Boucquins

Boucquins, c’était la journée de clôture du festival Poema dans le village de Boucq en Lorraine et en excellente compagnie. Ici, je finis ma lecture de La geste permanente de Gentil-Cœur en chantant Goodbye, Chère Amie de Magnolia Sisters, accompagnée par le super (et adorable) accordéoniste Nicolas Arnoult. Je remercie toute l’équipe pour son accueil chaleureux.

(et merci à ma fiancée pour cette photo)

Lâche pas la patate

Expression cajun qui s’applique idéalement à mon potager. Ci-dessous, mes pommes de terre prises en photo à la fleur de l’âge. Aujourd’hui, j’ai dû toutes les déterrer, un mois et demi avant l’échéance mais in extremis avant que le mildiou ne les achève – plus radicalement que les gastéropodes, bien que, pendant trois mois, j’en aie acheminé des dizaines chaque jour vers la bande boisée qui sépare mon jardin de la cour du lycée (j’appelais ça la navette).

Tant d’amour et de travail pour quatre cageots, pourrait-on se dire, mais les tubercules me le rendent bien et j’ai trouvé de nombreux cœurs parmi mes miraculées.

Les courgettes luttent bravement, elles aussi, bien que certaines aient été dévorées de l’intérieur par des bébés limaces (et on dit que les enfants sont innocents – je n’y ai jamais cru).

Et l’aubergine aussi tient bon.

Mais les tomates dépérissent inéluctablement, le mildiou les boulotte sans hâte, gagnant chaque jour quelques millimètres.

L’autosuffisance, ce n’est pas pour demain.

/ 3 : <3 (2)

Nos chevales sont toujours très très heureuses de s’être trouvées sur la planète Terre, comme dans / 3 : <3 (1).

+

=

forever

(Photos prises à Carvin, Vendin-le-Vieil et Hulluch – le premier cheval est de Rémy Callot, dont on peut voir d’autres œuvres (à savoir les murs qui encadraient sa maison – par je ne sais quelle aberration, celle-ci a été détruite) sur le site Internet du LAM, Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut, ici.)

En vie avec divisions

Vous les voyez ? Il y a deux îles ; à gauche, sur le canal d’Aire, une île sans nom ; à droite, à la confluence du canal d’Aire et de la Deûle, la minuscule île aux Saules.

Ces îles sont traversées par une double frontière invisible : sur l’île sans nom, au nord de la ligne, vous êtes à La Bassée dans le Nord et, au sud, vous êtes à Douvrin dans le Pas-de-Calais. Sur l’île aux Saules, à l’est de la ligne, vous êtes à Bauvin dans le Nord et, à l’ouest, vous êtes à Billy-Berclau dans le Pas-de-Calais.

C’est quelque part entre ces deux îles que je voulais aller aujourd’hui, je l’ai su dès le réveil – c’est là que j’irais me sentir en vie. Je voulais rouler sur le chemin de halage au long du canal d’Aire et, là,

entre Douvrin et Billy-Berclau, écouter Surrounds, Surrounds Me de Jessica Sligter.

Quelle splendeur & merveille que cette chanson. Je l’avais dans la tête au réveil, elle aussi, et j’ai décidé de me rendre sur ce chemin de halage parce que, deux semaines plus tôt, j’avais vécu en l’écoutant là un prodigieux moment de grâce. Mais pour ne pas aller grossièrement droit au but, je suis passée sur la première île, où le chemin est si étroit que parfois il ressemble à une absence de chemin (et il y a plein d’orties, c’est vivifiant et tant mieux puisque le but de la promenade est de se rappeler qu’on est en vie et que c’est bien).

On voit ce drôle de pont qui mène à la coopérative agricole sise à La Bassée + Salomé en même temps car elle aussi est divisée, il faut croire que c’est le thème de la journée. La division.

On quitte l’île comme on peut (orties, orties) et on rejoint la bonne rive du canal, hop. Il y a deux semaines, mon amour m’a appelée quand je m’y trouvais, pas cette fois mais ça n’empêche pas d’être en vie.

Après l’apogée cinématographique de Surrounds, Surrounds Me, je suis allée voir le pont sur rien qui domine l’île aux Saules (mio).

Il ne sert à rien du tout, il est juste posé là, j’aime bien :

Je me suis postée à la pointe ouest du triangle, où des panneaux géants guident les péniches, Béthune à droite, Douai à gauche – division encore et toujours.

Puis j’ai quitté l’île, quitté le chemin de halage pour m’enfoncer dans les marais dits du Flot de Wingles, où j’ai rencontré des vaches très sympathiques,

j’ai roulé sur une bande de terre battue qui sépare un bayou d’un ruisseau (vous le voyez, le bayou ? ces arbres poussent dans l’eau croupie, couverte de lenticules)

et après ce crochet, j’ai regagné le chemin de halage, au long duquel bourdonnaient des prairies qui avaient l’air organisées : les coquelicots ici, la vipérine là, etc.

J’ai fait un détour par Harnes pour rentrer par mon spot du dimanche et, en chemin, j’ai apprécié ce paysage mixte (divisé, pourrait-on presque dire).

Sur mon site du dimanche, il y avait encore plus de coronille bigarrée que de vipérine, rendez-vous compte. Et des lapins, des faisans, des lézards, bien sûr.

C’était un dimanche en vie malgré ses divisions.

NPR 98 de la notice discrète

Parfois, je m’arrête pour lire les panneaux qui défigurent le paysage ; ils sont souvent agrémentés de documents photographiques qui pourraient laisser penser que l’on va y apprendre quelque chose, ce serait déjà ça, mais c’est très rarement le cas. La plupart du temps, c’est juste de l’auto-promo moche, comme on le constate ci-dessous.

Et quand je dis « discrète », je ne mens pas : voyez comme ce monumental panneau (pour le citer lui-même) s’intègre harmonieusement à la nature.

NPR 97 et 97A de l’escalier

J’ai découvert début mai ce nouveau massacre, perpétré au Val de Souchez en toute impunité. Pourtant, celles et ceux avec qui j’en ai parlé disent voir en cet ‘aménagement’ un gâchis injustifiable. Mais c’est comme ça. Et nous regardons mollement nos congénères supplicier la nature pour leur loisir parce que de toute façon que sommes-nous censés faire ? Nous ficeler à un arbre au cas où il prendrait à un connard à petit pouvoir l’envie subite de l’abattre ? Mais comment choisir notre protégé ? Qui sait qui sera le suivant ? Qui sait quand ?

NPR 97 du pied de l’escalier

espérons que vous appréciez
ce flambant neuf escalier
auquel ont été sacrifiés
tant d’arbres et de terriers

NPR 97A du sommet de l’escalier

les décideurs comme des empereurs
baissent le pouce selon leur caprice
pour que leurs sbires défigurent
ce qu’il reste de la nature

57 mètres : c’est que ‘gagne’ le promeneur (qui, par essence, est venu pour marcher – on peut donc supposer qu’il n’est pas à 57 mètres près). Tandis que des arbres ont perdu la vie et de nombreux lapins leur habitat. Pourquoi ? Pourquoi cet escalier sur lequel sept personnes pourraient passer côte à côte sans se frôler ? Pour un stupide jeu de disc golf qui gâche déjà bien assez le décor ?

NPR 96 et 96A de la société passion signalétique

Ce serait une société spécialisée dans le panneau à vernis écologique et elle s’appellerait Passion Signalétique. On dirait qu’elle ferait sa pub sur les terrils et qu’elle userait de stratégies commerciales contradictoires, celle qui consiste à dire nous/notre et celle, plus démago, qui préfère le vous/votre (Aujourd’hui, profitez des super promos dans votre hypermarché Bidule, voyez ?) Les NPR du jour mêlent ces nous/notre et ces vous/votre de manière quasi schizo.

NPR 96 du gâchis écologique

NPR 96A du panorama plombé

(plombez le panorama
avec nos panneaux en bois)

Ce matin, j’ai eu pour témoin de mes accrochages un chevreuil très sympathique ; hier, au même endroit, j’avais rencontré un faon. C’est ça, la vie sans couvre-feu, on peut se lever tôt pour aller saluer les amis cervidés sans risquer un PV.

Nourisse

Ces épingles à nourrice ne seraient pas les plus abordables du marché si leur emballage avait fait l’objet de corrections. Non, vraiment, ne changez rien : on n’a pas besoin d’une orthographe irréprochable pour être punk à Sallaumines.

Projet Souchez

Le week-end dernier, dans La Voix du Nord, un article sur les randos-ateliers que je mène avec la plasticienne et graphiste Oréli Paskal. Sur cette photo, nous avons l’air sortis d’une série survivaliste (il manquait à peu près la moitié du groupe lors de la reprise après une interruption de plusieurs mois, mardi dernier) mais quand nous sommes naturels et ne ballons pas des bras, nous ne faisons pas trop peur. Je vous donnerai des nouvelles de notre carnet de route + carte sensible, qui a tout pour devenir un très bel objet, dès que nous aurons rattrapé notre retard covidien.