Regnéville, acte 2, jour 7

J’écris cet article en écoutant le nouvel album de Sophia Jani, Music As a Mirror, dont la beauté mélancolique (un peu comme si Collectress jouait Elori Saxl) infléchit ma vision des photos que j’ai sélectionnées. Un bémol sur la nuque de ma joie tapageuse de ce matin, quand je courais le plus vite possible sur la plage infinie, les yeux fermés, les bras étendus, il n’y avait personne personne nulle part de toute façon.

Oui, c’est très beau, j’avoue.

Mais à la mer près, ça ressemble quand même beaucoup à chez moi, eh eh…

On a ce genre d’architecture dans les cités minières.

Bon, un peu moins ce genre de bâtiment. Ici, nous sommes à Hauteville.

Et ici, un aperçu d’un immense camping sis entre Hauteville et Montmartin. Je le décrivais à Marianne, hier, je lui disais « Mais c’est plein de bungalows et de caravanes, genre tu n’arrives pas avec une tente ou je ne sais quoi » et elle a cligné des yeux. « En même temps, une tente en Normandie », elle a dit, et j’ai éclaté de rire, je n’ai vraiment pas de sens pratique. Hier, nous avons eu un Saturday night très sympathique, avec du bon vin que nous a laissé Emmanuelle et des bons petits plats que le traiteur dépose pour nous chaque jour dans le frigo (nous grossissons à vue d’œil parce que nous détestons le gâchis alimentaire – et en plus, c’est super bon). Demain, deux nouveaux artistes arriveront, j’espère qu’ils ne sont pas carnivores et que la maison ne va pas se mettre à empester la mort. Je n’y avais même pas pensé, c’est Marianne qui a soulevé l’hypothèse. Je n’ai aucun, aucun sens pratique. Je me demande aussi comment sera l’ambiance.

Hauteville, ça fait un peu Touquet-Baule. J’ai demandé à ces chevaux ce qu’ils pensaient, ils m’ont répondu Grave.

Parenthèse agnelaise

Samedi après-midi. Je teste une nouvelle formule d’atelier d’écriture avec une douzaine de personnes. Objectif : explorer la densité de l’instant. La première consigne est de marcher sans se parler pour être le plus disponible possible à ce que nous allons observer, éprouver, relever pendant les trois quarts d’heure de notre marche. Nous traversons d’abord un lotissement d’Agneaux avant de marcher au bord de la falaise qui surplombe la Vire au sud de la ville, treize individus silencieux – car mes participant.e.s sont très respectueux.ses de cette directive, à ce point : 1. voyant un couple avec bâtons de marche nordique effrayé par notre cortège silencieux, j’irai le rassurer : C’est un exercice, tout le monde va bien. Oh, dira la dame, soulagée, on va rester à distance alors, et je lui répondrai, N’ayez crainte, nous ne sommes pas contagieux ; 2. de retour à la médiathèque, j’apprendrai, en écoutant une lecture, que j’aurais pu apercevoir un chevreuil en contrebas de la falaise. Quoi ? m’écrierai-je, Un chevreuil ? Vous ne pouviez pas le dire ? et la dame me répondra, Ben non… Ce qui nous fera tou.te.s beaucoup rire. (J’aurais du mal à obtenir un tel silence de mon groupe d’hurluberlus liévinois, qui a le verbe exubérant, chante et rit aux éclats – il est même arrivé que je voie Paulette donner des coups de parapluie à un cycliste en lui criant de rouler plus vite, au bord du lagunage d’Harnes.)

C’est parti.

Traverser un lotissement puis une falaise s’avérera très porteur et les contrastes entre ces deux expériences successives alimentera beaucoup les textes.

Cet avion avec sa ligne de kérosène verticale marquera bien d’autres esprits que le mien. Je précise que, si je prends des photos, le groupe est équipé de mini carnets préparés par Romane, jeune recrue de la médiathèque, et moi-même, et que tou.te.s y prennent des notes au fil de la promenade.

Presque bien caché, l’un des seuls êtres vivants que nous croisons dans le lotissement.

Puis nous empruntons une ligne de désir entre deux pavillons pour gagner la falaise.

Mardi, en faisant des repérages, je me suis surtout attardée sur la nature en contrebas

mais cette fois, j’observe tout autant l’amont, les clôtures des jardins à notre droite et tout ce qui nous surplombe.

Contraste : à notre droite :

à notre gauche :

Puis nous regagnons tranquillement la ville.

Pendant que le groupe écrit des textes formidables, je pense à ce que nous venons de vivre. Ce qui m’a le plus frappée, c’est combien le silence nous liait tandis que nous marchions ; je n’avais pas anticipé ça, je ne l’aurais pas supposé, d’ailleurs je ne pensais pas que tout le monde jouerait le jeu. L’énergie qui circulait entre nous est en fait devenu un élément à part entière de l’expérience que nous avons eue des lieux, a imprégné les sensations qui nous y ont traversé.e.s, participé des scènes que nous y avons observées. C’était un moment précieux.

Quand les participant.e.s lisent leurs textes, nous pouvons constater que treize personnes traversant le même instant n’y vivent pas la même chose, n’y relèvent pas les mêmes éléments ou ne les perçoivent pas de la même manière – outre que nos univers très variés nous amènent aussi à des formes d’écriture très diverses. Je participe, moi aussi ; je ne le signale pas ni ne lis mes textes à l’oral pour ne pas prendre du temps au groupe ; je ne fais jamais ça, d’habitude mais il me semble naturel de partager jusqu’au bout cette micro aventure – treize personnes dissemblables au possible, réunies par une consigne un peu farfelue, un samedi après-midi de grand soleil, quand les voitures roulent capot contre capot entre Saint-Lô et le centre commercial.

Un extrait de mes propres notes, pour la première consigne d’écriture :

les éclats de voix, tranchants
le cri du ballon, contondant
ils se cognent au vent
sur le stade désert
le gazon darde son vert
pour lui-même
un vert que les grilles blanches
exhaussent

au sommet de la falaise
piquetée de ficaires
des arbres tordus des brise-vue
en plastique vert et quelque part
invisible
un pivert

Regnéville, acte 2, jour 6

Hier, après un matin chagrin et une après-midi variable, j’ai ri à gorge déployée, d’abord en vidéo avec mon amoureuse depuis les loges de la salle où elle allait jouer (le trac lui est inconnu, ce joyau ne voit partout que joie), puis en apéro-dînant avec Marianne. J’ai eu deux fous rires en deux jours, alors que je n’en avais pas eu depuis des mois. Peu de choses me paraissent aussi grisantes que ça : rire. L’amour, le mouvement, la musique, la nature et le rire. Cet après-midi, je vais devoir recouvrer tout mon sérieux pour animer un atelier d’écriture en la bonne ville d’Agneaux, limitrophe de Saint-Lô, avec sa falaise soulignée d’une voie ferrée, la Vire en écharpe. En attendant, visez la meuf qui ne craint pas les sangliers. Je me suis offert une course à pied dans la campagne, dès l’aube – sans musique pour ne manquer aucun éventuel grognement.

J’ai bien failli me mettre en danger encore – ce fameux syndrome de la touriste abrutie – mais cette fois la signalétique m’a sauvé la vie : je ne me suis pas noyée dans ce bassin très attrayant.

Regnéville vu depuis le chemin qui mène aux Fours à Chaux du Rey, avec la silhouette effritée du château.

Ensuite, j’ai quand même écouté une chanson, Man Who Scares Me de Jessica Sligter, ça faisait des mois que je ne l’avais pas entendue et j’ai couru-bondi-dansé avec le soleil en face, tout grand maintenant, éblouissant. C’était un chouette final.

Nuages

Je suis sortie entre deux averses, campagne + mer, un bon petit tour. Et je me suis dit, Chaque fois que je ne fais pas de pause, je manque ce genre de spectacle. Je privilégie habituellement les photos sans trace de vie humaine mais cette silhouette si vulnérable face à l’immensité me touche ; je trouve qu’elle ajoute à la photo.

Par ailleurs, j’ai aussi pris ce ciel avec mon téléphone pour pouvoir le partager avec Valentina et l’appareil a fait quelque chose que je trouve très beau : ce ciel granuleux a l’air d’une aquarelle.

Sur la route, au retour de Hauteville, la lumière était celle-ci à l’est

et celle-ci à l’ouest, à la même minute exactement.

Plus tard, le crépuscule.

Regnéville, acte 2, jour 5

Bien que j’aie passé une très chouette soirée hier avec Emmanuelle, Sophie, Marianne et Mathilde, bien que la pluie se soit interrompue ce matin, le temps de ma course à pied, je suis d’une humeur affreusement chagrine. Je suis tombée sur un élevage de bœufs, chacun dans une stalle juste assez large pour y tenir debout ; ils ont tendu la tête vers moi quand je suis passée, je me sentais si impuissante… Quelle abomination, comment une société prétendument civilisée peut-elle autoriser de telles barbaries ? Et puis j’ai été chargée par une oie qui m’a rappelé ma regrettée Carrie <3 Et puis je devrais être à la gare de Bruxelles pour accueillir ma bien-aimée, assister à son concert ce soir, au lieu de quoi je regarde les rafales asperger les fenêtres de ma chambre comme pour me narguer. Il serait temps d’envoyer promener mes tâches administratives et préparations d’ateliers pour me plonger dans mon manuscrit. Quelques images prises ce matin entre deux averses.

Regnéville, acte 2, jour 4

Hier, j’ai fini de synthétiser les corrections que Wendy et moi avons apportées à notre manuscrit ; il a l’air d’une chambre d’ado avec ses annotations de diverses couleurs dans les marges, ses paragraphes biffés, ses surlignages ; puis j’ai relu les épreuves d’un livre dont je n’ai pas encore le droit de parler, disons un roman institutionnel. J’ai aussi répondu à 73 mails, préparé une interview, pris des billets de train pour aller ici ou là faire des lectures, des bidules. Toujours pas un mot de Nue dans ce séjour qui touche à sa moitié. Le soir, j’ai retrouvé Marianne pour l’apéro et le dîner, toute timidité a fini par déserter notre salle à manger, les discussions roulent et on rit bien. Ce soir, on accueille trois amies.

Ce matin, la lumière varie imperceptiblement à chacune de mes foulées, les tons se fondent, j’absorbe cette beauté, je voudrais m’étendre dans le sable et laisser le sel pailleter mes lèvres mais Valentina me manquerait plus encore alors je poursuis, elle me chuchote pazienza, on s’est trouvées, le plus gros est fait, soyons reconnaissantes de ce miracle. Sur un mur de Londres, des affiches « I <3 Fanny » apposent un tampon sur notre bonheur – un de plus. Ma gratitude déborde l’horizon, ce matin. Il y a un mois, je me croyais condamnée à une vie de solitude, d’amertume et de regrets : avalés par une vague. Voici 11 inspirations profondes et iodées pour dire merci.

Regnéville, acte 2, jour 3

où comment une teubée des villes, après avoir miraculeusement échappé à la furie d’un sanglier dans la forêt de Bord, croit sa dernière heure venue dans les sables mouvants d’un estuaire. Mais prend des photos quand même (pas de selfie, remarquez bien, c’est une vieille teubée), de sorte qu’elle est en mesure de documenter l’affaire. Maintenant, elle repasse à la première personne, hop. Tout avait pourtant bien commencé, je suis sortie avant le lever du soleil sans penser suidé, j’ai fait des câlins de nez à un ami cheval et ri toute seule en revoyant Maurice, hier soir à la médiathèque d’Agneaux, me dire que j’avais l’air nombreuse là-dedans (il désignait sa tempe ; et bien sûr j’ai répondu que j’y étais en bonne compagnie). Sur la plage de Hauteville, les lumières étaient franchement pas mal.

J’ai décidé de regagner Regnéville par le havre plutôt que d’emprunter une fois encore la route qui passe par le château. Il suffisait de contourner la dune.

Facile.

De l’autre côté, la vue est chouette, oui, j’ai vraiment bien fait de passer par ici. Certes je m’étais juré, lors de mon premier séjour, de ne pas m’aventurer sur ce qui a tout l’air d’un bourbier avale-touristes, mais depuis le temps je suis presque d’ici, non ?

Et puis de près, on se rend compte que le sol n’est pas si effrayant. C’est de la végétation, Fanny, je me dis, il n’y a pas de végétation sur les sables mouvants (depuis l’enfance j’ai la terreur de ce machin, on m’a parlé du Mont Saint-Michel – qu’une mouette d’ici rejoindrait en trois minutes – et l’image est restée profondément imprimée dans mon générateur de phobies). Mais c’est quoi, en fait, ces espèces de creux qui veinent la verdure ? Oh mais ce sont des micro cours d’eau. Ce n’est pas grave, il y a une espèce de chemin, là. Quand je pose le pied sur ledit chemin, arrive le moment où je me parle à voix haute pour me rassurer – le propos per se n’est pas rassurant, seulement ma voix : « Ok, ce n’est pas un chemin pour les êtres vivants, c’est un chemin pour l’eau, c’est pourquoi il glisse tant ». Mais je parviens, en sautant au-dessus de ravines larges d’un mètre aux bords glissants, aux abords de Regnéville.

Et là, il y a comme une surprise.

Ok ce n’est pas très haut mais plein de végétation coupante et puis vous voyez comme les parois sont glissantes ? De la boue de sable. De la boue de sable, moi j’appelle ça des sables mouvants.

Je dois rebrousser chemin et sauter derechef au-dessus de ravines pour regagner la dune, mon raccourci a l’air stupide stupide et cependant la marée monte. Valentina dort encore, je suis seule au monde au milieu d’un très charmant traquenard de la nature, je ne pourrai même pas dire farewell my graceful punk, juste quitter ce monde dans un ultime plop. Je suis soulagée quand je parviens ici,

mais je m’enlise un peu plus loin, si près de la dune, si près… Quand je finis par rejoindre la route, je suis écarlate dans le vent glacé. Une dame à vélo et casque multicolore me lance, Bravo les sportifs ! Elle a bien compris, comme Maurice, que je suis plusieurs. Mais elle se trompe sur un point : sportive n’est pas le mot, c’est aventurière qui convient. Valentina me demande si elle peut dormir tranquille avec mes bêtises – et ensuite ce sera quoi, avant son premier café, un lion ? un iceberg ? Je fais des promesses. J’ai l’héroïsme facile. Je m’amuse bien. Les moutons me font une ovation.

Regnéville, acte 2, jour 2

Les voici, les splendeurs. Ces bébés ont bien poussé depuis le mois dernier…

J’ai retrouvé le plaisir de courir sans croiser quiconque pendant des kilomètres : la peur des sangliers (y compris des sangliers marins) commence à refluer. J’écoute des inédits de la femme qui m’a rendu mes 13 ans, tout ça fait de la beauté dedans et dehors en même temps, l’air est vif, on respire parfaitement.

Soudain, derrière la dune,

voici la Manche – et, de l’autre côté, cette fois c’est Valentina qui est dans le train. J’écris son nom dans le sable parce que j’ai 13 ans et elle me répond par des nuées de petits cœurs parce qu’elle a 13 ans. On respire bien.

On dirait qu’il n’y a jamais personne sur ces plages infinies. On respire bien. Mais maintenant, allons résider en attendant la nocturne d’Agneaux.

Regnéville, acte 2, jour 1

Après quatre trains et huit heures de voyage, je suis arrivée à Coutances. Je ne me plains pas, le voyage n’était pas désagréable, c’était un peu comme voyager avec elle, j’annotais le manuscrit d’une amie et parfois Valentina me disait, Regarde ça, lis ça, écoute ça, c’était joyeux, je pouvais presque sentir sa tête sur mon épaule parfois. Quand elle m’a envoyé ceci, j’ai éclaté de rire.

C’était tout à fait dans l’esprit de la perruque et des chausses argentées à talons compensés que je lui avais envoyés avant-hier. Arrivée à Regnéville, j’ai sauté sur mon vélo (sens de la propriété), filé à Montmartin acheter une bouteille pour Marianne et moi avant que le supermarché ne ferme. En chemin, j’ai constaté que les veaux ont incroyablement grandi en trois semaines : des splendeurs. Le lumière n’était pas propice aux photos, j’en prendrai demain. J’ai salué mes copains chevaux. La nuit tombait quand

je suis rentrée

à la maison

Ma chambre est au premier étage.

C’est parti pour deux semaines. Demain, rencontre à la médiathèque d’Agneaux à 20h30 (ouais, on est des noctambules, nous, ici).

Workshop+NPR 100 de Fatima

C’est un atelier en français mais on dit workshop ; c’est dans mon air du temps. Je vais rencontrer des étudiants en Master de création littéraire (du Havre) et on a rendez-vous, hier matin, à la Maison de la Poésie de Paris. Dans le train, j’écris aux délices de mon cœur, I’m smiling constantly, ce qui me remémore une chanson de Dry Cleaning, c’est donc avec l’album New Long Leg (ça faisait longtemps) que je décide de marcher-danser vers ma destination. Comme j’arrive tôt, j’ai largement le temps de faire un petit détour par le square Montholon pour laisser un mot à ma bienfaitrice Fatima ; appelons-le NPR 100 (101 sera l’occasion de festivités). J’ai préféré écrire son prénom en lettres capitales pour avoir une chance qu’elle le remarque en passant.

Ensuite je bois un café avec Frédéric Forte, le poète / professeur qui m’invite à ce workshop en langue française et c’est super, il a le même rapport que moi à la musique, il connaît même certains groupes de celle qui occupe mes pensées comme le poussin occupe l’œuf (il s’agit d’un poussin qui danse, chante et joue des maracas). Puis je rencontre la quinzaine de jeunes gens qui se sont portés volontaires pour ces trois jours en ma compagnie et nous investissons différentes salles de la MdP. Ci-dessous, les premières découvrent les lieux avec enthousiasme.

Je les verrai une par une + Eliot, au long des deux premiers jours, une demi-heure chacun.e, comme un médecin – oui, une spécialiste de la densité du réel. Ils s’inscrivent ici et moi,

je les reçois dans une loge, que j’ai choisie pour des raisons assez évidentes… Ces jeunes gens sont déjà des écrivains et les questionnements des un.es et des autres sont assez intéressants pour que j’en ressorte enrichie et stimulée. Cependant, il n’est pas si facile d’enchaîner les échanges sur des univers si différents, un peu comme lire des livres à la chaîne quand on fait partie du jury d’un prix littéraire – je parle d’expérience, j’imagine que le quotidien d’un.e éditeur.rice ressemble un peu à ça. Par exemple, je dis à l’une que son texte manque d’ossature et suggère à la suivante de supprimer du sien tout commentaire, Nous te suivrons sans signalétique. Je sors donc ravie mais lessivée de cette première journée.

Je vais boire des verres avec mon amie Maud Thiria. Il y a un lien très particulier entre les poète.sse.s de ma promo à la Factorie ; ce que nous avons vécu était si intense que nous nous connaissons depuis toujours, moins de deux mois plus tard. C’est facile de se retrouver, de reprendre les discussions sans fin, les confidences sans pudeur, les rires spontanés. Nous sommes tellement sympathiques que le serveur nous offre un verre au moment où nous allons partir.

Puis comme tous les soirs depuis une semaine, j’explore le paradis en anglais jusque tard dans la nuit et, ce matin, après trois heures de sommeil, je signale à l’hôtel qu’I can’t find the tea bags, ce qui n’est pas sans m’évoquer mon entrée ridicule, la semaine dernière, dans la boutique d’un opticien qui n’était pas celle où j’avais rendez-vous. Vous avez l’air perdue, a dit le Monsieur tandis que je jaugeais les lieux avec perplexité. Il était temps, a-t-il ajouté. Ce n’est pas ce que vous croyez, cher Monsieur.