Los Angeles, jour 21

J’ai erré. C’était mon avant-dernier jour complet à Los Angeles alors j’ai marché, marché, marché, un peu grimpé (le soir, bien sûr, mon nouveau rituel est d’aller regarder le soleil se coucher depuis le sommet de Runyon Canyon). Ce matin, je suis allée à Hollywood, en essayant de slalomer dans les petites rues pour ne pas voir que Hollywood Bvd – même si c’est assez amusant, en fait, ce qui se passe sur le Walk of Fame. Il y a des fans de personnages – ils ne vendent rien, ils se font juste plaisir.

J’ai d’abord marché sur Sunset Bvd et décidé de suivre un fil thématique sur les enseignes à l’américaine, que j’adore. On en trouve sur tous les styles de bâtiments – Googie, brutaliste, Beaux-Arts, Art déco, hispanisant, etc. D’abord, un motel désaffecté (où on découvre un cadavre dans L.A. Confidential de Curtis Hanson, 1997). Puis je vous laisse découvrir.

Je suis allée voir un lieu de tournage de Sunset Boulevard de Billy Wilder (1950) et sur mon chemin, j’ai rencontré un autre hôtel en forme de château, un peu plus kitsch que le Marmont : le Magic Castle.

Ce midi, j’ai écrit un moment et soudain je me suis dit, « Deux jours, meuf, lève-toi de ce tabouret immédiatement », et j’ai obéi. Je suis allée voir les studios Paramount et Hollywood Forever Cemetery. En chemin, j’ai rencontré une minuscule splendeur. On joue ? Regardez bien ce bel arbre à orchidées et dites-moi : Où est Colibri ?

Puis je suis retombée sur cet immeuble qui me fascine par sa taille écrasante et son absence totale de fenêtres sur les faces les plus larges. Scary. Je profite de ce que je vois le drapeau américain pour signaler quelque chose (j’oublie toujours) : on voit beaucoup à Los Angeles, y compris dans des lieux très officiels (genre La Brea Tar Pits), le drapeau de la Republique de Californie. So 19ème siècle.

Dans le cimetière des stars, je pensais voir la tombe de Liz Taylor. J’aurais aimé lui dire merci, pour les films inoubliables, pour la grâce, pour son soutien à la communauté LGBT. Elle est enterrée à Glendale, en fait. Mais j’ai vu des tortues aquatiques, des canards noirs américains aux magnigiques reflets bleu nuit, des écureuils comme partout ailleurs, des chats errants, des paons et, juste avant de partir, un paon blanc, qui passe ici devant la tombe de Johnny Ramone.

Et voici l’entrée des studios de la Paramount, côté Melrose, et leur château d’eau.

Je suis repassée chez moi, assez usée après tous ces kilomètres dans la chaleur (27° cet après-midi) et j’ai trouvé le courage de filer au sommet de Runyon Canyon, où 73 moustiques se sont jetés sur moi, heureux de me revoir. Il y avait le même guitariste qu’hier, celui avec qui j’ai vu voler une chouette. Nous n’étions que cinq ce soir, quatre femmes silencieuses (chacune venue seule) et lui qui jouait tout bas. Les moustiques m’aimaient tellement aujourd’hui que je devais donner l’impression d’avoir le syndrome de la Tourette alors je n’ai pas trop traîné.

J’ai de nouveau entendu plusieurs chouettes en descendant par la face ouest, et j’en ai même repéré une. On joue ?

Je vais vous avouer une chose : à mes yeux, Los Angeles est la plus belle ville du monde, d’une beauté qui tord le coeur – La Nouvelle-Orléans n’est pas mal non plus mais elle ne tord pas le coeur, elle est d’une beauté joyeuse alors que L.A. est d’une beauté mélancolique. Je sais, plein de gens la trouvent moche – et plein de gens appellent Paris, que je trouve super hyper moche, la plus belle ville du monde. C’est très subjectif. Pour moi, c’est L.A. la plus belle, avec sa végétation luxuriante, ses collines dentelées, ses animaux sauvages, ses millions de lumières dans la nuit, son architecture comme une pochette surprise de 1200 km², son fleuve de béton, ses arêtes nettes et ses aplats de couleurs, son mélange de splendeur parfois grandiloquente et de décadence. Je l’aime. Ses habitant-es, j’en suis moins fan. Son vacarme, même chose. Ses inégalités sociales, je n’en parle même pas.