Fill in the blanks

J’ai l’immense …………. de vous annoncer que mon roman à …………. mains, souvent évoqué ici au printemps dernier, a été accepté par les éditions …………. auxquelles ma complice et moi le destinions. Plus d’…………. bientôt. En attendant, je peux enfin sans …………. vous révéler l’identité de l’autrice mystère : pour …………. d’entre vous qui ne l’auraient pas deviné, il s’agit de Wendy Delorme, dont le dernier roman, Viendra le temps du feu, paru cette année dans la collection Sorcières de Cambourakis, est tout simplement …………., lisez-le.

/ 3 : Première gelée

Ce matin, la brume, le givre et les nuages ont rendu le lever de soleil particulièrement délicieux. Un bonheur de saison qui m’a fait danser un peu dans le noir et mon short décroissant (i.e. en lambeaux malgré mes tentatives de couture). La dernière image me rappelle quelque chose de l’enfance, peut-être ces boîtes de chocolats qu’il y avait chez mes grands-parents et dont des paysages d’hiver ornaient le couvercle, ou peut-être des recueils de contes ? Je ne sais pas, en tout cas rien à voir avec les calendriers des PTT malgré leurs lumières vaporeuses.

ISTC

« Les éditions Cours toujours et l’ISTC sont heureuses de vous inviter mardi 14 décembre 2021, à 19 h, à une soirée littéraire autour du livre Terrils tout partout, de Fanny Chiarello » (c’est moi). Ce qui va se passer, c’est que je vais lire un extrait du livre, ensuite Dominique Brisson et moi allons dicuter un peu, puis nous allons toutes et tous boire un verre et sans doute manger des cacahuètes mais je manque de détails concernant cet aspect de la soirée. L’invitation dit qu’il faut s’inscrire ici avant le 10 décembre pour participer, ce qui m’ennuie autant que vous car je partage votre indocilité fondamentale mais rappelez-vous : des cacahuètes (peut-être même des Tuc, qui sait ?) Et puis l’ISTC se situe dans l’un de ces bâtiment de la catho qui ressemblent aux grandes facs américaines ou anglaises, genre Princeton, gothiques avec parc, et elle « sensibilise ses étudiants  aux enjeux du monde contemporain en renforçant le socle de culture générale qui permet de bien les comprendre, d’accueillir la diversité comme une opportunité, de cultiver la créativité et le développement d’une pensée fine et responsable », ça s’encourage. C’est 81-83 boulevard Vauban à Lille. Venez.

CNV (1) : une saynète

Le langage se porte très mal en cette ère de communication, de rhétorique et de censure. J’ai décidé d’écrire une série de saynètes pour tourner en dérision divers usages qui me répugnent tout particulièrement. Rire de ce qui m’échappe, je ne vois plus que ça. J’essaierai, autant que possible, d’éviter les didascalies – ne sont-elles pas en quelque sorte la signalétique du théâtre ? Pour commencer, une historie presque vraie.

A – Excuse-moi…
B – …
A – S’il te plaît ?
B – …
A – Excuse-moi mais tu me marches sur le pied.
B – Qu’est-ce que tu essayes de faire ? De me culpabiliser ?
A – Pas du tout, c’est juste que ça me fait mal, en fait.
B – Non.
A – Euh. Comment ça, non ?
B – Tu n’as pas mal, c’est du chantage.
A – Aaaaaah… Attends, je crois que l’ongle de mon petit orteil est en train de
B – Je ne t’écoute plus, tu es une manipulatrice.
A – Mais mon ongle,
B – Laisse-moi tranquille, tu m’as suffisamment blessée.
A – Putain mais tu vas virer ton gros talon dégueulasse de mon orteil, saloperie ?
B – Bravo ! Culpabilisante, agressive, ordurière, putophobe et grossophobe. Quelle finesse… Tu vois bien qu’on ne peut pas parler avec toi.

Gravité

Pourquoi courir la nuit ? La réponse en 7 points.

  1. On ne croise aucun être humain ;

2. Le calme permet d’entendre le moindre frémissement de vie animale ou végétale ;

3. On perd ses repères, de sorte que les lieux les plus familiers deviennent étranges et fascinants ;

4. Tout est beau, à la campagne comme à la ville ;

5. Si on part un peu avant le lever du soleil, on assiste au spectacle le plus sublime et le plus émouvant du monde ;

6. On est pleinement ici et maintenant, tous les sens en alerte pour ne pas se casser la figure ou basculer dans le vide ;

7. On ressent pleinement son centre de gravité : quand on ne voit pas, c’est lui qui signale au corps la pente sur laquelle il est en train de s’engager, avant même que le pied ne plonge en avant (de sorte que l’on peut s’adapter à la topographie sans se tordre la cheville ou trébucher – tout cela se joue en quelques fractions de seconde). Ce centre de gravité se situe quelque part dans le buste mais il bouge, comme une bulle dans un niveau tenu à la verticale. La méditation permet de promener la conscience dans le corps avec une précision étonnante (je peux me rendre sous l’ongle de mon petit orteil si ça me chante, j’ai appris à faire ça) mais cet exercice, courir dans le noir, touche davantage à la proprioception qu’à la morphologie.

(Je me rappelle avoir lu, il y a une vingtaine d’années, un livre d’Oliver Sacks dans lequel il était question d’une patiente qui avait perdu toute proprioception et qui ne ressentait son corps que dans une voiture décapotable roulant très très vite – si ma mémoire ne me joue pas de mauvais tour.)

Autrement dit, courir la nuit permet d’être présent à soi, au monde et à soi dans le monde avec une acuité inédite. Attention, il ne faut pas avoir peur de rentrer avec des écorchures de ronces et de la boue jusqu’aux sourcils. La seule chose qui m’ennuie, c’est qu’on risque de blesser des insectes assoupis ou des gastéropodes. C’est un vrai problème, auquel je n’ai pas encore été confrontée parce que je sais quels chemins éviter, ceux qui sont très fréquentés par les susdits, mais je ne nie pas la possibilité qu’un malheureux s’égare sur un sentier habituellement désert.

Une épiphanie

Chaque fois que je me rends à Lille par les berges de la Deûle, je me sens chez moi ; pédaler sur ces chemins de halage me fait l’effet de me blottir dans des bras protecteurs. C’est à l’approche d’Haubourdin que je commence à sentir une boule d’anxiété se former dans mon plexus, parce que je sais qu’après la Canteraine, c’en sera fini de la douceur, de la quiétude et du silence, je serai plongée dans un maelstrom de voitures, de vélos et de piétons forcenés, irrationnels et agressifs. Quand on vit en dehors des grandes villes, on oublie cette espèce d’effervescence pour rien, autogénérée, encore plus oppressante que ridicule. Parmi les millions d’individus et de véhicules qui semblent trouver normal de s’infliger un tel mode de vie, j’ai l’impression d’être dans une cuvette de toilettes cosmiques et que quelqu’un vient de tirer la chasse d’eau. Je pensais à ça, hier après-midi, en roulant sur ce que, dans La geste permanente de Gentil-Coeur, j’appelle la berge en effondrement, quand il m’est arrivé quelque chose de très étrange. Je me trouvais exactement ici, à l’est du canal (dans ce qui aurait été l’ombre du pylône s’il y avait eu un soleil) ; j’étais donc à Gondecourt et j’ai tourné la tête vers la rive d’en face, où l’on est à Wavrin et où s’alignent une dizaine d’habitations – derrière elles, des champs et un ruisseau qui s’appelle la Tortue.

De mon côté ça ressemblait à ça.

Devant moi, le pont du Je t’aime annonçait la fin de la berge en effondrement.

Et voici ce que j’ai vu en tournant la tête.

Ce qui s’est passé alors : l’image de la petite maison blanche a soulevé en moi un tel afflux de sensations et de pensées confuses que j’ai dû descendre de vélo. Je suis restée là interloquée, à observer la maison. Une péniche était passée quelques minutes plus tôt et la surface du canal était toujours agitée de vaguelettes, sur lesquelles une foulque silencieuse se laissait bercer ; je n’entendais que le clapotis de l’eau, qui par intermittence venait se briser contre la berge, et le bourdonnement de l’électricite au sommet du pylône. Je regardais la maison, les organes en vrac comme si on m’avait secouée très fort, et j’essayais de comprendre ce qu’elle essayait de me dire. Elle semblait condenser toutes les vies que je n’avais pas vécues et ne vivrais jamais ; je ne pourrais dire plus précisément ce qu’elle me suggérait ni pourquoi elle, que par ailleurs j’avais déjà vue des dizaines de fois ; ni qualifier précisément ce dont j’étais le jouet, un mélange d’effroi et d’exaltation. Je me suis tenu la tête entre les mains. J’ai repris mon chemin quand a surgi face à moi le premier humain que je croisais depuis plus d’une heure, un grand benêt en panoplie intégrale de cycliste (je me moque gentiment de ces grands benêts : pendant qu’ils jouent aux champions, harnachés de fluo sur leurs vélos à 7000 boules, ils ne tirent pas sur des lapins). Un peu plus loin, j’ai croisé L’Imprévu.

Tissus

Il y a deux semaines, j’ai écrit un texte court à quatre mains avec une autrice et journaliste spécialisée (entre autres) dans le textile ; il paraîtra bientôt, je vous dirai où, quand, pourquoi et je vous expliquerai comment nous avons procédé pour l’écrire. C’était une expérience très agréable, d’autant que cette autrice est aussi réactive et enthousiaste que moi. Voici un extrait d’un de mes paragraphes :

« Je compile 47 heures de musique, une fraction de ma bande originale, je l’écoute en transe, ne mange ni ne dors, je regarde défiler ma partition raturée, cacophonique graphic score, et je convulse – I can see my lifetime piling up, dit l’une des chansons, c’est bien ce dont il s’agit, et je gis et je convulse. Ce faisant, j’espère faire place nette en moi mais c’est l’inverse qui se produit : j’obtiens un précipité de mon être. Ça me réunit, comme une peau. Ça me resserre la trame, ça me retend les tissus. »

Ma playlist s’appelle Rewind et réunit des musiques qui m’ont accompagnée de mes 13 ans à ce jour. Elle est toujours en construction, je ne cesse d’ajouter, de retrancher, d’ajuster. J’ai dû exclure un certain nombre de musiques expérimentales (de durée parfois très longue) car, pour des questions d’efficacité psychique, les morceaux ne doivent excéder 17′. Parfois, une chanson que je choisis n’est pas la meilleure de l’artiste, pas même ma préférée, mais elle est celle qui tire sur un fil et me retend. Je le sens très vite, parfois je suis surprise.

Je n’écoute ma playlist qu’en mouvement (chez moi je me consacre toujours à mes créatrices sonores, Faten Kanaan étant ma grande favorite du moment). Dès que je cours, pédale ou prends le train, je m’y replonge. Je l’écoute en mode aléatoire, une chanson que je ressassais à 17 ans succède à un morceau que j’écoutais à 31, suivie par un titre découvert cette année seulement mais qui s’est déjà inscrit dans mon ADN émotif. De ce télescopage naît curieusement une impression d’unité, comme si le PPDC des genres musicaux inconciliables qui s’y heurtent me révélait mon essence même, ce qui reste inchangé au fil des années, des épreuves et des rencontres.

Il m’a semblé approprié d’illustrer ce billet par une série d’autoportraits réalisés de 1995 à ce matin*. Je ne dessine plus depuis bien longtemps, alors ce matin, c’est une photo.

* 3 dancing chickens est aussi un autoportrait, de l’époque (2005-2007) où je me faisais appeler ainsi en référence au dancing chicken de Stroszek (Herzog, 1977).

/ 3 : < / 3 (7)

J’ai une mauvaise nouvelle. Nos chevales, qui semblaient sur la bonne voie pour le bonheur éternel (cf. / 3 : <3 (1)/ 3 : <3 (2) / 3 : <3 (3)/ 3 : <3 (4) et / 3 : <3 (5) et / 3 : <3 (6)), sont à jamais séparées. C’est parce que l’une était très innocente et l’autre très malfaisante, comme on le devine au noir et blanc de leurs silhouettes sur l’image ci-dessous, même s’il est impossible de déterminer laquelle était toute noire, laquelle toute blanche. Zou ! a dit l’une et Du balai ! a dit l’autre (car elles ne se sont pas entendues sur qui ruait le plus fort) et hop, c’en était fini du yin et du yang, le paradis équestre s’est retourné comme une chaussette dont on veut déloger des gravillons. Moche moche.

=

(Photos prises à Ostricourt, Courrières et Faches-Thumesnil – vous ne trouverez plus trace de ce cheval décapité, dont ses colocataires, moins aimants que ceux du cygne sans tête domicilié à Sallaumines, se sont débarrassés depuis des années.)

/ 3 : Vulnérabilité

Certains jours, je suis joyeuse et tout le monde me dit bonjour avec de grands sourires et des chiens que je ne connais pas bondissent autour de moi comme s’ils étaient heureux de me revoir – je suis alors obligée de m’arrêter pour ne pas leur rouler sur les pattes et leurs humains et moi rions beaucoup. D’autres jours, je suis un agrume épluché, ses quartiers séparés par des ongles pas très longs mais décidés, alors je vois toute la vulnérabilité du monde. Pas seulement celle des animaux (j’inclus les humains) mais aussi celle des artéfacts. Les détails du quotidien deviennent des plaintes cosmiques requérant ma plus totale empathie. Un jour, j’ai vu les deux premiers objets ci-dessous à quelques minutes d’intervalle ; j’ai attendu d’en croiser un troisième, dans la même posture exactement, pour en faire le / 3 que voici.

(J’ai pris cette dernière photo avec mon nouveau téléphone, qui est pourri, du jamais vu : ça m’apprendra à sortir sans mon appareil photo – non que ça m’arrive souvent…)

Le Choucas des Tours

Vous m’avez ratée à Valenciennes et à Lille ? Qu’à cela ne tienne, venez à Mont-Saint-Éloi.

La présentation de la libraire : « Fanny Chiarello vient de sortir un petit ouvrage assez insolite sur le bassin minier, son rapport à notre région qui est aussi sa région natale, sa région de cœur. Insolite car à la fois récit, roman, réflexions écologiques et historiques sur la mine, les terrils, les corons… ce petit ovni nous renvoie forcément à une part de nous ou de notre enfance. Auteure chez l’Olivier et à l’école des loisirs pour la jeunesse, Fanny est pleine de surprises et vous attend pour discuter puis dédicacer les ouvrages (déjà en vente au choucas des tours). »

Le café associatif du Choucas est situé juste en face des tours de l’abbaye de Mont Saint Eloi. Pour en savoir plus sur ce lieu étonnant : clic.

Ci-dessous, des articles sur Terrils tout partout, parus récemment dans La Voix du Nord (merci à Catherine Painset)

et dans le Courrier picard

Si vous ne pouvez pas venir à Mont-Saint-Éloi, nous vous proposerons une séance de rattrapage à Lille le 14 décembre – plus d’infos très bientôt.