Encore une aube brumeuse

73 lapins. 1 lièvre. Poules d’eau, canards, foulques, cygnes, oies, mouettes, grèbes huppés, cormorans. Un héron désinvolte, un martin-pêcheur d’un bleu brillant, un loriot d’un jaune resplendissant. Quoi d’autre ? Une soucoupe volante – du moins je le suppose : c’était aussi rapide et furtif qu’une étoile filante, mais vert. Puis je suis arrivée à Noyelles et j’ai assisté au lever du soleil, la brume s’étirait sur l’étang du Brochet, que deux oies sauvages survolaient en cercles gracieux et sonores – l’un des sons que je préfère au monde. Nous nous sommes dit au revoir, à dans six jours. Car demain, je serai de retour à Regnéville-sur-Mer.

L’évaporée

C’est désormais officiel : L’évaporée, mon roman à quatre mains avec Wendy Delorme, paraîtra aux éditions Cambourakis à la rentrée de septembre. Le livre est parti en impression hier et nous l’avons présenté cette semaine aux représentants d’Actes Sud – une drôle d’expérience : c’était en visio et nous ne pouvions pas voir à qui nous nous adressions, par ailleurs c’était la première fois que Wendy et moi parlions de notre livre en public, la première fois que je me pliais à l’exercice en duo. C’était rassurant et en même temps ça me donnait une forme de responsabilité dont je n’avais encore jamais fait l’expérience. J’aime beaucoup notre roman ; j’en parlerai en détail en temps voulu mais je peux déjà vous dire que nos deux univers / écritures / temporalités créent une dynamique très particulière, dont je mesure seulement aujourd’hui l’efficacité. C’est sans doute mon roman le plus efficace et ficelé à ce jour – comme Wendy et moi le souhaitions. Je suis aussi très heureuse d’avoir travaillé avec Laurence Bourgeon, éditrice attentive, minutieuse et toujours ouverte à la discussion (nous avons beaucoup parlé de virgules – ce n’est pas une légende : les auteurs et les éditeurs parlent énormément de ponctuation), y compris pour le choix de la couv. J’ai suggéré que nous pourrions utiliser une photo de Bérangère Fromont, photographe dont j’aime énormément le travail et qui se revendique de la communauté LGBT. Je vous dévoilerai la couverture de L’évaporée en juin quand nous aurons reçu nos exemplaires mais, en attendant, voici une photo de Bérangère Fromont que nous n’avons pas choisie ; c’était l’une de nos préférées, à Valentina et moi ; celle qui a fait l’unanimité entre Wendy, Laurence et moi est tirée de la même série. J’ai découvert le travail de cette artiste dans la revue Femmes Photographes, que mon amie Aude Rabillon m’a mise entre les mains. Je lui dois donc la super couv de mon prochain roman <3

© Bérangère Fromont

/ 3 : Munificence & Pompe (3)

Je ne sais que penser. J’ai rencontré une charmeuse de baskets, voilà tout. Quel présage peuvent bien porter ces délaissées des pieds ? Bon ou mauvais ? Je mise sur la première option. Cette fois (c’était lundi), Valentina m’a envoyé successivement trois photos prises sur le chemin de son studio. Et le soir, tandis qu’elle rentrait en bus, elle a photographié une banane abandonnée sur un siège en peluche (Londres n’est pas mieux dotée que la France en la matière : moquette tout partout). J’ai envisagé de faire un billet / 3 + 1 pour la circonstance mais je ne doute pas que deux bananes ne nous échoient bientôt, qui rejoindront leur amie dans un / 3 bien triangulaire. Pazienza.

Des lieux fonctionnels

Une revue de poésie m’invite à écrire un texte sur ce que j’appelle depuis bien longtemps les arrière-mondes : ça ne s’invente pas. Je pense montrer que les espaces interstitiels sont fréquentés, en fait, même si on ne sait pas bien quand ni par qui, sans doute la nuit par le genre d’individus qu’on n’aimerait précisément pas croiser dans le noir dans un espace interstitiel. On devine leurs activités aux traces qu’elles laissent dans le paysage. Les principaux usages des arrière-mondes, on l’a vu et revu, notamment dans cette rubrique, sont le dépôt d’ordures et la fête sauvage.

On y apprend beaucoup de choses, notamment que tous les gens n’achètent pas des sapins en plastique par respect pour la vie (puisque, pour mémoire, un sapin est un être vivant) ni même par souci écologique (je sais que le plastique n’est pas exactement une matière écolo mais j’ai une amie qui utilise le même sapin artificiel depuis plus de trente ans et je pense que les vrais l’en remercient – personnellement, j’ai trouvé la meilleure alternative possible : je ne sacrifie aucun sapin, vrai ou faux, à Jésus).

On peut se demander avec un certain effroi quel genre d’individu s’amuse à immoler un tigre des neiges en peluche ; le positionner de manière à ce qu’il fasse frémir les joggeuses qui se lèvent tôt comme on l’a vu ici, oui, je peux le comprendre, mais comment a-t-on soudain l’idée d’y mettre le feu ? Quel plaisir en tire-t-on ? On le voit, la fréquentation de l’arrière-monde expose à des réalités que l’on ne soupçonne guère quand on ne fait que traverser les lieux fonctionnels aménagés pour le confort citadin.

Et après on danse

C’est le jeudi 5 mai à Regnéville-sur-Mer. Emmanuelle Polle et moi aurions souhaité appeler la soirée Chaud Chaux Show mais les anglicismes sont interdits. J’aime beaucoup aussi le titre « Et après on danse ? une soirée littéraire » : danser correspond bien à mon idée d’une soirée littéraire.

16h, l’atelier jazz vous ouvre ses portes : rendez-vous à la salle des fêtes

18h, je lis ma Suite du sanglier pour chevrotements et chaussettes roses avec l’atelier jazz

18h30, au camping, face à la salle des fêtes, on vous propose buvette et petite restauration avec en prime des lectures à l’oreille de textes sélectionnés par Emmanuelle Polle, Florentine Rey et moi-même

20h, Emmanuelle Polle, Aude Rabillon et moi vous proposons une lecture électroacoustique de Cette sacrée rotondité, performance que nous aurons passé deux jours à répéter especially for you et sur laquelle Aude est déjà en train de travailler

et après ? essayez de suivre un peu, voyons : après, on danse

j’ai préparé une playlist de 59 titres (+13 additionnels si on ne peut plus vous arrêter de danser danser danser danser danser) du blues à l’expérimental, ma playlist Dancing Chicken / mostly women

Letat men

Courir n’est pas un don mais une discipline alors je cours avec la fièvre depuis trois jours et, pour changer, je sens pleinement l’effort dans chaque muscle de mon corps. Ce matin, j’emprunte avec appréhension la véloroute en direction d’Hénin-Beaumont, l’image du lapin décapité ne m’ayant toujours pas quittée. Soudain, me revient à l’esprit une situation que j’ai vécue cette année dans un collège où je menais des ateliers d’écriture. Une classe de quatrième était invitée à travailler sur les émotions et un garçon, disons Dylan, a cité les décapitations parmi les choses qui le rendaient joyeux. J’ai eu envie de vomir. C’est de la provocation, m’a chuchoté la prof, et je pouvais sentir la colère sous son calme apparent. Le reste de la séance, j’ai observé à la dérobée ce garçon à l’air timide, avec ses lunettes et son duvet de moustache. Je ne suis pas toujours sûre de comprendre ce qui se passe sur cette planète. Comme quand je me penche sur les scores du RN dans mon département. Je ne suis pas entourée de fachos, j’en suis certaine, je suis entourée par une population que le culte de la réussite en marche ne concerne pas, une population en proie depuis des lustres à un mépris national, laissée de côté, assignée à une misère culturelle qui certes la rend dangereuse.

J’ai de l’admiration pour la prof de Dylan et pour les acteurs culturels qui œuvrent à éclairer les esprits d’ici – je pense notamment à quelques assos qui font un travail courageux, opiniâtre, alors qu’il serait tellement plus facile de proposer les mêmes événements à Lille et de s’adresser à un public acquis. Pour ma part, j’avoue que le courage me fait défaut : comment lutter contre l’obscurantisme, qui a toujours été un outil de manipulation ? Je ne sais pas. Alors je cours, ça évacue, ça génère l’endorphine, ça rapproche des gentils lapins.

Salon du 1er mai, Arras

Cette année, j’y serai de nouveau. Je présenterai Terrils tout partout à 11h sous le chapiteau des écrivains puis vous pourrez me trouver sur le stand des éditions Cours Toujours – mais si vous souhaitez me rencontrer, m’offrir des cadeaux (vegan) ou me tirer les cartes*, ne venez pas trop tard, je ne pourrai pas rester longtemps puisque le lendemain, je pars dès potron-minet pour Regnéville-sur-Mer. À dimanche…

* N’ayez crainte, je n’ai pas le covid ; ma propension au hors-sujet fait de moi l’heureuse porteuse d’une angine blanche que les antibiotiques auront fini d’évacuer lors des festivités dominicales.

Cité des électriciens

Samedi, je présenterai Terrils tout partout à la Cité des électriciens, à Bruay-la-Buissière, à 17h. Je serai interrogée par Schéhérazade Madjidi, ce qui me rappellera d’excellents souvenirs (JMJ, ma résidence croisée avec Marie Chartres remonte à neuf ans déjà…) Une particularité de cette rencontre, outre que c’est la première de ce genre qu’organise la structure, est que l’on pourra y voir une exposition de mes photos, soit un extrait de mon nuancier des terrils. Dominique Brisson sera également présente.

Les candidat.e.s

On sait qui sont les candidat.e.s. Même moi qui n’ai pas écouté les infos depuis 2020, je sais qui sont les candidat.e.s, c’est le genre d’information hélas qui parvient jusqu’aux oreilles les plus rétives. Si je sais qui sont les candidat.e.s, tout le monde le sait. Donc tout le monde sait qui sont les candidat.e.s. Pourtant, on voit leurs photos partout sur les murs des villes et des villages, en beaucoup d’exemplaires à chaque fois. Par exemple, vous prenez un mur, il y a six candidates identiques bord à bord et six candidats identiques bord à bord. Tout ça fait beaucoup de papier + beaucoup de colle pour deux candidat.e.s dont on ne sait que trop qui il et elle sont et à quoi il et elle ressemblent. Et même si ce n’était pas le cas, on ne risquerait pas de mettre un bulletin inadéquat dans l’urne parce qu’il n’y a que deux bulletins différents dans les bureaux de vote, un pour le candidat et un pour la candidate. Et ne pas mettre de bulletin, c’est comme ne rien mettre du tout. Alors on se demande bien à quoi bon cet étalage écologiquement aberrant (et moche) de papier collé sur les panneaux, les murs et les ponts des 34 955 communes de France. Je me demande pour qui vont voter les chasseurs. Imaginez que vous deviez départager vos deux meilleur.e.s ami.e.s. Ce n’est vraiment pas confortable, des situations pareilles. Pour leur venir en aide, je me permets de leur adresser ce message, vu sur un mur de Lille en 2017 :

/ 3 : Munificence & Pompe (2)

De quoi s’agit-il, cette fois ? Après la grippe et l’infection urinaire ? (J’ai appris le terme anglais pour infection urinaire, un acronyme, à travers une des meilleures chansons du dernier Jenny Hval, American Coffee :

I give you that time at the cinematheque
I was watching
La Passion de Jeanne d’Arc while I was having a UTI
I stared into Jeanne’s face, suffering in black and white
I’m sure I saw her wink at me
Then I peed blood in the lobby bathroom
The blood colour seemed so insanely alive
Too alive, too alive to be just mine
,

Jenny Hval a un talent inégalable pour donner de la poésie à des événements biologiques de ce genre.)

Et maintenant, qu’est-ce que c’est ? Fièvre et gorge douloureuse (une angine ? une bronchite ? le covid ?) mais j’ai décidé de courir quand même ce matin, avec les courbatures, les frissons et les vertiges de la fièvre, en attendant que le paracétamol agisse – je n’ai croisé personne de toute façon, il était trop tôt. Quand on court beaucoup, on a une certaine habitude de la douleur ; je ne me rappelle pas ce que c’est que de ne pas avoir mal aux ongles des orteils, par exemple, ou que de ne pas avoir un muscle qui darde quelque part, une articulation qui couine. Courir avec une infection urinaire est sans doute ce que j’ai expérimenté de plus déplaisant. Tant que j’aurai des baskets, je courrai.

Et à propos de baskets, Valentina nous offre un deuxième volet à ce que j’ai décidé d’appeler la série Munificence & Pompe. Les photos ci-dessous ont été prises à Londres et à Paris. N’en doutons pas, d’autres volets suivront, les paires bien rangées semblant pointiller son chemin comme on l’a déjà vu ici.