Dernières démarques au paradis

Parfois, c’est le matin à Aix-Noulette.

Parfois, c’est le matin à Cuinchy.

Parfois, c’est le matin à Givenchy-les-La-Bassée.

Parfois, c’est le matin à Barlin.

Parfois, c’est le matin à Grenay.

Parfois, c’est le matin à Bouvigny-Boyeffles.

Parfois, c’est le matin à Courcelles-les-Lens.

Tout est sublime. Les animaux sont heureux.

Les faisans.

Les lièvres

Et les perdrix, les lapins, les chevreuils – en famille ou

solitaires.

Dans huit jours, ces magnifiques êtres innocents ne seront peut-être plus en vie parce que des gros tas de merde en gilet orange leur auront tiré dessus pour leur loisir (qu’ils s’entre-tuent). Je ne sais pas si je continuerai de rouler tôt le matin à la campagne quand elle résonnera de la barbarie propre à notre espèce et que je ne pourrai plus feindre de l’ignorer. Plus que huit jours ! comme disent les affiches de dernières démarques. Plus que huit jours avant la fin du paradis.

8 / 13

Mon 8 août en 13 images.

C’est une méthode que j’exploite depuis plusieurs années pour constituer ce que j’appelle mon atlas (une espèce d’essai d’urbanisme non éclairé qui interroge notre rapport à l’espace, au mouvement et aux topographies à travers quelques études de cas), une méthode qui consiste à ressasser les lieux, d’abord dans les grandes lignes puis, une fois celles-ci intégrées, dans le détail. C’est le détail qui m’intéresse le plus. Bref, voici encore un lever de soleil sur Sainte-Henriette parce qu’elle est souvent sur ma route ces temps-ci, quand je pars à l’est. Parfois je vais plutôt à l’ouest, ou au nord ; rien de construit, je me contente de suivre mon impulsion au réveil, car mon travail se penche aussi sur les ressorts du désir qui nous mène ici plutôt que là, tel jour, tel instant.

Ce matin, par exemple, j’avais envie de franchir la passerelle d’Auby dont je vous proposais une vue ici, c’était ma lubie du jour. Hélas, elle n’est pas encore ouverte au public (je ne savais pas qu’elle était si récente), c’était donc un peu frustrant mais ça signifie aussi que, le jour où je pourrai enfin y rouler, ce sera un vrai petit événement. Ici, une simple vue sur la rampe de lancement, sur la rive sud.

Sur les piliers, au bord de l’eau, ces deux inscriptions assez grandes (50×50 cm) qui me permettent de glisser un message privé :

J’ai emprunté la passerelle suivante, qui dans son genre ne manque pas de charme non plus.

Comme hier, j’ai changé de berge plusieurs fois, sur un autre canal (Aire hier, Deûle aujourd’hui). Il y a toujours un côté que l’on considère comme l’autre côté ; ça peut être un côté qui n’est pas aménagé ou/et semble hostile (cf. les ossements d’arbres mouillés d’hier) ou dont l’accès a l’air interdit, par exemple quand il héberge un site industriel, une cimenterie ou une coopérative agricole, etc. Ce matin, j’ai enchaîné quelques-uns de mes autres côtés, entre Auby à Pont-à-Vendin. Si parfois, comme à Courcelles, on trouve une

(et quelle tristesse de ne pouvoir accéder à ce beau terril vert tendre saupoudré de verts profonds),

ailleurs (à la limite de Courrières et d’Harnes) j’ai eu la surprise de pouvoir accéder à des quais de (dé)chargement que j’apercevais jusqu’alors depuis le côté qui me paraissait être le bon.

Il y avait quelque chose d’apaisant dans les lignes que présentait ce site.

Par ailleurs, ma soudaine audace m’a aussi permis de découvrir des paysages familiers sous un angle nouveau – mon atlas montre notamment que des lieux familiers, vus dans des perspectives inédites, se révèlent quasiment d’autres lieux. Ici, Pont-à-Vendin vue depuis la plage des Matériaux Enrobés du Nord (je dis plage parce que Mon Bolide s’est brièvement enlisé dans une étendue de sable détrempé, un peu plus loin).

Elle m’a aussi permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés si j’étais restée de mon côté habituel.

Et de faire des photos cartes postales du terril d’Estevelles

Pour finir, parce que c’est dimanche et pour me réconcilier avec Jésus après notre échange un peu vif relatif à sa serre de jardin sise à Cambrin, une bondieuserie d’Auby.

7 / 13

13 images de mon 7 août 2021.

Lever de soleil sur le canal d’Aire, aujourd’hui, après avoir visité les centres-villes d’Haisnes et d’Auchy-les-Mines. J’avais décidé d’emprunter la rive non aménagée du canal, qui est couverte d’ossements d’arbres (branches, copeaux et bûches) sur lesquels Mon Bolide dérapait au point que j’ai fini par le pousser ; quand nous avons atteint le pont de Violaines sans être tombés à l’eau, nous avons été très soulagés.

Ce qui ne nous a pas empêchés de nous jeter dans la première ornière de tracteur qui bifurquait du droit chemin de halage. Des champs, des champs, des champs. Leurs flaques et nids-de-poule, des bisous sous les roues, et les moutonnements étaient apaisants après le long tape-cul du canal.

Nous n’avons cessé, ce jour, de passer d’une rive à l’autre, empruntant divers ponts et passerelles. Ici, celle de Beuvry, depuis laquelle on voit un manoir minier typique – à droite, avec tourelle.

Nous sommes passés à proximité de cette maison fleurie (+ tourelles aux quatre angles) sise à Cuinchy,

puis devant celle que j’appelle la capitainerie, au moment où son propriétaire ouvrait ses volets – donc pas de photo d’elle en pied mais une vue depuis la rive d’en face, où nous sommes arrivés (pour mémoire, nous, ici = Mon Bolide et moi) au même moment que le Ghost-Sniper.

L’écluse de Cuinchy somnolait ; certains matins de semaine, les péniches y sont nombreuses, les bateliers se parlent d’un pont à l’autre comme s’ils se croisaient sur la place du marché. Il y a une bonne ambiance, en général, meilleure qu’à Douai, où l’écluse est plus grande et assez impersonnelle, genre péage autoroutier.

Aujourd’hui, Jésus m’a narguée à Cambrin, parce qu’il a exactement le genre de serre dont je rêve pour mon jardin, après des mois de navettes nocturnes pour acheminer les gastéropodes à distance de mes plantes et légumes. J’étais tellement subjuguée quand elle m’est apparue que je n’ai pas pensé à prendre de photo d’elle vue de côté donc voici une capture d’écran de Devinez-Quoi Maps :

J’adore ta cabane, allais-je dire à Jésus, mais vous pouvez constater sur la photo ci-dessous qu’il m’adresse un signe pour le moins cavalier, indigne du fils de qui vous savez.

Je lui aurais bien dit que le petit Jésus allait le punir mais j’ai toujours eu peur de ce genre de trucs, comme de composer mon propre numéro au téléphone : comme si ça risquait de me faire disparaître, exploser ou que sais-je. Et pourtant, quelques kilomètres plus loin, au Préolan…

Qui fait le malin tombe dans le ravin, comme disait la mémé de mon amie Sophie. Tout de même, il a beau avoir été malpoli, il me fait mal au coeur, dans son sapin. D’autant qu’il a l’air vraiment très sanguinolent.

La semaine dernière, j’ai rencontré un groupe d’oies près de la passerelle qui relie l’île de La Bassée-Douvrin à Salomé.

Je me suis arrêtée parce que l’une des oies a eu un comportement qui m’a évoqué Carrie. J’ai appelé d’une voix vibrante d’émotion, « Carrie ? » Ce qu’un joggeur matinal a surpris (il était 6h30), aussi ai-je filé sans m’attarder davantage. Ce matin, je suis revenue pour mener l’enquête. Mais non, aucune de ces oies n’était Carrie, aucune Ricah.

Revenez à Noyelles, mes choux, votre étang est sinistre sans vous, vos amis les oiseaux d’eau sont dispersés, perdus, muets. Vous nous manquez (nous = les canards, les poules d’eau, les foulques, le héron, mon amour et moi).

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13 images de mon 5 août 2021.

Lever de soleil sur Sainte-Henriette (Hénin-Beaumont)

et sa luxuriante végétation truffée de lapins (ils sont cachés).

Prenons maintenant cette vue immersive d’un rond-point de Courcelles : un artiste nous prépare quelque chose, dirait-on. Les images ne sont pas mises à jour très régulièrement, on le constate (après vérification, cette vue n’a pas été rafraîchie depuis 2008), car aujourd’hui

l’art de rond-point a pris la ville même pour sujet, à travers l’une de ses infrastructures de base, le château d’eau.

Ailleurs, comme ici à la limite d’Évin-Malmaison et de Leforest, l’art se fait plus poétique avec ce cerf très stylisé.

Ici, on pénètre dans presque la campagne.

Au sommet du terril de Leforest, qui mérite assurément le qualificatif de mignon (il est aussi très préservé, sans détritus et verdoyant), on peut mal s’assoir

ou contempler Leforest

ou faire des repérages pour la suite de la virée : destination le terril d’Ostricourt, que l’on devine dans la nébulosité du matin (il n’est encore que 8h).

Le bassin minier est remarquable par son généreux art des jardins ; vous en avez vu ici quelques exemples relevant de la rubrique Kitsch & Lutte des Classes mais il manquerait une facette si je ne montrais pas l’un de ces personnages abstraits qui sont ici tout aussi prisés que les mickeys, moulins et papillons de façade. Cette oeuvre siège à Ostricourt, à quelques centaines de mètres du célèbre

arbre échelle, dans le bois de l’Offlarde ; les échelons que l’on voit ci-dessous sont des boursouflures de l’écorce, pratiquées par des pièces de fer forgé (certaines y sont toujours) pendant la première guerre mondiale, où ce vieux chêne servait de poste d’observation aux soldats allemands. C’était la minute touristique ; ne comptez pas sur moi pour que ça se reproduise.

Regardez plutôt comme il est beau, le terril d’Ostricourt ; il l’était aussi il y a quelques jours sous la pluie battante mais ce n’est pas comme si j’avais pu en prendre des photos – aujourd’hi, je n’aurais plus d’appareil.

Et ces arbres morts qui bordent les bois marquent l’entrée du site, vers la mosquée d’Ostricourt. Je voulais vous montrer aussi le centre médico-social du boulevard des 25 Nonnes mais ce sera pour une prochaine fois puisque nous avons déjà 13 images et que je tiens toujours autant à mes nombres premiers.

Électricité

Mon amour et moi, on aime commenter les éoliennes ; on les convertit en Carol Anne (l’épicéa qui vit au fond de mon jardin, haut d’une trentaine de mètres), on imagine des Carol Anne tourner comme les ailes d’un moulin, on regarde des images d’éoliennes à côté de la tour Eiffel.

J’aime bien ce genre de comparatifs, comme celui ci-dessous, dans mon livre sur les zeppelins, Le zeppelin en 300 histoires et 150 photos de Jacques Borge et Nicolas Viasnoff, paru en 1976 (le Queen Mary est tordu parce que je tiens le livre d’une main, juste sous l’illustration).

Quand mon amour n’est pas là, je regarde les éoliennes avec tendresse, comme ce matin à Esquerchin, en même temps que je m’amuse à chanter le nom Esquerchin sur différentes mélodies, parmi lesquelles celle de New York, New York (It’s up to you, Esquerchin, Esquerchin – variante, si l’on considère que le second New York est le nom de l’État : It’s up to you, Esquerchin, Hauts-de-France), celle de I Love Paris (I love Esquerchin in the springtime / I love Esquerchin in the fall), celle de Telephone Call From Istanbul (I got a telephone call from Esquerchin / My baby’s coming home today), celle de Meet me in St. Louis (Meet me in Esquerchin, querchin), celle de A Foggy Day (A foggy day in Esquerchin / Had me low, had me down), etc. Rouler dans le soleil levant est aussi l’occasion de revisiter son juke-box et de chanter sans masque.

Puis au retour de Douai, quelque part entre Auby et Courcelles-les-Lens, je découvre ce qui paraît être un modèle de pylône spécial éolienne, or il se trouve que j’aime aussi beaucoup parler de pylônes à mon amour quand elle conduit, je lui dis Regarde ! Un pylône en bois ! (ça, c’était vers Saint-Dizier mais je n’ai pas pris de photo). Je lui raconte comment ils grésillent sous la pluie quand je traverse des champs. Je suis très pylônes. Quand elle n’est pas là pour entendre mes divagations, je chante toutes les chansons que je connais qui parlent d’électricité, de Captain Beefheart à Cucina Povera.

Des ami(e)s

5h30, le jour commence tout juste à se lever, je monte sur Mon Bolide sous un léger crachin avec pour seule ambition de ne pas rester sur un traumatisme, celui des côtes de l’EV5, auxquelles mes cuisses de Lilloise fraîchement repentie ne sont pas habituées. Dès avant de m’y engager, je croise une belle chevrette, qui se prête à une séance de photos. Je me dis que, quoi qu’il arrive, elle aura fait ma journée.

Le chemin jusqu’à Olhain me paraît plus rapide aujourd’hui que samedi, sans doute parce que désormais je le connais, mais pas moins vallonné. Je croise un seul humain, sans fusil puisque ce n’est pas la saison mais tout en lui sent le chasseur, sa veste camouflage multipoches, ses chiens, sa carrure, sa mâchoire et son crâne luisant. Aujourd’hui, la tour Eiffel de Bouvigny se perd dans les nuages rapides, le vent étant énergique.

Dans la forêt d’Olhain, je croise plusieurs escargots de Bourgogne (Helix pomatia) ; j’en avais déjà rencontré un dans le bois des Bruyères, cet hiver, et j’avais été sidérée par sa taille.

Plus loin, j’en rencontre deux autres, numérotés (non mais ça se fait, des trucs pareils ?), 73 qui me promet de me porter bonheur (c’est un nombre premier) et 76.

Et bonheur il me porte puisque je me fais ensuite une nouvelle amie, une chevrette olhain-pienne,

qui n’accepte pas seulement de poser pour moi mais se laisse aussi filmer. Voici 35 secondes de beauté, de grâce et d’innocence :

Je rentre chez moi par les champs. Cette fois je ne suis pas les consignes d’un GPS mais me sers des terrils comme de repères pour trouver ma direction, passant de chemin de tracteur en chemin de presque rien.

Ok, Haillicourt est à droite, donc je vais prendre à gauche.

Parfois un faisan m’engueule parce que je lui ai fait peur et j’objecte que lui aussi m’a fait peur avec son klaxon de mobylette. De même, certains lièvres me fuient

et d’autres me laissent admirer leur noble profil.

Et comme nous sommes le 14 juillet, voici une image qui fait très vieille France pour achever cette promenade de 60 km, pas moins, comme je m’en aperçois en reportant mon parcours sur un plan.

Des champs

Je roule au milieu des champs alors que le soleil se lève derrière un épais paravent de brume, le sol est semé de cailloux gros comme le poing conçus pour éviter aux tracteurs de s’enliser mais sur lesquels Mon Bolide et moi trébuchons, dérapons, rebondissons.

Ce matin, je ne croise que des lièvres. Plein. Des petits maladroits, qui courent devant moi en zigzags avant de se décider à plonger dans les champs de gauche ou de droite, des grands (taille kangourou, pour citer ma fiancée) qui détalent comme en accéléré. Un seul, un peu paresseux, se tasse sur lui-même pour échapper à ma vue, ses oreilles disparaissent dans les épis et je ris toute seule. Là, on ne le voit plus :

Quelques-uns attendent que je sois tout près pour s’enfuir, comme celui-ci et son ami.e (dont on aperçoit une oreille dans les blés, à droite ; je n’avais pas remarqué sa présence avant qu’ielle n’en surgisse pour suivre notre kangourou vers la gauche).

Que contemple ainsi notre ami ? vous demandez-vous. Ce terril d’Hersin-Coupigny qui s’esquisse à peine dans la brume.

Combien de lièvres y a-t-il dans le champ ci-dessous ? Plus que je ne saurais en compter.

Des fruits rouges

Comme j’étais trop fatiguée pour courir, ce matin, j’ai décidé de faire 51 km de vélo et, au passage, de tester l’EuroVélo 5, d’Angres à la forêt d’Olhain (soit 15,4 km de champs et de bois). Voici 13 photos de ma promenade.

Sur l’EV5, les seules personnes que j’aie rencontrées (sans doute en raison de l’heure matinale – départ à 5h30) étaient des lièvres, lapins, chevreuils, faisans et loriots, ainsi qu’une impressionnante nuée de mouettes et corbeaux mélangés près de Fresnicourt-le-Dolmen.

J’aurais aussi bien pu rencontrer des sangliers. Assurément, il y en a dans les parages, ce dont atteste ce panneau de bienvenue à Marqueffles, pour celle qui en douterait encore (l’été dernier, dans la forêt de Vimy, j’ai donné quelques instructions à ma fiancée en cas de sanglier – car il est bien entendu que je maîtrise parfaitement le sujet – or plutôt que de m’en savoir gré, elle a prétendu que je lui faisais peur et que je gâchais sa promenade ; finalement, le tire-tiques nous a certes été plus utile mais on ne sait jamais).

Et à Bouvigny-Boyeffles, il y a aussi des loups, apparemment.

La vue est tantôt bucolique

tantôt minière avec cette skyline si spécifique (Haillicourt, ses jumeaux, ses vignes, etc.)

jusqu’à l’irruption d’un monumental élément de modernité : l’émetteur de B-B (Bouvigny-Boyeffles, essayez de suivre un peu) et son mât haut de 307 mètres (presque autant que la tour Eiffel, avec moins de chichis – mais la tour Eiffel, nous y viendrons un peu plus tard).

Et si on tourne la tête, on peut contempler Nœux-les-Mines, ses nombreux terrils et son beau château d’eau.

Je n’ai pas pris de photos à Olhain : épuisée par les nombreuses côtes que je venais de gravir et me trouvant dans une descente qui traverse toute la forêt, j’ai juste laissé Mon Bolide dévaler celle-ci sans bouger un muscle, j’étais comme un cow-boy troué sur un cheval fou. J’avais aussi très faim, or j’avais renoncé à emporter une part de mon gâteau vegan aux fruits rouges maison parce que je ne voulais pas, en cas d’accident, qu’on se moque de moi. Bien sûr, si quelqu’un l’avait préparé pour moi, ç’aurait été différent (d’ailleurs le gâteau m’aurait protégée) mais en cas d’accident fatal, je n’aurais pas pu expliquer pourquoi je m’étais pâtissé à moi-même cette sucrerie et on m’aurait trouvée pathétique (si vous tenez à le savoir, je l’avais fait pour la raison très simple que je devais écouler des fruits rouges surgelés périmés depuis trois mois et ça, peut-être bien que ça m’aurait porté malchance, or je veux vivre très vieille pour pouvoir protéger ma fiancée des sangliers). Bref, je n’ai pas pris de photos dans la forêt. Ensuite, je suis rentrée par toute une enfilade de petites communes très sympathiques.

Au passage, j’ai trouvé où JC a été muté (il est toujours à la circulation, c’est vraiment son truc) : il est en poste à Barlin (Barlin Est, comme disait une amie membre de Toysession à l’époque où elle était domiciliée dans cette charmante petite ville).

On ne trouve pas que JC à Barlin Est mais aussi JP : un Polonais du Vatican dans un temple grec, au pied d’une église en briques bien d’ici.

On apprécie les mélanges, dans le coin, comme en témoigne également le Eiffel Tower (nous y voici), un diner de la Route 66 – pourquoi se priver quand on a deux passions, après tout ? Dedans, c’est du 100% américain, Elvis himself vous accueille en grandeur nature.

Si vous n’êtes pas d’ici, vous devez découvrir l’incontournable piste de ski de Nœux-les-Mines, sur le terril 42. La voici :

Un infime détail de l’art de Robert Lemaire, rue Nationale à Sains-en-Gohelle (pour un inventaire de son travail cliquer ici). Cette vue me permet d’ajouter un mickey du bassin minier à mon récent recensement.

En vie avec divisions

Vous les voyez ? Il y a deux îles ; à gauche, sur le canal d’Aire, une île sans nom ; à droite, à la confluence du canal d’Aire et de la Deûle, la minuscule île aux Saules.

Ces îles sont traversées par une double frontière invisible : sur l’île sans nom, au nord de la ligne, vous êtes à La Bassée dans le Nord et, au sud, vous êtes à Douvrin dans le Pas-de-Calais. Sur l’île aux Saules, à l’est de la ligne, vous êtes à Bauvin dans le Nord et, à l’ouest, vous êtes à Billy-Berclau dans le Pas-de-Calais.

C’est quelque part entre ces deux îles que je voulais aller aujourd’hui, je l’ai su dès le réveil – c’est là que j’irais me sentir en vie. Je voulais rouler sur le chemin de halage au long du canal d’Aire et, là,

entre Douvrin et Billy-Berclau, écouter Surrounds, Surrounds Me de Jessica Sligter.

Quelle splendeur & merveille que cette chanson. Je l’avais dans la tête au réveil, elle aussi, et j’ai décidé de me rendre sur ce chemin de halage parce que, deux semaines plus tôt, j’avais vécu en l’écoutant là un prodigieux moment de grâce. Mais pour ne pas aller grossièrement droit au but, je suis passée sur la première île, où le chemin est si étroit que parfois il ressemble à une absence de chemin (et il y a plein d’orties, c’est vivifiant et tant mieux puisque le but de la promenade est de se rappeler qu’on est en vie et que c’est bien).

On voit ce drôle de pont qui mène à la coopérative agricole sise à La Bassée + Salomé en même temps car elle aussi est divisée, il faut croire que c’est le thème de la journée. La division.

On quitte l’île comme on peut (orties, orties) et on rejoint la bonne rive du canal, hop. Il y a deux semaines, mon amour m’a appelée quand je m’y trouvais, pas cette fois mais ça n’empêche pas d’être en vie.

Après l’apogée cinématographique de Surrounds, Surrounds Me, je suis allée voir le pont sur rien qui domine l’île aux Saules (mio).

Il ne sert à rien du tout, il est juste posé là, j’aime bien :

Je me suis postée à la pointe ouest du triangle, où des panneaux géants guident les péniches, Béthune à droite, Douai à gauche – division encore et toujours.

Puis j’ai quitté l’île, quitté le chemin de halage pour m’enfoncer dans les marais dits du Flot de Wingles, où j’ai rencontré des vaches très sympathiques,

j’ai roulé sur une bande de terre battue qui sépare un bayou d’un ruisseau (vous le voyez, le bayou ? ces arbres poussent dans l’eau croupie, couverte de lenticules)

et après ce crochet, j’ai regagné le chemin de halage, au long duquel bourdonnaient des prairies qui avaient l’air organisées : les coquelicots ici, la vipérine là, etc.

J’ai fait un détour par Harnes pour rentrer par mon spot du dimanche et, en chemin, j’ai apprécié ce paysage mixte (divisé, pourrait-on presque dire).

Sur mon site du dimanche, il y avait encore plus de coronille bigarrée que de vipérine, rendez-vous compte. Et des lapins, des faisans, des lézards, bien sûr.

C’était un dimanche en vie malgré ses divisions.