/ 3 : Des baies

Ces baies sauvages, vous savez si elles sont comestibles ? Tiens, en arrière-plan on voit mes copines Marie-Thérèse et Christiane, je n’avais pas remarqué leur présence quand j’ai pris la photo.

/ 3 : Louisiana breakups

Ma chanson de geste paraîtra en mars 2021, comme je viens de l’apprendre. J’ai hâte ! On y entend pas mal de musiques de Louisiane parce que (vous le verrez) la Louisiane et le Pas-de-Calais ont de nombreuses similitudes.  Un certain nombre de ces musiques ont trait à la rupture car le Louisianais se sépare beaucoup. Vous aurez de la rupture des versions cajuns,

zydeco

et rhythm and blues New Orleans.

/ 3 : Des USA d’ici (1)

Le Mustang Burger de Méricourt (que l’on peut voir dans mon expo Ligne 18) n’est pas le seul diner qui rende hommage aux USA dans l’agglomération Lens-Liévin. Grenay, assurément, est une ville américaine. On le voit ici près des maisons penchées (je vous les présenterai bientôt),

et là près du cimetière / galerie d’art (à suivre aussi).

Quant à  la République d’Avion, elle n’a peut-être pas de diner mais combien rétro est sa baraque à frites (ainsi que l’on appelle les friteries dans les Hauts-de-France) .

/ 3 : Pas voir le jour

Avant le lever du jour il arrive que je coure dans des lieux dépourvus d’éclairage public et mon amour me dit d’être prudente mais je l’arrête avant qu’elle ne me raconte le dernier fait divers entendu à la radio. Sur mon itinéraire, il y a notamment un chemin qu’obscurcit encore une tonnelle végétale naturelle et qui pendant deux kilomètres n’offre guère d’échappatoire en cas de mauvaise rencontre mais je n’y pense pas, j’ai juste peur d’écraser des limaces ou des escargots, ce qui par chance ne s’est jamais produit.

Parfois je voudrais vomir mon espèce jusqu’au dernier cil quand j’ai conscience de vivre dans une civilisation capable de ruiner des océans de manger des animaux ou de tuer des joggeuses et ces jours-là je voudrais ne jamais avoir vu le jour.

La plupart du temps, j’essaie de ne pas regarder le monde en face, je me plonge dans l’écriture, invente d’autres inadaptées que moi et leur confie mon mal d’humanité (comme on dit un mal de mer car en fait ce n’est pas un goût personnel, c’est un dégoût viscéral) . J’y arrive aussi quand je cours avant le lever des congénères dans des lieux où ils n’ont pas installé la lumière et que je ne vois littéralement pas le jour.

/ 3 : Vous ici (2)

L’autre jour j’ai eu la visite surprise d’une perruche, que l’on voit ci-dessous sur une branche de Carol-Anne. Puis dans une rue de Lens, en rentrant de chez le caviste (où je n’avais participé à aucune forme de dégustation), j’ai sursauté en croisant un autre individu vert – par chance il n’y avait pas de témoin. Enfin, mon amour et moi avons rencontré un lapin noir dans le mini-golf à l’abandon que je vous présentais ici l’année dernière et que vous retrouverez bientôt dans ma chanson de geste puisque chanson de geste il y aura, je le confirme : j’ai signé le contrat d’édition cette semaine et j’en suis toute folle de joie.*

* Vous êtes nombreux à me demander ce qu’est une chanson de geste. Eh bien c’est un poème épique de l’époque médiévale, si vous préférez, qui relate les hauts faits de héros valeureux. La Chanson de Roland, par exemple, en est une – extrait :

« CLXIX

Halt sunt li pui e mult halt les arbres.
Quatre perruns i ad luisant de marbre.
Sur l’erbe verte li quens Rollant se pasmet.
Uns Sarrazins tute veie l’esguardet,
Si se feinst mort, si gist entre les altres.
Del sanc luat sun cors e sun visage.
Met sei en piez e de curre s’astet.
Bels fut e forz e de grant vasselage ;
Par sun orgoill cumencet mortel rage.
Rollant saisit e sun cors e ses armes
E dist un mot : « Vencut est li niés Carles !
Iceste espee porterai en Arabe. »
En cet tirer li quens s’aperçut alques. »

Vous me voyez bien dans le registre héroïque et la célébration des racines de la littérature française, non ? Je ne vous décevrai pas.

/ 3 : Munificence

Nous avons mangé nos premières cerises de l’année à Méricourt, c’était le 6 juin, ensuite nous nous sommes arrêtées à chaque cerisier sur les véloroutes, les chemins de halage et les terrils pour comparer les variétés ; après les cerises, nous avons attaqué les mûres, puis les mirabelles, puis les poires et les pommes, et le sureau pour les confitures. Tout l’été nous n’avons eu qu’à tendre le bras au fil de nos promenades pour prendre notre goûter, nous avons fait la cueillette avec des sacs en papier, des boîtes en plastique, des sacs en tissu. Nous avons fait des confitures et des crumbles. Nous déplorons cependant le manque de framboises.

(Sur des terrils de Grenay, Hénin-Beaumont et Fouquières.)

/ 3 : Ma prairie mellifère

Dans mon journal de confinement, à JC+46, je montrais cette étape quelque peu désespérante de mon entreprise de terrassement. C’était l’époque où ma voisine me disait, « Tu n’en viendras jamais à bout ».

Désormais, elle me remercie régulièrement pour le parfum de ma prairie mellifère, qui parvient jusque chez elle. Les abeilles, bourdons et papillons sont heureux ici, comme je l’avais rêvé. Chaque jour, de nouvelles surprises éclosent. Quant au potager, il m’a donné quantité de tomates tout l’été. Chaque semaine, je passe des heures les mains dans la terre et ça a plus de sens à mes yeux que toutes les choses auxquelles on est censé aspirer mais qui ne me concernent plus le moins du monde. Je rentre toujours sale et crevée de mon jardin, puis je dors bien.

/ 3 : La modernité (1)

Oui, (1), parce que la modernité se décline à l’infini dans le bassin minier. J’espère que jamais ces détails délicieusement rétro ne cèderont la place au design aseptisé des grandes villes, j’espère que nous ferons toujours bloc plouc contre l’uniformisation déprimante du paysage – qui est un reflet encore plus déprimant de ce qu’est en train de devenir le monde. Ce matin je me suis emportée en apprenant qu’une école d’archi oblige ses étudiants à s’inscrire sur un réseau social pour être informé de tout ce qui concerne ses études ; le jour où on sera obligé de passer par Amazon pour s’alimenter, j’espère que j’aurai atteint l’autosuffisance grâce à mon petit potager.

(Libercourt, Bully-les-Mines, Grenay.)

/ 3 : They live

(Photos prises à Lens, Hénin-Beaumont et Lille ; cette dernière date d’une autre vie, d’où son noir et blanc. Vous aurez noté que depuis mon emménagement dans le bassin minier, la couleur est beaucoup plus présente dans mes petites photos, de même que les formats larges, une tendance au 16/9 qui en dit long sur l’ouverture que m’apporte le passage d’une métropole surpeuplée à presque la campagne – mais aussi, je l’admets volontiers, mes fiançailles avec ma moitié, pour employer un terme kitsch mais approprié puisqu’en sa compagnie je me sens complète pour la première fois de ma vie.)