Mascottes du bassin minier : des outsiders

Les fidèles lecteurs de ma rubrique Kitsch & Lutte des classes connaissent mon étude des mascottes du Nord, parmi lesquelles sont particulièrement représentés les oiseaux, les lions, les chevaux et les chiens. Force m’est de constater que les vedettes sont les mêmes dans le bassin minier que dans la métropole lilloise ; cependant, il y a aussi de la place ici pour l’exotisme et pour les outsiders. Afin de s’en convaincre, il n’est qu’à observer les portails et barrières ainsi que leurs piliers, sur lesquels se perchent des oiseaux plus rares que les aigles – j’entends sur le strict plan décoratif de pilier : le pigeon n’est pas un oiseau rare mais le premier que j’aie jamais vu sur un pilier vit à Loison-sous-Lens.

Et certes, on a vu un coq trôner sur un portail de Lomme mais pas avec femme et enfant comme ici à Bauvin (ok, Bauvin n’est pas tout à fait dans le bassin minier, mais 1. ça s’est joué à peu de choses ; 2. ça ne se voit pas ; 3. ne faites pas vos huissiers, merci, admirez plutôt le coloriage maison appliqué à cette statuaire).

Un hibou d’Auby (je me demande si ses propriétaires l’ont choisi pour les sonorités de hibou d’Auby).

Le cygne est plus habituel au sol que sur piédestal ; notez qu’il est presque toujours fonctionnel. Contrairement au cheval, au chien ou au lion, un cygne de jardin est neuf fois sur dix un bac à fleurs (ou à quelque chose).

Ci-dessous, à Râches, un écureuil et un renardeau gardent une maison au bord du canal

et ici, à Mazingarbe, ce sont des lapins qui montent la garde (des lapins aux yeux blancs quelque peu inquiétants).

La grenouille n’est pas très courante (ici à Sallaumines),

non plus que l’éléphant (ici liévinois)

ou le bouc (ici de Loison-sous-Lens).

Mais le plus atypique reste le double sphynx, siamois par l’arrière-train, flanqué de dalmatiens peints à la main sur ce muret d’Annay (jock-a-mo fee na-né).

J’ajouterai en conclusion que même les chiens d’ici ont quelque chose de… peut-être pas de minier à proprement parler, non, mais ce chien rêveur n’a (passez-moi cette anacoluthe) assurément pas les attitudes tour à tour arrogantes et espiègles de ses pairs croisés sur les piliers de la MEL.

Dernières démarques au paradis

Parfois, c’est le matin à Aix-Noulette.

Parfois, c’est le matin à Cuinchy.

Parfois, c’est le matin à Givenchy-les-La-Bassée.

Parfois, c’est le matin à Barlin.

Parfois, c’est le matin à Grenay.

Parfois, c’est le matin à Bouvigny-Boyeffles.

Parfois, c’est le matin à Courcelles-les-Lens.

Tout est sublime. Les animaux sont heureux.

Les faisans.

Les lièvres

Et les perdrix, les lapins, les chevreuils – en famille ou

solitaires.

Dans huit jours, ces magnifiques êtres innocents ne seront peut-être plus en vie parce que des gros tas de merde en gilet orange leur auront tiré dessus pour leur loisir (qu’ils s’entre-tuent). Je ne sais pas si je continuerai de rouler tôt le matin à la campagne quand elle résonnera de la barbarie propre à notre espèce et que je ne pourrai plus feindre de l’ignorer. Plus que huit jours ! comme disent les affiches de dernières démarques. Plus que huit jours avant la fin du paradis.

Jessica

Jessica Sligter est musicienne, compositrice et productrice, fondatrice et directrice artistique de Nuts & Bolts, une plateforme d’échanges autour des pratiques musicales de diverses créatrices sonores. Elle est d’origine hollandaise et vit entre Berlin et Oslo – vous vous demandez forcément si elle connaît Jenny Hval, eh bien figurez-vous qu’elle a collaboré avec elle en 2013 et s’est même payé le luxe de lui confier les choeurs sur deux morceaux de son album A Sense Of Growth en 2016 ; elle lui a aussi consacré un podcast de Nuts & Bolts. Par ailleurs, Jessica Sligter a sorti ses quatre premiers LP sur le label Hubro (basé à Oslo), sur lequel Jenny Hval a fait une apparition, toujours en 2016, pour un album avec Kim Myhr et le Trondheim Jazz Orchestra. Mais trêve de Jenny, Jessica Sligter est une artiste formidable ; si vous ne le savez pas encore, je vous propose de le découvrir.

(Je ne sais pas de qui est la photo, désolée.)

Au début, Jessica Sligter se fait appeler J.A.E. et sa musique a quelque chose de folk, léger et solaire. Elle y chante comme un oiseau, un petit oiseau gracieux et espiègle.

2010

2012

Elle lâche le pseudo J.A.E. dès Fear & The Framing et la tonalité change, elle s’électrifie, s’assombrit, sauf peut-être sur deux titres, dont l’excellent Man Who Scares Me. Du moins les arrangements de ce morceau sont-ils lumineux et presque amusants – mais avec élégance, c’est une marque de fabrique Sligter. Même la chanson qui s’appelle Fuck Etc. et parle effectivement de sexe est toute en finesse et dérision : « Romance, romance / Give a girl a break », dit-elle, et la musique (mélodie, arrangements) est, comme souvent chez cette compositrice raffinée, en décalage avec le propos.

2016

Au fil des albums, les arrangements se font plus discrets, la mélodie moins prédominante : on se dirige vers le (relatif) minimalisme dans lequel Jessica S. excelle aujourd’hui, après avoir montré ses talents de compositrice et l’étendue de sa palette. Surrounds, Surrounds Me est malgré tout une chanson à part entière, le format n’est pas encore déconstruit ; les paroles sont bouleversantes : And ’cause I´m tired I seek out / What is fast and shallow / It´s all right there, ready / Around me. L’album A Sense Of Growth oscille entre pistes expérimentales et titres de facture plus classique. On pense un peu aux derniers albums de Scott Walker pour le côté crooner tombé dans l’avant-garde, à ceci près que Jessica Sligter est l’unique démiurge de son univers sonore. Ses paroles sont souvent poétiques et donc sujettes à interprétations divergentes, parfois (délicatement) engagées.

Son LP paru en 2018, Polycrisis.yes!, est autoproduit – était-il trop expérimental pour Hubro ? C’est ce que je suppose. Jugez-en par vous-mêmes avec cet extrait, The Dream Has Died.

Cette année, elle a collaboré avec Audrey Chen et j’espère qu’un disque nous permettra bientôt d’en entendre davantage que sur la seule et très prometteuse vidéo disponible à ce jour – que vous pouvez visionner ici.

Je profite de l’occasion pour vous faire écouter trois titres d’artistes que j’apprécie beaucoup mais auxquelles je ne consacrerai sans doute pas un billet entier. Le label Hubro, qui a vu les débuts de Jessica Sligter, a aussi représenté la trompettiste Hilde Marie Holsen, dont voici le titre Lazuli,

et le groupe Skadedyr, dont voici mon morceau préféré, Culturen (le tuba d’Heida Mobeck, JMJ !)

C’est aussi le label de Building Instrument, l’une des formations dans lesquelles chante Mari Kvien Brunvoll (qui, pour l’anecdote, est la soeur de l’artiste folk Ane Brun), mais c’est un extrait de son album solo paru en 2012 sur le label Jazzland que je vous propose ici, Everywhere You Go, un petit joyau interpolé de Memphis Minnie.

J’aurais aussi pu vous faire écouter un morceau du recueil Folklore de Trondheim Voices, paru sur le label Hubro, d’autant que dans cet ensemble vocal féminin chante Natali Abrahamsen Garner, qui était de l’aventure The Practice Of Love avec Jenny Hval juste avant le début de la pandémie (j’ai eu la chance de les voir au centre Pompidou, le reste de la tournée a été annulé – Jenny Hval évoque cette période dans une série de vidéos, parmi lesquelles je vous recommande particulièrement celle-ci). Je reviendrai sans doute sur Trondheim Voices un jour, dans cette rubrique tout juste renommée Acouphène, à l’occasion d’un petit tour des ensembles vocaux féminins. En attendant, vous pouvez aussi écouter Natali Abrahamsen Garner dans d’autres formations, particulièrement au sein de son passionnant duo Propan avec Ina Sagstuen (également de Skadedyr), par exemple ici (leur dernier disque est publié par le label Sofa Music, Oslo, le premier autoproduit).

Autour de la Scarpe inférieure

Ces temps-ci, je sillonne le Douaisis pour voir si c’est vraiment le petit paradis que ça paraît être (dans deux semaines, l’ouverture de la chasse me fera sans doute changer d’appréciation). Parfois, le soleil se lève à Waziers,

d’autres fois il est mangé par la brume à Sin-Le-Noble

(dont voici le chemin de la Tarte),

puis il brille sur le chemin de halage entre Râches et Anhiers.

La première fois que j’ai vu un panneau Parcours no-kill, je me suis dit que vraiment, ce territoire était formidable – même si, ok, l’anglicisme est un peu ridicule et parfaitement inutile. Plus loin, j’ai vu un pêcheur et je me suis retenue de lui dire qu’il n’avait pas le droit de sévir ici : à quoi bon ? Renseignement pris, le no-kill est juste un concept – l’époque aime tant les concepts, ces petits encas pour esprits paresseux. Ici, les pêcheurs doivent rejeter les poissons, voilà ce que la fédération bidule de pêche appelle ne pas tuer. Or, plus d’un poisson sur deux rejeté à l’eau après avoir été pêché meurt dans les heures qui suivent. Bref, encore un label hypocrite – il n’a même pas été inventé par respect pour les poissons mais seulement parce que les cours d’eau sont trop pollués pour qu’il ne soit pas déconseillé de manger leurs habitants, de sorte qu’on ne parle plus de pêcher pour s’alimenter (argument old school pour justifier cette pratique) mais de pêche sportive, et il faut voir les sportifs, assis sur leur cul au milieu de leur attirail kaki, une Kro à la main. Je ne caricature pas, j’en vois cinquante par jour : ils se lèvent tôt, eux aussi.

Revenons à nos moutons. J’aime particulièrement la commune de Lallaing. On y trouve donc des ovins plutôt tranquilles,

une signalétique originale et un panneau de basket au bord du canal,

(détail)

un épouvantail syndicaliste,

un chausson aux pommes qui figure dans mon top 5 ainsi qu’un très bel hôtel de ville moderne qui a conservé quelques éléments de l’ancien château dont il occupe l’emplacement et qui arbore un bas-relief très à mon goût, dans un esprit communiste et queer (avec son couple de garçons et sa banjoïste) qui m’évoque ceux de l’école Pierre Brossolette à Ronchin (voir ma Brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise, parue en 2017).

On peut traverser le canal sur ce pont pour aller visiter le terril de Germignies Nord mais ça, ce sera pour plus tard ;

pour l’instant, on aborde Germignies Sud, dont la vue satellite a guidé nos roues jusqu’ici. Le lagunage est très attirant mais davantage encore, à mes yeux, ce que je crois être un pont qui traverse le lac (à droite sur l’image)

et qui s’avère être une bande de terre qui le divise.

Une vue depuis le sommet, dans le petit matin brumeux.

Un aperçu du lagunage.

Au fil de mes explorations, je poursuis mon enquête pour retrouver Carrie et Ricah. Je demande à leurs congénères si elles ne les auraient pas vues, par hasard. Celles de Lallaing disent, Non, non.

Celles de Râches, Non plus, non plus.

Ce héron non plus.

Les moutons d’Arkeos ne savent même pas de qui je veux parler.

(à suivre…)

Produits dérivés

(Ce billet remplace et développe un /3 de la semaine dernière en pas moins de 17 photos + liens culturels pour votre édification.)

J’évoquais dans le billet 449 un jardin que l’on peut admirer dans une cité minière de Mazingarbe. Mes photos ne rendent pas honneur à son art brut ; pour en voir et en savoir plus sur ce jardin remarquable et sur son créateur, François Golebiowski, cliquer ici.

Mais cet habitant n’était pas le seul (au passé puisqu’il est décédé en 2013) à construire des modèles réduits de chevalements. On en trouve également un à Billy-Berclau, de plus impressionnantes proportions.

Billy Berclau est l’une des rares villes qui aient conservé un authentique chevalement et il semble être devenu un logement. Je ne sais pas quelle partie des bâtiments est habitée mais une pancarte Défense d’entrer, propriété privée en protège l’accès, flanquée d’une boîte aux lettres indiquant les noms de celle et ceux qui résident là. (Photo prise à travers la grille).

Ainsi, certaines villes ont conservé des chevalements, témoins de leur passé minier ; c’est également le cas de Bénifontaine, d’Évin-Malmaison, de Haines, de Lewarde, de Liévin, de Loos-en-Gohelle, de Marles, d’Oignies et de quelques communes entre Valenciennes et Douai. À Haisnes, l’accès au chevalement est facile, sans doute dangereux, probablement pas autorisé. Ici, sa tour vue depuis son propre corps.

Il est devenu une véritable galerie de street art et abrite notamment cette pièce imposante.

C’est l’un des quatre derniers chevalements en béton que compte le Nord-Pas-de-Calais ; j’en ai découvert un par hasard, cette semaine, à Anhiers. On le distingue ici au loin, derrière la Scarpe inférieure et ses foulques, par un petit matin brumeux.

D’autres villes ont effacé les stigmates de leur passé minier, longemps considéré comme honteux (On était la lie de la lie, me disait récemment une descendante de mineur alors que nous évoquions l’avant-Unesco) ; parmi ces villes, certaines repenties ont confié à des artistes la tâche de faire revivre la mémoire que la précédente génération avait souhaité gommer. Voici quelques chevalements décoratifs, soit d’encombrants produits dérivés – j’en découvrirai forcément d’autres au fil de mes explorations et je ne manquerai pas de vous en faire profiter.

Leforest

Oignies

Hulluch

Méricourt

le même avec lampe de mineur géante

Car on trouve également dans le bassin minier quelques monumentales lampes de mineur, déclinées sous diverses formes. Notez qu’il y avait autant de variétés de lampes qu’il y en avait de chevalements (on constate la diversité de ces derniers sur une photo de Bernd et Hilla Becher visible ici), de maisons minières, etc.

Courcelles-les-Lens

Auchy-les-Mines

Harnes (lampe sur laquelle des supporters politiques
collent des affiches, hélas)

Lallaing (notez que c’est le même modèle de lampe
qu’à Auchy-les-Mines, même si le rendu est assez différent)

Liévin

Ici, la lampe géante rend hommage aux victimes d’une catastrophe minière qui a eu lieu en décembre 1974. On devine en arrière-plan un authentique chevalement très bien préservé.

Ce n’est pas le seul chevalement d’époque qui se dresse dans cette ville où il se trouve que j’ai grandi et que mes parents habitent encore ; depuis le monument ci-dessus, il suffit de pivoter sur soi-même pour retrouver le même tandem lampe-chevalement.

Ici, lampe et chevalement sont peints, ce qui n’est pas si fréquent (le chevalement d’Évin-Malmaison est rouge mais je n’en connais pas d’autre qui ait osé la couleur – la plupart sont juste entretenus : de teinte naturelle, si on peut dire). Cet article fera probablement l’objet d’addenda au fil de mes périples cyclistes.

Mickeys du b.m. : une mise à jour

Il y a des années, dans une version antérieure de ce blog, je rêvais à voix haute de pouvoir un jour ajouter un Iga Biva (Eaga-Beeva) domestique à ma collection de mickeys maison (qu’ils soient du Nord ou du bassin minier). Je n’ai toujours pas eu cette chance mais ma découverte de la semaine m’enchante presque autant car Super-Souris (Mighty Mouse) est aussi rare et oubliée que l’extraterrestre de Disney ; l’état d’usure de cette icône strictement faite main m’enchante également. Elle rejoindra prochainement ma galerie de mickeys du bassin minier – puisque cette oeuvre orne un garage de Noyelles-sous-Lens.

La modernité (2)

Il y a un an et un jour, je vous présentais ici quelques éléments de modernité vus à Grenay, Bully-les-Mines et Libercourt ; je reviens aujourd’hui avec quelques variations autour des premiers mais aussi avec des nouveautés (du moderne neuf, quoi).

Il y a trois panneaux différents à Grenay : Grenay vous accueille, Grenay ville dynamique et Merci de votre visite à bientôt. Dans un an et un jour, vous aurez droit, car je vis à rebours, à Grenay vous accueille.

Tandis qu’à Bully-les-Mines, on trouve toujours l’hôtel moderne Chez Johnny

(détail)

mais aussi les chaussures Au Sans Rival, en face de la grande Quincaillerie de la place, que je vous présenterai dans un an et un jour.

Hersin-Coupigny offre à ses visiteurs une fresque historique qui nous mène des chevaux de trait (la voiture ancienne devrait, me semble-t-il, se situer après eux, mais sans doute suis-je trop prosaïque)

jusqu’au TGV qui file dans l’espace intersidéral. Je ne vous montre que les deux extrémités de la fresque, pour vous inciter au tourisme – car je sens que vous brûlez de voir comment ont été représentées les phases intermédiaires (la guerre, la mine, etc.) et en quoi elles consistent.

Le site de la ville nous apprend avec les points d’exclamation de rigueur que « Située au cœur de l’ancien bassin minier, Hersin-Coupigny est une commune dynamique résolument tournée vers l’avenir ! Idéalement implantée dans le triangle Béthune-Bruay-Lens, la ville dispose de l’ensemble des commodités ainsi que d’un réseau de transport lui conférant une proximité avec les grandes aires urbaines. » (C’est toujours moi qui graisse les mots-clés.)

Je profite de ce billet pour vous signaler une exposition d’art contemporain à Auchy la semaine prochaine. Où l’on apprend qu’un habitant d’Auchy est un Alciaquois. Plutôt classe, comme l’est aussi ce mélange de lettrages.

Tout cela m’émeut profondément et me tire aussi des sourires attendris. Comme quand, empruntant la route nationale qui traverse Verquigneul, je remarque une pub pour un téléphone high tech sur un panneau sucette face à des magasins fermés définitivement, certains carrément murés. J’aime les villes qui rejettent le clinquant comme un corps étranger, je m’y sens chez moi. Sur mon vélo, je souris la plupart du temps – sauf quand soudain, le pneu éclate : ma quatrième crevaison de l’été aura eu raison de mon pneu arrière, dont je n’avais pas remarqué l’extrême usure jusqu’alors. C’est qu’il a fait quelques milliers de kilomètres sous mon tas, ces derniers temps… Mais comme j’ai de la chance, il n’a pas rendu l’âme à 30 km de chez moi, seulement à 5, j’ai pu pousser Mon Bolide en courant.

Ceci est une notification

sous forme de teaser ; elle vous signale une mise à jour du billet Moulins miniers : c’est désormais pas moins de 31 moulins qui vous attendent ici, ainsi qu’une étude plus approfondie du sujet, enrichie par ces 2×7 nouveaux cas – certains vraiment spectaculaires, comme vous pouvez le constater ci-dessous (j’ai dû faire un montage de ces photos prises par-dessus la haie de deux maisons voisines, sises à Auchy-les-Mines, tant leurs jardins débordaient de joyaux, à en saturer le 16/9)

Valentina

L’été 2019, j’étais au festival Wysing Polyphonic à Cambridge, un festival confidentiel dédié aux musiques audacieuses, voire expérimentales. J’y ai vu une douzaine de concerts en une journée. Je n’attendais pas grand chose de Lafawndah, qui n’avait pas encore sorti son merveilleux EP The Fifth Season. Pendant tout le set, j’ai été hypnotisée par le jeu de la batteuse / percussionniste, au point que je lui ai demandé, à la fin, si elle jouait dans d’autres formations. Elle a cité Tomaga et elle aurait pu mentionner bien d’autres groupes et collaborations mais je me suis exclamée que, ça alors, j’avais un de ses disques, et que nous avions une connaissance commune, un disquaire de Lille. « Marc, oui » a-t-elle souri. C’est ainsi que, quelques minutes dans ma vie, j’ai rencontré l’incroyable Valentina Magaletti. Elle est aujourd’hui, avec la tout aussi prolifique Claire Rousay, l’une des batteuses dont je suis l’actualité avec le plus d’attention.

(Ici, photographiée par Estelle Chaigne avec la batterie fragile de l’artiste Yves Chaudouët – FRAC de Bordeaux)

Un an après leur performance à Cambridge, Lafawndah sortait The Fifth Season et Valentina Magaletti figurait parmi ses musiciens – ce qui n’était pas le cas sur ses précédents enregistrements.

Ci-dessous, Valentina Magaletti solo, sonnant comme un petit orchestre. C’est sur son génial album A Queer Anthology of Drums, paru l’année dernière.

La voici au sein de son duo CZN (Copper Zinc and Nickel) avec le batteur João Pais Filipe, dans un morceau irrésistible.

Une autre de ses collaborations que je trouve passionnante, avec Marlene Ribeiro (du collectif Gnod).

Cet été, elle a sorti avec le groupe Moin l’album Moot! qui louche vers le punk (pour le dire grossièrement) et dont voici un titre.

On la découvre ici dans un registre tout à fait différent avec un autre de ses groupes, Vanishing Twin (nouveau LP en octobre).

Tomaga était son duo avec Tom Relleen. Le 23 août 2020, le musicien est mort, à 42 ans, des suites d’un cancer. L’apprenant, j’ai pensé à Valentina. J’ai pensé à Marc, le disquaire de Lille, je me suis rappelé quelque chose qu’il m’avait dit un jour : il n’avait jamais pu écouter le dernier album de Bowie parce que Bowie l’avait enregistré en sachant qu’il allait bientôt mourir. J’ai imaginé qu’il lui serait encore plus difficile d’écouter le dernier disque, enregistré dans les mêmes conditions, d’un musicien avec lequel il avait un lien affectif. J’ai, quant à moi, beaucoup écouté ce dernier album, Intimate Immensity, paru en mars de cette année. Or, un soir de cet été, le morceau éponyme m’a fait un effet inattendu ; une émotion indicible m’a submergée au point que j’ai éprouvé un vertige physique, comme si la musique m’ouvrait littéralement une fenêtre sur l’inifini de ce qui suivra la vie. L’ultime piste de Tomaga m’a plongée dans cette immensité intime que l’on pourrait penser impossible à communiquer. La voici.

(Tomaga par Agathe Max.)

On peut trouver ici l’impressionnante discographie de Valentina Magaletti.