Barcelone

Demain je rejoins Valentina à Barcelone, où elle jouera trois fois dans un gros festival. J’y serai en tant que membre de son équipe – parfaitement, je suis chargée de son mini bar – et à ce titre, je ne devrais pas avoir à me mêler à la foule, qui s’annonce trop dense pour une agoraphobe (+claustrophobe +misanthrope, un peu). Vendredi, elle jouera deux fois dont une en solo puisque son acolyte Joao a le covid, et elle a envie de se lancer dans une performance very very wild.

Je profiterai de l’occasion pour voir aussi mes héroïnes Jenny Hval, Jamila Woods et Cucina Povera.

Une vacance poétique

Dans un mois jour pour jour, j’arriverai à La Perle, la ferme de la poésie pulsée de ma chère Anna Serra. J’y rejoindrai Cédric Lerible et Marion Renauld et, chacun.e de notre côté, pendant une semaine, nous ferons de la poésie de terrain, avec restitution le week-end du 8 au 10, chacun.e accompagné.e par un.e musicien.ne. A priori, je serai surtout au parc Joly, à Semur-en-Auxois. J’aurai un vélo à disposition. Ce sera un peu comme écrire une geste permanente dans le Morvan. Je suis très heureuse de faire partie de la première édition de cette résidence à laquelle je souhaite une belle longévité.

(Visuels de Victoria Dorche.)

Mai,

c’est bientôt fini. On dit En mai fais ce qu’il te plaît ; moi, ce qui me plaît, c’est de mettre des gants fourrés (100% vegan) pour faire du vélo à 5h30, à trois jours de juin. Ce matin, j’ai parcouru 60 km, bien plus à la campagne que sur la route de Bruay, jeudi qui était férié. J’ai vu des dizaines de lièvres, de faisans et même un chevreuil, à l’entrée d’Annequin – c’était un mâle, il n’était pas ravi de me voir surgir et a bondi dans les bois en aboyant. Voici quelques ami.e.s qui, ielles, ont accepté de poser pour moi.

D’abord un lièvre de Vendin-le-Vieil

un faisan d’Annequin et ses petits

un canard de barbarie domicilié à Beuvry

sa voisine foulque macroule, qui s’est fait un nid de princesse

des enfants foulques sur le canal d’Aire

des grenouilles à Hantay (j’en ai sélectionné trois, de couleurs différentes, parmi toutes celles qui ont accepté de poser, j’espère ne vexer personne)

Je n’ai pas vu que des animaux, j’ai aussi vu de beaux paysages, bois, marais, champs, prairies, et même un sous-marin (encore lui) dans le lointain, depuis Cuinchy

j’ai vu des choses attendrissantes (j’évoquais déjà ici la précédente édition de cette expo qui se tient à Auchy-les-Mines)

et enfin, j’ai vu des choses amusantes, comme ce goût du faste (appelons-le K&LC) partagé par deux voisins, à Beuvry : ils ont exactement la même maison, la même voiture et les mêmes palmiers ; j’aurais aimé les voir, eux

J’ai relevé de nombreux Chalets miniers, notamment à Festubert – où il n’y a pas un seul magasin de farces et attrapes et où la boulangerie était fermée (j’en ai donc testé une de La Bassée, excellente).

/ 3 : La mémoire du corps

C’est la fin de l’année. Une de mes amies s’est effondrée de sommeil cette semaine après sa dernière grosse échéance, moi je me suis effondrée en larmes aujourd’hui, inconsolable, j’ai mis Jessica Sligter sur le coup mais sa voix qui habituellement me réconforte tant n’a rien pu y faire, je pleurais sur mon vélo, les canards dormaient en plein jour, recroquevillés dans le vent cynique, c’était d’une tristesse, un petit garçon brossait la grille de sa maison sur le chemin de halage et quatre autres de son âge passaient à vélo devant lui sans lui prêter attention, j’en avais mal à la gorge, une vieille dame titubait, sa canne dans une main et la laisse trop courte d’un petit chien dans l’autre, Je vous vois, canards, petit garçon, petit chien, vieille dame, je vous vois et je ne peux vous protéger de rien. J’ai tenté ma playlist Roadtrip et même la musique cajun était mélancolique et tout tout tout vacillait au seuil de sombrer dans l’à quoi bon puisqu’on va tous mourir – stupide : tout est bon puisqu’on va mourir et que c’est la garantie de notre absolue liberté (liberté absolue ≠ liberté effective, quasi nulle dans la civilisation inventée par homo sapiens, sommes bien d’accord). C’est la fin de l’année, la fin du mouvement que l’on ressentait comme perpétuel, même si juin s’annonce chargé, même si mon juillet commence par une résidence, j’ai tenu le plus gros de mes échéances. Avant-hier, j’en soupirais de soulagement. Hier, j’écrivais de la poésie avec un sentiment de légitimité inédit. Aujourd’hui je pleurais sur mon vélo et en plus je venais de trouver la chanson idéale pour surligner mon état d’âme. J’avais acheté la version digitale peu avant de quitter la maison et d’ajouter 30 km de pédale aux 15 km de ma course à pied matinale. Je ne connaissais pas l’artiste, je me suis attardée sur son dernier single, paru ce mois-ci, parce que la violoncelliste Mabe Fratti (dont je suis la carrière avec intérêt) y a participé ; le single m’a immédiatement paru étrange, d’une étrangeté subtile, indéfinissable, un peu comme celle que cultivent mes héroïnes Jenny Hval, Jessica Sligter ou Cate Le Bon. J’ai écouté la chanson bouche bée, puis je l’ai achetée pour aller l’écouter en pédalant sur un chemin de halage, exactement comme je l’ai fait le jour où j’ai découvert Surrounds, Surrounds Me, la chanson qui m’a définitivement convertie à l’univers de Jessica Sligter (depuis, j’écoute certaines de ses chansons plusieurs fois par semaine, Man Who Scares Me étant en quelque sorte mon porque te vas cria-cuervien même si j’aime tout absolument tout de JS). L’effet a été assez similaire cet après-midi avec ce titre d’El Hardwick, Body Memory, sur le chemin de Courrières : C’est quoi, ça ? me suis-je demandé, perplexe. J’ai décidé que c’était sublime. Et puis j’ai pleuré.

Et ces deux titres de JS que j’ai déjà postés sur mon blog et que, à n’en pas douter, j’y posterai encore. Sublimes.

Toupet

Voici le terril 58, dit Lavoir de Mazingarbe Ouest ; l’un des plus fascinants et – je trouve – l’un des plus beaux.

Ici, vu depuis le terril 58A dit Lavoir de Mazingarbe Est ; on voit bien sa forme spécifique de sous-marin, due à ce que j’appelle son toupet (à droite). Les deux se situent à Grenay. Ce matin, j’ai eu envie d’aller voir où en étaient les cerises, là-haut, je me suis rappelé en avoir cueilli des kilos en juin, il y a deux ans.

Donc j’ai grimpé, grimpé, grimpé.

On ne dirait pas, comme ça, quand on regarde 58 de loin, qu’il a une bonne cinquantaine d’hectares de superficie, parce que son profil effilé tend précisément à masquer sa véritable forme – ici en vue satellite (c’est celui de gauche) ; vu du ciel, le toupet caractéristique (au nord) a l’air minuscule : un détail. Les oiseaux n’ont pas la même perception que moi de ce tas.

Quand on atteint le toupet, cela dit, il s’avère effectivement minuscule.

La vue de là-haut est plutôt impressionnante. Ici, face au 11/19.

Je n’avais jamais grimpé seule sur ce terril, et jamais le matin ; j’avais un peu peur parce que c’est un terril Délivrance (cf. ma Typologie des terrils) et aussi parce que le silence, à cette heure du jour (i.e. en l’absence de quads, motos et fusils), bruisse de toutes les vies dont le tas est l’habitat. Je suis tombée nez à nez avec un renard (voir photo floue ci-dessous), pas de ceux que l’on croise à Londres et qui cohabitent avec les humains mais un farouche, qui a sursauté si fort que j’ai sursauté aussi. Et j’ai commencé à me demander pourquoi il n’y aurait pas de sangliers dans le coin, et à repérer des arbres auxquels grimper si jamais.

Pour ce qui est des cerises, je dirais encore deux ou trois semaines.

/ 3 : des nouveautés

de Valentina, dans l’ordre chronologique de leur parution. Ce EP sort officiellement le 10 juin mais on peut déjà en trouver la version numérique, notamment ici.

Paru hier, ce premier volume d’une collaboration à distance (UK-USA) qui s’annonce prolifique. Un concentré d’énergie brute. Pour en savoir plus et écouter des extraits, cliquer ici.

Parue aujourd’hui, cette réédition chinoise de son premier album solo, augmentée d’un nouveau titre. On peut la trouver ici.

Des majorettes en vrai

D’abord j’ai cru qu’il se passait quelque chose de grave et que je n’étais pas au courant – pour tout dire, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une alerte nucléaire. Si peu de circulation et tant de magasins fermés un jeudi à 11h30. Ce n’est pas comme si je pensais à Jésus tous les jours alors si personne ne me prévient… Je me disais que c’était une drôle d’idée d’organiser la journée d’ouverture de Vacances à Gardincour un jeudi – pour celles et ceux qui ne sont pas d’ici, Gardincour est une destination très prisée dans le bassin minier quand on est fauché : gardin (jardin)-cour – mais je me disais que la Cité des Électriciens savait ce qu’elle faisait, après tout il y avait du monde pour ma lecture, un samedi après-midi ensoleillé, je n’y avais pas cru une seconde. J’ai affronté les dénivelés + le vent furieux en face pendant 25 km, avec une pause pique-nique sur le terril d’Hersin-Coupigny, je m’étais préparé de délicieux sandwiches vegan. Si je n’étais pas vegan, je n’aurais rien préparé du tout et je n’aurais pas pu m’alimenter parce que, sur ma route, tous les commerces fêtaient l’Ascension de J-C, même la super boulangerie d’Hersin. Le véganisme est le salut, pour qui en douterait encore.

En chemin, j’ai emprunté quelques anciens cavaliers miniers

trop confidentiels pour être pollués par la signalétique vue cette semaine à Noyelles.

Je suis passée au pied de nombreux terrils : j’ai frôlé le 11-19 à Loos, le sous-marin de Grenay, le petit tas foisonnant de Barlin dans sa nuée de papillons, les terrils d’Haillicourt, d’abord celui que ses vignes ont rendu célèbre et sur lequel vit un troupeau de chèvres, que l’on devine sur la photo pas très nette ci-dessous

(ici le même vu depuis Bruay-la-Buissière) ;

les terrils jumeaux des Falandes et du Pays à Part, toujours à Haillicourt ;

le terril 10 de Bruay-la-Buissière, super chou.

J’ai visité les nouvelles expos de la Cité des Électriciens et une fois encore admiré leur qualité mais aussi leur esprit : elles sont à la fois drôles et tendres, émouvantes, contemporaines, mêlent volontiers création artistique et objets du quotidien – dans la partie dédiée au thème des vacances, des cartes postales et dessins des années 50 à la gloire de la Napoule, des serviettes de bain, des photos. J’ai été particulièrement saisie par une toile que l’on aurait vraiment dite de Dufy (je tâcherai de savoir à qui on la doit et d’en obtenir une photo moins pourrie que la mienne) mais aussi, tout bêtement, par ce numéro historique de La Voix du Nord annonçant la fermeture du dernier puits de mine en 1990 – pour preuve que je suis vraiment d’ici : je doute que les visiteurs lillois aient trouvé cette une un tant soit peu poignante.

Parmi les fascinantes archives photographiques, j’ai notamment apprécié celles du bien nommé Jean-Philippe Charbonnier, notamment celle-ci (j’adore les scènes de films et les photos montrant des femmes qui étendent du linge dans le vent – c’est assez spécifique, je sais).

Celle-ci, aussi, plus ancienne et qui illustre une question qui sera forcément évoquée au Biglemoi le 17 juin lors de ma rencontre avec Yannick Kujawa, celle de la répression ultra violente des mouvements sociaux dans les cités minières. Les cités étaient sous la garde de matons et des grilles permettaient de les fermer en cas de soulèvement : un habitat prison. On trouve des documents très intéressants à ce sujet dans les archives de l’Ina.

Et puis le défilé s’est mis en route, sans une minute de retard, géants de tout partout et bleus de travail, fanfare et…

majorettes car oui, le Pas-de-Calais sera toujours une terre de majorettes – comme le stipulent les statuts d’un club (je ne sais plus lequel, j’ai épluché les statuts de tous les clubs de majorettes et de twirling bâton du département pour écrire mon poème). Ici, le club d’Auchel. Il y a même, vous le voyez, un majoret (lâche pas la patate, poussin).

Encore un excellent moment à la Cité des Électriciens, je suis vraiment très fan – et l’équipe est adorable. Allez-y…