Los Angeles, jour 9

Ou presque. Santa Monica n’est pas un quartier de L.A. mais une ville autonome et bourgeoise et j’en ai horreur. J’y suis arrivée ce midi et je déteste tout. Je déteste le taudis où je vis (je suis surprise de ne pas y avoir encore vu de cafards)

et je déteste cette ville sinistre et sans âme. Il n’y a rien à y faire si on ne fait pas un sport de glisse ou de la muscu ou des manèges à sensation. Quand j’ai réservé, je ne savais pas encore que je n’aurais que deux ou trois scènes au bord de l’océan, deux jours m’auraient largement suffi et je suis censée rester ici huit jours – le dernier ne compte pas, allez disons une semaine. Les gens s’attroupent pour regarder des gars faire du skate, ou des gens faire une choré en quads, ou des gars jouer au volley dans le sable. Jouer. Soulever de la fonte. Promener des chiens en laisse, des chiens jetés par millions dans le vide intersidéral de vies posh.

Bon, j’avoue, les quads c’est chou – 5 minutes.

Les photos de glisse ci-dessus ont été prises à Venice. En fait, Venice est aussi schizo que Downtown, avec des riches si riches qu’ils ne sortent pas de chez eux et des sans-abri dans tous les recoins, mais ici en plus il y a des bandes de gars plutôt effrayantes. Et quelques centaines de mètres plus loin, on trouve les snobs de Santa Monica – SM, oui. Le seul réconfort ici est l’océan, particulièrement au coucher du soleil mais il faut éviter d’être du côté de Venice (mon taudis est à la limite des deux) où des types super lourds vous abordent toutes les trois minutes. Ces lieux, je les avais déjà visités avec Valentina et ça m’avait plu, mais c’était différent : j’étais avec Valentina, on riait, on commentait tout. Et on n’y a passé qu’une journée – c’était, je le comprends aujourd’hui, amplement suffisant.

(une gracieuse bécasse)

(ma vision préférée de la journée)

Il y a quand même quelques weirdos divertissant-es qui traînent : un type en chemise rouge vif satinée qui slalome sur un skate-board en chantant en choeur avec une enceinte bluetooth très puissante qui crache You’re the One that I Want de Travolta et Olivia Newton-John dans Grease (il se trouve que mon roman se termine par un autre morceau du film, le dernier, We Go Together) ; un type à vélo qui chante à tue-tête ; un type d’une trentaine d’années qui fait de la balançoire en chantant à tue-tête (lui, j’ai eu le temps de l’enregistrer, ça me fera une miniature sonore pour ma correspondance avec mon amie Aude Rabillon). Bref, des types qui chantent fort et faux. Et tout le monde écoute de la musique à très fort volume, tous ces sons trop forts se télescopent. Quelques gars vivent encore selon la philosophie hédoniste et ascétique des surfeurs historiques.

J’ai eu une crise d’angoisse dès mon arrivée dans mon Airbnb de hippies momifié-es. Merci à Floy pour le sauvetage à distance, et à Aline et Claire qui ont pris le relais. Mes anges. Et JP est mon petit ange ici, qui me cherche des solutions depuis Los Feliz (God how I miss Los Feliz). Quand minuit est passé en France, je me suis sentie seule pour la première fois de mon voyage. Je me sens au bout du monde ici – je le suis, dans un sens, je suis dans une enclave posh. Les rues ne sont pas toutes moches (certaines le sont), c’est autre chose : l’atmopshère. (JP a demandé conseil pour moi à une de ses amies qui vit à Venice : « Okay so my friend Lisa confirms that Santa Monica is sterile and weird. » Ce n’est pas du caprice de ma part, je le jure.)

Pour me rassurer, j’ai commencé par aller faire mes courses à Trader Joe’s ; ce n’est pas posh, j’y croise des vraies gens et ça me rappelle Silverlake (même si celui de Silverlake est bien plus agréable et lumineux) et puis faire les courses au supermarché me rassure – j’aime les supermarchés, c’est comme ça. Pour entrer dans ce Trader Joe’s, il faut prendre un ascenseur qui donne directement sur le trottoir (les citoyen-nes respectables se garent sur le parking au premier étage) ; je ne trouvais pas la porte du supermarché et une dame mexicaine qui balayait le trottoir m’a expliqué la chose avant que je lui demande quoi que ce soit, elle était souriante et j’ai eu envie de pleurer. Quand je suis rentrée au Airbnb, deux écureuils se sont battus dans la cour commune de ce mini trailer park aux allures de train fantôme à l’abandon et se sont poursuivis dans un arbre, puis sur le toit de ma cabane rustique graisseuse. J’ai décidé d’écouter Lana Del Rey en marchant parce que sa voix m’est un pansement et, tiens, d’aller voir Lana Del Rey dont on trouve un mural géant à Venice. Merci donc à Lana (en plus, c’est l’un des personnages principaux de mon roman).

(Lana chante aussi Venice Bitch, que j’aime beaucoup, mais j’avais envie de poster West Coast, ou California ; voici West Coast, sublime. Cet après-midi, en fait, j’écoutais Born to Die, son premier album, le plus cathartique pour moi – quand le dernier, Did You Know That There’s a Tunnel Under Ocean Blvd, a plutôt tendance à m’apaiser – mais certains titres me font tout autant pleurer.)

Puis, pour la deuxième fois en moins de six mois, j’ai été attaquée par un ours. Everything Happens to me, comme le chantait Chet Baker. (Mais non, je n’ai pas un nouvel épi, il y avait du vent.)