/ 3 : Munificence & Pompe (1)

Je l’évoquais ici, mon amour prend des photos des chaussures abandonnées dans les rues de Londres (uniquement des paires entières, c’est important) pour me les envoyer, parce qu’elle sait combien je les apprécie. Hier, en nous rendant à l’anniversaire de son amie Stella, nous avons croisé la troisième paire de ce /3 – qui vous est donc offert par elle, ma merveilleuse chérie, ce jour où nous fêtons ses 45 ans. <3<3<3

/ 3 : des astuces

Marre des paparazzi ? Faites comme ce lapin, mettez des branches entre les importuns et vous, rendez-leur impossible la mise au point.

Vous pouvez aussi mettre un T-shirt qui se fond au décor et faire semblant de ne pas être là.

Enfin, vous pouvez jouer l’évaporé.e. L’évaporée : ça ferait un bon titre, ça, non ? J’y reviens bientôt.

Je fête par ce billet ma première sortie (quelque peu vacillante) depuis plusieurs jours.

/ 3 : un cormoran

C’est une grande première : un cormoran a, ce jour, accepté de poser pour moi. C’était le seul oiseau qui résistait encore à mon vice (Valentina me traite souvent de paparazzi) : on sait que j’ai réussi à prendre des grèbes (les plus difficiles), des hérons (snobs) et des poules d’eau (craintives), on sait que même le pic épeiche a consenti à m’offrir son profil, mais le cormoran, jusqu’à cet après-midi, c’était de loin.

/ 3 : des noeux

Lu aujourd’hui sur le site de l’Unesco : « Les gares de triage de Somain, située à l’Est, et celle de Lens, au centre du Bassin minier, ont ainsi été les noeux ferroviaires de l’expédition du charbon. » Si vous n’êtes pas d’ici, peut-être vous demanderez-vous pourquoi quelqu’un a fait cette coquille ; eh bien, c’est que nous avons ici une ville qui porte le nom chantant de Noeux-les-Mines. En voici une vue depuis le chemin des Loups de Bouvigny-Boyeffles.

Noeux est célèbre pour sa station de ski, qui fonctionne en toutes saisons sur l’un de ses terrils. D’ici, on devine les remonte-pentes.

Elle a aussi un château d’eau en forme de cornet de frites.

(Plus d’images de cette ville que j’aime beaucoup dans mon billet de l’été dernier, Des fruits rouges, où il est également question de sangliers, d’art brut et de Jésus.)

/ 3 : 29 000

La plupart du temps, j’oublie que je suis en train de courir, tant je suis concentrée sur ce que je vois, entends et sens. Mais de temps à autre, je suis à l’inverse pleinement incarnée, soit qu’il fasse nuit noire et que mon centre de gravité soit mon seul instrument de navigation, soit que la fatigue et/ou une douleur m’ancrent dans mon enveloppe. Ce matin, les trois facteurs étaient réunis et j’avais une conscience aiguë d’être un corps qui a couru quelque 29000 kilomètres ces huit dernières années, je me sentais à la fois minuscule, cassable et toute-puissante : si j’étais un petit véhicule à friction, ces 29000 km emmagasinés me permettraient de courir sans pause ni effort jusqu’à l’hôtel de ma bien-aimée à Monterey, Californie + si j’avais oublié quelque chose chez moi, de faire l’aller-retour pour aller le rechercher.

Les petites étoiles sur fond jaune, ci-dessus, c’est l’aura des Chalets du Nord et des Chalets Miniers que je recense – leur rayonnement est tel qu’il apparaît en vue satellite, vous voyez bien que je ne me consacre pas à des brimborions. (Il existe aussi, je le rappelle, des Chalets de Californie – voir enquête approfondie ici.) Jugez par vous-mêmes du travail que j’ai abattu, ces deux dernières années : chaque étoile est une boîte aux lettres relevée au fil de mes courses à pied – quand elle n’en cache pas une ou des autre(s) puisque, je le rappelle, le Chalet incite bien souvent au mimétisme.

J’en ai déjà repéré plusieurs en Normandie, notamment à Montmartin et à Hauteville, certains remarquables (voir capture d’écran ci-dessous). C’est qu’on en apprend, des choses, quand on voyage. Un jour, l’Insee va venir me chercher, vous verrez : comme la NASA recrute des hackers, à moins que ce ne soit une légende (ou une info périmée, j’ai entendu dire ça au début du millénaire). Bref, courir 29000 kilomètres, c’est très enrichissant.

(Ce Chalet Normand est sis à Montmartin-sur-Mer.)

Ce matin, je n’ai relevé aucune curiosité parce que j’étais concentrée sur le dedans de mon corps mais, à défaut, j’ai couru plus vite que jamais, vers la fin : j’ai dévalé la rue qui longe le cimetière, une rue à forte pente ornée de fanions multicolores, ma foulée longue et légère tandis que de l’autre côté du mur, d’autres reposaient. Un jour ce sera mon tour de franchir ce mur, sans doute des gens que je connais viendront-ils avec leur téléphone regarder une boîte descendre en terre avec moi dedans et je serai déjà devenue autre chose. Si je me réincarne, je veux bien être une poule d’eau. J’aime vraiment beaucoup les poules d’eau.

/ 3 : des drôles d’oiseaux

Hier, j’ai participé à une répétition de Nous avons fait un beau voyage (le titre cite une chanson de Ciboulette, l’opérette de Reynaldo Hahn). Je parlais ici de notre pièce : elle a été écrite en atelier par la troupe même qui va l’interpréter – mes super hurluberlus préférés, dont on voit quelques spécimens sur la photo ci-dessous, dans la scène des oiseaux. Je vais moi-même lire quelques phrases, de sorte que je serai un peu sur scène avec le groupe + le chœur d’enfants mené par Astrid + non pas l’école de musique au grand complet, cette année, mais notre incontournable complice Nathalie et sa fille Marie. Toutes nos pièces s’achèvent par une interpolation de La veuve joyeuse (oui, nous aimons bien l’opérette) et pour la première fois, je ferai donc partie du très grand chœur dissonant qui entonnera ces quelques vers s’achevant par Vive la raie / Vive la République – nous réglons leur sort au tourisme, à la chasse, au consumérisme, au chauvinisme, etc. Plus d’infos dans la rubrique Factuel pour celles et ceux qui voudraient réserver une place, un train, une chambre d’hôtel et venir nous applaudir.

Après la répétition, j’ai sauté sur mon vélo et filé à Lille ; en chemin, j’ai retrouvé les jeunes oies que je vous ai présentées ici en décembre. Les trois que l’on voit ici dans l’eau ont mis en fuite un canard, qui a fini par s’envoler pour leur échapper.

J’ai croisé de nombreuses péniches que je ne connaissais pas encore, parmi lesquelles Octopus, St Eustatius, Gwendolina, Florida, Kevalia, Tsunami ou encore Alain, mais la première à s’être trouvée sur mon chemin a conforté ma théorie de la divination batelière puisqu’elle s’appelait Freedom et que j’éprouve précisément, ces temps-ci, un sentiment d’intense liberté. Il y a trois nuits, j’ai rêvé que j’étais un chevreuil et que je gambadais joyeusement au milieu des miens dans la nuit tout juste baignée de lune, quand soudain des phares de voiture ont éclairé ce que nous pensions être une prairie, alors nous nous sommes rendu compte que nous étions sur un rond-point ; ce rêve me dit qu’il faut rester prudente mais ignorer la déception que nous impose le regard de la civilisation, ignorer autant que possible ses problématiques pour jouir de la beauté que nous générons entre chevreuils, tant que nous le pouvons. J’ai appris ce matin avec perplexité le décès de la musicienne expérimentale Mira Calix (52 ans) et, outre la tristesse que j’en éprouve, je me répète qu’il ne faut rien concéder à ceux qui voudraient disposer de notre temps ; il est bien assez court.

À Lille, en compagnie de mes amies Antique, Claire et Lulu, j’ai assisté aux concerts de ces drôles d’oiseaux que sont Mega Bog et Cate Le Bon et j’ai passé un moment formidable. Entendre cette dernière interpréter, à deux mètres de moi, les chansons de son précédent LP, Reward, l’un des trois albums qui m’ont sauvé la vie en mars-avril 2021, m’a procuré des émotions bien plus fortes que je ne l’avais escompté ; j’avais très envie de pouvoir remercier la dame parce que, décidément, ça valait le coup de survivre à ce merdier.

Le moment était d’autant plus fort qu’elle jouait devant un public très confidentiel – moins cependant que celui de Mega Bog, qui d’ailleurs ne se sentait pas très bien : outre que le public clairsemé n’était pas réactif, elle n’avait pas son groupe au grand complet autour d’elle et m’a confirmé qu’il lui avait beaucoup manqué. Je lui souhaite plus de fun ce soir à Paris en plus grand effectif. Il est toujours étonnant, pour moi qui n’ai aucun lien avec la presse et la culture françaises, de constater que les superstars de mon monde ne remplissent pas une salle ici. Chaque jour, je me réjouis de vivre mentalement ailleurs.

/ 3 : spécial bananes

Mon amoureuse et moi, nous aimons partager des images de notre quotidien. Elle ne manque jamais de m’envoyer les photos des chaussures abandonnées qu’elle rencontre dans la rue, elle sait combien je les apprécie. Ce matin, elle m’envoie cette photo prise dans un couloir de son hôtel dans l’Idaho.

Cette banane de couloir m’amuse énormément et m’évoque une banane de cœur que j’ai prise en photo il y a des années, dans la métropole lilloise.

J’envoie donc l’image à Valentina et, un peu plus tard, je me mets en route vers le centre commercial de Vendin-le-Vieil pour acheter un pneu de vélo, à pied puisque Mon Bolide fonctionne beaucoup moins bien sans pneu avant (c’est que je l’use, ce destrier) quand je croise dans la rue cette banane de trottoir.

D’où je déduis que nous sommes connectées, ma chérie et moi, même à 8000 km de distance. Connectées par la banane et par bien d’autres choses.

/ 3 : wild things

Dans les situations les plus extrêmes de mon quotidien, des chansons me viennent à l’esprit ; ainsi, ce matin, confrontée à un tigre des neiges, la voix de Chet Baker m’a chanté Everything Happens To Me.

J’ai été très sensible à la position hyperréaliste dans laquelle des plaisantins avaient disposé cette peluche dans une friche minière d’Harnes, d’autant qu’il faisait encore assez sombre ; j’en ai été impressionnée au point que, même après avoir compris de quoi il retournait, j’ai eu du mal à l’approcher pour la prendre en photo. J’ai partagé mes émotions avec Valentina, qui était en plein festival dans l’Idaho. Sa réponse m’a fait me tortiller de rire mais ensuite j’ai presque eu envie que le tigre soit un vrai (j’ai bien dit presque) pour que ma meuf me voie comme une aventurière – c’est complètement puéril, je sais.

Et maintenant, parlons laie. Voici un extrait de mon recueil Extrasystoles (qui passe en comité de lecture dans quelques jours) :

et quand tu contournes
la cicatrice et que tu traverses
le sentier que je descends
et que
tu traverses le sentier
que je descends
que tu
traverses le sentier
quelques pas devant moi
le souffle
me fait défaut

C’est à cette image de la laie, boutoir bas, œil furieux, que je pensais quand j’ai choisi la planche dont mon amie AJ a tiré ce tatouage. Ici, reconstitution de la scène sur un terril de Fouquières.

(En vrai, comme disent les jeunes, la plus grande sauvagerie dont j’aie été témoin ce matin était celle de foulques macroules très en colère, qui se battaient becs et palmes à la surface de la Souchez.)

/ 3 : <3 (10)

C’est une chevale visiblement éprouvée par la vie

qui par le plus incroyable miracle rencontre une chevale dont il se trouve qu’elle la kiffait depuis une autre planète

et voilà qu’avec elle, elle file le parfait

d’où l’on peut déduire que l’impossible advient parfois et qu’il ne faut jamais lâcher la patate.

(Photos prises au Rey + à Hauteville)