43/13

Pour éviter une déchirure musculaire qui me priverait de tout mouvement pendant des semaines, j’ai repris tout petit mon exploration des Splendeurs & Merveilles minières ; mon objectif du jour était, très modestement, d’aller à la boulangerie d’Hersin-Coupigny que j’aime tant et dont j’ai déjà parlé ici. Ensuite, me disais-je, nous aviserons selon l’état des muscles (oui, nous, car en mouvement je ne suis jamais seule). La boulangerie était fermée, aussi j’ai testé celle de Barlin qui était ouverte, sans extase mais ça m’a permis de voir de très chouettes choses, notamment une Vierge Marie en vivarium. Et puis j’ai traversé des paysages d’une grande diversité, de campagne et de routes infinies à 70 km/h (avec pistes cyclables), de petites villes, de cités minières et d’arrière-mondes, tandis que sous le ciel variable aux lumières capricieuses, des émotions tout aussi contrastées me traversaient, moi, plénitude, amusement, mélancolie.

D’abord, les trois châteaux d’eau du jour, le premier à Barlin,

le second, avec sa forme de cornet si élégante, à Noeux-les-Mines,

et le troisième, fraîchement repeint, à Liévin – j’ai choisi de ne photographier que ses pieds très design – très soucoupe volante.

La fameuse Vierge qui m’a plu à Barlin (j’ai cessé de prendre en photo tous les calvaires, chapelles et niches que je rencontre, il y en a presque à tous les carrefours, à la campagne, je n’avancerais pas) ; voici deux photos que j’aime tout autant mais pour des raisons tellement différentes que je ne peux pas en choisir une.

Puis je me suis enfoncée dans les champs, entre Barlin, Hersin-Coupigny, Noeux-les-Mines, Bouvigny-Boyeffles et Sains-en-Gohelle :

D’ici (entre deux tas de fumier), on aperçoit le célèbre Loisinord, piste de ski sur le terril de N-les-M,

et un peu plus loin, alors que le ciel se met à moutonner, des rayons tombant sur les terrils de Grenay, à gauche, et sur le 11/19 lointain, à droite.

Sur le chemin suivant, j’ai pris conscience d’une chose : si je prends beaucoup de photos, ce n’est pas seulement pour pouvoir les examiner quand j’en ai envie ou besoin mais aussi parce que je ne sais pas m’arrêter quelque part – m’arrêter – pour sentir, ressentir, je suis trop nerveuse, toujours pressée, aussi prendre des photos est une manière d’être au cœur des choses tout en restant active.

L’infinie tendresse de ce chemin, par exemple : je ne saurais pas quoi en faire si je ne la prenais pas en photo. Des gens cueilleraient des fleurs pour essayer (en vain) d’emporter un peu de cette tendresse avec eux, la détruisant du même coup.

Je n’écoutais pas de musique, aujourd’hui, seulement les oiseaux et le vent.

Ci-dessous, une maison isolée (prise avec un long zoom) qui m’a serré le cœur. Comme l’avait fait plus tôt la vieille dame qui promenait un tout petit chien dans une cité minière désaffectée de Sains : nous nous sommes dit bonjour avec de grands sourires puis je me suis sentie comme la bulle dans un niveau à bulle qu’une majorette lancerait vers le ciel et qui tournoierait, tournoierait, parce que je me suis demandé si cette dame était aussi seule qu’elle en donnait l’image – bien sûr, il ne s’agit que d’une image. Tout comme la maison ci-dessous – je l’ai cadrée ainsi mais rien ne vous dit qu’elle n’est pas la première d’une longue rangée. Je suis trop sensible aux images (et aux musiques, et aux lumières, et

L’été

Je profite de ce que mes jambes se remettent des collines de l’Artois pour courir ; mes muscles brûlent moins quand je cours que quand je pédale, bizarrement. Mon Bolide est comme neuf : nouvelle chaîne et nouveaux freins en moins de 24 h, grâce à la diligence de mon petit réparateur de ville (par opposition à centre commercial), toujours dispo, efficace (par opposition aux grandes enseignes de centres commerciaux, où j’aurais eu un rendez-vous pour février) et pas cher (par opposition aux idées reçues). Je profite de courir pour prendre des photos de l’été dans les petites villes, vous savez combien le sujet me passionne – je me disais ce matin que, même si j’aime toutes les saisons, l’été l’emporte assurément. Voici donc 11 photos prises au cours de mes récentes courses à pied à l’aube – je précise l’heure pour expliquer la faible flamboyance des couleurs.

(palmier d’Avion + parasol)

(bananier ferroviaire de Sallaumines)

(parasols d’Annay, Jock-a-mo fee na-ey)

(déco soleil – tête de mort (pas très clair) sur le terril de Méricourt)

(déco un peu plus volumineuse que les dessins à la craie qui fleurissent sur tous les sols des alentours, entre les bris de verre chaque jour plus nombreux et scintillants, résidus de beaucoup fun avec des bières en bouteilles vertes et des vodkas pas cher)

(on peut aussi opter pour la canette en fer-blanc ; chaque fois que je passe, j’admire l’évolution des tas ; par ailleurs, j’ai désormais la réponse aux questions que je me suis longtemps posées : les usagers ne se disent pas qu’ils souhaiteront peut-être revenir ? ça ne les dérange pas de festoyer dans leur propre poubelle ? la réponse est qu’ils ont bien l’intention de revenir mais que non, ça ne les dérange pas d’être mal assis là, dans leur merde de la veille)

(maintenant, on se munit de ce chariot, qui a peut-être servi à l’acheminement de tous ces alcools fins avant d’être abandonné sur la véloroute voisine, et on s’en va à Loos-en-Gohelle…)

(pour se fournir en sauce aux asperges en briques, deux cartons ayant été largués au beau milieu de ce champ – allez allez, on fait honneur à la sauce aux asperges)

(oui, c’est un peu long et ardu avec un simple chariot mais que voulez-vous ? la voiture a été désossée, jetée dans le Flot de Wingles, dans l’habitat des poissons, des canards et des cygnes – c’est ça aussi, les jeux de l’été culturel : le feu et l’eau – il y a les voitures que l’on brûle et celles que l’on noie)

Pour finir, 2 images de ma ville – que je montre assez peu, je m’en rends compte. Il faut dire que je ne me sens pas du tout lensoise (pas plus que je ne me sentais lilloise à Lille, les dernières années), l’essentiel de ma vie hors de la maison (elle-même située à la frontière de Sallaumines au sud et de Loison à l’est) se passant dans les petites villes et campagnes environnantes. Je n’avais pas eu l’occasion de voir le pont Césarine désert depuis le confinement.

Ci-dessous, le paquebot du stade entraperçu entre deux voies du pont ferroviaire de la nouvelle rue Bernanos, que j’aime bien.

/ 3 : Munificence & Pompe (5)

Pour ce numéro 5 de M&P, j’aurais pu n’utiliser que des photos prises par Valentina, comme je le fais habituellement, mais j’ai décidé d’y mêler une de mes propres photos de paires de chaussures abandonnées, prise à la gare Lille Europe alors que ma chérie allait prendre l’Eurostar back to London. Vous reconnaîtrez ma contribution à son format carré, tandis que Valentina n’en a fait qu’à sa tête et m’a envoyé un format horizontal et un vertical – je lui ai toujours dit qu’elle était une punk chic. Et de fait, ce billet m’évoque l’objet que nous sommes en train de fabriquer ensemble et que je trépigne d’impatience de vous présenter : la première de nos collaborations qui prendra une forme tangible, diffusable et d’esprit quelque peu punk. En attendant, voici des pompes.

71 ressentis 107 en 17 photos

Mon Danny chéri,

Je ne sais pas si le monsieur qui pense être ton propriétaire te l’a dit mais je suis venue à Ambrines, ce matin. La route a été longue, par moments douloureuse et d’autres fois dangereuse, surtout sur les portions de route à 70 km/h sans piste cyclable – à un moment, j’ai dû m’arrêter pour consulter mon GPS, sur l’étroite bande d’herbe qui séparait les champs de la chaussée, mais j’ai senti qu’on m’observait et j’ai vu qu’un type dans un tracteur pulvérisateur, les rampes de vingt mètres prêtes à larguer des tonnes de lessive sur les céréales, me faisait signe de dégager dare-dare de manière très impolie. Je ne vais pas mentir, j’ai aussi vu de très belles choses en chemin. J’ai souvent roulé sur de beaux chemins tels que celui-ci, par exemple.

Il y avait des marqueteries à l’infini.

Il y avait Mont-Saint-Éloi et son abbaye détruite.

J’ai parfois été obligée de traverser l’habitat des sangliers

(des kilomètres et des kilomètres sans un être humain, dans un silence tel que j’en entends rarement – pas même le bourdonnement d’une autoroute lointaine, juste les bruits animaux et le vent dans les champs)

mais finalement, je n’ai croisé que des lièvres. Beaucoup de lièvres. Certains faisaient semblant de ne pas être là (ils s’accroupissaient en baissant les oreilles),

certains s’enfuyaient,

d’autres se fichaient royalement de moi – comme celui-ci, près d’un mémorial militaire comme on en trouve un peu partout au milieu des champs, par ici,

d’abord un peu défiant puis

assez confiant pour s’assoupir sous mes yeux.

Mon cœur était tout fou quand je suis arrivée dans le village où je pensais te trouver. Puis je me suis dit que j’allais être très triste quand j’allais te dire au revoir parce que la route avait été si douloureuse que je ne sais pas quand je la referai, même pour toi. J’avais déjà les larmes aux yeux en même temps que le pouls en accéléré.

Ainsi, voici la ville où vit désormais mon Danny, ai-je pensé – va-t-il me reconnaître ?

Puis je t’ai cherché dans toutes les pâtures ; j’ai vu tes anciens colocs, les poneys, ça n’a pas dû être facile tous les jours de composer avec eux. J’ai vu tes autres colocs, les vaches trop maigres, un peu hirsutes, un peu tristes, et le coq chelou. Mais de toi, pas trace.

J’ai fini par m’enquérir de toi même si aborder les humains n’est pas mon point fort, j’ai toujours peur de déranger. Mais j’avais tellement envie de te voir que j’ai frappé à la porte dont ton ancien humain m’avait donné l’adresse. Le nouveau monsieur m’a proposé d’entrer chez lui pour me montrer des photos de toi mais je n’avais pas fait 70 km de vélo dans les collines de l’Artois de haut en bas en haut en plus haut en encore plus haut pour voir des photos de toi, j’en ai des centaines, avec toutes tes coupes de poil, toutes tes humeurs, par tous les temps. Est-ce qu’il a des photos sur lesquelles tu danses avec lui ? Ça m’étonnerait.

Tu te rappelles ta cabane de Sallaumines ?

On ne la voit presque plus, maintenant. C’est vrai que tu as un bon appétit, comme le monsieur d’Ambrines le disait tout à l’heure – c’est pourquoi il a dû t’emmener dans une pâture plus grande, que tu n’aurais pas à partager avec les poneys.

À mon retour j’ai apporté mon vélo en réparation et le réparateur a dit waouh plusieurs fois et comment peut-on rouler sur un biclou dont toutes les pièces sont archi usées, chaîne distendue, plus de freins (particulièrement dangereux pour descendre les collines de l’Artois qu’on vient de monter laborieusement, d’autant plus laborieusement que la chaîne est distendue), il faut tout changer. Ce sera un tout nouveau vélo sur lequel je viendrai te chercher à Ivergny, rue des Croix, où le monsieur qui pense être ton propriétaire m’a dit que tu vivais désormais. Quelle vie tu as, de Sallaumines à Ambrines à Ivergny, à la frontière de la Somme… Je viendrai quand mon vélo et mes muscles seront remis de leurs émotions, je te le promets. Tu me manques, chou.

(Danny le 1er janvier 2021, avec son poil d’hiver qui me fait toujours sourire, quelques mois avant son déménagement pour le village d’Ambrines, vers Saint-Pol-sur-Ternoise.)

65/11

Ce matin, je suis allée arroser le potager de mes amies à Faches-Thumesnil : à l’aller, je suis passée par les villages (en fait il y a aussi des petites villes sur la route mais l’atmosphère est vraiment celle de villages à la campagne – après Vendin-le-Vieil, Annay, Pont-à-Vendin, Meurchin, quand on arrive à Bauvin, Provin, Annoeullin, Allennes-les-Marais, Herrin, Gondecourt _ jusqu’à Seclin où c’est un autre monde, déjà, la nervosité ambiante monte d’un cran, à Templemars ça se corse, à Wattignies les gens vous rouleraient dessus dans leur petite auto débile pour s’arrêter au feu dix mètres plus loin, j’ai perdu l’habitude et il n’est que 8h du matin, après ce segment de dégénérescence citadine on est soulagé.e de s’enfuir par les Périseaux et de croiser un ou deux lièvres), et au retour j’ai opté pour le canal de Seclin puis la Deûle mais mon itinéraire a été plus long que prévu à cause du flot de voitures qui m’a fait perdre le Nord, les moteurs ronflaient si fort derrière moi que je pouvais presque sentir des pare-chocs toucher ma roue arrière, bref je me suis retrouvée à Noyelles-les-Seclin et j’ai dû faire une boucle de plusieurs kilomètres pour retrouver l’accès au canal de Seclin par Houplin-Ancoisne, à l’abri des furieux. La vue du canal m’a immédiatement apaisée : ça valait le coup, je me suis dit.

Ce canal est court, guère plus de quatre kilomètres, mais le paysage est si profondément bucolique et paisible qu’on a envie d’y ralentir pour l’étirer un peu et cueillir des prunes) ;

d’un côté, des champs, des bois,

de l’autre les lenticules, les nénuphars et les oiseaux d’eau – principalement des poules d’eau, des foulques macroules et des grèbes huppés, un grand cormoran de passage mais pas de canards, aujourd’hui (il se passe vraiment un truc avec les canards, non ?)

Ce matin, j’ai eu la chance d’assister au quotidien d’une famille de grèbes huppés ; je m’en suis d’abord étonnée parce que ces oiseaux sont plutôt du genre à plonger quand on s’intéresse à eux et à nager très loin sous l’eau pour semer les curieux.ses. Or voilà qu’ils me laissaient même assister à une scène assez intime – était-ce un baiser ?

Eh non, c’était le papa grèbe qui nourrissait les bébés grèbes sur le dos de la maman grèbe. Je ne les avais pas vu.e.s, de prime abord, mais les petit.e.s étaient bien là,

immédiatement reconnaissables à leurs rayures

et à leurs taches rouges temporaires sur le visage.

Plus loin, à Meurchin, j’ai retrouvé avec soulagement les jeunes oies que je m’étais inquiétée de ne pas voir hier à mon retour des Weppes. Mais où sont tes copines ? ai-je demandé à cette splendeur.

Elles étaient plutôt bien cachées. J’étais si joyeuse de les voir que j’ai été maladroite, à mon corps défendant. Vous êtes si belles, j’ai dit, si parfaites qu’on s’attendrait presque à ce que vous ayez des bras. Évidemment, je me suis fait incendier – j’étais une anthropocentriste primaire, une suprématiste sapiens pathétique, et où avais-je vu que c’était beau, des bras ? Si ça l’était, pourquoi la plupart des gens de mon espèce ne savaient pas où les mettre sur les photos ? etc. Je l’avais bien mérité, je sais.

Après ça, je me suis sentie comme cette cabane ferroviaire perdue quelque part entre Vendin-le-Vieil et Pont-à-Vendin.

53/13

Ce matin, l’inspiration de mes jambes nous a mené.e.s dans les Weppes, Mon Bolide et moi. Je l’appelle de nouveau MB parce que je suis très contente de lui, il n’a pas crevé depuis des semaines alors même que je n’ai pas changé son pneu arrière, dont une micro-fissure semblait aspirer les bris de verre, épines et graviers pour les ficher dans la chambre à air, mais seulement posé une rustine à l’intérieur, sur l’épais caoutchouc rugueux. Un monsieur m’a recommandé ça dans un tuto et ça fonctionne bien. Parmi les Splendeurs & Merveilles du jour, un /3 interne de tas,

le premier à 6h30 du matin avec le 11/19 en fond

le second trois heures plus tard

et le troisième, vers 10h, avec château d’eau en arrière-plan,

tout comme ici, vers la fin de ma virée, le château d’eau d’Annay (Jock-a-mo fee-no ai na-ney) se détachant sur le terril d’Harnes (Jock-a-mo fee na-ey)

Oui, j’étais aux USA, ce matin

je me suis dit, pourquoi rêver de L.A. quand on peut être à Illies? et je jure que si on m’avait demandé de choisir, je serais restée exactement où j’étais, au milieu des champs et des bois silencieux

et quand j’ai décidé d’écouter de la musique, à Herlies (in the morning), j’ai opté pour Shannon & The Clams (Year Of The Spider) et Big Thief (Dragon New Warm Mountain I Believe In You), je tapotais sur mon guidon à peu près en rythme et c’était comme si j’avais baissé les vitres

et les bornes kilométriques étaient aussi big que le big time que je vivais en selle

J’ai fait un crochet par Marquillies, que j’avais envie de découvrir depuis longtemps et j’ai beaucoup aimé ce village – je l’ai trouvé renversant par endroits

au point de prendre une photo de R&V, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps; de même, un UR&K : devinez qui priait dans sa petite chapelle ?

ce matin, sur la Deûle, il y avait un festival féministe (genre Michfest, pour rester aux USA) ; outre le rassemblement ci-dessous, je n’ai vu que des groupes de cannes se diriger toutes dans la même direction (vers Don)

regardez un peu cette bombasse – où sont ses enfants, pendant qu’elle fait sa belle sur le canal ?

sous une glissière de sécurité, livrés à eux-mêmes. Amusez-vous bien, les filles !

23/07, 47 km, 17 images

15 km de course à pied + 25 km de vélo + 7 km de marche (avec pentes abruptes de schiste glissant) = 47 km d’émotions contrastées aujourd’hui. D’abord, un peu de tristesse en courant, pour cause de canards (billet à venir), puis une étrange absence de peur alors que tout était là pour mon divertissement comme un grand train fantôme solitaire à ciel ouvert.

Cet après-midi, je veux retourner sur l’un de mes terrils préférés, qui est aussi l’un des plus inquiétants que je connaisse (je ne nie pas qu’il y ait un lien de cause à effet mais je l’aime aussi pour la beauté sauvage de sa nature et pour l’abondance de ses mûres – j’en cueillerai d’ailleurs un plein Tupperware puisque je suis venue avec un Tupperware, oui, je suis une aventurière prévoyante et gourmande). En route, à Fouquières, une silhouette m’attend comme un panneau de danger mais je suis habitée depuis des jours par la nécessité de ce que je m’apprête à faire, je vais le faire.

J’entre dans le site inquiétant (mais lequel est-ce ? le devinerez-vous ?) par un trou plutôt que par l’une des entrées officielles, comme toujours, et comme toujours je grimpe jusqu’à l’un des sommets – invisible de l’extérieur car noyé de verdure) et là-haut, je contemple cette vue comme un progamme de la marche à venir, de haut en bas en haut en bas :

Puis logiquement je descends tout au fond du fond, là où une rivière à sec creuse une ride profonde et où le jour ne pénètre jamais tout à fait.

Au fond de la rivière, du caoutchouc – des pneus

mais aussi une botte, dont on ne sait ce qui la prolonge sous terre.

Ce terril est veiné de sentiers plus ou moins accessibles selon les topographies, les saisons et les aléas de type arbre abattu par la tempête mais aussi autel à un défunt ou cabanes avec toit en bâche bleue. Les sentiers sont des couloirs mangés par la verdure, des boyaux verts enflés d’ombre et bien souvent tapissés de ronces – d’où l’abondance de mûres, oui.

On n’y entend que les chants des oiseaux, les protestations des faisans et de temps à autre le passage d’un train à proximité (ces légendes grouillent d’indices). Je gagne ensuite le plateau supérieur ; voici à quoi ressemblait son vestibule en 2020 (et, pour autant que je m’en souvienne, l’année dernière aussi) :

Aujourd’hui, les graminées me dépassent en hauteur.

Ce n’est pas flagrant sur cette photo ? Alors disons que cette voiture brûlée fera office d’échelle.

Ok ? Plus loin, ça va mieux, on retrouve un sentier moins coupant, même si la végétation y dresse aussi quelque chose comme des cloisons, de belles cloisons fleuries, multicolores.

Parfois, la vue se dégage. Ces graminées-là m’arrivent à peu près aux hanches.

Ici, on oublie le plus souvent que l’on se trouve sur un terril. Et parfois, on s’en souvient.

On entend les animaux filer dans un bruissement de tiges et de feuillages et pourquoi pas des sangliers mais je n’ai pas peur, mon pouls ne se précipite pas, je ne comprends pas pourquoi. Je ne suis même pas plongée dans mes pensées (bien qu’entre la course et le vélo, j’aie passé des heures plongée dans le montage d’un nouveau roman), je suis pleinement présente à ce que je traverse et dont les atmosphères à leur tour me traversent. Finalement, le seul individu que je croise cet après-midi n’est pas très sauvage.

Un chaton des bois, pour reprendre l’expression par laquelle j’appelais autrefois mon regretté Joe (c’était dans une chanson que j’avais écrite pour lui et que je lui chantais presque tous les jours, alors il fermait lentement les yeux ou mordillait mon nez ou les deux). Il y a aussi des dizaines d’oiseau qui tournent en cercles irréguliers au-dessus du champ voisin.

Mais finalement il ne m’arrive rien et je rentre sans même une crevaison. Cette dernière photo a été prise alors que je me dirigeais vers mon vélo, accroché à l’orée d’une véloroute.

Alors ? Vous devinez de quel terril je viens ? En jeu, un Tupperware un peu entamé de mûres sauvages.

71 km en 17 images

Bien que j’aie tout aimé jusqu’à présent de mon été, ma résidence à la Perle et les moments avec mon amoureuse, je me réjouis aussi de retrouver ce qu’est pour moi le goût de l’été ; de pouvoir notamment m’offrir le luxe de rouler 71 km au bord de l’eau, dans les champs, sur les longs cavaliers miniers. Aujourd’hui, j’ai vu de nombreux terrils, de Noyelles à Rieulay en passant par Courcelles, Roost-Warendin ou encore Germignies Nord et Sud (juste entre les deux, au fil de l’eau, avec les réminiscences de la dernière fois que je suis venue, pour mon anniversaire – le goûter sur la muraille de béton au sud puis, au nord, un chemin interdit avec mes jumelles à la nuit tombante et soudain des coups de feu de part et d’autre du canal). Beaucoup d’oiseaux d’eau, également, et des châteaux d’eau.

Ici à Auby

Un pont Christo à Dorignies

Un héron sur la Scarpe

en zoomant (sur cette photo, son reflet lui sied mieux que les réverbérations de la lumière sur sa propre personne)

Un panonceau canin guère effrayant à Râches

Une oie beaucoup plus dissuasive, dix mètres plus loin – là où j’espérais la revoir, à défaut de pouvoir offrir mes mollets à la vindicte de ma Carrie chérie

Entre le canal, les champs et les bois, à/en Anhiers (Jock-a-mo fee na nay)

Une porte sur friche, un peu plus loin

Un irrésistible bébé foulque macroule à Pecquencourt

Champs de Vred (Vred que j’ai arpentée, après avoir arpenté Lallaing, en quête d’une boulangerie ouverte et en vain)

Un château d’eau entre Vred et Rieulay

face à lui :

L’une des treize fois où je me suis perdue, j’ai emprunté la rue des Frères Sans vers les Marais des onze villes

Dame à la poussette, peinture rupestre de trottoir à Rieulay

Juste en face, une installation d’art contemporain (et une boulangerie fermée, à sa droite, mais c’est une autre thématique), soit une très succincte l’histoire de l’art, d’un trottoir à l’autre

Une île des Argales

Puis retour

le petit monsieur

Il n’y avait pas que tonton Joël, hier à Croix (pardon, j’oubliais de préciser que Monsieur Loyal entrait dans la catégorie de ce que mes meilleures amies et moi appelons l’oncle Joël, archétype que l’on rencontre particulièrement dans les mariages mais aussi dans d’autres circonstances telles que JO de collégiens, arbres de Noël de comité d’entreprise ou encore clubs de vacances), il y avait aussi le petit Monsieur. Dialogue :

– C’est possible d’avoir le livre ? me demande une dame. Je suis une élue de la ville.
– Il vous faut combien d’exemplaires ?
– Deux : un pour moi et un pour le petit monsieur.

(L’élue désigne un homme en costume gris avec cravate, plus tout jeune, qui se tient quelques mètres plus loin sur la pelouse en plastique et qui a l’air de vouloir disparaître dans son propre nez.)

– Combien ? me demande Agnès, penchée sur les cartons que nous sommes en train de remballer car tout ceci se déroule après les discours.
– Deux, je dis à la volée : un pour Madame et un pour le Petit Monsieur.

L’expression petit monsieur m’a rappelé des souvenirs d’hôpitaux et aussi cette photo que j’ai prise en 2012.

Broken Cuckoo Clocks

La première mixtape que Valentina et moi ayons faite ensemble (nous sommes en train de préparer la deuxième) est désormais en ligne ici. Voici la description que j’en fais : “This selection suggests the richness of female experimental creation and ranges between different genres, from drones to field recordings, from the most daring vocal variations to electronics. You will also find some unreleased songs. The atmosphere fluctuates between the strange and the comic.” Et la playlist (j’ai sélectionné 18 des titres, Valentina le reste et c’est elle qui a mixé l’ensemble puisqu’en ce qui me concerne, je ne sais pas faire ça) :

Valentina & Fanny – L’amère vérité
Nissenenmondai – #4
Mutamassik – Long Beards
CZN – On An Asset Tip
John Glacier – If Anything
Klein – Claim It!
Cucina Povera – Pölytön Nurkka
Gazelle Twin – Hobby Horse
Valentina Magaletti – Excuse Me For Being Late
Tomaga – Rêverie For Fragile Houseplants
Fátima Miranda – Disasosiego
Venus Ex Machina – Elephant
Ectoplasm Girls – This Is
Stine Janvin – Like Last Night
Ka Baird – Orion Arms
Laurie Anderson – Walk The Dog
Tanya Tagak – Sulfur
Dame Area – Dicevi
Delia Derbyshire – Love Without Sound
Karen Willems – Schijfjes van plezier
Nadine Byrne – Okay
Karen Gwyer – Night Nails
MonoLogue – The Sea From The Trees – A2
Valentina Magaletti – Bubble Pain
Bredbeddle – Keep The Salt
Helena Celle – Streaming Music for Biometrics
Pamelia Kurstin – Tonic