Vani / tir

Hier, j’ai décidé de me donner mon après-midi : j’avais trop travaillé toute la semaine, sur trop de projets à la fois, mon cerveau boudait, il faisait beau, alors j’ai sauté sur Mon Bolide et cédé à l’appel de la forêt qui me taraudait depuis des jours. J’ai donc pédalé jusqu’à la forêt domaniale de Phalempin, avec un crochet par le bois de l’Émolière, qui en est une partie mais qui est sis entre Libercourt et Wahagnies (prononcez Vani). C’est là que, contre toute attente puisqu’il était 14h, j’ai aperçu Monsieur. J’ai dit Tiens tiens, bonjour. Il n’a pas bougé.

J’étais surprise qu’il ne m’aboie pas dessus car, bien souvent, c’est ce que font les mâles quand je cours ou pédale sur leur territoire, je m’entends mieux avec les chevrettes et les faons. Or c’était assurément un chevreuil, on le voit bien : il a des bois, pas de miroir en forme de cœur sur les fesses et puis, euh.

Un Monsieur, en somme. Qui n’a pas semblé dérangé par ma présence. Je lui ai dit que j’étais très touchée de sa confiance mais qu’il ferait bien d’être un peu plus prudent ; c’est à ce moment-là qu’il a commencé à se laver. J’ai insisté, j’ai tenté de le raisonner tout en regardant autour de moi pour m’assurer qu’un sanglier n’avait pas une insomnie, lui aussi. Puis nous avons repris chacun.e notre chemin. Qu’est-ce que j’étais censée faire ? Hurler, faire du bruit pour lui rappeler que les humains sont un danger ?

Je me suis arrêtée à la niche 5 étoiles de la Vierge Marie derrière l’église de Wahagnies pour lui demander de protéger les innocent.e.s des chasseurs. Par exemple, je lui ai suggéré avec diplomatie, tu pourrais leur souffler de troquer leur fusil contre un appareil photo. Cette fois, je n’avais pas oublié son allergie aux fruits à coque et lui avais apporté une barre de céréales aux pommes bio en offrande, j’avais mis toutes les chances de mon côté, pourtant elle m’a répondu assez agacée, « Qu’est-ce que tu lis sur mon autel ? Ave Rita ? » Merci beaucoup, ND, toujours aussi aimable.

Je suis rentrée de Phalempin en faisant des détours pour éviter les routes fréquentées. Alors que je traversais Estevelles, j’ai vu un California Dreaming particulièrement réussi.

J’ai préparé ce billet avant d’aller me coucher, hier soir. Et ce matin, il résonne étrangement après ce qui vient de m’arriver. Je courais au pied d’un terril, dans une ville qui laisse les canetons agoniser dans des bassins de rétention, quand j’ai vu un chasseur pourtant bien caché dans les buissons. Une caricature vivante en camouflage intégral, mais sans gilet orange puisqu’il était de toute façon dans l’illégalité (ici la chasse n’est pas autorisée le samedi), un vrai gros dur à moustache brosse, le fusil posé sur la crosse, contre sa jambe. Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit qu’il n’avait pas le droit d’être là et que j’allais le signaler. J’ai continué de courir et soudain je me suis dit Mais enfin, tu es complètement stupide ou quoi ? Il a une arme… Ma spontanéité finira par me causer des ennuis. Et de fait, un coup de feu a retenti dans mon dos. Je ne sais pas s’il m’a visée ou s’il voulait juste me faire peur, je suppose que c’est la deuxième option (à savoir une menace de mort, tout de même) mais je tremblais quand j’ai appelé la police. Et maintenant, que faire ? Porter plainte ferait de moi une cible de tout le lobby (le fondateur de la fédération anti-chasse reçoit constamment des menaces de mort sous forme de balles dans sa boîte aux lettres, ce n’est pas une vie) alors je vais m’abstenir. Et laisser les types qui ont des fusils continuer de sévir dans la plus pure impunité. Ils ont l’argument suprême, le pouvoir de vie ou de mort, un pouvoir légal – au pire, ils prétexteraient l’accident de chasse : c’est puni par la loi, ça ? Ah oui, c’est passible de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende, selon l’article 221-6 du Code pénal. Tranquille.

avant Paris

où (RAPPEL) Wendy et moi présenterons L’Évaporée demain vendredi à 19h aux Mots à la Bouche et samedi à 16h à la Régulière,

avant Paris où je me réjouis d’aller (une fois n’est pas coutume) parce que voir ligne précédente + il y aura des amies,

avant Paris, malgré la joie des rencontres en librairie avec Wendy, que je verrai donc pour la troisième fois de ma vie (n’est-ce pas fou ?),

j’ai eu besoin de faire un petit tour à vélo ce matin dans mes paysages, de respirer l’air pur, la lumière, la brume, le silence et la beauté

le dernier samedi de mes 47 ans,

je me suis offert une virée à vélo malgré toutes les choses à faire (dernières retouches à mon manuscrit avant de l’envoyer à une éditrice, grand ménage de la maison pour accueillir mon amoureuse, sélection de passages à lire en librairie la semaine prochaine, etc.) et j’ai vu plein de choses étonnantes, drôles et/ou belles et rencontré des gens si gentils que ça faisait des bulles dans mon cœur (la plupart du temps, j’aime les gens tant qu’on n’aborde pas de questions relatives au régime alimentaire et plus généralement aux animaux et à la nature).

D’abord, il y avait des résidus de brume sur les champs et les friches comme une meringue (vegan).

Et puis j’ai frôlé l’arrêt cardiaque à Mazingarbe mais ensuite j’ai regretté que ce cochon noir ne soit pas un sanglier ; on s’est regardés dans les yeux un long moment puis j’ai osé prendre cette photo mais le flou atteste que je tremblais encore, même après avoir compris ma méprise.

À Labourse, on n’a peur de rien. Voici la rue Honneur et Patrie, rien moins. Je prenais des photos de ces panneaux quand une dame en robe de chambre m’a demandé depuis le premier étage de sa maison si elle pouvait m’indiquer mon chemin. J’ai sursauté mais ensuite tant de gentillesse m’a tellement émue que j’aurais aimé être vraiment perdue pour lui dire oui, vous pouvez m’aider. Il y a des gens adorables, rue Honneur et Patrie.

Ce matin, j’ai aussi appris des choses : vous saviez qu’elle était de Noeux-les-Mines, vous ?

À Sailly-Labourse, une Vierge Marie prie aux pieds d’une Vierge Marie en prière et il y en a une troisième dans la grotte ; ce triplement de personnalité n’est pas nouveau, je l’observe même très souvent. Je ne vous cache pas une certaine inquiétude pour VM.

Triplement aussi de l’iconique terril conique, depuis les champs quelque part entre Vermelles et Vendin-le-Vieil.

Pour finir, vous allez me remercier pour le bonne tuyau :

C’est à Loison-sous-Lens ; si ça vous intéresse, je vous enverrai l’adresse précise.

septembre

a commencé ici ce matin,

parmi les lièvres solitaires et

ceux qui content fleurette.

Parfois, comme ici à Aix-Noulette, la signalétique est paradoxale ;

parfois, comme à Bouvigny-Boyeffles, elle n’a pas fonctionné.

Sur le chemin qui marque la frontière entre Hersin-Coupigny et Fresnicourt-le-Dolmen, dominant la zone de gestion des déchets toujours très fréquentée par les mouettes, une cigogne.

En zoomant (voir ci-dessous), je me suis aperçue qu’elle était baguée ; j’ai d’abord, évidemment, serré les dents. Puis j’ai appris pourquoi (c’est exactement comme pour les ours et au fond, même si c’est pathétique, ça les protège des chausseurs, ces dégénérés) alors j’ai rempli ma petite fiche sur le site dédié à ciconia ciconia.

On peut y lire ceci :

« Le programme porte sur l’étude de la biologie, de la dynamique et des comportements migratoires de la Cigogne blanche Ciconia ciconia. Cette espèce a failli disparaître dans les années 70, sa population s’étant restreinte à 11 couples dans l’est de la France. Depuis, et ce grâce à des programmes de conservation, aux lois de protection, à l’interdiction de la chasse sur cet oiseau, aux meilleures conditions climatiques d’hivernage en Afrique, etc… la population française se redynamise, apportant alors un nouvel espoir à l’espèce. Aujourd’hui, environ 4500 couples se reproduisent sur l’ensemble du pays et, chaque année, 2 grands mouvements migratoires sont observés par le plus grand nombre d’entre nous.

Ces dernières années, la Cigogne blanche a su s’adapter à la fois aux menaces climatiques, mais également aux activités humaines, présentes tant sur ses sites de reproduction, que sur les zones d’hivernage. Ce grand migrateur, originellement subsaharien, foule de moins en moins le sol africain, et tend davantage à passer l’hiver sur nos marais mais aussi sur les décharges à ciel ouvert françaises, espagnoles et portugaises.

Si le baguage démontre un intérêt scientifique incontournable dans l’étude de la biologie d’une espèce, le contrôle de ces bagues n’en est pas moins important. En effet, le contrôle des bagues métalliques et DARVIC posées sur ces oiseaux constitue la finalité et l’aboutissement de l’étude d’un individu. Ainsi, de nombreuses connaissances scientifiques ont été acquises par ce biais : dates de départ et d’arrivée de migration, nouvelles zones d’hivernage, proximité au site de naissance d’un individu en première reproduction, taux de survie des individus bagués, etc…

Ce site a donc été créé pour vous permettre de nous transmettre vos observations sur la Cigogne blanche. Votre participation nous permettra d’écrire l’histoire de chaque oiseau bagué. Vous pouvez également, grâce à la bague DARVIC, consulter l’histoire de l’individu observé. »

à travers champs

Dans les champs, il y a des bosquets peuplés d’animaux sauvages. Ce sont de petits petits échantillons de la vie dans les bois et l’on y trouve donc aussi, hélas, des traces de chasseurs (qu’ils crèvent, furoncles), leurs petits abris pour pouvoir tirer sans être vus (la moindre de leurs lâchetés – depuis samedi, je les vois qui viennent lâcher des faisans et perdrix d’élevage dans les champs, des oiseaux qui ont mangé dans leur main et qu’ils pourront donc abattre sans qu’ils aient tenté de fuir cet être fourbe et répugnant qu’est homo sapiens en gilet orange), leurs chaises en plastique, leurs canettes de pils brisées sur les sentiers. En longeant l’un de ces bosquets à l’aube, j’ai frémi et je me suis rappelé que le vrai danger, sur cette planète, ce sont les êtres humains. Un sanglier peut charger un être humain parce qu’il se sent en danger ; un être humain peut torturer un être vivant pour son plaisir. J’ai donc pédalé aussi vite que possible auprès des traces de ces festivités glaçantes et, une fois parvenue à une distance réconfortante, je me suis arrêtée pour contempler le paysage ; c’est à ce moment qu’un renard l’a traversé à une vitesse folle et que, simultanément, un trio d’oies sauvages en V m’a survolée avec ce son si spécifique et que j’adore, on peut entendre leur souffle et l’air siffler entre les plumes de leurs ailes. J’ai remercié ces non-humains, comme on dit, pour leur soutien si gracieux. Le soleil s’est levé ici.

A Wingles, les panneaux des promoteurs ont tenu leurs promesses des derniers mois et les champs ont perdu du terrain. Bientôt, piscines en plastique et trampolines feront des confettis sur les vues satellite de ce qui s’appellera pompeusement la Cité des Arts. Ci-dessous, la rue Camille Claudel – quel honneur, ça lui ferait bien plaisir.

Bientôt, on pourra prendre ici des photos très amusantes, comme celle-ci, prise à Loos-en-Gohelle :

Passé Bénifontaine, passé Hulluch, toujours plus à l’ouest, être au milieu des champs est devenu plus apaisant : comme être sur une plage de la Manche, immense, presque infinie.

Encore une fois, à la croisée des chemins, j’ai choisi de poursuivre vers l’ouest.

Sur l’un de ces chemins, « The Lone Tree, 1915 Battle of Loos » ; non pas l’arbre qui a survécu aux obus, dit-on, puisque les soldats l’ont abattu pour en emporter des morceaux en souvenir, mais celui que l’on a planté en mémoire des soldats tombés dans la bataille.

Le toupet du terril 58 en forme de sous-marin – l’un de mes préférés – vu depuis une belle cité minière de Mazingarbe.

Sur ce chemin vallonné qui dessine la frontière entre Mazingarbe et Loos-en-Gohelle, soudain l’horizon se fait elliptique.

Le 11/19, pas encore tout à fait sorti de la brume, vu depuis les champs en contrebas.

Tandis qu’à l’ouest du même champ (également vallonné, on le devine), le château d’eau de Liévin est dans le choux.

19

L’été s’achève. Les cinq romans de la rentrée font du tintamarre (une librairie indépendante lilloise consacre toute une vitrine à un seul d’entre eux, dont elle expose une trentaine d’exemplaires – un livre qui se vendrait aussi bien si l’audacieuse équipe en cachait ses piles sous des bâches), les profs prennent un Xanax, les chasseurs lustrent leurs fusils (qu’ils s’auto-régulent et s’entre-tuent) mais je ne veux pas. Je veux poursuivre l’été, je veux le rembobiner pour sauver des canetons par des moyens pas très légaux (mais parfois la justice n’est pas légale) plutôt que d’attendre quoi que ce soit des humains et de leurs institutions, je veux rester en demi-vacances et continuer de rouler soixante kilomètres à vélo tous les matins, je veux la rassurante proximité des animaux. Hier j’étais si déprimée de me sentir hors-humanité avec mon empathie peu partagée que j’ai traversé une forêt sans peur, je souhaitais les sangliers, je pouvais déjà presque les voir surgir – mais toujours pas. Quelles sont les probabilités qu’une même personne soit chargée deux fois dans sa vie par un sanglier ? je me suis demandé, puis j’ai regardé autour de moi, compté les humains et admis qu’il y avait effectivement des probabilités pour que ça se produise. Je me suis rappelé la première fois que je me suis aventurée dans la forêt de Phalempin, il y a quelques années ; j’avais la crainte des sangliers, déjà, et plus tard j’en ai souri, me disant que c’était bien une crainte de citadine, et c’est pourquoi j’ai ensuite agi de manière inconsidérée (pour répondre à la question amusée de mon amie Marie-Thérèse, « Qu’est-ce que tu fais dans une forêt par une aube brumeuse ? ») mais des dizaines de fois je l’ai fait sans conséquence autre que de me sentir faire partie de la faune sauvage et d’en éprouver un bonheur profond, intense, inégalable – dans la forêt la vie n’a pas besoin d’avoir un sens, tout est là. (Je rêverais de me réincarner en sanglier, n’étaient les chasseurs, ces raclures de fosse septique.)

Voici 19 photos prises la semaine dernière au cours de mes virées cyclistes.

Une aube nuageuse dans les champs, quelque part entre Haisnes et Loos-en-Gohelle ; au loin très loin, le terril d’Harnes.

Il y a les levers de soleil vus depuis les champs

(ici, en zoomant beaucoup, depuis les mêmes champs – des dizaines de kilomètres de sentiers champêtres enchâssés à des cavaliers

où l’on pourrait rouler des heures, hésitant constamment à des embranchements pleins de promesses – au loin : des bosquets, des cimetières militaires, des horizons infinis), d’autres sur les canaux (ici, sur la Deûle, juste après sa confluence avec la Souchez,

là sur le canal d’Aire mais c’est un lever pudique voilé de brume).

Parfois aussi, il y a de la route pure, du bitume sur lequel on file et le son des pneus sur le sol n’est plus granuleux, composite mais un frottement vif et continu, pour gagner vite d’autres sites où sinuer lentement dans les craquements, bruissements, crépitements. Sur ces grands axes, des fantômes de la vie pré-autoroutière m’émeuvent. Ainsi cette borne marquant la frontière entre Nord et Pas-de-Calais, à Courcelles-les-Lens,

ou ce relais routier quasi américain (dans la région, on ne compte pas les bouis-bouis dont le nom et/ou la déco comportent le motif de la Route 66),

car comme je l’écrivais dans La geste permanente de Gentil-Coeur, le bassin minier des Hauts-de-France se situe au sud des États-Unis ; pas besoin d’empreinte carbone pour aller au Texas, il suffit d’aller à Oignies :

Plus loin, après un passage à niveau de campagne qui était le prétexte de ma virée hier, du moins le point qui m’a décidée à partir vers l’est quand je suis montée sur mon vélo – la suite serait purement de l’impro – j’ai photographié ce ciel qui s’ouvrait sur le terril d’Ostricourt et c’est ensuite que j’ai traversé la forêt.

Le seul panneau qui m’ait fait changer de chemin dans la forêt était assez original, je n’en avais encore jamais croisé de tel (je passe souvent, en revanche, des panneaux annonçant des risques chimiques) : Danger zone pyrotechnique. Étonnant.

Ici, à Courcelles, un cormoran guette le passage d’une péniche pour s’engouffrer dans son sillage – on voit souvent des cormorans voler à la suite des péniches pendant quelques centaines de mètres puis ils reviennent à leur perchoir habituel (ceux-ci – il y en avait trois – n’étaient pas en hauteur, bizarrement).

Un autre matin, un autre chemin de halage, d’autres oiseaux d’eau. Une photo d’automne prise un matin d’été où je portais un short, un coupe-vent, des gants et une écharpe et au fil des heures me suis retrouvée en T-shirt et ruisselante.

Ces pylônes sont parmi mes préférés ; ils ne grésillent pas comme les traditionnels et c’est moins effrayant de rouler sous leurs lignes.

Les marais d’Annequin, tôt le matin : image et son – les oiseaux font de la techno.

La vue depuis le terril 115 dit du Téléphérique de Libercourt, où je n’étais pas retournée depuis la disparition de Dame Sam, c’était bouleversant mais nécessaire. J’aime ces strates de paysages, on dirait presque un collage.

Il ne faut pas négliger la capacité qu’a le territoire à tirer des sourires attendris dans le registre K&LC – qu’il s’agisse d’art municipal, comme ici à Libercourt toujours,

ou d’art de jardin, comme ici à Sains-en-Gohelle, avec cet estuaire en trompe-l’œil que jouxte un véritable ruisseau (il coule de la fausse grotte à droite jusque dans un bassin, car il n’y a pas de sécheresse qui tienne quand il s’agit d’abreuver le rêve).

Il y a aussi les travées fantômes des anciens cavaliers, ces palimpsestes protéiformes – ici à Courrières, vers le pont rouillé près de la confluence.

Et pour finir, il y a (beaucoup) l’invasion de la campagne par des zones industrielles en perpétuelle expansion – palimpsestes futurs, et billet à venir, dont voici un teaser très graphique.

S&M de Courrières

Il n’y a pas que des voitures brûlées plongées dans le canal de la Souchez, à Courrières, il y a aussi des oiseaux d’eau paisibles et des histoires d’amour qui commencent bien.

Un canard qui a arrêté de s’en faire.

Un centre aéré pour cygneaux.

Becquée de foulques macroules.

Perdrix jouissant d’un mois sans chasse.

Et enfin, ce premier rendez-vous d’inconnu.e.s, pour fêter les 6 mois de ma rencontre avec Valentina.

67/7 : trouvez l’intrus

Hier, lors de la deuxième partie de mes (26+41) km du jour, j’ai pris un certain nombre de photos, comme je le fais presque toujours, ensuite de quoi je les ai triées, puis j’ai fait la sélection que voici et je me suis rendu compte que les images avaient toutes un point commun – sauf une.

Je suis partie de chez mon papy à Chocques. Il a 95 ans et a cessé de conduire il y a deux mois, ce qui représente à la fois un changement dans la logistique familiale mais aussi un symbole fort qui a teinté ma promenade de mélancolie. Un jour, on sait qu’on ne verra plus jamais la maison de ses proches, qu’on ne traversera plus jamais les paysages de toute une vie. Une rencontre que j’ai faite en cours de chemin n’a rien fait pour me détacher de ces pensées.

Il y a des choses bizarres à Béthune, où je suis née. Il y a une zone commerciale qui est aussi une ZI, près du canal d’Aire ; ce mélange à lui seul serait étonnant mais au beau milieu de ces hangars géants, il y a un bar à tatouages (si j’ai bien compris le concept) et là, des dizaines, sinon des centaines de bikers et affilié.e.s sont attablés dans une ambiance festive et un décor semi rétro semi industriel. Mais je n’ai pas pris de photos parce que des centaines de personnes seraient venues, à raison, me brandir leur droit à l’image sous le nez. Un peu plus loin, ce vélo géant m’a fait sourire parce qu’il est exposé sur un rond-point qui est aussi, ordinairement, une véritable machine à broyer les cyclistes. Mais hier, un dimanche soir d’août, on pouvait y survivre.

Puis j’ai été en sécurité au bord du canal, une fois descendue sous ce pont d’Essars.

Le pont vu d’en-dessous – on ne le devine pas mais il est très haut, ces tuyaux noirs fort appréciés des pigeons sont énormes.

Après Cuinchy, j’ai plongé dans les champs, d’Auchy-les-Mines à Vermelles – cinq kilomètres de cavaliers quasi déserts. Parmi les rares personnes que j’ai croisées, une dame m’a abordée alors que je prenais la photo ci-dessous. Elle devait avoir beaucoup marché parce qu’il n’y avait pas d’habitations dans les alentours immédiats. Nous avons parlé de nos paysages, des bienfaits de la campagne et du mouvement. Ça fait du bien de marcher, m’a-t-elle dit – enfin, vous, vous êtes jeune, vous pouvez faire du vélo. J’ai acquiescé, dit que j’en profitais. Vous avez raison, il faut en profiter, elle a dit puis je l’ai regardée s’éloigner seule dans ses vêtements qui me rappelaient ceux de ma grand-mère, les mains vides, sans même un sac. Je m’inquiète souvent que les autres se sentent seuls – bien que j’apprécie moi-même beaucoup la solitude, je sais que quand on la subit (j’ai vécu ça pendant l’un des confinements), elle peut être le lieu le plus triste du monde. La dame est-elle veuve ? Ses copines n’aiment-elles pas marcher ? Ou n’en ont-elles plus la force ? La dame préfère-t-elle les chats aux chiens ? (Si j’ai ces pensées, est-ce aussi parce que ma meilleure amie se trouve à cette heure précise à l’enterrement de sa grand-mère ?)

Le terril ci-dessous est celui que la grand-mère d’une autre de mes amies a vu toute sa vie ; elle vivait juste à côté, à Vermelles. Ici, vu depuis l’usine AZF de Mazingarbe.

Ci-dessous, toujours à Mazingarbe – à quelques centaines de mètres du sous-marin verdoyant de Grenay que l’on devine en arrière-plan -, ce passage à niveau pédagogique : « L’approche d’un train est annoncée par l’allumage des feux rouges clignotants et le tintement des sonneries », nous apprend ce panneau. Merci, je me suis toujours demandé à quoi servaient ces signaux. Il ne me reste plus qu’à découvrir la fonction des barrières blanches à pointillés rouges.

Et le voici, l’un des plus beaux et des plus étranges terrils des environs, le 58.

Alors, quel est l’intrus ?

63/15+2

à savoir 15 photos, 1 vidéo et 1 piste audio, 17 éléments qui ont jalonné mon parcours du jour et que je disposerai dans l’ordre chronologique de notre rencontre. Ce matin, j’ai fait l’aller-retour Lens-Faches-Thumesnil à vélo pour entretenir le (très beau) potager de mes amies, comme lundi mais pas par les mêmes routes – cela dit, on ne s’ennuie pas quand on a les yeux et les oreilles partout, ce n’est jamais la même chose. Aujourd’hui, je suis passée par Carvin et Carnin, rentrée par le bois d’Emmerin puis par le canal. Dès le premier kilomètre, un bruissement géant a attiré mon attention vers ce rassemblement d’oiseaux au stade Léo Lagrange ; c’est

la vidéo du jour

Enfin une aurore

Le soleil venait tout juste de se lever quand je suis arrivée sur la route de Lille, à Loison, mais les lumières étaient encore très belles. Vous connaissez la différence entre une aube et une aurore ? Je suis désolée de ne pouvoir l’expliquer ici à celles et ceux qui ne seraient pas dans les petits papiers du petit matin parce que j’ai déjà un mot du jour pour ce 30 juillet, sorry (voir plus bas).

Fait divers

Quelqu’un avait un peu trop festoyé, apparemment, et la vue de cette voiture versée dans le fossé qui longe la piste cyclable a bien sûr attisé ma terreur des week-ends : j’ai toujours peur qu’un type bourré me fauche à son retour de débauche quand je pars faire l’esprit sain dans le corps sain, ce serait quand même une mort stupide. Il n’y a vraiment pas de piste cyclable sûre – plus loin, d’Annay à Carvin, je n’ai eu d’autre choix que de rouler sur un tapis scintillant de minuscules bris de verre mêlés à des graviers. Je crois que les collectivités se paient nos têtes : Ah vous voulez des pistes cyclables ? Ok, on va peindre une bande blanche pour séparer la chaussée du bas-côté dégueulasse où de toute façon les automobilistes évitent de rouler.

J’ai erré dans les rues désertes de Carvin, c’était l’occasion de comprendre comment elles s’agencent. Puis j’ai appris ce scoop :

Notre-Dame de la Délivrance
derrière les barreaux

(il faudrait sans doute un point d’exclamation)

Oui, je me suis bien amusée à Carvin, j’ai même dû me pincer le nez pour ne pas éclater de rire quand j’ai assisté à une joute de coqs – voici

le son du jour

soit un extrait de leur battle, à écouter les jours de déprime :

(Ce qui n’est pas sans rappeler la séance d’orthophonie que j’ai mise en ligne en mars 2021 et qui m’amuse toujours autant.) Puis j’ai pris la route de campagne qui mène à Carnin,

avant dissipation
des brumes matinales

Les lièvres du jour

Le lièvre est un animal solitaire très attaché à son territoire. On s’entend bien. Celui-ci a renoncé à me fuir dans un champ de Gondecourt.

l’humaine du jour

Où allez-vous de si bon matin ? m’a demandé la jeune femme de la boulangerie. Eh beh, a-t-elle commenté après que je lui ai répondu : vous allez vous faire les mollets. J’ai baissé les yeux vers eux et je me suis rendu compte qu’ils étaient striés de noir, comme si je m’étais roulé dessus moi-même.

Le mot du jour

Dans le jardin de mes amies, j’ai coupé les gourmands des pieds de tomates et en ai presque empli un cageot ; comme chaque fois que je fais ça, j’ai mesuré la cruauté du geste et le cynisme du mot. Je l’emploie pour ne pas faire de périphrase quand je discute avec mes proches, d’ailleurs si je leur parlais des rameaux qui ne donnent pas de fruits, je suis sûre qu’ils me reprendraient : « les gourmands », intercaleraient-ils pour mon édification. Des gourmands ; des bouches inutiles – chez l’être humain, le terme s’appliquerait à des femmes comme moi, qui n’ont pas donné de fruit pour aider à la prolifération de l’espèce. Peut-être que je finirai par refuser de couper les rameaux sans fleurs des pieds de tomates, qui sait, ce serait cohérent.

Assez parlé biologie :
la mécanique du jour

Alors que je quittais Faches-Thumesnil par les Périseaux, j’ai eu cette vision anachronique et rouge qui ne m’a pas déplu : une maquette, dirait-on. C’est l’occasion de prendre une photo de véhicule motorisé non carbonisé – je ne le fais habituellement jamais. Pire, je gomme les véhicules motorisés des photos que j’aime, avec mon logiciel libre, je m’applique, je restitue leur beauté aux sites qu’ils gâchaient. Mais aujourd’hui, voici un camion. Bien sûr, sa photogénie tient aussi au vide du parking.

Où est Charlie ?

Deux perruches se cachent dans cet arbre de Wattignies, les voyez-vous ?

J’ai décidé de suivre l’une d’entre elles et de documenter son repas – un beau tournesol.

Le bocage du jour

à savoir le bois d’Emmerin, qui était à l’époque de ma vie lilloise l’un des lieux où j’aimais le plus courir (ex æquo avec Villeneuve-d’Ascq).

et pour finir,

Les cuves du jour

au bord de la Deûle – à Billy-Berclau et Vendin-le-Vieil respectivement.

43/13

Pour éviter une déchirure musculaire qui me priverait de tout mouvement pendant des semaines, j’ai repris tout petit mon exploration des Splendeurs & Merveilles minières ; mon objectif du jour était, très modestement, d’aller à la boulangerie d’Hersin-Coupigny que j’aime tant et dont j’ai déjà parlé ici. Ensuite, me disais-je, nous aviserons selon l’état des muscles (oui, nous, car en mouvement je ne suis jamais seule). La boulangerie était fermée, aussi j’ai testé celle de Barlin qui était ouverte, sans extase mais ça m’a permis de voir de très chouettes choses, notamment une Vierge Marie en vivarium. Et puis j’ai traversé des paysages d’une grande diversité, de campagne et de routes infinies à 70 km/h (avec pistes cyclables), de petites villes, de cités minières et d’arrière-mondes, tandis que sous le ciel variable aux lumières capricieuses, des émotions tout aussi contrastées me traversaient, moi, plénitude, amusement, mélancolie.

D’abord, les trois châteaux d’eau du jour, le premier à Barlin,

le second, avec sa forme de cornet si élégante, à Noeux-les-Mines,

et le troisième, fraîchement repeint, à Liévin – j’ai choisi de ne photographier que ses pieds très design – très soucoupe volante.

La fameuse Vierge qui m’a plu à Barlin (j’ai cessé de prendre en photo tous les calvaires, chapelles et niches que je rencontre, il y en a presque à tous les carrefours, à la campagne, je n’avancerais pas) ; voici deux photos que j’aime tout autant mais pour des raisons tellement différentes que je ne peux pas en choisir une.

Puis je me suis enfoncée dans les champs, entre Barlin, Hersin-Coupigny, Noeux-les-Mines, Bouvigny-Boyeffles et Sains-en-Gohelle :

D’ici (entre deux tas de fumier), on aperçoit le célèbre Loisinord, piste de ski sur le terril de N-les-M,

et un peu plus loin, alors que le ciel se met à moutonner, des rayons tombant sur les terrils de Grenay, à gauche, et sur le 11/19 lointain, à droite.

Sur le chemin suivant, j’ai pris conscience d’une chose : si je prends beaucoup de photos, ce n’est pas seulement pour pouvoir les examiner quand j’en ai envie ou besoin mais aussi parce que je ne sais pas m’arrêter quelque part – m’arrêter – pour sentir, ressentir, je suis trop nerveuse, toujours pressée, aussi prendre des photos est une manière d’être au cœur des choses tout en restant active.

L’infinie tendresse de ce chemin, par exemple : je ne saurais pas quoi en faire si je ne la prenais pas en photo. Des gens cueilleraient des fleurs pour essayer (en vain) d’emporter un peu de cette tendresse avec eux, la détruisant du même coup.

Je n’écoutais pas de musique, aujourd’hui, seulement les oiseaux et le vent.

Ci-dessous, une maison isolée (prise avec un long zoom) qui m’a serré le cœur. Comme l’avait fait plus tôt la vieille dame qui promenait un tout petit chien dans une cité minière désaffectée de Sains : nous nous sommes dit bonjour avec de grands sourires puis je me suis sentie comme la bulle dans un niveau à bulle qu’une majorette lancerait vers le ciel et qui tournoierait, tournoierait, parce que je me suis demandé si cette dame était aussi seule qu’elle en donnait l’image – bien sûr, il ne s’agit que d’une image. Tout comme la maison ci-dessous – je l’ai cadrée ainsi mais rien ne vous dit qu’elle n’est pas la première d’une longue rangée. Je suis trop sensible aux images (et aux musiques, et aux lumières, et