/ 3 : the light (2)

Dans Le zeppelin, mon personnage Solenne Cohidon déclare, « Parfois, la lumière a une texture si poudreuse que l’on n’a pas besoin, pour la voir, de regarder les objets sur lesquels elle tombe ; et dans ces moments-là, c’est de l’amour, poupée. D’ailleurs tout n’est que lumière, ne vous laissez pas abuser par la nomenclature des physiciens. La lumière, c’est de l’amour. Si vous prétendez pouvoir parler d’autre chose que de lumière, arrêtez d’écrire. »

À Avion, la lumière n’est pas au bout du tunnel mais à l’intérieur.

J’aime beaucoup la lumière artificielle, ce tranchant qu’elle plaque sur le paysage nocturne, la teinte qu’elle semble donner au ciel comme une goutte de gouache dans un verre d’eau. Ici, à l’orée des champs qui relient Méricourt et Rouvroy – avant de plonger dans l’obscurité totale, sans ce bleu contre nature.

Et j’aime regarder le soleil se lever derrière les pylônes électriques (en arrière-plan, Sainte-Henriette vue depuis Courrières).

Ce matin, les chasseurs ont commencé à tirer avant le lever du soleil ; sur le chemin de halage, un lapereau gisait sanguinolent, à peine identifiable. Un innocent humilié, tué sans raison. Je souhaite les plus abominables souffrances aux grosses merdes qui ont de ces répugnants loisirs. Heureusement que je ne suis pas armée, moi aussi ; à défaut, je regarde la lumière, il n’y a rien d’autre que je puisse faire.

/ 3 : <3 (9)

Vous êtes nombreuses (les garçons, vous n’êtes vraiment pas curieux) à me demander ce qu’il adviendra de notre chevale après les rebondissements de / 3 : <3 (1)/ 3 : <3 (2) / 3 : <3 (3)/ 3 : <3 (4)/ 3 : <3 (5), / 3 : <3 (6), / 3 : </3 (7) et / 3 : <3 (8). C’est assez simple : soit

trouve

avec

pour un temps ou forever, soit

non

et dans ce cas, elle avisera, que voulez-vous que je vous dise ? Si j’en crois son horoscope amoureux 2022, elle pourra compter sur Vénus en janvier : a priori, V. devrait permettre à notre chevale de « rencontrer sa déesse intérieure », ce qui sans doute l’aiderait à shiner bright comme il faut dans les yeux des chevales. Selon d’autres sources divinatoires, le séjour prolongé de Vénus en Capricorne pourrait permettre à notre amie de « fonder une relation sur des objectifs communs vers lesquels tendre main dans la main » – en l’occurrence, sabot dans le sabot, ce qui est plus acrobatique et fatalement casse-gueule, ok, mais ça vaut le coup : c’est l’amour, merde, y a-t-il rien de plus important ?

(Photos prises à Hersin-Coupigny, Bully-les-Mines et Rouvroy.)

/ 7 : the light

Parfois, je n’ai accès qu’à une infime fraction du réel. Dans ces moments, soit il est exaltant d’oublier les règles de la civilisation pour ne suivre qu’une lubie comme un lapin blanc, soit je suis happée dans une nuit plus opaque et moins hospitalière que celle où j’aime tant courir. Les premiers jours de cette nouvelle année, j’ai tâtonné vers la lumière, suivi les conseils de mes proches et mon intuition. Hier, j’ai retrouvé l’interrupteur. Ce matin, je courais dans les premières lueurs du jour avec toute la musique de mon téléphone en aléatoire pour que ce soit une grande fête comme une allumette tombée dans une caisse de fusées d’artifice, le cajun succédait à l’expérimental qui succédait au jazz et soudain Cate Le Bon a chanté The Light. C’était approprié. Voici quelques feux de ma première semaine de 2022.

D’abord, feu mon soleil portatif, avant que je ne le brûle

au sommet de Pinchonvalles, le 1er à l’aube, après deux heures de sommeil.

Un autre matin, la rocade sud, au retour de Méricourt.

Avant-hier, l’antenne de Bouvigny-Boyeffles haute comme presque une tour Eiffel, vue depuis les champs de Fresnicourt-le-Dolmen ; quelques minutes plus tard, je contemplerais trois chevreuils effarouchés dans la forêt d’Olhain (mes magnifiques amis, traqués depuis quatre mois par le pus orange fluo de l’humanité – imaginez que vous habitiez dans une tour où, six mois par an, les psychopathes ont le droit d’errer dans les couloirs et de vous saigner, avec les compliments du f**king président).

Hier matin, lever du soleil à Rouvroy

et le soir, à Houplin-Ancoisne, péniche en plein phares (oui, c’est plein au singulier).

Ce matin, le soleil s’est levé sous un sublime nuage – ici, vu depuis le 94 ; je ne vous présente plus à l’horizon les terrils d’Hénin-Beaumont et Rouvroy.

/ 3 : – 3° C

Ressentis – 7, précisait la météo. En courant ce matin, j’ai préféré penser à une camarade normande qui m’annonçait hier son intention de se baigner aujourd’hui dans la mer de chez elle, plutôt que de penser aux chatons errants de mon quartier, à peine sevrés, aux oiseaux qui n’ont pas migré parce que notre œuvre le réchauffement climatique a déglingué leur merveilleux système de survie ou encore à mes congénères qui n’ont pas d’abri. J’ai pensé baignade. Je courais un peu plus lentement que d’habitude parce que le froid comprimait ma cage thoracique et raidissait les muscles de mes cuisses et de mes mollets mais soudain j’ai débouché sur un rond-point que baignait une lueur orange sanguine et j’ai réussi à faire une pointe de vitesse pendant quelques centaines de mètres pour arriver avant le générique dans le champ de Rouvroy où je voulais voir se lever le soleil. Et j’ai gagné. Je voyais ceci à l’est – vous reconnaissez bien entendu la belle silhouette de 101-84 –,

et à l’ouest cela – je ne vous présente plus le Bossu de Méricourt.

Alors j’ai dit merci, merci, merci. Comme le chantaient les Stranglers, there’s always the sun (ne vous moquez pas, j’adore cette chanson même si on est loin de Golden Brown), et cette excellente nouvelle, vérifiée chaque matin, m’a soudain rendue très joyeuse.

/ 3 : Up above

Can’t you feel the spirit up above?
Up above, up above

chantait Rahsaan Roland Kirk (en même temps qu’il jouait de trois saxophones simultanément). Cette nuit, la lune vue à travers un velux couvert de givre.

Ce matin, les couleurs tendres de l’aube éraflées par le barbelé, à Méricourt.

Quelques kilomètres plus loin, les fanions de Sallaumines, près du cimetière, ont été malmenés par le vent.

/ 3 : Loisirs dominicaux

J’ai enfin trouvé les gants magiques grâce auxquels je vais pouvoir faire du vélo en hiver sans souffrance ; les chaussettes de ski, en revanche, ne suffisent pas, même en renfort d’une autre paire. (Tout ceci, je le précise, sans cuir ni laine puisque je ne souhaite porter ni la peau ni les poils de quelqu’un). Ce matin, je m’apprêtais à emprunter les chemins qui sinuent au pied du terril 58 de Grenay quand j’ai remarqué un panneau plus discret qu’un NPR annonçant qu’ici, la chasse est autorisée tous les dimanches de 9 à 18h ; il était 8h53. Même chose sur le terril d’en face, 58A. J’ai donc roulé entre les deux tas.

Ces terrils sont ce que j’appelle des terrils Délivrance + poubelles + origamis + luxuriants (voir Terrils tout partout pour plus de détails sur ma typologie très personnelle des terrils – fichier Excel à venir). Délivrance parce qu’on y croise des voitures brûlées et des quads conduits par des individus tels qu’on en voit dans le film de John Boorman (les chasseurs, par leurs proies), mais c’est en toute légalité que, le dimanche, le seul loisir possible y est de tuer. Le seul puisque, par définition, il écarte tout autre loisir sous peine de mort. Dans la charmante petite ville communiste de Grenay, les magnifiques terrils sont mis à la disposition exclusive des chasseurs, ces bubons de l’humanité. (Ci-dessous, un minuscule aperçu de 58 depuis le bas.)

Où sont censés aller ceux (que l’on espère majoritaires) qui préfèrent se promener, aérer leur progéniture, courir, prendre des photos ou encore observer la nature et des animaux vivants ? Sans doute à la base 11/19, pas si lointaine, où les bubons dégénérés en orange fluo n’ont pas le droit d’exploser des lapins pour occuper leur dimanche.

/ 3 : un autre matin sur terre

Je ne voyais pas à trois mètres, dans le brouillard qui buvait les premières lueurs de l’aube. Je devinais la texture du sol à ses degrés de tendreté tels que ressentis à travers les semelles et au son plus ou moins spongieux de celles-ci à sa surface. Le canal apparaissait comme une absence et je n’en devinais guère le cours qu’aux caquètements des oiseaux d’eau, qui en pointillaient le tracé.

Je me suis tellement attardée que finalement, le jour a réussi à esquisser quelques silhouettes fantomatiques d’arbres et d’oiseaux.

/ 3 : Nus

Je me fais ce matin la Spencer Tunick des arbres, sur le terril de Fouquières-les-Lens (enfin, les terrils quoique ressentis un seul, à savoir 100, 83 et 230 – vous vous perdez dans tous ces numéros ? Dans quelques jours, nous vous proposerons une carte sur laquelle apparaissent une vingtaine de tas parmi les plus éminents dans un périmètre d’à peu près 89 km² autour de la Souchez – qui est un cours d’eau, d’abord ruisseau puis canal mais je ne vais pas vous spoiler l’histoire).