Démo

Ce week-end, j’ai enregistré une démo d’émission sur ce que j’appelle les aventurières sonores. Je vais maintenant l’envoyer à des radios locales en espérant que le concept, pas spécialement vendeur, plaise à l’une d’entre elles. Non, je ne veux pas faire un podcast, laissez-moi tranquille : je suis trop vieille et déconnectée pour ce genre de machin, d’ailleurs je me vois mal promouvoir un podcast sans être sur aucun réseau social et la simple idée de m’y inscrire me donne des haut-le-cœur. Et puis j’aime tellement l’idée de m’installer devant un micro dans un petit studio vitré, de regarder quelqu’un qui porte un gros casque me donner des indications en quelques gestes ; pour l’avoir vécu plus d’une fois en tant qu’invitée, de Campus à France Musique, je sais que c’est le genre de truc que je pourrais aimer. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai commencé ma série par un thème accrocheur, la joie, et ma playlist ne fait carrément pas mal aux oreilles :

Meredith Monk – Double Fiesta
Anna Meredith – R-Type
People Like Us – Happy Lost Songs
Bérangère Maximin – Si ce n’est toi
Ytamo – Hamon
Kaitlyn Aurelia Smith – Sundry
Cucina Povera – Pölytön nurkka
Fatima Miranda – Desasosiego
Shitney – Compressed Tightly Together, Forced to Vibrate as Mean
Jennifer Walton – Throat Doxx

D’ailleurs, pour fêter ce lundi, dansons un peu avec Shitney (Maria Faust, Qarin Wikström, Katrine Amsler) :

Lost girls

Il y a ceux qui ne sont pas là quand ils savent que vous avez besoin d’eux mais il y a aussi ceux qui sont là même quand ils ne savent pas que vous avez besoin d’eux. Jenny Hval sort aujourd’hui un nouvel album sous le nom de Lost Girls, avec son fidèle multi-instrumentiste Håvard Volden. J’avais précommandé Menneskekollektivet, de sorte que j’ai pu découvrir sa techno métaphysique en courant à 6 h du matin. Nous allons passer de riches moments, cet album et moi. Merci Jenny.

I <3 herbivores

Je me réinvente : je lance ma collection de vêtements. Ma marque s’appellera I <3 herbivores et proposera des T-shirts modestes, portant l’inscription « I <3 herbivores » au stylo bille sur tissu. Je déposerai le brevet après la première machine mais, dans mes rêves, le stylo bille a une belle usure – comme, disons, une patine du temps vite acquise. (C’était un vieux T-shirt de toute façon et il avait déjà deux trous pratiqués à la perforatrice de bureau.)

I’m in

Dans ma tête, cette semaine, j’ai parcouru bien plus de 235 km ; j’ai dévidé assez de bobines pour coudre une cinémathèque, tendu le celluloïd vers la lumière et plissé l’œil ; je ne me suis jamais caché le visage, même quand les images étaient gore. Il y avait de la musique, parfois de la musique expérimentale et parfois mes bienfaitrices du moment (Tamara, Cate et une dénommée Eve Adams (eh oui) qui vient de sortir un super LP intitulé Metal Bird) et parfois il y avait Goat Girl, un groupe de quatre très jeunes Londoniennes.

(Photo de Kevin Neal)

Chaque fois que leur chanson Sad Cowboy débutait dans mon casque ou dans les enceintes de ma chaîne hifi, je dansais pour évacuer les toxines mentales, avec beaucoup de sérieux sinon de solennité. C’était un rituel très chorégraphié. Mais aujourd’hui, quand le sad cowboy s’est pointé, me surprenant en pleine vaisselle, et que j’ai littéralement jeté l’éponge pour danser, j’étais dans chaque note de la musique, dans chaque muscle de mon corps, et je me suis rendu compte que je souriais.

Autrement dit, Bonjour les amis, je suis revenue des limbes. Que les lapins bondissent, que les fleurs babillent leurs couleurs sur les prairies, que l’eau pétille dans les ruisseaux : I’m in.

10 km

Pendant 20′ qui m’ont semblé une éternité, j’ai cru que mon cœur allait lâcher. Si on m’avait dit qu’un jour je pleurerais de soulagement en écoutant l’allocution d’un premier ministre… Et à gros sanglots, bordel. Regardez où nous en sommes : 10 km et j’ai envie de dire merci, 10 km et je suis sauvée, 10 km et le monde est à moi. Vivement le vaccin…

Faces

Mon amie Allison a retrouvé cette photo de DS Vénus et moi prise en 2018. Une photo qui aura traversé l’Atlantique deux fois pour revenir ici aujourd’hui, me faire sourire et pleurer.

DSV n’était pas juste un chat, c’était ma complice, mon amie, la compagne de 17 belles et moins belles années. Je vois bien que ce n’est pas facile à comprendre pour la plupart des gens. Je dis que je suis antispéciste par facilité, parce que le mot existe et bien que je sois allergique aux étiquettes, aux dogmes et aux rhétoriques ; je ne suis d’aucune obédience mais le fait est qu’à mes yeux, hiérarchiser les espèces est aussi barbare que hiérarchiser la valeur des individus au sein d’une même espèce. Je ne vois pas d’où sort cette idée d’une suprématie humaine et la posture que ce présupposé inspire à mes congénères m’apparaît au mieux comme embarrassante, au pire comme abjecte ; l’observer (mille fois par jour) me fait le même effet qu’entendre une phrase pleine de ce qu’on appelle du racisme ordinaire. Ça me déchire les tripes et ça me donne envie de quitter les lieux – puisque j’essaie de ne plus mordre.

Rectangles (2)

combien de fois j’ai été Ana Torrent dans Cria Cuervos, quand elle regarde tourner le 45 tours de Porque te vas comme on se construit une cabane

chaque fois que j’ai traversé une période vraiment très difficile, de celles dont on a l’impression qu’on ne se relèvera pas, j’ai construit un petit enclos mélodique autour de moi pour me protéger ; le plus souvent, et je doute que ce soit une coïncidence, il s’agit de musiques très éloignées de celles qui ont habituellement toute mon attention – pour m’accueillir, cet enclos doit être vierge de toute connotation ou réminiscence

Santigold (ci-dessus dans la vidéo de Banshee), contre toutes prévisions esthétiques, a rejoint les rangs de mes héroïnes en 2017 ; en 2018, c’était Anna Meredith (je pourrais en citer d’autres) ; je n’aime pas tout ce qu’elles font avec la même conviction mais je conserverai toujours avec leur univers sonore un lien particulier, presque amical : elles m’ont sauvé la vie (elles, et mes vraies amies, bien sûr)

je ressasse aussi les lieux ; cette fois, c’est sur le chemin ci-dessous que, chaque jour (plusieurs fois par jour quand nécessaire), je retrouve toute l’amplitude de ma respiration et un rythme cardiaque à peu près conventionnel (la photo n’est pas du mois mais, symboliquement, la lumière est la bonne)

et les chansons que je ressasse comme des Porque te vas sont de Tamara Lindeman, aka The Weather Station, et de Cate Le Bon, des artistes que je n’écoutais pas auparavant et que je verrai désormais toujours comme des bienfaitrices ; voici trois de leurs chansons, de celles qui m’enveloppent

parfois, je danse en courant dans les premières lueurs de l’aube sur le morceau suivant, Wear, je chante en chœur les paroles quand les cuivres se font entêtants et que les cordes se déploient et, pendant quelques secondes, je ne me sens pas seule au monde – alors je peux me lover dans mon enclos et laisser le temps me réparer, I still reach out to hold

Wear, Tamara Lindeman, extraits

« I tried to wear the world like some kinda jacket
(…)
Why can’t I be the body graceful in the cloth of it?
Why can’t you want me for the way I cannot handle it?
Am I ever understood?
Am I hidden by this hood?

I tried to wear each word that you had ever said to me
Even as careless as it turns out you have been with me
I still reach out to hold everything that I’m told
I still reach out to hold
To touch until we fold
I still reach out to hold »

Dans le nez

Il y a dix jours, j’écrivais à une amie que parfois, la vie est un coup de batte dans le nez. Je ne me doutais pas que, les jours suivants, je serais frappée par la perte. Cette nuit, tandis que j’écoute le vacarme de mon corps, le hurlement de mes acouphènes et la reprise maladroite de Nisennenmondai qui se joue dans mon système sanguin (mon cœur se prend pour la batteuse, Sayaka Himeno, dans le segment de Fan compris entre 23’33 et 25’43), je fais ce constat que, plus on est endurant aux coups de batte, moins on trouve d’enthousiasme à miser sur le nez (disons qu’on aborde la suite en le tenant à deux mains, ce qui gâche un peu l’instant – il y a déjà le masque, bordel). C’est d’une logique assez ironique.

Cette semaine, deux voitures se sont amusées à foncer sur moi, m’évitant in extremis tandis que par les vitres ouvertes me parvenaient les rires éructés par un bouquet choisi de nos congénères. La première fois, c’était à Wingles, lundi après-midi et j’ai pleuré, sangloté là entre un champ et un bois ; le lendemain, à Lens, un peu inquiète qu’il s’agisse d’une nouvelle mode ou (pas mieux) d’un signe, j’ai décidé que ça ne voulait rien dire du tout, même s’il reste blessant d’être vue comme un cochonnet.

(photo prise à Lille avant la démolition de la barre Marcel Bertrand)

J’ai choisi de regarder l’autre face de l’espèce. La concierge du lycée, la factrice et un vieil homme du quartier se sont investis dans la recherche de Dame Sam ; il y a eu trois fausses alertes, en début de semaine (« Non, elle ne porte pas de collier à grelot ») mais je suis reconnaissante à ces inconnus. L’empathie qu’ils m’ont témoignée a été un précieux réconfort : il n’y a donc pas que des monstres de froideur sur cette foutue planète.

Retour au Triangle

Je n’ai passé à Rennes que 4 semaines sur les 10 prévues dans le cadre de ma résidence mais le mardi 8 décembre j’aurai le plaisir d’échanger avec l’excellente Léa Rault, chorégraphe et danseuse (entre autres) que j’ai rencontrée au cours de cette courte aventure en pointillés. Venez zoomer avec nous de 19h à 19h45 – si j’arrive à me connecter. Toutes les indications techniques se trouvent ici.

Mon petit frère

Il s’appelle Matthieu Chiarello mais il se fait appeler The Invisible. Il sait faire beaucoup de choses plutôt à la perfection et il est modeste : il se présente comme un One – invisible man band from the middle of nowhere. Il a aussi fait partie de plein de groupes dont l’un des plus en vue s’appelait Wild. Voici son dernier clip, filmé par ma nièce Nina (11 ans).