Revue & Corrigée

Dans le numéro de septembre, je consacre ma chronique Brouillon permanent à ce qu’on pourrait appeler avant-folk et à ce qu’on appelle avant-pop ; il y est question de Zoh Amba, de Wendy Eisenberg, de Jessica Sligter, de Cate Le Bon et un tout petit peu de Jenny Hval. On trouve aussi dans ce numéro mon interview de Mélodie Blaison, Le rêve d’un souffle commun.

Agenda de rentrée

20 septembre, Poetik Bazar, Bruxelles, avec Nour Cadour et Injonge Karangwa, pour les 30 ans des Carnets du Dessert de Lune

26 et 27 septembre, Biennale d’art contemporain de Lyon (aux Grandes Locos), en partenariat avec LYL Radio : le samedi 26 après-midi , je proposerai une séance d’écoute sur le thème « Messes noires et musiques sacrées par des artistes FINTA* en musique expérimentale » et, le dimanche 27, un atelier dans lequel nous écrirons et enregistrerons un podcast sur les musiciennes FINTA* de notre choix (tous genres musicaux confondus).
Horaires encore à préciser

7 octobre, librairie Un livre et une tasse de thé, Paris, rencontre avec avec Amélie Hamad autour de nos romans de fantômes : elle y présentera Les quelqu’unes (Le Gospel) et moi La Poussière (Cambourakis)

16 octobre, Mixt, Nantes, 19h (COMPLET) et 21h avec Soizic Lebrat ; performance, d’après Paysages pauvres (Le Castor Astral) dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie (voir ici)

20 octobre, librairie La Petite Gare, Rezé ; dans le cadre de notre résidence FAIR (Female Artists In Residence, à Joué-sur-Erdre), Lénaïg Cariou et moi-même proposerons des lectures

Résidences :

Du 12 au 16 octobre, je serai en résidence de création à Mixt, Nantes, avec Soizic Lebrat

enregistrement à l’abbaye de noirlac bruère-allichamps 18200, france 11 oct 2023

(Photo de Christophe Charpenel)

Du 17 au 30 octobre et du 30 novembre au 11 décembre, je serai en résidence à Joué-sur-Erdre (FAIR)

Mon été à rebours

Cet été, j’ai renoué avec ma première amoureuse. Nous ne nous étions pas vues depuis 33 ans et je dois au Black Cat, un resto vegan à Londres, qu’elle soit de retour dans ma vie. Au mois de juin, j’y déjeunais quand Why Can’t I Be you? des Cure a explosé dans les enceintes et soudain j’ai revu une scène de mon adolescence : David tournant le volant de sa voiture de gauche à droite au rythme de cette chanson, sur l’autoroute en direction de Lille, Laurence, Naïma, Séverine et moi hurlant de rire et de peur. C’était le premier groupe d’ami-es de ma vie – nous étions les freaks du lycée. J’ai décidé de les retrouver. Je cherche encore deux d’entre nous, Laurence Liévin et Naïma Boukacem (à ma droite sur la photo de classe) : qui sait, peut-être que quelqu’un-e d’entre vous les connaît, ce ne serait pas la seule coïncidence folle de l’année.

Cet été, j’ai passé quelques jours avec ma plus ancienne amie, Gwenola Breton ; sur le selfie, nous sommes avec une autre de mes amies proches, Aude Rabillon, aux Gens Sérieux (c’est tout nous) à Crest.

Gwenola et moi nous sommes rencontrées en hypokhâgne il y a exactement 35 ans. Nous ne nous sommes jamais perdues – jamais bien longtemps. Ensemble, tout est facile et nous aurons toujours un peu 18 ans, comme sur ces photos qu’elle a prises de moi et développées elle-même à l’époque.

Cet été, j’ai fait 4500 km de vélo, photographié des grottes de Lourdes,

traversé des aubes tendres ou flamboyantes,

appris le nom de nombreuses plantes,

j’ai voyagé dans le temps, je me suis baignée dans la Drôme et dans l’amour inconditionnel et indéfectible de personnes sublimes,

j’ai accueilli le chat de ma voisine Peggy,

j’ai lu un tas de livres et en ai apprécié certains, je me suis gorgée de musiques, je suis allée au festival Futura avec Aude, en suis ressortie encore plus fan d’Edith Alonso et de Léa Thirion, et maintenant le dernier (triple) album de Sarah Davachi m’accompagne vers l’automne.

Ciao Dolly

Dolly Parton (1946-2026), ici avec Lily Tomlin et Jane Fonda
dans 9 to 5 de Colin Higgins (1980)

Des oiseaux en paix

Voici une sélection de mes photos d’oiseaux paisibles ; les regarder me réconforte alors que s’exerce en ce moment même l’extrême violence des chasseurs en baie de Somme (soutenus par le RN et par le populiste François Ruffin) et tandis que des milliers de faisans élevés pour la chasse dans des cages étroites viennent d’être déversés sur les drèves de toutes les forêts ainsi qu’en bordure de nombreux champs et attendent là, désemparés, leur sinistre sort (pour en savoir plus).

Cette année, les chasseurs avaient apparemment envie de tirer sur des faisans vénérés ; j’en ai vu beaucoup, de la forêt de Phalempin (précisément à Thumeries) à celle de Clairmarais ; ces oiseaux, qui ont été nourris par leurs futurs tortionnaires, n’ont aucun instinct de survie, au point que je devais faire attention à ne pas les precuter en passant parmi eux.

J’ai pour les oiseaux, et particulièrement pour les oiseaux d’eau, une tendresse infinie. Je passe un temps considérable à les observer au quotidien ; j’assiste à leurs querelles de territoire, à leur cour (les grèbes huppés sont les plus drôles, ils dansent des espèces de menuets), à la construction de leurs radeaux-nids (les foulques sont de sacrées bâtisseuses), à la naissance de leurs petits (encore aujourd’hui on peut voir de minuscules gallinules sur les cours d’eau), à leurs processions familiales (surtout chez les cygnes), à leur émulation (foulques essayant de suivre le vol des grands cormorans), à leurs étonnantes alliances interspécifiques. La naissance des bébés grèbes, rayés noir et blanc jusque sur le bec, est l’un des événements que j’attends avec le plus d’impatience chaque été, tandis que le vol des oies sauvages et des cygnes est l’un des spectacles qui m’émerveillent le plus au monde. Bref, je les aime follement et sélectionner ces images a été très difficile.

Foulque amatrice de glisse sur le canal d’Aire

Ballet d’oies à La Bassée

Grand cormoran essayant d’impressionner un héron à Busnes (essaye encore)

Faucon dont je plains la proie, à Maisnil-lès-Ruitz

Cygogne et mouettes à Fresnicourt-le-Dolmen

Héron garde-boeufs et boeufs à Isbergues

Grèbes sur le canal de la Deûle

Cygnons d’Annequin

Bébé gallinule sur le canal de la Souchez

Foulque macroule et ses petit-es sur la Scarpe

Poule et poulette d’eau sur la Souchez

Ados cygnes sur la Scarpe

Martin-pêcheur à la toilette, Beuvry

Cet arbre était l’un des arbres préférés des cormorans ; hélas, il a été abattu, et avec lui quelques centaines d’autres, dans un bois privé (chasse gardée) à Leforest

Aigrette de Guarbecque

Foulque qui aimerait exister aux yeux d’un héron, au Val du Flot, Wingles

Faisan survivant (la photo a été prise au printemps) à Hinges

Paon perché d’Ostricourt

Aigrette survolant Sainghin-en-Weppes

Canne et ses quelques canetons sur la Deûle

C’est marqué*

Ce n’est pas une découverte pour les vegans, mais si la presse (ici, Libé) commence à en parler, si l’info atteint jusqu’aux humain-es que le bien-être animal indiffère mais pas leur propre pérennité, peut-être obtiendrons-nous quelques avancées vers une civilisation moins barbare (ok, je rêve)

PS : oui, je sais, mais qui se soucie encore de l’intégrité de la langue française en pleine fin du monde ? Pas moi en tout cas

* Le titre de ce billet me vient d’une phrase que j’ai entendue cet été à la campagne près d’Angoulême, dite par une dame à son mari alors qu’iels cherchaient leur chemin : « C’est pas marqué ». Cette phrase m’a tellement fait rire que j’en aurais bien fait le titre d’un livre (sans doute parce que, outre qu’elle révèle combien la signalétique nous a décérébré-es, l’emploi du verbe « marquer » dans cette acception m’horripile, j’en feulerais).

Lourdes, n. pluriel

La première fois que j’ai découvert une réplique de la grotte de Lourdes, c’était à Mons-en-Barœul, à l’époque où je courais avec un appareil photo (une pratique peu appréciée par sa délicate anatomie et qui lui a valu, après une floraison de scotomes, une mort assez rapide). J’étais d’autant plus amusée qu’il s’agissait d’une grotte privative, dans le jardin de particulier-es. Les années suivantes, je suis tombée par hasard sur neuf autres répliques puis j’en ai cherché d’autres, bien que je sois farouchement athée + anticléricale : elles m’intéressent en tant qu’éléments étonnants (et monumentaux) du paysage et c’est à ce titre qu’elles ont fait cet été l’objet d’une série de photos comme j’en développe tant – des photos certes moches car prises avec un appareil médiocre et une technique pas mieux mais je n’ai aucune prétention en la matière, je veux juste montrer des choses. Aujourd’hui, des messes vont avoir lieu devant ces grottes de petites paroisses un peu partout en province, puisque (si j’ai bien compris) les catholiques fêtent le départ de la Vierge Marie pour le royaume de Dieu. Voici donc une sélection de répliques dans l’ordre alphabétique des villes et villages qui les accueillent ; des grottes avec ou sans Bernadette Soubirous, prises dans une ferme, dans des lotissements, des parcs, des forêts, derrière des églises, des cimetières, en périphérie de villages, en bord de zone industrielle et même dans la cour d’une école.

grotte d’Annequin

grotte d’Aubers

grotte d’Auchy-les-Mines

grotte de Barlin

grotte de Bersée

grotte de Bouvines

grotte de Clairmarais (à l’orée de la forêt du même nom)

grotte d’Erchin

grotte de Guarbecque (cour de l’école Sainte-Bernadette ; photo prise par-dessus un mur, à bout de bras et donc sans vision…)

grotte de Haucourt

grotte d’Isbergues

grotte de La Gorgue

grotte de Lallaing (ferme de Germignies)

grotte de Lapugnoy

grotte de Lécluse

grotte de Marquette-lez-Lille

grotte (privative) de Mons-en-Baroeul

grotte de Morbecque (à l’orée de la forêt de Nieppe)

grotte de Sailly-Labourse

grotte de Saint-Jans-Cappel (Villa Yourcenar)

grotte de Sin-le-Noble

grotte de Souchez

grotte de Wahagnies

grotte de Wambrechies

Laquelle voudriez-vous dans votre jardin ?

J’ai aussi pris des photos de détails qui me plaisent bien, j’en ferai peut-être un post ultérieur. Je ne vous dévoilerai pas, en revanche, le contenu du livre d’or (ou livre de prières si vous préférez) à la disposition des croyant-es de Clairmarais. En voici seulement un extrait : « Notre Dame, Priez pour nous, mes enfants, petits-enfants, ma sœur et mon frère et leurs proches, mon petit chien et tous les animaux de la terre. Et moi-même… Amen »

La Poussière

Quand j’ai entendu le nom « Covid-19 » pour la première fois, j’étais en train de vivre l’une des plus belles années de ma vie. J’avais une merveilleuse fiancée, je venais d’emménager dans ma nouvelle maison, où je désignais un certain nombre de phénomènes inexpliqués du nom de Polty et, deux semaines par mois, j’étais en résidence au Triangle de Rennes, où j’écrivais un roman de fantôme qui jouait avec tous les codes du genre. La Poussière est aussi une allégorie de la lutte des classes – le quartier imaginaire où se déroule l’histoire est un décalque du Blosne, la ZUP sud de Rennes. Enfin, c’est le seul de mes romans pour adultes dans lequel on trouve un personnage d’enfant, ça ne risque pas de se reproduire alors on en profite. Ce roman a connu un sort mouvementé pendant ces six dernières années, mais enfin le voici, aux éditions Cambourakis. Il paraîtra le 2 septembre.

L’image de couverture, comme celle de Colline, est d’Aurélie Taillepied.

J’aime tisser des liens entre mes différents textes ; ici, on retrouve la toile que j’évoquais déjà dans Terrils tout partout (éditions Cours Toujours), une toile qui appartenait à mes grands-parents maternels et que j’ai récupérée quand nous avons dû vider leur maison (c’est l’un de mes biens les plus précieux sentimentalement)

et des chansons de Louisiane que l’on entend aussi dans La Geste permanente de Gentil-Cœur (éditions de l’Attente), dont celle que vous pouvez entendre ici, Faut tu Voir de Bonsoir, Catin (catin veut dire jeune fille en cajun)

et Danse Kalinda Ba Doom de Dr John

Quatrième de couverture : Un quartier prioritaire, en marge d’une grande ville. Laissant derrière elle ses fantômes, « l’invitée » arrive en résidence dans l’ancienne conciergerie d’une institution culturelle. À quelques pas de là, Marilyne vit dans un logement social avec sa fille Léna, dont les seuls amis sont les écureuils – jusqu’à ce qu’elle fasse la connaissance de Pierrette. Le problème, c’est que Pierrette est morte avant même que la campagne environnante ne soit enfouie sous les grands ensembles, il y a plus de cinquante ans. Et que la nuit, Pierrette entraîne la petite fille dans les méandres de la cité, au fond des puits, au bord d’un mystérieux ruisseau qui coule sous le béton. Pierrette blanchit les cheveux, saccage la vaisselle et tapisse les murs de sang. À mesure que le phénomène s’intensifie, Marilyne et l’invitée s’enfoncent dans un labyrinthe urbain aux contours insaisissables, où la mort semble contagieuse. Roman de fantômes, La Poussière désigne l’enclave de la cité comme un château hanté où les dissonances sociales, culturelles et intimes s’entremêlent jusqu’à brouiller les identités.

Triptyque renversant

Photos prises ce matin entre Vendin-le-Vieil et Hulluch : voiture versée, comme on disait au 19è siècle (il existe même un opéra-comique de Boieldieu qui porte ce nom), caddie pas mieux et jambes en l’air.

Soifs

Ici, homo sapiens a eu soif. Ici : au bord du canal, sur les segments dont la collectivité a rasé la ripisylve pour le confort à court terme de ses usager-es. Homo sapiens a eu soif, et homo sapiens a bu, ensuite de quoi il a détendu les muscles de ses pouces opposables, lâchant les contenants à l’endroit exact où il les a vidés de leur contenu, de sorte que sur la pelade de végétation jaunâtre laissée sur la berge par des messieurs en gilet orange fleurissent désormais – en lieu et place de la coronille bigarrée, de la vipérine, des ombellifères, de l’aigremoine, de la tanaisie ou encore de l’épilobe à feuilles étroites – des bouteilles de Cristalline, des pochettes de Capri Sun et des canettes de soda écrasées. Homo sapiens a eu soif et ça ne risque pas d’aller mieux.

Les animaux non-humains aussi ont soif. Ils luttent pour leur survie dans leur habitat fragmenté (qui pour mémoire est au mieux un patchwork de zones piégées, d’enclos et de chasses gardées) ; parfois, l’issue est fatale. La semaine dernière, j’ai rencontré une jeune chevrette sur un chemin de halage près de Béthune ; elle se penchait vers l’eau, j’ai souri qu’elle semble s’intéresser à une famille de canards dont les petits étaient encore au stade de poussins. Je l’ai revue hier – non : j’ai vu ce qu’il reste d’elle, un cadavre enflé, nauséabond, en décomposition à la surface du canal. Elle devait avoir soif, elle aussi, elle a dû tomber dans l’eau et nager jusqu’à épuisement de ses forces, car il n’y a aucun endroit où elle aurait pu trouver une prise pour remonter sur la berge.

J’ai découvert son abominable sort hier, j’ai vu sa grâce et son innocence envolées ; ce matin, au bord d’un autre canal, j’ai vu les détritus d’homo sapiens. Et je n’ai pas souhaité le meilleur à mon espèce dégénérée.

Je ne t’oublierai jamais, petite merveille.