surchauffe

Je suis reconnaissante d’être invitée un peu partout pour faire toutes sortes de choses le plus souvent intéressantes. Mais je suis épuisée. Ce qui m’épuise le plus, c’est de ne pas avoir le temps d’écrire. Je suis constamment interrompue par des mails et des coups de fil, je passe un temps vertigineux à faire mon secrétariat, à régler des questions administratives et logistiques, à relancer des institutions pour demander si je peux être payée s’il vous plaît pour le travail que j’ai fourni (mes revenus me placent officiellement sous le seuil de pauvreté). Alors j’ai pris une décision :

L’année prochaine, je prends une année sabbatique pour écrire.

Pour me consacrer à Permanent Draft et à Vertébrale(s), aussi, mais c’est différent : ce sont mes espaces de respiration, d’interactions et ce sont mes projets, pas seulement les miens certes mais ils me sont d’autant plus précieux. Cette promesse que je me fais m’aidera, je l’espère, à tenir jusqu’à juin.

Agenda février

La semaine prochaine, je serai en résidence intensive au Comptoir du livre, à Liège, avec Catherine Barsics (que je retrouverai pour la première fois depuis notre rencontre à la Factorie en janvier 2022). Notre pari ? Écrire et fabriquer un livre en cinq jours avec pour matière première les livres vendus au Comptoir, et le présenter au public le vendredi soir au cours d’une performance. Nous aurons pour complices dans cette aventure Benjamin Dupuis et Charlyne Audin.

Puis Valentina et moi irons rejoindre Wendy à Bruxelles pour une présentation de L’Évaporée à la librairie Tulitu.

Puis toutes trois, nous prendrons le train pour le Festival d’Amour de l’Affranchie librairie, à Lille.


Puis Valentina et moi prendrons le train pour Bruxelles, où mon amoureuse jouera aux Ateliers Claus, puis nous prendrons le train pour Anvers où nous jouerons Permanent Draft au musée d’art contemporain, après une performance de Céline Gillain.

Puis je serai au 9-9bis, mais ça je l’ai déjà annoncé.

Puis ce sera mars et je passerai le mois en résidence à la Villa Yourcenar (présentation publique le 23 mars avec mes co-résidents, j’y reviendrai).

Vertébrale(s) à la Villa Yourcenar

Dans notre questionnaire Comment démonter l’établi, nos invitées (de gauche à droite, Coraline Aim, Aurore Magnier et Oréli Paskal) ont choisi respectivement les questions suivantes : « Aimes-tu le brouillard ? », « Tu cherches plutôt immobile ou en mouvement ? » et « Quelle forme pour rendre compte de la profusion ? de la confusion ? »

L’occasion d’échanges dont nous avons livré quelques aperçus le dimanche après-midi face à un public nombreux, curieux et réactif. Encore merci à la Villa Yourcenar de nous avoir reçues pour ce long week-end riche et chaleureux.

Nos invitées nous ont offert de beaux cadeaux, textes lus, sinogrammes, dessins croqués en direct. Ces petits trésors s’ajouteront à nos propres comptes-rendus et aux cadeaux de nos précédentes invitées pour ébaucher la forme que nous donnerons un jour à tous ces dialogues nourrissants – forme qui, évidemment, est toujours en quête d’elle-même…

(Merci à mon Antique pour les photos)

Sur le bord de ton cœur

disons que de l’autre côté, il y a quelque chose
disons que de l’autre côté, il n’y a pas de douleur
il y a des corps pour accueillir nos gourmandises
mais pas de cellules pour s’y insinuer
il y a des vergers de dattes fourrées à la pâte d’amande
et de pâtisseries qu’on cache dans le frigo
pour les manger en cachette avec Perrine
quand Pierre est parti parler à ses abeilles
parce que c’est plus amusant ainsi

de l’autre côté, nos fêtes se poursuivent pleines de
décibels de champagne et de mignardises
dans nos salons salles à manger nos jardins
et quand elles débordent dans des salles des fêtes
nous avons des pinceaux des palettes pour les décorer
à notre guise et nos chants résonnent là
ton petit bonheur, le marinier de papy, ma bonne du curé
si les bancs et les chaises cèdent sous la puissance de nos rires
nos coccyx s’en tirent bien dans nos robes à fleurs
nos jupes rayées nos pantalons à pinces
puisqu’il n’y a pas de douleur de l’autre côté
il y a des voix portées par une douce brise dorée
auxquelles mêler les nôtres

de l’autre côté je veux penser que tu as rejoint
celles et ceux que nous aimons et qui manquent déjà
embrasse-les de ma part et riez et chantez en nous attendant

je pense à toi, Brigitte

(tes parents, toi et moi en 2009, au long des berges de France)

Vertébrale(s) flamande(s)

Nous sommes arrivées hier soir à la Villa Yourcenar. Demain, nous y accueillerons nos trois invitées. Dimanche, les Vertébrales et leurs Marguerites vous accueilleront, vous, avec un programme assez riche. Phrase du jour (de Florentine) : « Ne pas céder à la beauté du vrac ». Nous avons donc bien structuré l’événement, venez nombreux-ses et sans crainte.

Californie 8

Mon hier soir, qui est celui d’avant-hier sur un autre continent, après une nuit blanche dans le ciel, le crépuscule s’est présenté en ces termes par la fenêtre de notre chambre :

Et ce matin, qui est en fait hier matin, j’ai couru à Koreatown,

où, comme presque partout dans cette ville, les disparités les plus spectaculaires cherchent désespérément des témoins mais n’accrochent aucun regard sinon celui des profanes que nous sommes, nous, touristes – intrus (We buy houses cash, dit le panneau). Les Angelenos répondent à notre effarement que les sans-abris ne nous feront pas de mal, comme si c’était ce dont il s’agissait ; que des êtres vivants soient réduits à de telles conditions de vie ne semble pas les affecter mais si c’était le cas, comment pourraient-ils vivre là de toute façon ?

Puis nous avons traversé Beverly Hills (et ses villas démesurées au faste parfois grotesque habitées quelques semaines par an mais dont des agents de sécurité armés +en Jeep assurent la surveillance, le reste du temps), La Brea, Melrose,

où cette affiche nous a fait rire aux éclats.

Nous sommes allées voir l’un des sites où David Lynch a tourné Mullholand Drive, les appartements Borghese où vit Betty.

Ensuite de quoi nous avons voyagé – presque 18 heures pour ma part, de LA à Londres à Lille à Bailleul, d’abord avec mon amoureuse puis seule puis avec mes co-Vertébrale(s). J’ai vu le soleil se lever assise plutôt qu’en courant.

Et maintenant, c’est une autre expérience qui commence à la Villa Yourcenar.

Californie 7

Quand je cours, je ne porte pas mes lunettes. La première fois que j’ai vu cette préconisation peinte sur un trottoir, j’ai cru qu’il était écrit NO DOLPHINS.

Parfois aussi, je vois très bien mais je ne comprends pas. Valentina et moi avons fini par nous renseigner sur ce nom (commun ? propre ?) que l’on voit un peu partout à LA (je ne dévoilerai pas toutes les choses ridicules que nous avons imaginées) et nous nous sommes senties très bêtes : X pour Cross, Xing pour Crossing.

Mélange de pubs sur la route du Zebulon.

Comme s’il n’y avait pas assez de millions de palmiers dans cette ville (sans compter leurs ombres),

on en voit aussi beaucoup peints sur les murs – comme ici, à Venice.

Parmi les choses que je voulais absolument faire, il y avait : marcher au bord de la mythique Los Angeles River. J’ai exaucé ce vieux rêve pendant que Valentina faisait ses balances au Zebulon.

Il est arrivé un moment où je marchais entre la rivière et l’autoroute.

Car, s’il y a une chose qui n’est pas qu’une légende, c’est que des autoroutes coupent littéralement la ville. Je n’ai vu aucun endroit, en revanche, qu’on ne peut atteindre à pied comme je l’ai lu à divers endroits. Je chercherai mieux, la prochaine fois.

Quelques reflets de buildings sur des buildings à Downtown, où nous sommes retournées – c’est mon expérience la plus marquante d’ici bien que très loin d’être le lieu que je préfère… On ne s’y sent pas du tout à Los Angeles, ni nulle part ; on se croirait à Gotham City (cf. The Joker).

Une autre expérience que j’ai tenu à tenter, ce qui a fait rire nos ami.e.s ce soir, c’est le bus. Tout le monde m’avait dit que les bus étaient des coupe-gorges. Tout le monde ici a le cerveau déformé par la culture de la voiture et voit des dangers ou des impossibilités partout. Nous avons pris la ligne 7 de Santa Monica à Koreatown. C’est aussi une manière intéressante de voir des rues, des rues, des rues. Les coins de rues ci-dessous, en revanche, ont été photographiés alors que nous marchions.

Le ciel est TOUJOURS très fréquenté à LA. Ci-dessous, à Santa Monica,

dont voici la jetée.

Et quelques miles au sud, voici Venice.

Ce que je voulais y voir, c’était surtout les canaux qui sont le décor d’un roman noir de Bradbury que j’ai adoré il y a une trentaine d’années (moins quand je l’ai relu il y a deux ou trois ans), La solitude est un cercueil de verre.

Ce quartier qui était à l’époque en déshérence est aujourd’hui l’habitat de quelques riches et de nombreuses aigrettes.

Pour finir, voici un portrait de Valentina tiré de quelques nouvelles séries de photos à destination de la presse que j’ai faites ici, en extérieur et dans notre chambre d’hôtel à Koreatwon :

Je lui ai demandé de me rendre la pareille, puis de me rendre l’appareil parce que ses cadrages ne me convenaient pas ; je me sentais mal dans mon corps, qui a pas mal souffert d’une nourriture vegan trop succulente pour la modération. Elle a photographié mes indications sans que je le sache et la série qui en découle nous fait beaucoup rire. Surtout cette photo, qui ne servira pas malgré mon magnifique T-shirt Permanent Draft.