L’art (33)

Vous m’avez suffisamment harcelée pour que je consente à reprendre ma série sur l’art et les friteries, amorcée dans de La poésie (2), L’art (23) et L’art (28). Je comprends vos arguments. Il s’agit en effet d’un courant artistique très inventif et pourtant sous-estimé, ainsi que d’une spécialité de notre belle région. Il est essentiel, je vous l’accorde, de mettre cet art à l’honneur.

(Pont supérieur, avenue de Dunkerque, Lomme ; je précise, pour ceux qui ne connaîtraient pas cette intersection, que le tableau sur le volet de la friterie représente exactement (aux modèles de voitures près) le paysage au bord duquel le client est invité à déguster son américain fricadelle.)

Suffer little children (2)

Un billet tout en couleurs : c’est pour les enfants, des enfants tristes et perdus – courage, les enfants, dites-vous que jamais personne ne vous sauvera, jamais personne ne vous prendra dans ses bras, ne caressera vos cheveux ni ne vous dira doucement au creux de l’oreille, « C’est fini, maintenant, je suis là et auprès de moi tu es en sécurité pour toujours ». Ne rêvez pas les enfants. Ne regardez pas de comédies musicales, malheureux ! Vous serez seuls jusqu’à la mort, où vous serez plus seuls encore.

Rainshine

je cours avec Annie Gosfield
et Sylvie Courvoisier sous la pluie froide
le ventre vide comme le sont aussi les rues
– l’humain étant heureusement soluble

et de nouveau je peux sentir l’amour
enfler dans mes veines y battre y brûler
sans pusillanimité

cependant le ciel s’est découvert et
la lumière embrase les surfaces détrempées
de la ville – Lambersart, maquette en feu sous
les nuages fuligineux qui déjà reviennent

sous ces nuages je suis en vie
et je n’ai pas peur

Annie Gosfield : EWA 7 : Part 2

Sylvie Courvoisier : Des Signes Et Des Songes

(Je suis d’humeur Tzadik ces dernières semaines.)

Des salons

Je m’étais juré ici de ne jamais me lancer dans un recensement des salons de coiffure dont le nom est un jeu de mots avec hair, tif ou ce genre de chose. D’une part, ça me semble trop facile (comme le relevé de sabots de façade en grès) et, d’autre part, je crains les représailles – j’ai connu quelques coiffeurs vindicatifs. Mais je me dois de partager avec vous mon admiration pour ce salon de La Madeleine, vraisemblablement tenu par une Sophie très spirituelle.

Des sosies

L’autre jour, une boulangère n’en revenait pas que personne ne m’ait jamais signalé mon incroyable ressemblance avec « cette chanteuse, vous savez, elle a fait The Voice ? » Non, je ne voyais pas du tout. « En plus elle a les cheveux courts comme vous », a étayé la boulangère. J’avais oublié le nom de la chanteuse quand je suis rentrée chez moi et je n’ai donc pu vérifier les dires de la boulangère. Cette anecdote m’est revenue hier soir quand mon amie Fanny m’a présenté Marie :
– Je lui ai dit « Bonjour Muriel » et elle m’a répondu « Non, moi c’est Marie ».
– Ce n’est absolument pas Muriel, lui ai-je confirmé.
Cependant, Marie souhaitait rencontrer son supposé sosie, aussi avons-nous cherché Muriel dans la foule puis nous avons fait cercle autour des deux M., qui se regardaient sans oser rien dire pour ne vexer personne – ni Fanny, ni l’autre M.
– Absolument pas, ai-je appuyé.
– Elles ont des cheveux mi-longs, a maugréé la petite amie d’une M.
– Je n’ai pas mes lunettes, s’est excusée Fanny.
Puis tout le monde est retourné à ses activités.

(Fresque, dans le préau de l’école Arago, Lille.)

In the kitchen (14)

Ce matin, je suis allée rendre visite à la vierge Marie dans sa petite chapelle de la rue Jean-Baptiste Lebas à Villeneuve-d’Ascq. J’ai frappé à la vitre.
– C’est pour quoi ?
Elle n’avait pourtant pas l’air si revêche. Je pense que je la dérangeais dans l’exercice de la prière.

– Je t’ai apporté des noix du Brésil et des sucres roux pour te remercier, ai-je répondu – c’était tout ce qui rentrait dans les poches de mon short.
– Me remercier de quoi ?
– J’ai vraiment des amis formidables, qui m’enveloppent comme de l’eau, et
– Pitié, épargne-moi le lyrisme.
– Oh, pardon. Eh bien, j’ai des amis formidables, voilà tout.
– Alors ça, je n’y suis pour rien. Vois même pas qui c’est. Doivent pas beaucoup fréquenter la maison du Seigneur…
– Euh, je ne pense pas, non, ai-je concédé.
– Des amis formidables, m’a-t-elle imitée.
J’étais terriblement vexée mais toujours aussi reconnaissante, aussi ai-je insisté à propos de mon offrande.
– Je suis allergique aux fruits à coque mais tu peux déposer les sucres roux devant la porte de la chapelle.
Je me suis exécutée. Elle n’a pas répondu quand j’ai dit au revoir. J’ai repris ma course à pied.

Zéphyrs (ré)embrasés (28)

Cet hiver, ça n’allait pas très bien entre ces habitats de l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny à Lambersart.

Mais hier, j’ai eu le bonheur de constater que tout s’était arrangé, que les zéphyrs s’étaient de nouveau embrasés, ce qui confirme que des terres brûlées donnent parfois du super blé. Pour preuve, la vigueur de la glycine qui masque en partie les ébats de nos amis.

Big in America

J’ai relu, la semaine dernière, L’année de la pensée magique de Joan Didion. Cette page, que j’ai naturellement cornée, décrit exactement ce que je ressens.

Regardez l’image que j’ai trouvée tout à l’heure : Renata Adler et Joan Didion, deux grands auteurs de leur temps, dans une situation de complicité. C’est très émouvant. Si j’arrive à surmonter mon sentiment d’indignité, je profiterai de mon séjour à New York pour essayer de les rencontrer (dégaine cette foutue adresse mail, grande cruche ! me dis-je parfois). Elles seraient assurément les interlocutrices rêvées pour discuter de mon projet très atypique (i.e. casse-gueule) sur Meredith Monk.