de l’autre, l’effondrement des techniques modernes

(sur le panneau il n’est pas écrit attention chute de pylônes mais risque d’inondation).

Qu’est-ce que c’est ?

Non, ce n’est pas un film américain post-apocalyptique, c’est Montigny-en-Gohelle. Ci-dessus, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne, ci-dessous non. Et c’est, rien que pour vous, 17 images du bonheur dans le bassin minier (la précédente ne compte pas, elle n’est pas de moi mais d’un Tobe Hooper minier).

Toujours à Montigny, face à la station-service et aux supermarchés incendiés, éventrés, noyés sous les déchets, ces Rideaux et Voilages remarquables sans esbroufe ni dauphins.

Depuis le 23 mai, je poursuis mon projet poétique en forme de road-trip cycliste. Je descends chaque fois à une gare différente avec mon vélo, je me perds et je découvre. 40 km par jour sur un biclou en fin de carrière, sous le soleil qui fait cloquer l’hélix de mon oreille droite. Je pédale dans un autre espace-temps. Si par exemple vous déplorez la mort des petits commerces et des centres-villes, c’est parce que vous n’allez pas à Billy-Montigny, où les années 1980 n’ont pas pris fin. Ameublement et décoration,

chaussures et prêt-à-porter, il y a tout ce que vous voulez.

Moins à Fouquières-lès-Lens.

Encore que. Si j’avais su écouter le trottoir, j’aurais enfilé ces protège-oreilles, bien qu’il fît 35 degrés ce jour-là, et des cloques ne darderaient pas sur mon hélix. Je n’ai pas voulu croire que c’était ce dont j’avais besoin.

Dans le bassin minier, on ne trouve pas que les années 1980 ; il y a aussi la modernité – c’est à Meurchin.

Ainsi le cycle de la vie suit-il son cours. Ci dessous, des bébés cygnes de Wingles.

Comme moi, la nature est heureuse ici. J’en veux pour preuve ce champ de colza et de coquelicots à Annay (≠ en Annay).

Gloire à Annay (≠ d’Annay) !

Les surprises jaillissent à chaque tour de roue. Un exemple : après le jardin des voitures brûlées à Hénin-Beaumont,

au fond de ce qui est une impasse pour les véhicules motorisés, il suffit de traverser la voie ferrée

pour déboucher dans le parc des Îles, et là laissez-moi vous dire que le roi n’est pas notre cousin. De quoi danser de joie devant les escaliers. Yee-haw !

Un autre jour (passé comme les couleurs de cette affiche livrée aux intempéries à Noyelles-sous-Lens), on pouvait se rendre au salon du bien-être et de / par (?) la voyance. Mais à quoi bon la voyance quand le bien-être est juste là et ne demande qu’à être vu, saisi au vol par l’œil disponible, alerte, brillant de gratitude ?

Et personne n’est laissé de côté, comme on le voit dans ce parc des mêmes Noyelles (est-ce un Noyelle ou une Noyelle ?) au bord de l’autoroute dite rocade minière.

Tout cela est tellement excitant que l’on peut dire, waouh,

Mais l’endroit que je préfère et où je tiens ma permanence poétique, c’est ce parc de Sallaumines. Je m’y sens comme chez moi, quelque part entre la déchetterie, un lotissement et l’autoroute. Il ne s’y passe jamais rien = Il s’y passe toujours quelque chose. Dimanche, une pie a poursuivi un chat en le narguant, je le jure.

Des lignes et des promesses

J’ai quelques National Geo de retard sur ce blog, je sais. Je continue de m’offrir des escapades dans le bassin minier dès que j’en ai l’occasion et j’accumule une matière foisonnante, que je n’ai malheureusement pas le temps de mettre en forme. L’été me laissera sans doute un peu de répit ; j’en profiterai pour faire le tri dans mes photos et les organiser à ma manière. En attendant, voici quelques images glanées aujourd’hui entre Pont-à-Vendin et Angres en passant bien sûr par Sallaumines (Où est la jeune athlète ? chantais-je de mon plus pur colorature sur l’air de Où va la jeune Hindoue ? de Léo Delibes, en même temps que j’attaquais des côtes dignes de San Francisco sur mon vélo rose : facile). Voici des lignes de l’agglomération Lens-Liévin + un zeste de California Dreaming.

Flore de Wattignies

Quand j’ai besoin de me reposer, je vais courir ou je me promène sur le service de cartographie en ligne, alternant cartes, vues satellite et immersives. Ces deux activités sont d’ailleurs intimement liées, puisque j’utilise ce service en complément de mes jambes et de mes yeux. Par exemple, je m’étonne de ce qu’une rue toute neuve de Wattignies s’appelle rue de l’Anémone des Bois ; chaque fois que j’y passe, je souris. Un jour, je sens mes neurones griller sur un problème de narration (oui, de narration, je vous rappelle que j’écris de nouveau pour la jeunesse) et je décide, pour me dégourdir les lobes, d’aller faire un petit tour dans cette rue via le service de cartographie. Vous auriez tendance à penser que ça ne sert à rien ? Avouez. Vous auriez tendance à croire que tout est dit sur la plaque de rue ? Je viens vous prouver que vous avez tort. Car sur le plan nous découvrons que nous avons affaire à un véritable herbier. Mais surtout, à une véritable énigme. Narration, encore ! Suivez-moi.

Vous reconnaissez ici la fameuse. (Anémone des bois.)

Je vous présente maintenant la bruyère cendrée.

Poursuivons avec le miroir de Vénus, qui est bien une plante.

Le laurier blanc (vous ne pouvez pas le savoir, mécréants) est une surprise. Je veux dire, qui s’est promené virtuellement dans ce quartier fleuri ne s’attend pas à y trouver du laurier blanc.

Sur la carte, en ses lieu et place, l’on trouve une plante vénéneuse, la morelle noire. Que devons-nous comprendre ? Qu’essaie de nous dire le service de cartographie en ligne ? Un employé dudit service est-il un botaniste en herbe (hihi) qui s’emmêle les bristols ? S’agit-il d’une usurpation d’identité florale ? D’une malédiction ? Mystère…

(Si vous connaissez la réponse, gardez-la pour vous, laissez notre imagination gambader avec la grâce d’un faon dans les rues de sunny Wattignies, merci.)

Loos-Sequedin : des arrière-mondes variés

L’arrière-monde a ses cornes d’abondance ; ce matin, j’ai connu l’extase la plus pure en traversant l’un de ces paradis interstitiels – écoutez-moi bien : une voie ferrée dévolue au transport de marchandises et matériaux, une pincée de splendeur passée, un petit chemin qui ne sent pas la noisette, des friches à perte de vue, des monticules de détritus, un canal, une cimenterie, des portiques de déchargement, un poste électrique et une ancienne prison. JMJ, j’ai senti une faiblesse musculaire dans mes mollets nus tant l’émotion était forte. J’avais trop longtemps négligé les charmes vénéneux de l’arrière-monde au profit de presque la campagne et cette course à pied m’a rappelé que j’avais largement de quoi m’occuper dans la métropole lilloise pendant la saison de chasse. Il y avait même un arbre foudroyé, le soleil avait l’air sale et tout macérait dans une telle humidité que l’été semblait ne jamais avoir existé. Froh, froh, wie seine Sonnen seine Sonnen flie-iegen, froh wie seine Sonnen fliegen durch des Himmels prächt’gen Plan !

La voie ferrée – elle mène, à l’est, au port de Lille

Splendeur et décadence

Typiquement ce genre de pivot paysager plein de promesses, où je commence à faire des claquettes dans les flaques

L’ancienne prison de Loos / Sequedin, derrière une friche (+ un canal mais ça, on ne le sait pas encore)

Un court segment de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette ; à droite, tout n’est que tags et détritus (je vous épargne ces derniers, ne me remerciez pas), à gauche, ronces impénétrables

Un pan d’usine de produits chimiques

Une cimenterie

Un portique de déchargement

Un poste électrique (+ poule d’eau)

Deux fragments de mur au milieu des herbes noires, devant l’ancienne prison (wtf ? comme disent les jeunes)

Encore la prison : ici, l’ancienne grille d’entrée (sans doute aussi de sortie)

La voie ferrée vue d’un pont (qui passe aussi au-dessus de l’A25)

BONUS : Où est Kennedy ?

Pinchonvalles

La semaine dernière, je ne sais plus comment j’en suis arrivée à parler terrils avec mon éditrice ; elle était dans son bureau à Montparnasse et moi dans le mien à porte d’Arras et nous regardions, chacune sur son ordinateur, des photos du terril de Pinchonvalles – il s’étend sur près de deux kilomètres entre Liévin, Avion et Givenchy-en-Gohelle, ce qui (à en croire les divers sites consultés) fait de lui le plus long d’Europe. Je me suis dit que c’était idiot de garder pour moi les photos que j’y ai prises lors d’une de mes dernières virées dans le bassin minier puis je me suis replongée dans mon manuscrit et je n’y ai plus pensé. Ce midi, plusieurs amies et moi nous sommes extasiées sur les beautés de l’automne ; deux d’entre elles ont envoyé sur notre fil commun WhatsApp des photos d’arbres rouges et jaunes prises par leur fenêtre mais je ne peux pas en faire autant, moi, je ne vois pas d’arbre par mes fenêtres puisqu’il n’y en a pas, aussi leur ai-je envoyé une photo de Pinchonvalles : je savais que les champignons allaient rafler tous les prix de beauté. J’ai conscience de vous négliger, ces derniers temps, mais vous trouverez ci-dessous de quoi me pardonner, si j’en crois l’enthousiasme de mes amies.

Le haut d’en bas, pour commencer : logique.

Les fameux champignons (oui, ce sont des vrais – l’une de mes amies a posé la question).

Quelques traverses fantômes.

Le terril de Méricourt, à l’est.

Et à l’ouest, la base 11/19, que vous avez déjà rencontrée ici.

Je vous propose un nouveau jeu, en prévision de ma migration prochaine dans le bassin minier : non plus Où est Kennedy ?* mais Où est Vimy ? Ici, au sud de Pinchonvalles, dans le lointain, son mémorial.

Plutôt pentu – mais aménagé.

Revoir ces images m’a fait du bien. Sans le désir de les partager avec vous, je n’aurais pas pensé à les regarder aujourd’hui et j’irais un peu moins bien, même si je suis allée chercher ma dose de champs ce matin. Je n’oublie jamais assez que je suis coincée dans un pot d’échappement à Lille pour quelques années encore.

* Si vous avez manqué le début, à savoir notre numéro spécial de National Géo, la tour Kennedy est sise à Loos, dans le quartier des Oliveaux. Elle serait menacée de destruction. Elle serait aussi la plus haute tour de logements sociaux au nord de l’Ile-de-France – parfois quand je vous livre des infos puisées à diverses sources documentaires, j’ai l’impression que les Hauts-de-France sont les spécialistes des superlatifs une terre de records et d’excellence : je rappelle que les rivets de la tour Eiffel ont été fabriqués à Vieux Condé, près de Valenciennes, et que le spécialiste français de la majorette vous accueille au Quesnoy. J’arrête là cette énumération pour éviter les jalousies et les attaques de pigeons.

Cysoing-Cobrieux

L’avantage d’embrasser un métier artistique (à savoir pas un vrai travail aux yeux de la plupart, cette plupart même qui ne passerait pas son dimanche, comme nous l’avons fait, à écrire ou sculpter), c’est que l’on peut décider de prendre son week-end un mardi après-midi et se promener à la campagne pendant que les familles respectables sont au vrai travail et à l’école. Zéro cri, zéro poney. Vous connaissez notre goût pour les voies ferrées désaffectées (voir nos National Geo à Charleroi, Maubeuge ou Rotterdam), eh bien aujourd’hui nous sommes allées à Cysoing.

Nous avons vu le paradis. Nous avons demandé à un couple de personnes très âgées, qui marchaient plus lentement que ne glissaient les canards sur les bassins du château, de bien vouloir nous indiquer la place de la gare. Monsieur était très heureux de nous renseigner, il nous a rappelées trois fois en nous disant : Attendez ! Encore plus court : vous passez par ici, puis vous traversez ceci et cela, puis ce sera trois fois à gauche. Nous avons serré nos bienfaiteurs dans nos bras puis nous sommes parties à l’aventure.

Nous avons trouvé la gare. Herbe de la pampa sur le quai, plantes ligneuses en pagaille sous l’abri en plexiglas – dont une affiche déteinte pour le TGV, grande innovation, décore une paroi latérale.

Nous nous sommes engagées sur la voie ferrée condamnée (bien évidemment interdite au public, comme tous les lieux les plus intéressants) en direction de Cobrieux. Ici, vous remarquerez un guet-apens de western et, si vous avez l’œil aiguisé, un tourbillon de feuilles mortes.

Nous avons traversé des champs qui ondulaient dans le contrejour (oui, j’aime les contrejours, qu’est-ce que ça peut faire ?)

Les bois aussi, je les aime à contrejour, et les usines, les filets qui enclosent les stades et les clochers, mais là ce sont des bois.

Quelquefois aussi, j’aime bien prendre les photos dans le bon sens de la lumière (le bon sens selon les critères de certains colombophiles, car à mes yeux il n’y a pas de bon ni de mauvais sens).

Nous avons imaginé vivre dans la maison de l’ancien garde-barrière, au milieu des champs : c’était bien.

Nous avons fait demi-tour, nous n’avions pas le choix mais pour une fois ça ne m’ennuyait pas de revenir sur mes pas : pour voir les paysages dans l’autre sens, qui n’est ni le bon ni le mauvais, comme vu précédemment. Ici, un chouette ruisseau.

Tout cela était vraiment très bucolique et nous avons fait des paris quelque peu urbains : noisettes ou glands ? Glands ? je ricanais : c’est toi le gland, gland de mocassin, etc. Nous avons bien ri jusqu’à ce que je dise, Et ça, c’est quoi ? C’était une cartouche de carabine alors nous avons cessé de rire pour frémir un peu. Et comme si elles avaient attendu ce moment pour gâcher notre paradis champêtre, mes bêtes noires se sont manifestées.

Il y a de drôles d’individus dans ces campagnes veinées de voies ferrées désaffectées, nous l’avons compris quand nous avons entendu les premiers coups de feu dans le lointain. J’ai crié tous les gros mots politiquement corrects que je connais (des trucs comme vieille toupie, raclure de bidet, tout-à-l’égout, roupie de sansonnet, croûte de genou et j’en passe).

L’on trouve quelque chose comme un arrière-monde, sur les côtés : un arrière-presque-la-campagne où le fer même est brindille, où les textures se mêlent jusqu’à défier les lois de la nature.

Un petit kilomètre avant de regagner Cysoing, nous avons rencontré deux adolescentes de bonne famille qui fumaient allez savoir quoi, assises sur les rails. Nous avons un peu discuté avec elles ; je leur ai dit de faire attention aux chasseurs. J’espérais qu’elles hocheraient la tête et nous avoueraient qu’ils sont une infection dans cette belle campagne, mais elles ont haussé les épaules. Ensuite, nous avons fait attention à ne pas nous prendre les pieds dans des ronces pour que les gamines n’aient pas l’occasion de se payer notre tête (je dois dire que ma coéquipière avait par endroits fait quelques pas de danse assez périlleux – mais plutôt réjouissants de mon point de vue – avec des tiges facétieuses).

Les viennoiseries de Cysoing sont très bonnes.

11/19

J’ai grandi à quelques pas des plus hauts terrils d’Europe, ceux de la base 11/19 (Loos-en-Gohelle). Leur altitude est d’environ 186 mètres ; ils sont reliés par un terril tabulaire. Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, 12 espèces de mammifères, 9 espèces de libellules et 53 espèces de papillons, plus quelques reptiles.

Aujourd’hui, l’un des terrils est aménagé pour les ascensions en famille, tandis que l’autre, encore récemment interdit (comme me le rappelaient hier mes parents), est aujourd’hui « réservé aux sportifs confirmés ». Rien qui soit susceptible d’arrêter deux aventurières telles que Stéphanie et moi.

(En reflet, la silhouette des deux terrils coniques.)

Il nous a fallu un peu plus d’une minute pour escalader une succession de mamelons qui semblaient étaient de plus en plus convexes.

Nous avons fini l’ascension en nous aidant de ce câble en acier dont l’extrémité supérieure s’avère hérissée de limaille rouillée. Parvenues au sommet, nous avons rencontré une dame équipée pour l’alpinisme, des chaussures aux bâtons. Le vent soufflait très fort, là-haut. La dame nous a informées que non, il n’y avait pas de chemin moins abrupt pour descendre. Un couple de jeunes gens a surgi d’un autre versant, en tennis assez semblables aux nôtres, les mains vides. La dame équipée semblait avoir un peu pitié de nous. Je vais vomir, a dit la jeune fille à son compagnon désarmé. Ils se sont assis.

186 mètres, ce n’est pas grand-chose à gravir, mais en descente, les semelles lisses glissent dans la poussière noire et le sol s’éboule. Nous avons procédé à tout petits pas, ce qui nous a pris vingt minutes, abandonnant les jeunes gens à la solitude des cimes.

(Vue du terril aménagé depuis le sommet de l’autre ; on devine le début du chemin par lequel nous avons choisi de descendre.)

Nous le saurons désormais : l’expression « sportif confirmé » ne concerne pas forcément la force et l’endurance mais implique parfois équipement et technique.