L’adieu aux normes

donc les gens disent ce que c’est que
le vrai monde
donc les gens racontent comment c’est
je dis Ah
le vrai monde moi je ne l’ai jamais
rencontré
sauf quand je remplis les formulaires
à peu près
les vrais gens disent que je fais
n’importe quoi
les vrais gens ne parlent pas de quand
je m’allonge par terre
les vrais gens leur problème avec moi
n’est pas là
je peux m’allonger par terre dehors
ça va je peux
sentir la chaleur des pavés sur
mon ventre
mais tout le reste est un problème
ça va je sais
j’ai bien remarqué que j’étais un peu
embarrassante parfois
mais le problème c’est que moi ça va
comme ça
d’ailleurs ça n’irait pas autrement
alors je danse
toute seule mais avec Karen et Anna
et d’autres ça semblerait
un marathon de folles si vous teniez
le compte exact
de mon incompatibilité à votre société
– on est bien dehors
il vaut mieux ne pas m’attendre ailleurs

(Photos prises dans la rue Boldoduc, à Lille Fives.)

aujourd’hui m’allonger sur les pavés
entre les champs
est ce qui me sauve d’être avec vous
qui êtes le monde
ce monde dont je ne voudrai jamais

Décadence (3)

« Si tout le monde se rendait utile, il n’y aurait plus rien à faire », dit l’un des personnages du Zeppelin (ce blog suggère à lui seul que je partage largement sa vision des choses). Cette phrase m’est revenue alors que je courais, tout à l’heure, en pensant à des discussions que j’ai eues cette semaine. Avant-hier, je racontais à un ami le principe de la Southern Decadence, à laquelle j’ai participé en 2011 à La Nouvelle-Orléans. Hier, une autre amie disait que les publics difficiles avec lesquels elle travaille en ce moment ont besoin de nous – elle s’adressait à notre collectif artistique, réuni chez moi. L’idée d’un artiste devenant un animateur social me rend aussi mélancolique que celle d’homosexuels faisant le projet de procréer. Je n’ai rien contre ces démarches mais je ne peux m’empêcher d’y voir un (po)lissage de la société, sans doute parce que je suis attachée à la notion de décadence. J’aime penser que la vie est une fin en soi, comme la création artistique, comme l’amour. Je veux pouvoir travailler beaucoup sans servir à rien. J’ai bien conscience d’être hors-jeu.

Après la fête

au fond du parc d’activités
au lieu de tourner à droite
vers le cimetière et le centre
de tri postal désaffecté
vous passez la barrière d’accès
toujours baissée
les plots escamotables et
les blocs de béton fibré
pour vous engager dans une friche
qui n’existe pas sur les plans de la ville
entre le bassin de décantation asséché
et les voies ferrées

vous pourrez donner dans cette
clairière une fête somptueuse
une fête beaucoup fun
puis la laisser se déliter là
pour les prochains millénaires
et inscrire dans la terre
votre bonheur ce fossile futur

Que sont-ils devenus ?

Vous êtes nombreux à vous enquérir des fleurs, dauphins, grues, chevaux, chats et autres chiens qui ont fait, en son temps, le succès nonpareil de la rubrique Rideaux & Voilages : que sont-ils devenus ? J’ai mené l’enquête pour vous et je dois dire que mes astucieux concitoyens m’émerveilleront toujours. Figurez-vous que, quand ils souhaitent se débarrasser de leurs fidèles amis, de même qu’ils le feraient d’animaux en chair et en os (non tissés, non brodés) avant les vacances d’été, ou de jeunes et tendres sapins début janvier, ils vont les abandonner sur un chemin de tracteur, au milieu des champs. Sans doute les ont-ils fourrés dans un sac et ont-ils marché plusieurs kilomètres avant de vider le sac sur la terre puis de rebrousser chemin vers leur voiture, garée devant le Parc de Nature et de Loisirs ou, un peu plus loin, devant le cimetière.

Godewaersvelde

Il semblerait que dimanche (ce dimanche, 29 avril), à 17h, je lise quelques poèmes et d’autres bricoles au café-librairie Calibou & Co, à Godewaersvelde (1 Rue de Boeschepe). Sur l’affiche, une photo de moi il y a cinq ans. J’adore. Je devrais fournir des photos de moi enfant aux associations avec lesquelles je collabore : après tout, pourquoi pas ? C’était moi aussi.

Presque la campagne

Ma fréquentation de presque la campagne s’étant considérablement intensifiée ces derniers mois, j’ai décidé ce jour d’inaugurer ici une nouvelle rubrique, intitulée Presque la campagne. L’inauguration d’une nouvelle rubrique est toujours très excitante, aussi ai-je le plaisir de vous inviter à la fêter avec moi. Au programme des réjouissances : quelques tracteurs, des chicons et du purin pas cher (semble-t-il – je ne maîtrise pas encore très bien le cours du purin).

Plat ventre (2)

Nous y sommes retournées, à quatre cette fois, et nous avons retrouvé nos trois amis lièvres ; Liz nous a fait jouer à Gazelle Twin. Elle disait qu’on ne le faisait pas correctement, mais ce n’est pas si facile – surtout pour moi, sans cheveux ni capuche, j’ai dû prendre un air peu commode mais elle trouvait que j’étais mauvaise comédienne, bref, à la fin Anna et Karen boudaient un peu et me laissaient faire toute la conversation, et les lièvres se sont éloignés sans dire au revoir. Du moins avons-nous brisé la symétrie, rétabli le désordre des nombres premiers. Les pavés étaient chauds sous nos sept corps, puis l’on se relevait dans le vent froid et c’était comme si l’on plongeait dans un lac de montagne.

(D’après la photo de Liz « Gazelle Twin » par Tash Tung. Ok, elle le fait mieux que nous, mais elle a plusieurs années d’entraînement.)

Concordan(s)e

Vendredi je serai de passage à Paris pour rencontrer la chorégraphe Marion Lévy, avec qui je devrais (si tout va bien – mais pourquoi en serait-il autrement ?) être amenée à collaborer dans le cadre du festival Concordan(s)e. Je serais fière, fière, fière. Son travail, que je ne connais pour l’instant qu’à travers des vidéos, est assez impressionnant, comme je vous laisse en juger par vous-mêmes :

Grand Jeu Concours

Vous êtes nombreux à me réclamer un Grand Jeu Concours et je dois admettre que je n’ai pas été très généreuse en la matière, ces derniers temps. Attention, c’est très facile alors ce sera surtout une question de rapidité (ainsi que d’expertise en colombophilie). Trouvez où sont a. Kennedy, b. le scotome et c. le lièvre, sur la photo ci-dessous. Les impressions sur papier sont interdites pour des raisons écologiques évidentes ; vos pigeons poseront la griffe où vous leur aurez dit de le faire – le premier qui aura tout bon vous rapportera le lot du jour, à savoir une pince fraîcheur bleu pâle pour vos emballages alimentaires (peu servi) ; je la clipserai délicatement sur le collier de votre volatile.

Des caddies

Je reviens aux caddies dans un esprit très différent de celui qui m’animait lorsque j’ai posté le billet Des chariots le 24 janvier. C’est pourquoi j’emploie le terme de caddie et non celui de chariot. On dit caddie dans un poème et chariot dans une étude sociologique approfondie telle que la susdite, me semble-t-il, car il est différent de se rouler par terre en étreignant le quotidien comme un chat le fait avec un paillasson ou un tapis de bain (du moins Dame Sam fait-elle ce genre de choses) que de le tenir à distance critique ; j’y vois la même différence qu’entre le tutoiement et le vouvoiement. Je n’écrirai pas de poème sur les caddies aujourd’hui mais voici trois spécimens saisis sous un angle esthétique particulier : mêlés à l’environnement qui leur est échu , ils y sont à peine distincts, comme des phasmes. Je les trouve émouvants.