Un renardeau

Aujourd’hui, j’ai le cœur brisé. Ce matin, vers 6h45, je courais sur mon nouveau site post-minier fétiche quand un renardeau s’est précipité vers moi.

J’étais à la fois surprise et très émue qu’il n’ait pas peur de moi et vienne carrément se poster à mes pieds, puis j’ai compris. Il était malade. Il me demandait de l’aide. Il courait en cercles puis revenait à moi.

J’ai appelé SOS Faune Sauvage, dont j’ai enregistré le numéro après l’épisode du lièvre blessé, mais personne n’a répondu, il était trop tôt. Alors je suis rentrée chez moi et je suis revenue chercher le petit dans le sac de transport de Dame Sam, accroché au guidon de mon vélo. J’ai amené le renardeau à la clinique vétérinaire à deux pas de chez moi : On ne s’occupe pas des animaux sauvages, m’a-t-on dit, ce n’est pas à nous de le faire. Après plusieurs échanges avec SOS Faune Sauvage, pendant lesquels le renardeau attendait gentiment dans mon jardin, il s’est avéré qu’aucun centre de soins pour animaux sauvages dans la région ne prend en charge les renards ; il existe surtout des assos qui soignent les oiseaux. Mon interlocuteur, un bénévole qui débutait, en était aussi désolé que moi ; à défaut de pouvoir intervenir, il a obtenu que la clinique près de chez moi reçoive mon petit protégé. La véto a poussé un petit cri en ouvrant le sac de transport ; elle a dit que le renardeau était condamné ; qu’il valait mieux que je l’aie amené avant qu’il ait contaminé sa famille, et plutôt qu’il agonise seul pendant des jours. Ce beau bébé qui me regardait de ses yeux visqueux m’avait demandé de le sauver mais je ne l’ai pas pu. Je suis sortie avant que la véto n’abrège ses souffrances et je voyais à peine où je mettais les pieds tant je pleurais. Pardon, bébé.

Mes questions aujourd’hui sont celles-ci : Qu’est-on censé faire quand on trouve un mammifère sauvage blessé ou malade ? Passer son chemin ? Tenter de lui venir en aide envers et contre tout, quitte à devoir, au final, le faire euthanasier ? Si le numéro de SOS Faune Sauvage, qui me semblait si providentiel, n’est pas la baguette magique, vers qui doit-on se tourner ?

Maison de la Poésie de Paris

Hier soir, pour la première fois, j’ai lu des extraits de ma geste pour illustrer en 11 pieds un entretien avec Sophie Joubert. Merci à elle, ainsi qu’à Colombe Boncenne et à toute l’équipe de la Maison de la Poésie pour leur accueil chaleureux et enthousiaste. Et merci à la femme de ma vie de m’avoir rendu la lumière.

11 petits fantômes

Voilà comment, en plein mois de mai, on en vient à organiser une soirée d’Halloween pour ses pieds de tomates et courgettes et à les déguiser en petits fantômes : pour les protéger des limaces sans tuer les limaces. Je vous dirai demain si ça fonctionne, auquel cas j’envisage d’ajouter l’article à ma ligne I <3 herbivores. J’ai recyclé le voile d’hivernage de mes pommes de terre (vous pouvez apercevoir celles-ci au centre du jardin, où elles forment un mini champ très prometteur) ; j’ai formé des cerceaux avec du fil de fer, y ai agrafé les coupons de voile et, pour m’assurer que les ventres-pieds ne se glissent pas en-dessous, j’ai disposé des pierres tout autour des cercles, sur le voile. (Je sais ce que vous allez me dire mais non, je ne peux pas tondre la pelouse, parce qu’un résidu substantiel de ma prairie mellifère est en train de s’étirer tranquillement et bientôt réjouira les abeilles et les papillons et embaumera mes soirées.)

Maison de la Poésie de Paris

Dans deux semaines, jour pour jour, je serai à la Maison de la Poésie de Paris pour un entretien avec Sophie Joubert (journaliste à l’Humanité à qui je dois déjà beaucoup) sur La geste permanente de Gentil-Cœur ; il sera sans doute entrecoupé de lectures mais le format reste à définir. Je me réjouis évidemment de cette invitation, même si je regrette de rater à deux jours près (mais on me dit que c’est plus compliqué que ça) la date officielle, disons annoncée, de réouverture des lieux culturels (et d’un jour la venue à la capitale de ma complice l’autrice mystère). La captation sera transmise en direct sur le Facebook live de la Maison de la Poésie (le 17 mai à 19h, donc) et ensuite disponible sur sa chaîne Youtube. Il me reste peu de temps pour répéter la lecture d’extraits, on n’a pas idée d’écrire des machins si difficiles à lire – l’exercice (qui m’a pas mal occupée hier) m’évoque la scène héroïque dans Go West, où les Marx Brothers réduisent en petit bois un train lancé à pleine vitesse pour alimenter sa propre chaudière – un (trop) court extrait :

Les Découvreurs

Je suis terriblement émue de cette critique de ma geste par Georges Guillain sur le site Les Découvreurs. Je le remercie vivement.

« UN ART POÉTIQUE EN FORME DE VÉLO DÉGLINGUÉ ? SUR LE DERNIER LIVRE DE FANNY CHIARELLO AUX ÉDITIONS DE L’ATTENTE.

Comme une sorte d’épopée travestie, hésitant entre genres sérieux, burlesque et héroï-comique, cette Geste permanente de Gentil-cœur par laquelle Fanny Chiarello nous conte en lignes – difficile ici de parler de vers – de onze pieds de long, son désir un peu fou de recroiser le chemin d’une joggeuse de 17 ans aperçue dans un parc un rien chagrin de l’ancienne commune minière de Sallaumines, entre rocade d’autoroute et lotissement populaire.

Afin de retrouver la belle dont le souvenir l’obsède, l’autrice/narratrice décide à la suite d’un large et réjouissant examen de la situation, exposé en prologue, de tenir une Permanence de onze jours en ce lieu, pour quoi, résidant à quelque trente-cinq kilomètres, il lui faut courageusement enfourcher sa rossinante monture dénommée Mon Bolide, un vieux vélo aux roues voilées, aux freins insignifiants, dépourvu de vitesses, de suspension, aux pneus de plus quasi impossibles à regonfler ! Cela produit des récits d’équipées non dépourvus d’une réelle singularité auxquels Fanny Chiarello prête parfois humoristiquement une dimension épique comme dans ce passage où l’exploit pour elle consiste à arriver quand même à bon port malgré l’orage :

mon pneu arrière crève avec éclat il
saute entre deux coups de tonnerre sur le
chemin de halage accablé de déluge
la pluie drue infuse une nuit diurne elle
noie les bois secoue la boue casse dans les
champs le maïs accable le canal et
ma capuche mais je pousse Mon Biclou
à pneu plat sans mollir vers ma permanente
mission la pluie rebondit sur le chemin
et me décoche des graviers qui se fichent
dans mes mollets nus et me mutilent les
tibias quand le fracas seul habite l’air
ça bruit rugit frémit tonne gronde claque
et crépite en une furie percussive
à l’acoustique cinématographique

Mais là n’est pas bien entendu l’objectif premier de ce texte qui multipliant les observations sur la marche nordique, les lapins, le mini-golf, les relations entre pie et chat, la pratique du surf chez les poules d’eau, du vélo sur une roue chez les adolescents, du non ramassage des crottes par les dames qui promènent leur chien… s’abandonne clairement, en dépit des règles en apparence strictes qu’il s’impose au départ, au hasard des rencontres et des évènements, pour dessiner peu à peu comme le tableau d’un territoire rien moins que favorisé socialement, esthétiquement, architecturalement mais dans lequel la vie qu’elle soit végétale, animale ou humaine, se donne toujours à voir dans la diversité de ses formes et de ses capacités d’adaptation. On songe un peu parfois à la célèbre Tentative d’épuisement d’un lieu parisien du  grand Georges Perec, n’était que la subjectivité de l’autrice/narratrice y apparaît de façon beaucoup plus évidente. Dans sa marginalité, son refus par exemple de certaines habitudes de consommation, sa façon très personnelle aussi d’entretenir un rapport presque intime avec ce qui reste autour d’elle de nature… jusqu’à se sentir au bord de l’orgasme rien qu’à respirer un parfum d’herbes et d’orties tout fraîchement fauchées. Sans compter bien sûr, qui explique le titre en partie mystérieux de l’ouvrage, sa relation à la musique cajun, celle de la Nouvelle Orléans, qui vient colorer de son pittoresque propre et de son éloignement linguistique et géographique la représentation que l’auteur invente au double sens du terme, au fur et à mesure de l’avancée de son ouvrage.

Et l’on songe aussi à la réflexion que nous livre Yves Citton dans son tout dernier ouvrage, Contre courants politiques (p.13), sur la façon dont pour les hommes d’aujourd’hui et a fortiori les écrivains, il est de plus en plus difficile pour évoquer le monde dans lequel nous vivons de se positionner entre un « je » qui fait problème du fait de la complaisance autobiographique dont nous sommes saturés et ce « nous » rendu impossible par l’arrogance de moins en moins supporté des savoirs surplombants.  C’est là peut-être que le petit vélo de Fanny Chiarello qui trace sa route, sans écraser, entre tous les réseaux subtils de signification par lesquels il nous fait passer, peut prendre figure aussi d’un art poétique en phase avec les questions d’aujourd’hui. »

Avec Canan Marasligil

Je l’annonçais ici, en février 2020, la voici : l’avant-première du documentaire Histoire(s) collective(s) – Carte Blanche à Canan Marasligil, sur ILTV, la télé du bassin minier. Contrairement à ce qu’indique l’image ci-dessous, ça ne se passera pas à 18h mais à partir de 20h, ce vendredi 30 avril 2021.

La diffusion du film documentaire sera suivie d’un échange avec Canan Marasligil animé par les membres de l’association Mine de culture(s) sur ZOOM. J’y serai également présente. Pour recevoir le lien de l’échange sur Zoom, inscrivez-vous par mail à l’adresse : suzie.balcerek@yahoo.fr.

Né du besoin de raconter le métissage linguistique du Bassin minier des Hauts-de-France, « Histoire(s) Collective(s) » nous emmène à la rencontre de Mickaellia, Alejandra, Jean Bruno, Bilal et Fabrice. Elles et ils nous partagent avec générosité leur quotidien, leur(s) langue(s), leur(s) histoire(s) individuelle(s).

D’Hénin-Beaumont à Lens, Canan Marasligil, traductrice, autrice et artiste multimédia, cherche à révéler la pluralité de ces parcours. Elle interroge et s’interroge sur la présence des langues, sur leur coexistence au sein d’une même vie ou d’une même ville. Ce faisant, elle met en lumière des
éléments d’une histoire collective.

A l’occasion d’un échange avec Fanny Chiarello, autrice, elles évoquent l’expression individuelle, les langues, les identités et mettent en pièce les discours normatifs.

Ce melting pot d’expériences singulières nous invite à redéfinir notre imaginaire collectif et dessine un nouveau paysage de ce territoire chargé d’histoire avec altruisme, humour et émotion.

Ce film a été réalisé par Antoine Giezek pour le compte de l’association Mine de culture(s), basée à Hénin-Beaumont, dans le cadre d’une résidence de Canan Marasligil débutée en 2018 dans le Bassin minier des Hauts-de-France, et qui a bénéficié du soutien de la Région Hauts-de-France et de la Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin.

Des premières fois

Quelle journée ! Quand je vous dis que Hollywood, c’est surfait.

Pour la première fois de ma vie, aujourd’hui, j’ai butté des pommes de terre, mes pommes de terre – c’est-à-dire nettoyé (encore) et tiré la terre sous les feuilles des différents pieds, créant des petites buttes qui, au fil des semaines, seront de plus en plus hautes. Puis j’ai redisposé le voile d’hivernage.

Pour la première fois de ma vie, je trépigne qu’on ait passé les saints de glace pour pouvoir mettre des pommes de terre à poil et planter des légumes, plein de légumes : de quoi manger tout l’été.

Pour la première fois de ma vie, cette année, j’ai postulé à une résidence et je viens d’avoir, ce midi, la confirmation que ma candidature avait été retenue. Je vous en dis plus dès que c’est officiel.