Marie-Jo et Monique

Depuis longtemps, chaque fois que je passais dans une certaine rue de Grenay, je contemplais deux jardins dont les décorations me semblaient relever de l’art brut. Dans le cadre de ma collaboration avec un compositeur lillois (+ un poète + un ensemble vocal, etc.), j’ai osé contacter les habitant.e.s des maisons concernées ; j’ai trouvé leur numéro dans les pages blanches et rendez-vous a été pris pour le lendemain (c’était avant-hier) chez Marie-Jo, avec sa voisine Monique, puisque ces deux artistes sont des femmes – dans la page que L’Inventaire général du patrimoine culturel consacre aux Jardins étonnants en Nord-Pas-de-Calais, on ne trouve strictement que des hommes.

J’ai donc eu l’occasion de discuter des techniques et inspirations de ces dames mais aussi de leur vie et de leur vision du bassin minier. Mini extrait :

J’ai été très bien accueillie, comme on peut le voir ci-dessous – Marie-Jo me montrait ses œuvres d’intérieur.

J’ai aussi rencontré en elles de sacrés personnages : écoutons Marie-Jo écourter une discussion téléphonique indésirable.

J’ai passé deux heures avec ces dames et je ne me suis vraiment pas ennuyée… J’ai aussi pris beaucoup de plaisir à tirer un long poème de cette conversation et maintenant j’ai un peu le trac : que vont-elles en penser ? La réponse la semaine prochaine, quand je leur en apporterai une impression, rendrai sa crème cicatrisante magique à Marie-Jo (qui a eu pitié de mon coude marqué par une chute fracassante tandis que je courais à Londres au bord d’un canal) et recevrai l’arbre à perles qu’elle a commencé pour moi.

/ 3 : Munificence & Pompe (6)

Faut-il préciser que les formats rectangulaires sont de Valentina et le carré de mon fait ? La dernière photo est ma préférée à ce jour de tous les M&P ; elle a été prise depuis l’étage du bus, par la vitre arrière. L’esthétique de cette photo correspond parfaitement à ce que nous avons envie de fabriquer ensemble avec de la musique, des mots et des images. Manifeste à venir d’ici la fin de l’année.

des vacances efficaces

Cette semaine, Valentina et moi avons profité de nos vacances pour préparer un événement dont je parlerai bientôt – nous sommes en train de finaliser le programme – et pour imaginer ensemble un objet hybride que nous espérons pouvoir présenter au public à cette occasion, si les délais de fabrication le permettent. Je trépigne de hâte – en attendant, j’ai encore pas mal de travail. J’ai aussi l’honneur d’avoir pris quelques photos d’elle pour la presse et j’en suis d’autant plus fière qu’elles lui plaisent et qu’elle s’y reconnaît. Les deux dernières ne serviront sans doute pas beaucoup mais sont parmi mes préférées.

La vacance poétique de la Perle #1

J’ai fini ce matin le texte que je suis venue écrire dans le Morvan, plus précisément à la Perle, dans des conditions d’hébergement amusantes à savoir dans un dortoir (ça faisait trente ans que je n’avais pas fait ça), dans une ferme en travaux qui n’a pas l’électricité à tous les étages (on accède au premier par une échelle), à la lisière d’une forêt pleine de sangliers. J’y suis jusqu’à lundi matin en compagnie des poète.sse.s Anna Serra, maîtresse des lieux, Marion Renauld et Cédric Lerible, qui sont des amours. Hier, avec Marion, Cédric et un ami voisin de la Perle (Evan, 10 ans bientôt 11), nous avons marché dans la forêt pendant plus de deux heures jusqu’à un ermitage très mystérieux et de ce que les gens d’ici appellent apparemment le carré des sangliers, nous sommes passés auprès de souilles mais je suis restée digne et je me suis même éloignée un bref moment de mes camarades pour faire un pipi nature. J’ai regretté de ne voir aucun sanglier parce qu’avec eux, je n’aurais pas eu peur et je serais désormais réconciliée avec l’idée d’aller en forêt. Une autre fois… Vous pouvez découvrir le texte et les photos Ici bientôt, fruits de ma résidence, sur une page de ce blog dans le menu ci-contre ou en cliquant ici. En attendant voici, 7 photos de la promenade en forêt. L’entrée,

plus loin les dernières traces de la civilisation

avant la sauvagerie

et un ermitage bien fondu dans la végétation

nous étions quelque part au-delà de ces champs et pâtures

puis nous sommes rentré.e.s à Montigny-Saint-Barthélémy vers 20h (heure du dîner pour les animaux sauvages) par le mignon petit pont au-dessus du Serein et de ses nénuphars.

la veille

de mon départ pour dix jours à La Perle, ferme de la poésie pulsée sise dans un village de 85 habitants (sangliers non inclus) du Morvan, et quelques heures avant le début de la pluie, j’ai couru ici et là pour dire au revoir à mon territoire.

Il y a dans l’image ci-dessous de nombreux lapins. Ils retiennent leur souffle, les yeux arrondis, déguisés en vipérine.

En contemplant le paysage depuis ce belvédère d’Avion, j’ai eu un élan mélancolique à l’idée que 1. je ne suis pas allée à Pinchonvalles (dont on devine la colline à droite dans l’image suivante) depuis le 1er janvier (quand j’ai brûlé un soleil en carton imbibé de parfum Eternity un peu avant l’aube, tranquille au milieu des sangliers – leur présence y étant avérée), 2. je n’ai pas encore emprunté l’EV5 jusqu’à la forêt d’Olhain cet été. Les sangliers ne sont pas seuls en cause, je n’en ai surtout pas eu le temps. Dans 17 jours, j’irai saluer mes amis chevreuils d’ici et là. En attendant, j’ai beaucoup de choses à vivre, poésie de terrain, amour et qui sait quelles aventures encore.

Puis je prendrai de nouveau la route sur Mon Bolide aux pneus délicats, des rustines dans ma sacoche.

Au retour de ma course à pied, j’ai consulté mes sites favoris pour voir quelles étaient les nouveautés dans le joyeux petit monde de la musique expérimentale et, sur l’un de mes très préférés, je suis tombée sur mon amoureuse – ça arrive parfois. L’article est très élogieux : « It’s remarkable », lit-on dans le dernier paragraphe. Eh oui, les gars.

L.A.

En attendant l’heure (Valentina pensait que ça ne pouvait pas être aussi précis mais moi, je savais que ça le serait), nous avons détaillé le jury. Nous avons vu qu’il était essentiellement composé de directeurs d’institutions aussi énormes que le MoMA et nous avons compris. Puis l’heure est venue et nous avons constaté qu’il valait mieux avoir eu le prix Goncourt pour être sélectionné.e par la Villa Albertine (ce qui n’est pas sans rappeler l’adage selon lequel on ne prête qu’aux riches, à moins qu’il n’existe un gène du projet vendeur/institutionnel, dont je ne nierai pas qu’il ne m’est pas échu et je ne m’en plains pas) et, maintenant que j’ai vu quel.le.s étaient les cinq écrivain.e.s choisi.e.s (sur 80 artistes, toutes disciplines confondues), je ris d’avoir pu imaginer qu’une autrice lensoise qui n’a pas écrit de best seller aurait pu bénéficier du programme avec un projet portant sur des créatrices sonores pour la plupart underground, genre l’ombre parle à l’ombre, ce n’est pas vraiment l’esprit de la maison – plutôt scintillant. J’avais dit à ma chérie, Si je suis prise, j’appelle mes parents et mes amis pour boire du champagne ; si je ne suis pas prise, je vais assister au coucher du soleil depuis le sommet d’un terril.

Je suis allée sur le 11/19 pour voir le cher astre glisser derrière les terrils de Grenay. Les crépuscules d’ici valent bien ceux de L.A., voilà ce que je me suis dit quand je suis arrivée sur le terril tabulaire, mais il n’y avait rien d’amer dans cette pensée puisque de toute façon, Albertine or not, je serai en Californie en janvier prochain avec Valentina. Eh bien, m’a-t-elle dit quand nous avons vu la liste des heureux reçus, nous allons pouvoir nous organiser, maintenant. Parfois, je me demande comment quoi que ce soit pourrait m’ébranler tant qu’elle est auprès de moi et en quelques mots écarte tout ce qui pourrait me blesser, transforme mes échecs en lumière et leur dénie le statut d’échec.

Au sommet de 74A, le plus haut terril d’Europe, il y avait hier soir 9 personnes, 4 gamins discrets + 3 ados bruyants + 2 jeunes adultes qui fumaient un joint en silence sur une serviette de plage. Soit 1 individu/m². J’ai cessé d’imaginer comment je bondirais où et à quel moment si jamais un sanglier, etc. Ici, homo sapiens dominait, avec sa fumée âcre et sa musique commerciale nasillée par un téléphone. Je ne me suis donc pas attardée mais me suis contentée de prendre deux ou trois photos.

Il me suffisait de descendre un peu pour tout voir sans interférence humaine ni pensées suidées.

J’entendais seulement les cloches des chèvres qui vivent désormais sur le flanc du 74 voisin et que la faible luminosité (ainsi que mon incompétence technique) ne m’ont pas permis de photographier décemment. C’est flou, je sais.

Je me suis rappelé pourquoi je préfère le lever du soleil à son coucher, outre que l’énergie d’un début et celle d’une fin n’ont pas grand chose à voir. La fréquentation des lieux n’est assurément pas la même. Zéro pouce opposable à 5 ou même 6h, 18 à 22h.

Mais il est facile de se tenir à distance de 18 pouces opposables sur un site de 90 hectares alors je ne me plains pas, c’était un très chouette coucher de soleil.

Vroum

Après avoir choisi la personne qui sait comment faire aller le pays, nous devons aujourd’hui voter pour les gens à même d’assurer notre épanouissement au sein de la circonscription. Aucun.e de ces messieurs-dames hélas n’aborde sinon de très loin et très mollement les questions qui me semblent cruciales dans la vie de la circonscription n°3 du Pas-de-Calais + dans la Nation connue sous les couleurs bleu-blanc-rouge + au-delà de Vive la République Vive la France. Ces gens me rappellent un peu les enfants qui font des bruits entre les lèvres et tournent un volant invisible entre leurs mains pour faire semblant qu’ils conduisent une voiture. Vroum, disent les gens qui pensent savoir comment nous épanouir. Gens est un mot masculin et féminin à la fois ; on peut dire les gentilles gens qui veulent notre bonheur. Mais on ne peut pas dire les douces individues parce que individu est un substantif masculin, tout comme membre, qui par ailleurs ne figure pas dans mon top 100 personnel des plus beaux mots de la langue française, pourtant je lis de plus en plus souvent, y compris dans des textes littéraires, une individue, une membre ; les seuls mots que je pouvais encore qualifier sans ajouter « .e » vont devenir de nouveaux défis lancés à la pureté de mon féminisme, or je dois avouer que ça me fatigue un peu, alors je propose quelque chose : Eh, les copines, on ne leur laisserait pas deux ou trois mots ? (je veux dire, aux garçons). Caca, par exemple, ça vous ennuie si ça reste masculin ? Je sais que c’est la nature et que ce n’est pas sale, je dirais même que ça contribue pleinement au bonheur et au sentiment de liberté que l’on peut éprouver au sein de son corps, de sa circonscription, etc. mais il faut savoir partager. Aussi, ce matin, je vote pour que caca reste au masculin. Allez, vroum : A voté.

/ 3 : La mémoire du corps

C’est la fin de l’année. Une de mes amies s’est effondrée de sommeil cette semaine après sa dernière grosse échéance, moi je me suis effondrée en larmes aujourd’hui, inconsolable, j’ai mis Jessica Sligter sur le coup mais sa voix qui habituellement me réconforte tant n’a rien pu y faire, je pleurais sur mon vélo, les canards dormaient en plein jour, recroquevillés dans le vent cynique, c’était d’une tristesse, un petit garçon brossait la grille de sa maison sur le chemin de halage et quatre autres de son âge passaient à vélo devant lui sans lui prêter attention, j’en avais mal à la gorge, une vieille dame titubait, sa canne dans une main et la laisse trop courte d’un petit chien dans l’autre, Je vous vois, canards, petit garçon, petit chien, vieille dame, je vous vois et je ne peux vous protéger de rien. J’ai tenté ma playlist Roadtrip et même la musique cajun était mélancolique et tout tout tout vacillait au seuil de sombrer dans l’à quoi bon puisqu’on va tous mourir – stupide : tout est bon puisqu’on va mourir et que c’est la garantie de notre absolue liberté (liberté absolue ≠ liberté effective, quasi nulle dans la civilisation inventée par homo sapiens, sommes bien d’accord). C’est la fin de l’année, la fin du mouvement que l’on ressentait comme perpétuel, même si juin s’annonce chargé, même si mon juillet commence par une résidence, j’ai tenu le plus gros de mes échéances. Avant-hier, j’en soupirais de soulagement. Hier, j’écrivais de la poésie avec un sentiment de légitimité inédit. Aujourd’hui je pleurais sur mon vélo et en plus je venais de trouver la chanson idéale pour surligner mon état d’âme. J’avais acheté la version digitale peu avant de quitter la maison et d’ajouter 30 km de pédale aux 15 km de ma course à pied matinale. Je ne connaissais pas l’artiste, je me suis attardée sur son dernier single, paru ce mois-ci, parce que la violoncelliste Mabe Fratti (dont je suis la carrière avec intérêt) y a participé ; le single m’a immédiatement paru étrange, d’une étrangeté subtile, indéfinissable, un peu comme celle que cultivent mes héroïnes Jenny Hval, Jessica Sligter ou Cate Le Bon. J’ai écouté la chanson bouche bée, puis je l’ai achetée pour aller l’écouter en pédalant sur un chemin de halage, exactement comme je l’ai fait le jour où j’ai découvert Surrounds, Surrounds Me, la chanson qui m’a définitivement convertie à l’univers de Jessica Sligter (depuis, j’écoute certaines de ses chansons plusieurs fois par semaine, Man Who Scares Me étant en quelque sorte mon porque te vas cria-cuervien même si j’aime tout absolument tout de JS). L’effet a été assez similaire cet après-midi avec ce titre d’El Hardwick, Body Memory, sur le chemin de Courrières : C’est quoi, ça ? me suis-je demandé, perplexe. J’ai décidé que c’était sublime. Et puis j’ai pleuré.

Et ces deux titres de JS que j’ai déjà postés sur mon blog et que, à n’en pas douter, j’y posterai encore. Sublimes.

Des majorettes

J’ai déjà rendu hommage aux majorettes dans Le Zeppelin et dans Pas de côté mais je n’ai pas encore épuisé le thème, aussi suis-je en train d’écrire un long poème (7 pages à ce jour) sur celles de chez moi, en explorant les statuts des diverses associations, et je m’amuse tellement que je dois ôter mes baskets. Je l’écris pour un compositeur lillois qui, comme moi, s’intéresse aux passions singulières dans le bassin minier. Au cours de mes recherches, je suis tombée sur ceci, publié sur un réseau social par un club de majorettes – qui pratique aussi la zumba, on le voit bien :

Et ce slogan d’un club lensois : « MAINS DANS LA MAINS, NOUS IRONS LOIN ».

Je recenserai à l’occasion les noms des clubs afin de révéler une poétique à part entière, comme je l’ai fait pour les chevaux de course et les péniches – un teaser ? ok, voici 7 noms : Les Pucci Cats, Les Angelines, Les Lolitas, Les Butterfly, Les Fire Girls, les Étincelles. Ah, vous avez hâte, maintenant…

Weird in the wild

Trop weird pour n’être qu’un / 3, ces souvenirs d’une séance de photos avec Valentina et Laila – musicienne dont j’aime beaucoup le travail et qui figure également dans mon répertoire de créatrices sonores. Nous avons pris un train pour Hampstead Heath, la lumière était plus vive que nous ne le souhaitions mais nous avons essayé d’en jouer ; les réflecteurs sont devenus des accessoires. Nous faisions des essais pour la pochette d’un album à venir que je suis l’une des deux seules personnes à avoir entendu à ce jour, s’il m’est permis de frimer un peu, et dont je pressens qu’il ne passera pas inaperçu. Voici donc trois photos qui ne nous serviront pas et qui révèlent parfaitement l’esprit de ce que nous avons essayé de faire.

Nous avons beaucoup ri, sous le regard blasé d’un renard de format saint-bernard.