Voici ma journée à Downtown et dans ses environs en quelques vignettes. D’abord, un couple de jeunes gens en prière dans la rue, près de Union Station.

Un pauvre chien en laisse + bottes (il fait 25° et ces saloperies lui tordent les pattes). Les animaux domestiques sont omniprésents et les magasins les plus branchés sont assurément les magasins d’accessoires pour chiens, mais les pauvres sont traités comme des objets – hier j’ai vu un gros chien en manteau de designer, il faisait 30°. Monstrueux.

Ci-dessous, la ruelle où a été tournée la scène de bagarre à mains nues la plus longue de l’histoire du cinéma, dans They Live de John Carpenter (1988), dont il se trouve que j’ai parlé récemment avec mon amie Eléonor car nous aimons toutes deux beaucoup ce film et son sous-texte politique, plus actuel que jamais.

La ville est pleine d’arrière-mondes comme celui-ci, d’arrière-rues toujours inquiétantes, où le cinéma situe volontiers des scènes gores. J’ai une fois de plus échoué à restituer sur mes photos la déliquescence de Downtown et l’atmosphère étrange qui y règne. Downtown, c’est splendeur et décadence. Le quartier est la meilleure illustration du mot anglais seedy, qui veut dire à la fois miteux, sordide, louche, glauque, mal famé, misérable et douteux, MAIS dans un décor qui à son âge d’or était glorieux, somptueux. On a l’impression saisissante de traverser un monde post-apocalyptique où ne circulent guère que des zombies (en l’occurrence, des sans-abri sous crack pour certains très véhéments ; notez qu’aucun-e ne fait la manche ; vous ne voulez pas savoir comment vivent certain-es, j’ai lu des documents absolument terrifiants).


C’était ma journée frissons, aujourd’hui. Je me suis rendu compte l’autre jour que je devais déplacer une de mes scènes dans un souci de véracité. Après avoir bien étudié les divers segments de la L.A. River, j’ai décidé que je devais aller sur le pont Cesar Chavez, qui sépare Chinatown de Little Tokyo. J’ai donc laissé Downtown derrière moi (et découvert au passage que des sans-abri vivent dans chacun de ses renfoncements ; en fait, les sans-abri vivent dans tous les interstices possibles de la ville).

Et puis elle était là, après les voies ferrées, la L.A. River quasi à sec où ont lieu des dizaines de courses-poursuites dans l’histoire du cinéma – et dans mon roman.
