Faces

Mon amie Allison a retrouvé cette photo de DS Vénus et moi prise en 2018. Une photo qui aura traversé l’Atlantique deux fois pour revenir ici aujourd’hui, me faire sourire et pleurer.

DSV n’était pas juste un chat, c’était ma complice, mon amie, la compagne de 17 belles et moins belles années. Je vois bien que ce n’est pas facile à comprendre pour la plupart des gens. Je dis que je suis antispéciste par facilité, parce que le mot existe et bien que je sois allergique aux étiquettes, aux dogmes et aux rhétoriques ; je ne suis d’aucune obédience mais le fait est qu’à mes yeux, hiérarchiser les espèces est aussi barbare que hiérarchiser la valeur des individus au sein d’une même espèce. Je ne vois pas d’où sort cette idée d’une suprématie humaine et la posture que ce présupposé inspire à mes congénères m’apparaît au mieux comme embarrassante, au pire comme abjecte ; l’observer (mille fois par jour) me fait le même effet qu’entendre une phrase pleine de ce qu’on appelle du racisme ordinaire. Ça me déchire les tripes et ça me donne envie de quitter les lieux – puisque j’essaie de ne plus mordre.

Rectangles (2)

combien de fois j’ai été Ana Torrent dans Cria Cuervos, quand elle regarde tourner le 45 tours de Porque te vas comme on se construit une cabane

chaque fois que j’ai traversé une période vraiment très difficile, de celles dont on a l’impression qu’on ne se relèvera pas, j’ai construit un petit enclos mélodique autour de moi pour me protéger ; le plus souvent, et je doute que ce soit une coïncidence, il s’agit de musiques très éloignées de celles qui ont habituellement toute mon attention – pour m’accueillir, cet enclos doit être vierge de toute connotation ou réminiscence

Santigold (ci-dessus dans la vidéo de Banshee), contre toutes prévisions esthétiques, a rejoint les rangs de mes héroïnes en 2017 ; en 2018, c’était Anna Meredith (je pourrais en citer d’autres) ; je n’aime pas tout ce qu’elles font avec la même conviction mais je conserverai toujours avec leur univers sonore un lien particulier, presque amical : elles m’ont sauvé la vie (elles, et mes vraies amies, bien sûr)

je ressasse aussi les lieux ; cette fois, c’est sur le chemin ci-dessous que, chaque jour (plusieurs fois par jour quand nécessaire), je retrouve toute l’amplitude de ma respiration et un rythme cardiaque à peu près conventionnel (la photo n’est pas du mois mais, symboliquement, la lumière est la bonne)

et les chansons que je ressasse comme des Porque te vas sont de Tamara Lindeman, aka The Weather Station, et de Cate Le Bon, des artistes que je n’écoutais pas auparavant et que je verrai désormais toujours comme des bienfaitrices ; voici trois de leurs chansons, de celles qui m’enveloppent

parfois, je danse en courant dans les premières lueurs de l’aube sur le morceau suivant, Wear, je chante en chœur les paroles quand les cuivres se font entêtants et que les cordes se déploient et, pendant quelques secondes, je ne me sens pas seule au monde – alors je peux me lover dans mon enclos et laisser le temps me réparer, I still reach out to hold

Wear, Tamara Lindeman, extraits

« I tried to wear the world like some kinda jacket
(…)
Why can’t I be the body graceful in the cloth of it?
Why can’t you want me for the way I cannot handle it?
Am I ever understood?
Am I hidden by this hood?

I tried to wear each word that you had ever said to me
Even as careless as it turns out you have been with me
I still reach out to hold everything that I’m told
I still reach out to hold
To touch until we fold
I still reach out to hold »

Dans le nez

Il y a dix jours, j’écrivais à une amie que parfois, la vie est un coup de batte dans le nez. Je ne me doutais pas que, les jours suivants, je serais frappée par la perte. Cette nuit, tandis que j’écoute le vacarme de mon corps, le hurlement de mes acouphènes et la reprise maladroite de Nisennenmondai qui se joue dans mon système sanguin (mon cœur se prend pour la batteuse, Sayaka Himeno, dans le segment de Fan compris entre 23’33 et 25’43), je fais ce constat que, plus on est endurant aux coups de batte, moins on trouve d’enthousiasme à miser sur le nez (disons qu’on aborde la suite en le tenant à deux mains, ce qui gâche un peu l’instant – il y a déjà le masque, bordel). C’est d’une logique assez ironique.

Cette semaine, deux voitures se sont amusées à foncer sur moi, m’évitant in extremis tandis que par les vitres ouvertes me parvenaient les rires éructés par un bouquet choisi de nos congénères. La première fois, c’était à Wingles, lundi après-midi et j’ai pleuré, sangloté là entre un champ et un bois ; le lendemain, à Lens, un peu inquiète qu’il s’agisse d’une nouvelle mode ou (pas mieux) d’un signe, j’ai décidé que ça ne voulait rien dire du tout, même s’il reste blessant d’être vue comme un cochonnet.

(photo prise à Lille avant la démolition de la barre Marcel Bertrand)

J’ai choisi de regarder l’autre face de l’espèce. La concierge du lycée, la factrice et un vieil homme du quartier se sont investis dans la recherche de Dame Sam ; il y a eu trois fausses alertes, en début de semaine (« Non, elle ne porte pas de collier à grelot ») mais je suis reconnaissante à ces inconnus. L’empathie qu’ils m’ont témoignée a été un précieux réconfort : il n’y a donc pas que des monstres de froideur sur cette foutue planète.

Retour au Triangle

Je n’ai passé à Rennes que 4 semaines sur les 10 prévues dans le cadre de ma résidence mais le mardi 8 décembre j’aurai le plaisir d’échanger avec l’excellente Léa Rault, chorégraphe et danseuse (entre autres) que j’ai rencontrée au cours de cette courte aventure en pointillés. Venez zoomer avec nous de 19h à 19h45 – si j’arrive à me connecter. Toutes les indications techniques se trouvent ici.

Mon petit frère

Il s’appelle Matthieu Chiarello mais il se fait appeler The Invisible. Il sait faire beaucoup de choses plutôt à la perfection et il est modeste : il se présente comme un One – invisible man band from the middle of nowhere. Il a aussi fait partie de plein de groupes dont l’un des plus en vue s’appelait Wild. Voici son dernier clip, filmé par ma nièce Nina (11 ans).

In every dream home a nightmare

J’aimerais dire que je ne comprends pas pourquoi l’asso qui gère l’un de mes terrils préférés a décidé de faucher si tôt les prairies où s’alimentent les chevreuils, hélas j’ai immédiatement compris qu’il s’agissait d’un cadeau fait par les prétendus amoureux de la nature au lobby des crevures puisque cette initiative allait contraindre les cervidés à migrer vers les zones voisines, où la chasse est autorisée. J’ai compris que nous n’avions aucun allié, les autres mammifères et moi. Je suis allée courir dans la zone en question, une enfilade de pâtures et de champs sertie dans des bois bruissants de mille vies animales, tant de beauté faisait presque mal et j’ai vu  un chevreuil sortir d’une zone piégée – soit les coulisses de tout apparent paradis bucolique : une salle de torture légale, de tradition française.

Il m’a regardée en marquant un temps d’arrêt avant de bondir dans un champ dont les épis s’élevaient bien au-dessus de ma tête et certes un sac à merde en gilet orange n’y mettrait pas un pied mais les chiens qu’il a dressés pour en faire des collabos s’y glisseront sans peine. J’ai rêvé que les chevreuils s’organisaient pour encercler les ordures (je ne parle pas des chiens) avant qu’elles ne les encerclent et pour les défoncer à coups de sabots. Rêver, parfois, c’est tout ce qui reste.

Appel

Dimanche, la chasse sera ouverte et un million de grosses raclures dégueulasses tireront sur des innocents. C’est exactement comme si une troupe de mercenaires se mettait à massacrer des civils pour le plaisir, dans l’indifférence du monde entier. J’aimerais rencontrer des individus que ce genre d’abjection rend aussi malades que moi, des individus qui n’ont pas la paresse intellectuelle de croire aux arguments de ces pauvres merdes en camouflage et avec lesquels je pourrais imaginer des modes de résistance. Si vous êtes de cette trempe, merci de me contacter.

Référendum pour les animaux

Dans quelques jours, la saison de chasse 2020-2021 s’ouvrira et tous les amis tarés du président pourront de nouveau tirer sur des animaux innocents dès 10 h du matin après leur cinquième pastis. On peut se mobiliser ici contre cette pratique barbare et contre quelques autres violences inadmissibles faites aux animaux en soutenant le Référendum pour les animaux.

On peut aussi adhérer au RAC, Rassemblement Anti Chasse (association loi 1901). Sur son site , on trouve notamment ces quelques lignes :
« Le plaisir de tuer est la motivation principale des chasseurs actuels. Ils tentent de justifier leur exactions en prétendant gérer la faune, alors que régulièrement, ils effectuent des lâchers d’animaux (20 millions chaque année sortis des élevages : perdrix, faisans, canards, lapins, lièvres…), détruisent les prédateurs, etc. Ils ont volontairement développé les populations de sangliers dont ils entretiennent les sureffectifs et sont même allés jusqu’à effectuer des croisements entre porcs et sangliers (les cochongliers ont des portées plus nombreuses que les sangliers) pour avoir davantage de cibles.(…) Cette pratique désastreuse affaiblit les dernières populations naturelles par l’apport de maladies issues des élevages, perturbe les écosystèmes et cause une grave pollution génétique de la faune. L’argument de la prétendue “régulation” est une véritable imposture. »

La Voix du Nord

Une interview avec Catherine Painset est en ligne ici aujourd’hui et sera bientôt en version courte sur papier. Il y est question du confinement, de l’étrange similitude entre mon roman L’éternité n’est pas si longue et la pandémie, et de quelques autres choses encore.