/ 3 : tube

Un samedi soir, dans le métro de Londres, alors que nous nous rendons au musée du cinéma, un musée écolo i.e. sans clim (37°), pour un concert de la formidable Maggie Nicols et une projection de Harold & Maud.

/ 3 : un jour de vacances

Hier, nous avons vécu un jour de vraies vacances, où l’on se promène dans des rues paisibles de Londres avec une pause pour manger un succulent burger végétal, puis on revient tranquillement à la maison en longeant le canal et en lisant le nom des péniches.

Le soir, on mange sur le balcon en regardant les renards jouer dans le jardin

avec les artefacts en plastique mis à leur disposition par les enfants du quartier.

/ 3 : rétention de canetons

Je disais, le 23 juillet, que j’avais éprouvé un peu de tristesse en courant, pour cause de canards ; en voici la raison précise – j’avais pris la photo ci-dessous avec mon téléphone, tôt le matin, on ne voit pas grand chose mais on devine une canne un peu gouniche qui a donné naissance à sept canetons dans un bassin de rétention minuscule et répugnant derrière un supermarché. Je lui avais dit, Mais enfin, il y a un étang à 300 mètres à vol de canard (j’avais dit 100 mais je viens de vérifier, c’est 300) mais c’était trop tard, la bourde était faite. J’ai fini par oublier cette triste famille parce que, tout simplement, je n’empruntais plus cette route.

Ce matin, alors que je passais devant le bassin vers la fin de ma course à pied, la canne est sortie de l’enclos qui ceint le bassin et s’est approchée de moi en caquetant à tout rompre, visiblement en détresse. Alors je me suis penchée, anxieuse de ce que j’allais découvrir, mais pas de blessé cette fois. Juste sept canetons affamés, qui ont déjà bien grandi. Je suis rentrée chez moi, j’ai vaqué à mes occupations en attendant l’ouverture du supermarché en question et j’y suis retournée ; il n’y avait pas de graines, seulement des boules de graisse. J’ai acheté un paquet de dix et je les ai émiettées patiemment au bord du bassin avec mes ongles, jetant des poignées de graines aux canetons tout fous.

J’ai admiré l’attitude de la mère, qui n’a pas mangé une graine mais a toujours suivi avec beaucoup d’attention ses petit.e.s – contrairement aux chat.te.s adultes, qui mangent les croquettes pour chatons que je sers à leurs portées. Je suis parfois obligée de les écarter pour qu’ils et elles laissent les bébés s’alimenter.

Mercredi, je pars à Londres et je ne pourrai plus m’occuper de ces canetons en détention provisoire dans le bassin de rétention. Si vous vivez à proximité de Noyelles-sous-Lens, merci de prendre le relais – vous les trouverez ici : 50°25’55.7″N 2°51’49.5″E. (Surtout pas de pain, bien sûr.)

/ 3 : bisous

Hier, après un ultime aller-retour Lens-Lille à vélo (le troisième en une semaine, par un concours de circonstances) pour entretenir le très beau potager de mes amies, j’ai senti que les muscles de mes jambes brûlaient comme ma cheville la semaine dernière après une morsure d’araignée qui a nécessité de la cortisone (je laisse évidemment les charmantes tisseuses vivre dans ma maison à leur guise) alors c’est jour off aujourd’hui : course à pied, pas de vélo. Je me suis dit Dans ce cas, allons assister au lever du soleil sur le 94 ; il faisait 11°, j’en ronronnais là-haut dans la lumière d’avant le lever. En route, j’ai pensé au metaverse, dont Valentina m’a appris l’existence et le principe, cette semaine. Cette fois, ce n’est pas seulement moi qui vois la fin de la civilisation, ok ? Ce n’est pas un jugement mais une simple observation quand je dis que la civilisation fait une transition vers sa dématérialisation – on ne saurait me taxer de passéisme puisque je ne cesse de professer la répugnance que m’inspire ladite civilisation (quoique la nouvelle ère qui s’ébauche me semble en être l’hyperbole en super moche + anesthésie générale), non, je suis très bien dans mon époque, heureuse d’être née en 1974, d’avoir connu le monde avant et après Internet, le troc des cerveaux contre des téléphones et la masturbation publique sur les réseaux sociaux, je suis ravie de vivre à une époque où l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie ni pénalisée, où le véganisme est une option, ce genre de choses. Depuis quelques années, je n’ai plus tellement de regrets à l’idée que je vais devoir mourir un jour (enfin, on a tout le temps : encore une quarantaine d’années, merci) parce que je sais déjà que le monde où je ne voudrais pas manquer quelque chose ne survivra pas très longtemps à ma génération de toute façon, et qu’assister à son enlisement dans la bêtise, la laideur et la technologie jusqu’à disparition me déprimerait. Mais si l’humanité se replie dans son metaverse, peut-être que les autres espèces auront enfin la paix. Alors vas-y, l’humanité, deviens tous tes avatars et amuse-toi bien. Les autres animaux et moi, on reste perchés ici. Bisous

3 pattes

L’été plus qu’en toute autre saison, je vis avec le spectacle quotidien de la mort – lapins, hérissons et oiseaux écrasés sur des bas-côtés, abandonnés pathétiquement comme de vulgaires emballages jetés par la fenêtre d’une bagnole. Chaque fois, ça me déchire le cœur. Ce matin, au beau milieu d’un chemin, comme offerte aux chats, aux renards et aux humains dégénérés, cette petite grive sans plaie apparente mais incapable de voler ou de marcher.

J’ai voulu la percher dans un arbre (depuis que Valentina et moi avons sauvé une mésange en la posant simplement hors de portée de tout prédateur jusqu’à ce qu’elle parvienne de nouveau à s’envoler, je suis persuadée qu’un oiseau blessé peut s’en sortir si on lui laisse l’espace et le temps pour se reposer à l’abri du danger), or cette grive sautait chaque fois que je la posais sur une branche, sans doute pour essayer de s’envoler mais elle parvenait tout juste à amortir la chute. J’aurais voulu l’amener chez moi le temps de la convalescence mais il aurait fallu qu’elle passe quelques kilomètres dans ma main et je la sentais trembler sur ma paume (où elle a d’ailleurs lâché une fiente) et j’ai eu peur que son cœur ne lâche. Je ne sais jamais ce que je dois faire dans ces circonstances ; depuis l’épisode du renardeau qu’un vétérinaire a dû piquer, je ne veux plus être dans la position de choisir la mort d’un animal certes condamné mais qui n’a pas la possibilité de m’exprimer ses dernières volontés. Quand des humains me disent que j’ai fait ce qu’il fallait, ça n’a aucun poids à mes yeux : ils ne savent pas mieux que moi.

Après plusieurs tentatives infructueuses de cacher la grive en hauteur, j’ai décidé de la dissimuler dans un fourré. J’espère qu’elle pourra très vite s’envoler de nouveau.

Pourquoi faut-il que je croise si souvent des oiseaux blessés ? je me suis demandé quand j’ai repris ma course, puis je me suis rappelé cet homme que j’ai dépassé sur un sentier champêtre la semaine dernière ; j’ai d’abord remarqué que le chien avec lequel il se promenait n’avait que trois pattes (ce qui ne l’empêchait pas d’être très agile) puis j’ai entendu la musique que nasillait son téléphone, Ma gueule de Johnny, puis le monsieur s’est tourné vers moi. D’autres auraient trouvé ça très drôle mais je crois que je suis trop sensible.

/ 3 : <3 (12)

Alors ce serait une chevale qui mènerait une quête ontologique dans son environnement proche et qui dirait « Look at me walking down a road in summer thinking about the transience of summer » ;

cependant qu’une autre chevale parcourrait le vaste monde dans une quête relativement similaire (dans les grandes lignes, disons) et penserait « Even while I’m right at the heart of it I just can’t get to the heart of it ».

Et par chance, elles se croiseraient au cours de leurs errances respectives à plus ou moins grande échelle. Il y a bien de quoi danser comme elles le font parce que 1. leur rencontre était assez peu probable ; 2. même si l’on n’a pas de réponse à offrir, il est réconfortant de partager les questions et, au-delà, 3. quand on sait qu’il n’y a pas de réponse, danser prend une autre dimension.

(Photos prises à Faches-Thumesnil, Hénin-Beaumont et Hersin-Coupigny ; les citations sont tirées de Summer d’Ali Smith, Penguin poche, page 290)

/ 3 : Munificence & Pompe (5)

Pour ce numéro 5 de M&P, j’aurais pu n’utiliser que des photos prises par Valentina, comme je le fais habituellement, mais j’ai décidé d’y mêler une de mes propres photos de paires de chaussures abandonnées, prise à la gare Lille Europe alors que ma chérie allait prendre l’Eurostar back to London. Vous reconnaîtrez ma contribution à son format carré, tandis que Valentina n’en a fait qu’à sa tête et m’a envoyé un format horizontal et un vertical – je lui ai toujours dit qu’elle était une punk chic. Et de fait, ce billet m’évoque l’objet que nous sommes en train de fabriquer ensemble et que je trépigne d’impatience de vous présenter : la première de nos collaborations qui prendra une forme tangible, diffusable et d’esprit quelque peu punk. En attendant, voici des pompes.

/ 3 : <3 (11)

L’amour, l’amour se fête en nombre premier cette semaine où deux chevales, au retour de leurs voyages respectifs, se retrouvent enfin.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est chevale-de-Montigny-St-Barthelemy.jpg.

+

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=

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(Photos prises à Montigny-Saint-Barthélémy, Époisses et Semur-en-Auxois.)

/ 3 : 5h29

je n’ai pas réussi à me lever plus tôt, ce matin ; depuis que j’ai eu le covid, mon sommeil ressemble à une chaussure sur laquelle un jeune pitbull aurait fait ses dents – et encore, j’ai retrouvé toute ma capacité respiratoire et toute mon endurance, longtemps j’ai pensé que cette saloperie m’avait définitivement volé mon super pouvoir ; cependant, si j’ai récupéré ce qui me revient, cette capacité à courir sans fin que je travaille depuis dix ans sans qu’une protéine animale ait transité dans mon corps, je ne vois plus le soleil se lever tous les jours, pas encore

l’ennui, c’est surtout ce que je vois, en chemin vers la nature, quand je cours après le lever du soleil – pas beaucoup de monde, non, mais bien assez ; ce matin, par exemple, un camion municipal s’arrête devant un bac à fleurs municipal, un monsieur fluo en descend et arrose abondamment les fleurs municipales cependant que le camion grommelle, moteur allumé dans le petit matin silencieux, de sorte que les fleurs municipales semblent exhaler un parfum de caoutchouc brûlé ; un monsieur n°2 allume une cigarette sur le trottoir, or il vient manifestement de s’asperger d’after-shave, une chance qu’il ne prenne pas feu – moi ça va, je cours en apnée, je ne vomis pas ; plus loin, un monsieur n°3 approche d’un étang avec un sac plastique plein de pain sec, les épaules en arrière et la poitrine en avant, il est fier quand à ses pieds princiers se pressent les oiseaux d’eau, il leur lance le pain par pleines poignées mais je ne vais pas lui expliquer que le pain gonfle dans leur ventre et leur donne une fallacieuse sensation de satiété sans qu’ils aient absorbé les nutriments nécessaires à leur santé, je ne vais pas lui dire que sa magnanimité les tue à petit feu parce que la dernière fois que j’ai récité ma petite leçon animalière, à Londres, la dame a répondu « On sait » tandis que sa gamine continuait de jeter des croûtes de pizza dans le canal pour une assemblée de cygnes et de canards (je ne les ai pas poussées à l’eau, je crois que Valentina et Yoshino ont eu un peu peur que je ne déraille)

quant aux deux renards que j’ai vus dans mon spot secret d’Harnes, ils ont filé ventre à terre quand je suis apparue dans leur champ de vision et je préfère ne pas savoir ce qu’ils étaient en train d’ourdir dans cette friche hautement lapineuse

/ 3 : Munificence & Pompe (4)

Comme celles de Munificence & Pompe (1), (2) et (3), les photos ci-dessous vous sont offertes par Valentina ; cette fois, elles ont été prises à Barcelone – les deux premières en ma présence, en marge du festival Primavera, et la dernière en mon absence, cette semaine, à l’occasion du festival Sónar. Notez qu’à Londres et Paris, ma bien-aimée ne rencontre que des paires de baskets tandis qu’ici, nous avons affaire à une plus grande diversité de styles. Moi, je tombe le plus souvent sur des chaussures ajourées, comme on l’a vu ici et comme on le verra bientôt / 3 puisque je prépare moi aussi un Munificence & Pompe – hier, à Liévin, j’ai croisé de magnifiques sandalettes à clous. Mais je ne suis pas venue voler la vedette à ma charmeuse de chaussures, voici sa dernière moisson :