Une chute

Ma permanence poétique m’amène ces jours-ci à délaisser la course à pied pour le vélo, de sorte que ces quelques lignes écrites un jour pair n’ont pas leur place dans mon texte. Voici donc ce qu’il convient d’appeler une chute – les photos, en revanche, ont bien été prises dans le cadre de la permanence, en l’occurrence dans le bassin minier.

 

ce matin dans l’arrière-monde un inconnu me dit bon courage
alors même que mon corps sécrète un feu d’artifices biologique
je ne souffre pas je n’ai pas un air de souffrance
même si j’ai croisé dans les bois un groupe dont les exclamations
gilets fluorescents et bâtons de marche nordique
faisaient peur aux lapins alors je n’ai pas dit bonjour

(Le marcheur du terril d’Harnes-Annay – jock-a-mo fee na-né.)

peut-être le monsieur dit-il bon courage
parce que la simple idée de courir le fatigue lui
mais moi rien ne me rend plus heureuse que de courir
sinon mes road trips vers le sud juchée sur Mon Bolide
mon vélo rose qui grince et couine et frotte
moi l’expérience que j’aime au monde c’est le mouvement
et d’autres non mais je ne m’en mêle pas je ne dis rien du tout
à ceux qui ont un rendez-vous galant je ne dis pas
bon courage au prétexte que ça me fatiguerait
moi de faire tout le badinage et la performance sexuelle
requis par les rendez-vous galants
ou aux couples qui se doivent une disponibilité du corps et de l’esprit
s’ils ont leur bonheur comme ça je ne leur dis pas bon courage
ni aux parents qui crient Pas sur la route Nathan mets ton pull

(Une joggeuse dans le parc de la jeune athlète, Sallaumines.)

ou peut-être le monsieur est-il simplement de ceux qui disent bon courage
de ceux qui par exemple aux caissières disent merci bon courage
comme si elles rêvaient d’un bullshit job plus challenging dans un open space
ces messieurs vont de par le vaste monde en dispensant des bon courage
comme si les autres vies que la leur étaient des punitions
mais je grogne merci parce que déteste m’arrêter quand je cours
même pour expliquer au monsieur où il peut se le mettre
son courage

(Fuck you sur le chemin de halage à Bauvin.)

Re-forge

Et un petit souvenir de ma dernière lecture à La Forge (place du Général de Gaulle, à Marcq-en-Barœul) avec le violoncelliste Guillaume Lafeuille. Merci à Nico pour la photo !

La poésie encore

J’a-dore le marché de la poésie, quand j’y retrouve Mandana, mes Montpelliéraines de choc, Sarah, IBL (que je ne présente plus) et NatYot, et les autres ami-e-s.

(Ici, avec IBL et Sarah <3)

Note au sujet de ma permanence

On apprend beaucoup de choses dans mon nouveau projet poétique, sur des tas de sujets : l’érythème fessier du nourrisson, les escargots, la musique cajun, Jean Guimier, le minigolf, les cavaliers ou encore les foulques macroules – vous connaissez Fulica atra, bien sûr ?

Attention, à ne pas confondre avec la gallinule poule d’eau !

Oui, enfin ce sont dans les deux cas des rallidae de l’ordre des gruiformes. Mais je n’en dis pas plus, pour ne pas gâcher l’effet du long poème épique auquel je consacre ma résidence cycliste. Patientez, vous saurez. Tenez bon.

L’indécision

La rue de Noyelles / du 10 mars / de Lyon à Fouquières-sous / Noyelles-lès-Lens.

D’un côté de cette rue, l’harmonie des oiseaux d’eau

et de l’autre, l’effondrement des techniques modernes

(sur le panneau il n’est pas écrit attention chute de pylônes mais risque d’inondation).

Qu’est-ce que c’est ?

Non, ce n’est pas un film américain post-apocalyptique, c’est Montigny-en-Gohelle. Ci-dessus, en vue immersive sur le service de cartographie en ligne, ci-dessous non. Et c’est, rien que pour vous, 17 images du bonheur dans le bassin minier (la précédente ne compte pas, elle n’est pas de moi mais d’un Tobe Hooper minier).

Toujours à Montigny, face à la station-service et aux supermarchés incendiés, éventrés, noyés sous les déchets, ces Rideaux et Voilages remarquables sans esbroufe ni dauphins.

Depuis le 23 mai, je poursuis mon projet poétique en forme de road-trip cycliste. Je descends chaque fois à une gare différente avec mon vélo, je me perds et je découvre. 40 km par jour sur un biclou en fin de carrière, sous le soleil qui fait cloquer l’hélix de mon oreille droite. Je pédale dans un autre espace-temps. Si par exemple vous déplorez la mort des petits commerces et des centres-villes, c’est parce que vous n’allez pas à Billy-Montigny, où les années 1980 n’ont pas pris fin. Ameublement et décoration,

chaussures et prêt-à-porter, il y a tout ce que vous voulez.

Moins à Fouquières-lès-Lens.

Encore que. Si j’avais su écouter le trottoir, j’aurais enfilé ces protège-oreilles, bien qu’il fît 35 degrés ce jour-là, et des cloques ne darderaient pas sur mon hélix. Je n’ai pas voulu croire que c’était ce dont j’avais besoin.

Dans le bassin minier, on ne trouve pas que les années 1980 ; il y a aussi la modernité – c’est à Meurchin.

Ainsi le cycle de la vie suit-il son cours. Ci dessous, des bébés cygnes de Wingles.

Comme moi, la nature est heureuse ici. J’en veux pour preuve ce champ de colza et de coquelicots à Annay (≠ en Annay).

Gloire à Annay (≠ d’Annay) !

Les surprises jaillissent à chaque tour de roue. Un exemple : après le jardin des voitures brûlées à Hénin-Beaumont,

au fond de ce qui est une impasse pour les véhicules motorisés, il suffit de traverser la voie ferrée

pour déboucher dans le parc des Îles, et là laissez-moi vous dire que le roi n’est pas notre cousin. De quoi danser de joie devant les escaliers. Yee-haw !

Un autre jour (passé comme les couleurs de cette affiche livrée aux intempéries à Noyelles-sous-Lens), on pouvait se rendre au salon du bien-être et de / par (?) la voyance. Mais à quoi bon la voyance quand le bien-être est juste là et ne demande qu’à être vu, saisi au vol par l’œil disponible, alerte, brillant de gratitude ?

Et personne n’est laissé de côté, comme on le voit dans ce parc des mêmes Noyelles (est-ce un Noyelle ou une Noyelle ?) au bord de l’autoroute dite rocade minière.

Tout cela est tellement excitant que l’on peut dire, waouh,

Mais l’endroit que je préfère et où je tiens ma permanence poétique, c’est ce parc de Sallaumines. Je m’y sens comme chez moi, quelque part entre la déchetterie, un lotissement et l’autoroute. Il ne s’y passe jamais rien = Il s’y passe toujours quelque chose. Dimanche, une pie a poursuivi un chat en le narguant, je le jure.

Les Parleuses : le podcast

Samedi dernier, j’ai eu l’honneur de répondre à l’invitation de Littérature etc. (encore un immense merci à Aurélie Olivier pour sa confiance) et de devenir une parleuse. Vous trouverez le podcast, le texte et quelques images sur la page Les Parleuses #3 : Carson McCullers, accessible depuis le menu supérieur de ce blog ou en cliquant sur ce lien.

(Merci à mon antique pour la photo souvenir.)

Sommaire (évolutif)

La rubrique L’arrière-monde est de retour, encore très peu étoffée mais ça viendra.

1. Autumn in New York
2. Factuel
3. Kitsch et lutte des classes :

Rideaux et Voilages ;
L’appel de la montagne : Chalets du Nord ;
L’appel du large ;
Mascottes du Nord : Des chiens ;
Mascottes du Nord : Des chevaux ;
Mascottes du Nord : Des lions ;
Mascottes du Nord : Des oiseaux ;
L’art : collections privées du Nord ;
L’art : collectivités du Nord ;
Des Mickey du Nord ;
Autres fenêtres du Nord ;
Zéphyrs embrasés ;
Imagin’Hair ;
California Dreaming (des palmiers du Nord).

4. National Geo :

Trois enclaves
Notes sur Mons-en-Barœul
Loos Oliveaux
Charleroi
Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise
Maubeuge
Haubourdin-Sequedin : encore une voie ferrée
Loos-Sequedin : des arrière-mondes variés
Comines-Warneton
Villeneuve-d’Ascq
Emmerin
La Roche-sur-Yon
La Roche-sur-Yon vs Villeneuve-d’Ascq
Rotterdam
Projet de jumelage Rotterdam-Lomme
Londres
11/19
Cysoing-Cobrieux
Pinchonvalles
Flore de Wattignies

5. L’arrière-monde :

Les feux de l’été
5 arrière-mondes (1) : au sud-est de la métropole lilloise

et bien d’autres à suivre

Les feux de l’été

Le 29 avril, je courais au long de la voie ferrée qui mène de Loos à Haubourdin et j’y ai découvert, dans un ancien champ très récemment devenu friche, un lieu éphémère de convivialité, tout confort et sécurisé. En tout cas, les feux de l’été sont de retour, avec une franche avance sur le calendrier.

Tout était prêt pour la fête. Le 10 mai, le barbecue avait été consommé, les braises prudemment couvertes de cailloux. C’est ce que j’appelle une vie nocturne responsable et prudente – respectueuse, aussi : zéro emballage, pas même l’ombre d’un Capri-Sun.

Maintenant, je vous emmène au parc de la jeune athlète, plus précisément sur le terrain qui le surplombe et où personne ne joue jamais (plus) au basket. Je mène un projet poético-photographique autour de ce parc depuis quelques jours – il m’occupera très précisément du 23 mai au 19 juin. Considérons cela comme une résidence à vélo. Je profite de l’occasion pour vous prévenir que je ne serai donc pas très disponible pendant cette période, merci de votre compréhension.

Ici, une vue en contexte : derrière le souvenir d’un feu de camp, qui gît sur ce qui fut autrefois un terrain de basket, le lotissement de la J.A.

Et comme je suis d’excellente humeur (c’est relatif à la J.A. mais la superstition m’empêche de vous en dire plus pour le moment), vous avez droit en prime à quelques détails, à commencer par un très mal assis, là.

Les deux dernières images m’amènent à me poser une question : ces ustensiles ont-ils été laissés au bitume en prévision de samedis soir ultérieurs ou en qualité de rebuts ? Si je les avais récupérés dans ma capuche pour mon propre usage, quelqu’un aurait-il dit, la semaine prochaine, « Eh merde, on nous a piqué la grille et le pic à brochette » ?