Cette sacrée rotondité

Voici enfin quelques images du 5 mai, à Regnéville, où Emmanuelle Polle, Aude Rabillon et moi-même avons performé notre pièce à trois voix pour la première fois.

C’était dans la salle des fêtes de Regnéville-sur-Mer.

Ici, nous sommes entourées par les allié.e.s de rêve, Claire Crosville et Pascal Benning. C’était un bonheur de travailler et d’échanger avec eux.

Regnéville, Acte 3, dernier jour

J’espère pouvoir bientôt mettre en ligne quelques images de la soirée de clôture : dès qu’on m’en aura envoyé. En attendant, voici une photo avec mes camarades de résidence, prise au beau milieu des festivités (entre ma lecture de ma Suite du sanglier avec l’orchestre de jazz et Cette sacrée rotondité en trio avec Emmanuelle et Aude). Avec moi, ci-dessous, Amandine, Florentine, Aude et Mathieu. Des amours, des artistes passionnants et des humains formidables. Merci à Claire C. pour la photo.

Ce matin, la brume flottait sur les paysages. Nous nous étions couché.e.s à 1h30 et à 5h30 tout le monde se préparait à prendre la route – Mathieu pour ses prises de vue, Amandine pour ses prises de son, Aude, Florentine et moi pour nos conversations poétiques filmées.

Nous nous sommes installées à la pointe de Montmartin,

face aux phoques (ou veaux de mer ?)

cependant que le soleil se levait.

Après ma conversation avec Florentine, j’ai laissé Aude commenter à son tour le paysage visuel et sonore avec notre super hôtesse et, en me promenant dans les dunes, j’ai croisé Amandine avec son enregistreur. Ce n’est pas anodin, de se retrouver si tôt dans ces sites qui nous accueillent ; nous y voyons le révélateur d’énergies convergentes, une circonstance rare et précieuse.

De retour à la résidence, nous avons eu des discussions si nourrissantes sur la création que nous avons décidé de créer un groupe de recherche – quatre femmes s’interrogent sur les processus créatifs, je n’en dis pas plus. La suite à l’automne. Je suis infiniment reconnaissante à Regnéville, aux interlocutrices et interlocuteurs qui m’y ont accueillie – particulièrement à Claire Crosville, Pascal Banning, Cindy Mahout et Élise Guilbert – mais aussi au hasard des calendriers d’avoir permis cette rencontre comme un petit big bang.

Regnéville, Acte 3, jour 4

Ce soir, c’est la fête. Lectures, performance et après on danse. Ce matin, j’ai commencé à dire au revoir – demain, Florentine, Aude et moi partons dès 6h au bord de la mer pour tourner une vidéo (je vous en parlerai en temps voulu). J’ai dit au revoir aux bocages,

au revoir au Kitsch & Lutte des Classes (il y a ici quelques Chalets Normands remarquables),

au revoir à la plage,

au revoir à Montmartin et à Hauteville,

et je me suis fait des amies. Nous avons discuté longuement. Je les ai invitées à la soirée, je leur ai dit que j’étais triste de partir et de me séparer de mes ami.e.s et en même temps heureuse parce que Valentina arrive chez moi samedi et qu’ensuite on ne se quitte plus pendant plus de dix jours. Elles étaient émues, je l’ai vu.

Ensuite, on a joué aux mimes et j’ai reconnu (voir vidéo ci-dessous) une chanson de George Clinton, French Kiss, dans laquelle il chante Like Henry Fonda said to Katharine Hepburn in the movie, « Let’s go suck face ».

Regnéville, Acte 3, nuit 3

Après une journée de répétitions avec mes chères Emmanuelle Polle et Aude Rabillon, Cette sacrée rotondité prête à être jouée en public,

mes ami.e.s et moi avons passé une soirée magique – magiques, les conversations avec Aude, Florentine Rey, Amandine Deguilhem et Mathieu Lion, magiques nos activités nocturnes, dont voici un aperçu.

Regnéville, Acte 3, nuit 2

Hier soir, après notre repas communautaire, j’ai accompagné Aude à sa caravane, au camping de Regnéville, alors que la route depuis les Fours à Chaux était plongée dans l’obscurité la plus totale. Nous avons admiré le ciel piqueté d’étoiles, sans interférence d’aucun éclairage public. Nous avons croisé six jeunes gens qui pénétraient dans l’enceinte du château en ruine, l’air blasé, avec des bouteilles en plastique pleines de mélanges maison. Il y a des punks à Regnéville. Je suis rentrée à vélo ; Mathieu m’avait prêté une lampe super puissante et je n’ai pas eu peur des sangliers. Plus tôt, Florentine m’avait emmenée à Quettreville en voiture et nous avions vu des lièvres jouer au milieu de la chaussée. Mes colocs sont des amours, cette semaine encore. Je pensais à ça, hier soir, et je prenais des photos en pédalant vers la maison.

Je n’ai croisé qu’un oiseau – je l’ai vu d’assez près.

Regnéville, Acte 3, jour 2

La prima volta che sono venuta qui, è il giorno che ho deciso di apprendere l’italiano. Le lieu se situe à Annoville et s’appelle les Mielles, j’en ai parlé ici, ce jour-là, Acte 2, jour 9. Je voulais absolument y retourner une fois dans ma vie pour la raison évoquée plus haut en italien et parce que quand je me rappelle ce jour de mars, je vois Valentina avec moi, tant je pensais à elle au retour des Salines. Aujourd’hui était le seul jour où je pouvais m’y rendre, après un détour par Quettreville-sur-Sienne, puisque mon amie Aude Rabillon arrive ce soir et qu’ensuite nous allons répéter intensivement, Emmanuelle Polle, Aude et moi, pour notre performance de jeudi soir. C’est fini, la bicicletta. Voici donc les Mielles :

Où une vache se couvre de foin – elle est là incognito.

Où un pote âne de plaint des mouches qui se collent à ses yeux, pauvre bébé <3

Où les fleurs des champs sourient.

Et sur la route de Quettreville à Annoville, je n’ai croisé personne, aucune voiture, je n’ai fait qu’emprunter des petits chemins paradisiaques – ils m’évoquent l’EV5 et la campagne entre Cuinchy et Beuvry, c’est dire : on se croirait chez moi…

Sauf pour les bateaux.

Regnéville, Acte 3, jour 1

73 lapins. 29 lièvres. Vaches, moutons, chevaux. Mouettes. 1 faisan. 4 phoques. Quelques humains. Cette fois, je n’ai pas retrouvé Marianne. Ni Amélie ni Antoine, qui nous avaient rejointes pour la deuxième semaine de notre deuxième session. J’ai revu Claire et Pascal, j’ai rencontré Amandine, Lolita, Bubu, Mathieu et entrevu Florentine. L’ambiance est différente, moins apéritive. Cette fois, nous sommes deux à nous lever à 5h ; Mathieu ne va pas courir, il part en voiture avec son matériel de photo. Moi, je prends les photos avec mon téléphone et mes doigts mouillés puisque je cours donc ne vous attendez pas à de la qualité.

En plus ça ne flamboyait pas tellement, ce matin, il y avait trop de nuages.

C’était beau quand même, à sa manière nébuleuse.

Pas de belles photos, donc, mais de belles personnes, dont quelques ami.e.s que je me réjouis de retrouver, un mois plus tard.

Vous vous souvenez de lui ?

Et de lui ?

Certains veaux ont grandi, d’autres viennent d’embarquer dans la grande aventure de la vie normande, ils sont espiègles et, comme celui que l’on voit à gauche ci-dessous, aiment bondir et gambader.

Sans appareil photo, difficile de zoomer sur les phoques sans flou, d’autant que cette fois ils ont eu peur de moi (c’est assez vexant). Sur la photo, les petits ont déjà plongé dans le havre à mon approche.

Sur la vidéo, on voit l’un des deux adultes les rejoindre.

L’évaporée

C’est désormais officiel : L’évaporée, mon roman à quatre mains avec Wendy Delorme, paraîtra aux éditions Cambourakis à la rentrée de septembre. Le livre est parti en impression hier et nous l’avons présenté cette semaine aux représentants d’Actes Sud – une drôle d’expérience : c’était en visio et nous ne pouvions pas voir à qui nous nous adressions, par ailleurs c’était la première fois que Wendy et moi parlions de notre livre en public, la première fois que je me pliais à l’exercice en duo. C’était rassurant et en même temps ça me donnait une forme de responsabilité dont je n’avais encore jamais fait l’expérience. J’aime beaucoup notre roman ; j’en parlerai en détail en temps voulu mais je peux déjà vous dire que nos deux univers / écritures / temporalités créent une dynamique très particulière, dont je mesure seulement aujourd’hui l’efficacité. C’est sans doute mon roman le plus efficace et ficelé à ce jour – comme Wendy et moi le souhaitions. Je suis aussi très heureuse d’avoir travaillé avec Laurence Bourgeon, éditrice attentive, minutieuse et toujours ouverte à la discussion (nous avons beaucoup parlé de virgules – ce n’est pas une légende : les auteurs et les éditeurs parlent énormément de ponctuation), y compris pour le choix de la couv. J’ai suggéré que nous pourrions utiliser une photo de Bérangère Fromont, photographe dont j’aime énormément le travail et qui se revendique de la communauté LGBT. Je vous dévoilerai la couverture de L’évaporée en juin quand nous aurons reçu nos exemplaires mais, en attendant, voici une photo de Bérangère Fromont que nous n’avons pas choisie ; c’était l’une de nos préférées, à Valentina et moi ; celle qui a fait l’unanimité entre Wendy, Laurence et moi est tirée de la même série. J’ai découvert le travail de cette artiste dans la revue Femmes Photographes, que mon amie Aude Rabillon m’a mise entre les mains. Je lui dois donc la super couv de mon prochain roman <3

© Bérangère Fromont

superficie

Je devais donc participer aujourd’hui à une grande fête et lancer la Maison de la poésie de Bordeaux en formidable compagnie, au lieu de quoi je n’ai pas vécu cette journée – passés les premiers moments où, à peu près disponible intellectuellement quoique l’œil éteint, j’ai pu discuter avec mon amoureuse, elle sur son oreiller des Pouilles et moi sur mon oreiller minier, puis elle s’est levée tandis que je suis restée amorphe, assommée, incapable de bouger seulement le bras pour répondre à ses messages pendant parfois des heures. Une journée à dormir, la tête pleine de sable. Une journée pas là. Une journée pour rien même si elle dit que ça n’existe pas et que mon corps a ses besoins, que je dois respecter. Au milieu de tout cela, un appel des finances publiques : Monsieur A. me demande quelle est la superficie de ma maison. Excellente question, man. J’ai l’impression d’avoir pris du LSD (c’est du moins l’idée que je m’en fais), je dis, Oh là, je peux vous dire ça plus tard ? Je n’ai pas de mètre-ruban sous la main. Il dit que lui, c’était la semaine dernière, sa session couette pour cause de grippe. La semaine prochaine, je sautillerai à Londres. Pour l’instant, mon univers a la superficie de mon lit et se complique parfois d’un ou deux escaliers. Tout le reste me manque, mon truc c’est plutôt le mouvement.

Pour l’occasion, voici les photos qui auraient dû défiler derrière moi ce soir à la MdP de Bordeaux, celles que l’on trouve dans La Geste permanente de Gentil-Coeur mais – exceptionnellement – en couleurs. La première montre des arbres et un joli panneau à la camp scout qui n’existent plus, rasés par la ville de Sallaumines pour en faire un parking. Sur la sixième, on voit une pie harceler un chat – je jure que ça s’est vraiment passé.

Un beau voyage

J’ai beaucoup pleuré aujourd’hui : de rire, d’abord, à devoir m’éponger les yeux et me moucher, grâce à nos odieux touristes. De gauche à droite, Thérèse (maman), Bernard, Didier (papa), Paulette, Barbara, Jacqueline (floue) et Christine.

Puis d’émotion quand ce groupe d’enfants – ils sont en primaire – a chanté Wiegala, berceuse composée par Ilse Weber dans le camp de concentration de Terezín, morceau que j’ai proposé pour accompagner les passages illustrant les migrations humaines puisque notre pièce oscille entre humour (très très) grinçant, satire et gravité

Le chœur d’enfants est accompagné par nos super musiciennes, Nathalie au piano, Marie (sa fille) à toutes sortes d’instruments, parmi lesquels violoncelle, contrebasse et trompette, et par Astrid, à la direction et au basson. Soit nos traditionnelles collaboratrices dans ces projets théâtre-musique-chant que mes super hurluberlus et moi menons depuis dix ans, en grande partie grâce à l’investissement précieux de mes parents.

Ici, ma mère est présentatrice de JT.

Et maintenant, Anne Sofie von Otter interprète Wiegala.

Plein de bisous à notre Gigi, qui n’est pas parmi nous cette année. On se rattrape l’année prochaine…

Le passage qui me fait le plus rire est interprété par Paulette, hôtesse de l’air SM ; en atelier d’écriture, nous avons écrit cette tirade en imaginant une série de traductions automatiques toutes catastrophiques.

« Mesdames et les autres, bonjour, je suis Charlie Tango, ton chef de cabine. Le commandant de bord Bruno Tango et l’ensemble de l’équipage ont l’extase de vous asseoir à bord de ce Boeing 747. Nous nous garantirons de votre sécurité et de votre aise et mettons tout en œuvre pour que vous arriviez indemnes à destination de Kawa. Le temps de vol sera de 5 ou 10 heures.

Nous vous souhaitons un très bon itinéraire. Nous vous enseignons que les bagages à main doivent être placés dans les coffres-sièges devant vous. Les portes et issues de secours doivent être dégagées au cas où. Veuillez bien retirer les piles de vos cellulaires, et ce jusqu’à l’arrivée au parking, merci. Nous vous rappelons que ce vol ne fume pas, même strictement dans les cabinets. Les démonstrations de sécurité vont vous êtres présentées sur la télévision, merci de nous accorder attentivement.

Chaque fois que ce signal est enflammé, vous devez vous attacher solidement par la ceinture pour votre sécurité. Nous te recommandons de la maintenir accrochée visiblement si vous êtes assis. Pour détacher votre ceinture, hissez la partie supérieure de la boucle. Les gilets jaunes sont situés sous votre séant. En cas de dépression de la cabine, un masque à oxygène vous tombera automatiquement dessus. Libérez le masque pour tirer de l’oxygène. Placez-le uniquement sur votre visage. Une fois votre masque apprêté, il vous est possible d’aider des personnes défavorisées. En cas de fuite, un néon dehors vous permet de deviner l’issue de secours la plus proche de votre chaise. Elle peut se situer derrière toi ou pas, de chaque côté de la cabine, à l’avant, au centre, ou pas, sois vigilant. Pour évacuer l’avion, suis l’équipage, qui testera automatiquement les toboggans.

Nous devrions bientôt nous envoler. Votre tablette doit être rangée, votre chaise relevée. Nous te remercions d’avoir choisi la compagnie et te souhaitons un agréable courage à bord. »