la veille

de mon départ pour dix jours à La Perle, ferme de la poésie pulsée sise dans un village de 85 habitants (sangliers non inclus) du Morvan, et quelques heures avant le début de la pluie, j’ai couru ici et là pour dire au revoir à mon territoire.

Il y a dans l’image ci-dessous de nombreux lapins. Ils retiennent leur souffle, les yeux arrondis, déguisés en vipérine.

En contemplant le paysage depuis ce belvédère d’Avion, j’ai eu un élan mélancolique à l’idée que 1. je ne suis pas allée à Pinchonvalles (dont on devine la colline à droite dans l’image suivante) depuis le 1er janvier (quand j’ai brûlé un soleil en carton imbibé de parfum Eternity un peu avant l’aube, tranquille au milieu des sangliers – leur présence y étant avérée), 2. je n’ai pas encore emprunté l’EV5 jusqu’à la forêt d’Olhain cet été. Les sangliers ne sont pas seuls en cause, je n’en ai surtout pas eu le temps. Dans 17 jours, j’irai saluer mes amis chevreuils d’ici et là. En attendant, j’ai beaucoup de choses à vivre, poésie de terrain, amour et qui sait quelles aventures encore.

Puis je prendrai de nouveau la route sur Mon Bolide aux pneus délicats, des rustines dans ma sacoche.

Au retour de ma course à pied, j’ai consulté mes sites favoris pour voir quelles étaient les nouveautés dans le joyeux petit monde de la musique expérimentale et, sur l’un de mes très préférés, je suis tombée sur mon amoureuse – ça arrive parfois. L’article est très élogieux : « It’s remarkable », lit-on dans le dernier paragraphe. Eh oui, les gars.

/ 3 : 5h29

je n’ai pas réussi à me lever plus tôt, ce matin ; depuis que j’ai eu le covid, mon sommeil ressemble à une chaussure sur laquelle un jeune pitbull aurait fait ses dents – et encore, j’ai retrouvé toute ma capacité respiratoire et toute mon endurance, longtemps j’ai pensé que cette saloperie m’avait définitivement volé mon super pouvoir ; cependant, si j’ai récupéré ce qui me revient, cette capacité à courir sans fin que je travaille depuis dix ans sans qu’une protéine animale ait transité dans mon corps, je ne vois plus le soleil se lever tous les jours, pas encore

l’ennui, c’est surtout ce que je vois, en chemin vers la nature, quand je cours après le lever du soleil – pas beaucoup de monde, non, mais bien assez ; ce matin, par exemple, un camion municipal s’arrête devant un bac à fleurs municipal, un monsieur fluo en descend et arrose abondamment les fleurs municipales cependant que le camion grommelle, moteur allumé dans le petit matin silencieux, de sorte que les fleurs municipales semblent exhaler un parfum de caoutchouc brûlé ; un monsieur n°2 allume une cigarette sur le trottoir, or il vient manifestement de s’asperger d’after-shave, une chance qu’il ne prenne pas feu – moi ça va, je cours en apnée, je ne vomis pas ; plus loin, un monsieur n°3 approche d’un étang avec un sac plastique plein de pain sec, les épaules en arrière et la poitrine en avant, il est fier quand à ses pieds princiers se pressent les oiseaux d’eau, il leur lance le pain par pleines poignées mais je ne vais pas lui expliquer que le pain gonfle dans leur ventre et leur donne une fallacieuse sensation de satiété sans qu’ils aient absorbé les nutriments nécessaires à leur santé, je ne vais pas lui dire que sa magnanimité les tue à petit feu parce que la dernière fois que j’ai récité ma petite leçon animalière, à Londres, la dame a répondu « On sait » tandis que sa gamine continuait de jeter des croûtes de pizza dans le canal pour une assemblée de cygnes et de canards (je ne les ai pas poussées à l’eau, je crois que Valentina et Yoshino ont eu un peu peur que je ne déraille)

quant aux deux renards que j’ai vus dans mon spot secret d’Harnes, ils ont filé ventre à terre quand je suis apparue dans leur champ de vision et je préfère ne pas savoir ce qu’ils étaient en train d’ourdir dans cette friche hautement lapineuse

L.A.

En attendant l’heure (Valentina pensait que ça ne pouvait pas être aussi précis mais moi, je savais que ça le serait), nous avons détaillé le jury. Nous avons vu qu’il était essentiellement composé de directeurs d’institutions aussi énormes que le MoMA et nous avons compris. Puis l’heure est venue et nous avons constaté qu’il valait mieux avoir eu le prix Goncourt pour être sélectionné.e par la Villa Albertine (ce qui n’est pas sans rappeler l’adage selon lequel on ne prête qu’aux riches, à moins qu’il n’existe un gène du projet vendeur/institutionnel, dont je ne nierai pas qu’il ne m’est pas échu et je ne m’en plains pas) et, maintenant que j’ai vu quel.le.s étaient les cinq écrivain.e.s choisi.e.s (sur 80 artistes, toutes disciplines confondues), je ris d’avoir pu imaginer qu’une autrice lensoise qui n’a pas écrit de best seller aurait pu bénéficier du programme avec un projet portant sur des créatrices sonores pour la plupart underground, genre l’ombre parle à l’ombre, ce n’est pas vraiment l’esprit de la maison – plutôt scintillant. J’avais dit à ma chérie, Si je suis prise, j’appelle mes parents et mes amis pour boire du champagne ; si je ne suis pas prise, je vais assister au coucher du soleil depuis le sommet d’un terril.

Je suis allée sur le 11/19 pour voir le cher astre glisser derrière les terrils de Grenay. Les crépuscules d’ici valent bien ceux de L.A., voilà ce que je me suis dit quand je suis arrivée sur le terril tabulaire, mais il n’y avait rien d’amer dans cette pensée puisque de toute façon, Albertine or not, je serai en Californie en janvier prochain avec Valentina. Eh bien, m’a-t-elle dit quand nous avons vu la liste des heureux reçus, nous allons pouvoir nous organiser, maintenant. Parfois, je me demande comment quoi que ce soit pourrait m’ébranler tant qu’elle est auprès de moi et en quelques mots écarte tout ce qui pourrait me blesser, transforme mes échecs en lumière et leur dénie le statut d’échec.

Au sommet de 74A, le plus haut terril d’Europe, il y avait hier soir 9 personnes, 4 gamins discrets + 3 ados bruyants + 2 jeunes adultes qui fumaient un joint en silence sur une serviette de plage. Soit 1 individu/m². J’ai cessé d’imaginer comment je bondirais où et à quel moment si jamais un sanglier, etc. Ici, homo sapiens dominait, avec sa fumée âcre et sa musique commerciale nasillée par un téléphone. Je ne me suis donc pas attardée mais me suis contentée de prendre deux ou trois photos.

Il me suffisait de descendre un peu pour tout voir sans interférence humaine ni pensées suidées.

J’entendais seulement les cloches des chèvres qui vivent désormais sur le flanc du 74 voisin et que la faible luminosité (ainsi que mon incompétence technique) ne m’ont pas permis de photographier décemment. C’est flou, je sais.

Je me suis rappelé pourquoi je préfère le lever du soleil à son coucher, outre que l’énergie d’un début et celle d’une fin n’ont pas grand chose à voir. La fréquentation des lieux n’est assurément pas la même. Zéro pouce opposable à 5 ou même 6h, 18 à 22h.

Mais il est facile de se tenir à distance de 18 pouces opposables sur un site de 90 hectares alors je ne me plains pas, c’était un très chouette coucher de soleil.

dégradation

En courant, ce matin, j’ai pensé à tout un tas de choses dont je me suis rendu compte que le PPDC était la dégradation (je suppose qu’on m’immolerait si j’employais le mot déliquescence).

D’abord, j’ai pensé à ce week-end. Avant-hier, une employée de la médiathèque qui m’accueillait sans livres m’a proposé de rester quand même : « C’est l’occasion de faire connaître votre travail ». Ce que disent d’ailleurs toutes les structures qui vous invitent à intervenir bénévolement. Bientôt, on demandera aux auteurs et autrices de payer leur stand, comme une place dans un marché aux puces. Puis je me suis rappelé le mail groupé que j’ai reçu hier matin, d’un poète avec lequel je vais collaborer prochainement et qui annonçait avec tambours et trompettes souhaiter reverser sa rémunération à la structure qui nous accueille, ce à quoi j’ai répondu, Euh, mais moi je veux bien être rémunérée pour mon travail, si ça ne dérange personne – dans Magnificent Obsession, le mélodrame flamboyant de Douglas Sirk (1954), un personnage explique le principe d’être un bienfaiteur anonyme. Ça évite que tou.te.s les autres se sentent indignes et cupides. Bref, en deux jours, j’ai eu deux occasions de me sentir niée en tant qu’artiste – je ne dis pas que c’était l’intention de mon camarade, je ne peux parler que de mes propres impressions.

Puis j’ai pensé à ce qui m’est apparu la semaine dernière – l’une des semaines les plus chargées de mon année, en émotions autant qu’en activités. Il en est ressorti que j’étais quelqu’un de radical ou d’extrémiste. J’ai compris que je serais toujours vue ainsi dans la mesure où je me soucie de beaucoup de choses (Non, le sandwich au saumon n’est pas vegan, les saumons ne sont pas des algues ; Non merci, je ne veux pas de bouteille d’eau en plastique, j’ai une gourde ; Merci, gardez ces fleurs coupées, je ne veux pas être complice de leur meurtre en exposant leurs cadavres sur ma table de salon ; Non, je vous assure que je peux venir à vélo, je ne suis pas soluble ; Non, s’il te plaît, ne commande pas mon livre sur A****n, je vais te l’envoyer). Parfois, on me fait sentir combien je suis pénible avec tous ces principes que j’ai, même si je ne les impose à personne et me contente de les appliquer dans ma propre vie. Apparemment, nous (individus concernés par d’autres choses que notre propre confort et nos seules inclinations) gênons ceux qui ne se préoccupent de rien, dans la mesure où nos engagements leur révèlent le vide de leur conscience. Au mieux, ils nous disent que nous nous punissons (je ne me punis pas en ne détruisant pas, c’est en fait ce qui me rend heureuse), au pire nous sommes tolérés quand nous n’émettons pas de jugement sur les choix des autres. Or je ne prétends pas que je ne pense rien des gens qui mangent des animaux, qui polluent, qui consomment, qui dominent, qui accélèrent le processus irréversible de débilitation générale, je dis simplement que j’ai cessé de m’épuiser à questionner avec eux les fondements foireux de notre civilisation, dont les méfaits protéiformes ne les empêchent pas de ronronner au sein de leur empreinte écologique : ces consciences-là sont définitivement anesthésiées par le capitalisme, elles ne s’embrasent pas, c’est du PQ mouillé, c’est du mou, il n’y aura jamais rien à en tirer. On m’a dit récemment, « Manger de la viande, chez moi c’est une tradition familiale, ça me rappelle la cuisine de ma grand-mère » ; je n’ai rien à dire à ce type de personne, sinon que je suis heureuse d’être liée à mes grands-mères par bien d’autres choses que la séquestration et la mort d’innocent.e.s – c’est ça, être extrémiste dans une civilisation décérébrée.

Mais le plus ironique, c’est que l’on peut être traité.e d’extrémiste au prétexte que l’on essaie de nuire le moins possible à ce qui nous entoure et en même temps être culpabilisé.e de ne pas être allé.e voter Macron. C’est ça, la démocratie, en fait : non pas agir au quotidien et à sa mesure mais culpabiliser ceux qui ne vont pas voter pour des cyniques néfastes que seul anime le culte de leur propre ego. Ensuite de quoi j’ai pensé au viol. D’abord, aux violeurs qui trônent dans le gouvernement français sans être inquiétés, puis aux États-Unis, qui viennent de légitimer le viol, de considérer officiellement la semence des violeurs comme sacrée, comme un don de vie – et donc le corps féminin comme un simple réceptacle, ouvert avec ou sans consentement aux généreux donneurs de cette vie. C’est une démocratie aussi, les États-Unis – ce genre de démocratie où seuls les riches peuvent accéder aux soins, à l’éducation et à la justice. Alors peut-être que la démocratie n’est pas le bon modèle. Il faudrait une révolution, sans doute, mais le simple mot a de quoi faire rire au 21ème siècle : imaginez des millions d’insurgés occuper les lieux publics sans quitter des yeux le petit écran de leur téléphone pour compter leurs likes sur les réseaux sociaux (la perdition ultime de l’espèce). C’est presque drôle.

On m’a demandé récemment si je conservais un peu d’optimisme. J’ai répondu, Non. Je n’ai pas développé.

retour au spot de lapins

Dimanche dernier, j’écoutais un album qui ne sortira pas tout de suite, par un groupe dont personne n’a encore entendu le nom – il comporte notamment un V comme Valentina – puis Polycrisis.Yes! de Jessica Sligter, et je cueillais plein de cerises au parc de la Glissoire (Avion) tandis que les lignes d’un roman à écrire s’assemblaient dans mon esprit et j’ai décidé de rentrer par le spot de lapins, qui m’a sauvé la vie pendant le premier confinement et où, depuis – ingrate – je ne mets plus très souvent les pieds. J’y suis retournée ce soir, sans musique parce que j’en ai trop écouté aujourd’hui – Valentina m’a donné son code pour télécharger des albums sur les différents labels du Café Oto, elle n’écoute pas de musique digitale et elle avait 44 points sur son abonnement (1 point = 1 album), autant dire que je suis encore plus folle que dans une épicerie vegan (j’emploie le présent parce que je me suis pour l’instant contentée d’en choisir onze, Viridian Ensemble, Sharon Gal, Claire Rousay, Ecka Mordecai, OLAibi, Phew, Audrey Chen & Kaffe Matthews, Cara Tolmie, Maggie Nicols, The Mermaid Café, Kajsa Lindgren, et je n’ai même pas fini de faire mon tri dans les catalogues de Tokuroku et d’Otoroku – même si je les avais déjà bien épluchés avant cette baguette magique offerte par mon amoureuse). Une fois au spot de lapins, j’ai mangé trop de cerises et de prunes. Dans les deux cas, l’offre était trop belle pour ma gourmandise naturelle. Les lapins faisaient une fête, je crois que je les ai dérangés. J’ai sélectionné 7 photos de ces deux promenades. D’abord, des Mal assis là, puis diverses choses – dont fruits et lapins.

le salon le plus court

– Votre table, c’est celle-ci, me dit le monsieur de la médiathèque : celle qui est vide.
Je regarde la grande table ; sur sa belle nappe rouge, il n’y a en effet qu’une assiette en carton pleine de bonbons et ma photo sur un présentoir – je pense vaguement que je serai redondante quand j’irai m’asseoir derrière.
– D’accord, je dis. Mais pourquoi est-elle vide ?
– Vous n’avez pas apporté vos livres ?
– Euh, non, d’habitude c’est la librairie associée qui s’en charge.
– Ah. Nous, ça nous semblait évident que vous alliez les apporter.
– L’idée ne m’aurait pas traversé l’esprit, je n’apporte jamais mes livres moi-même. Je n’ai pas de stock, de toute façon, je ne suis pas éditrice, ni libraire.
– Tous les autres auteurs ont apporté leurs livres.
Ce qui est indubitable et me laisse perplexe. J’ai failli annuler ma venue parce que je me sens surmenée mais j’ai pensé aux libraires qui (je n’en ai pas douté un instant) avaient pris la peine de commander mes livres et je me suis dit Allez, c’est ton dernier gros effort de l’année, sois correcte, sois professionnelle et attentionnée envers tes hôte.sse.s + les libraires. Et donc je suis là, bras ballants, et je regarde les auteurs qui ont apporté leurs livres. Je répète que ça ne m’est jamais arrivé puis je quitte le salon et je reprends la route sur mon vélo – qui aura été un très gentil vélo et n’aura pas crevé une seule fois en quelque 70 km, c’est déjà ça. Je ne prends pas de photos sur le chemin du retour parce qu’il pleuvine mais j’en ai pris à l’aller, en voici quelques-unes.

La nouvelle passerelle d’Harnes.

Les coulisses de la Z.I. d’Hénin-Dourges vues depuis le chemin de halage récemment rouvert, en face de la plateforme multimodale.

Nouveau ! Sur une passerelle branlante de Noyelles-Godault, on peut désormais mal s’asseoir pour contempler le bras mort du canal, long rectangle d’eau stagnante entre des hauts murs de béton, étrangement apprécié des hérons.

Cette passerelle sur le bras mort est sise à proximité de la coopérative agricole à l’abandon qui jouxte le pont ferroviaire entre les gares de Dourges et d’Hénin-Beaumont.

Dans le registre abandonné, cette maison de Courcelles-lès-Lens m’a semblé un peu mélancolique et ce n’est pas parce que je l’étais, je ne l’étais pas, on peut être surmenée mais joyeuse, et ce n’est pas parce que j’écoutais de la musique mélancolique : je n’ai pas écouté de musique du tout sur la route aujourd’hui, seulement le vent et les oiseaux d’eau, et je n’ai même pas chanté. J’ai eu la force de pédaler 70 km mais pas d’écouter de la musique. (En rentrant, cependant, j’ai écouté le nouvel album de Félicia Atkinson, il est magnifique et surprenant, je crois que c’est mon préféré d’elle.)

Il y a des années, peut-être dix ans, j’ai écrit un poème qui évoquait le château d’eau bilboquet bleu de Douai, que j’avais découvert depuis le train Lille-Arras. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’a pas changé ; il a quelque peu décliné – mais ça lui va très bien, je trouve.

Et à Sin-le-Noble, j’ai appris que l’art de rond-point pouvait encore me surprendre : une 2CV sortant d’une coquille d’œuf, il fallait y penser.

23

Le 23 juin c’est mon jour off, mon jour sans prison, sans atelier, sans salon du livre. Je m’offre une virée à vélo de 51 km, crève dès le huitième kilomètre, et une seconde fois au quarantième. Je ne lâche pas la patate. La deuxième fois, je suis sale, ma peau ruisselle de la boue et de la graisse de vélo mais je ne dis pas beaucoup de gros mots, je reste patiente, je répète les gestes qu’il faut, repère le trou dans la chambre à air à l’oreille (faute d’une bassine d’eau), pose la rustine, trouve le coupable, pourtant bien caché – vendredi dernier, une épine de je ne sais quel arbre a troué le pneu comme un clou et maintenant toutes sortes de débris tranchants se fichent dans cette minuscule fissure. Aujourd’hui, c’est lui ; si je l’avais découvert plus tôt, peut-être que je n’aurais pas dû démonter mon pneu deux fois. Il a fait au moins trente-trois kilomètres avec moi, il a vu Pont-à-Vendin, Vendin-le-Vieil, Wingles, Douvrin, Haisnes, Auchy, Violaines, Cuinchy, La Bassée, Salomé, Hantay, Billy-Berclau, Bauvin, Meurchin et beaucoup de Splendeurs & Merveilles. S’il lui a fallu du temps pour crever la première chambre à air, il a peut-être même vu Loison, Harnes et Annay (Jock-a-mo fee na nay). 17 villes et villages, le 23 juin. En voici 11 photos.

C’est malgré tout une promenade formidable. Je me fais des copains humains, ce qui est très rare, d’habitude ce sont plutôt des oiseaux d’eau. Je me perds dans le Flot de Wingles et rencontre un monsieur fluorescent sur la piste de motocross interdite au public, nous trouvons une sortie (schiste, pentes, bosses, marais, bois), et comme nous discutons un peu, je lui pose ma question rituelle : Il y a des sangliers, par ici ? Il n’en a jamais vu, me dit-il, or il vient depuis trente ans. Mais plus loin, je vois une souille. C’est une souille, je suis catégorique, une flaque de boue un peu séchée de sorte que l’on peut y distinguer très nettement des traces de sabots, moi j’appelle ça une souille. Je ne prends pas de photo parce que je n’ai pas la bravoure de m’attarder mais maintenant je le regrette parce que j’aimerais avoir une photo à étudier longuement. Il ne faut pas croire que je prends des photos uniquement pour illustrer ce blog, je passe du temps à les observer, je m’en sers pour reconstituer ma mémoire, questionner mes impressions, approfondir mon analyse des topographies. Vérifier les souilles. Le deuxième monsieur a une moustache brosse et une cagette ficelée au porte-bagage de son vélo ; c’est moi qui lui indique sa route et lui montre comment passer une chicane en dansant avec le vélo dressé sur la roue arrière, entre deux crevaisons. Je me fais aussi trois potes à Meurchin, pendant ma pause rustine au bord du canal. Je vois bien vu que les ASVP, qui passent à ce moment-là, sont frustrés de ne pas pouvoir se joindre à la fête. Entre deux, je vois ceci : un jalon vert connu comme la Fernsehturm sur un cavalier de 4 km.

Des gens vivent dans l’ancienne gare de Douvrin, sise (c’est logique) au bord du cavalier. Je ne suis pas jalouse parce qu’il n’y a plus de trains qui passent de toute façon mais sans doute des fêtes sauvages certains soirs avec des gens qui brisent des Kro menu sur le cavalier parce que c’est amusant – cette semaine, j’ai rencontré un détenu auteur de ce que j’appelle dans Terrils tout partout des terrils Délivrance ; je le sais parce qu’il a lu Terrils tout partout et que ça lui a rappelé « les conneries qu’il faisait avec ses copains » sur les terrils du Valenciennois, comme mettre le feu à des choses et s’enfuir en riant.

D’autres choses que j’ai vues


Cependant, au-dessus de la coopérative agricole et de la passerelle en bois qui s’effrite, le monde moderne se rappelle à nous – les foulques macroules et moi.

/ 3 : Munificence & Pompe (4)

Comme celles de Munificence & Pompe (1), (2) et (3), les photos ci-dessous vous sont offertes par Valentina ; cette fois, elles ont été prises à Barcelone – les deux premières en ma présence, en marge du festival Primavera, et la dernière en mon absence, cette semaine, à l’occasion du festival Sónar. Notez qu’à Londres et Paris, ma bien-aimée ne rencontre que des paires de baskets tandis qu’ici, nous avons affaire à une plus grande diversité de styles. Moi, je tombe le plus souvent sur des chaussures ajourées, comme on l’a vu ici et comme on le verra bientôt / 3 puisque je prépare moi aussi un Munificence & Pompe – hier, à Liévin, j’ai croisé de magnifiques sandalettes à clous. Mais je ne suis pas venue voler la vedette à ma charmeuse de chaussures, voici sa dernière moisson :

Vroum

Après avoir choisi la personne qui sait comment faire aller le pays, nous devons aujourd’hui voter pour les gens à même d’assurer notre épanouissement au sein de la circonscription. Aucun.e de ces messieurs-dames hélas n’aborde sinon de très loin et très mollement les questions qui me semblent cruciales dans la vie de la circonscription n°3 du Pas-de-Calais + dans la Nation connue sous les couleurs bleu-blanc-rouge + au-delà de Vive la République Vive la France. Ces gens me rappellent un peu les enfants qui font des bruits entre les lèvres et tournent un volant invisible entre leurs mains pour faire semblant qu’ils conduisent une voiture. Vroum, disent les gens qui pensent savoir comment nous épanouir. Gens est un mot masculin et féminin à la fois ; on peut dire les gentilles gens qui veulent notre bonheur. Mais on ne peut pas dire les douces individues parce que individu est un substantif masculin, tout comme membre, qui par ailleurs ne figure pas dans mon top 100 personnel des plus beaux mots de la langue française, pourtant je lis de plus en plus souvent, y compris dans des textes littéraires, une individue, une membre ; les seuls mots que je pouvais encore qualifier sans ajouter « .e » vont devenir de nouveaux défis lancés à la pureté de mon féminisme, or je dois avouer que ça me fatigue un peu, alors je propose quelque chose : Eh, les copines, on ne leur laisserait pas deux ou trois mots ? (je veux dire, aux garçons). Caca, par exemple, ça vous ennuie si ça reste masculin ? Je sais que c’est la nature et que ce n’est pas sale, je dirais même que ça contribue pleinement au bonheur et au sentiment de liberté que l’on peut éprouver au sein de son corps, de sa circonscription, etc. mais il faut savoir partager. Aussi, ce matin, je vote pour que caca reste au masculin. Allez, vroum : A voté.

/ 3 : cercle et triangle

Aujourd’hui, j’ai eu une mauvaise et une bonne nouvelles. La mauvaise nouvelle est éditoriale. La bonne, c’est que j’ai la plus merveilleuse petite amie au monde : celle qui prend le temps de m’appeler avant de monter sur scène pour me dire que tout ira bien, qui trouve les mots pour me faire rire quand je pourrais pleurer, qui me montre que tout est possible quand je pourrais céder au découragement, qui m’ouvre de nouvelles perspectives, qui dit nous plutôt que de me laisser seule face à mes questionnements. Sa voix a redéployé autour de moi tout ce qui dans ma vie d’autrice n’est pas ce refus inattendu, ses mots m’ont rappelé les belles choses qui s’annoncent et qu’un instant, ce refus a failli m’occulter. J’ai de la chance. Je préfère un milliard de fois ma bonne nouvelle du jour à ce qu’aurait été la mauvaise si elle avait été bonne. Je crois à ce que la mauvaise nouvelle me dit tout autant qu’aux promesses de la bonne nouvelle : il y a une place pour moi, qu’il m’appartient de définir ; essayer de faire entrer mon cercle dans un triangle ne m’apporterait pas grand chose. Tout va très bien dans l’arrière-monde.