Biennale d’art contemporain de Lyon : messes noires et musique sacrée

Le 26 septembre, dans le cadre d’un partenariat entre la Biennale d’art contemporain et LYL Radio, je proposerai une séance d’écoute aux Grandes Locos, à Lyon. Voici le programme.

Messes noires et musiques sacrées par des artistes FINTA*en musique expérimentale

Tracklist

  1. Claire M Singer, Cairn Toul (Saor, 2023)
  2. Sarah Davachi, Songs of the Smile’s Fig: III. Follies (The Will of Tongues, 2026)
  3. Maria W Horn, Atropa (Kontrapoetik, 2018)
  4. Meredith Monk, Ascent (Songs of Ascension, 2011)
  5. Áine O’Dwyer, The Little Lord of Misrule (Music for Church Cleaners, 2015)
  6. Diamanda Galás, Swing Low Sweet Chariot (You Must Be Certain of the Devil, 1986)
  7. Mary Jane Leach, Green Mountain Madrigal (Celestial Fires, 1993)
  8. Kyria Libia, Visión IV: Weronika (Visiones De Lo Sublime, 2025)
  9. Matana Roberts, Her Mighty Waters Run (Coin Coin Chapter Four: Memphis, 2019)
  10. Klein, Hope Dealers (Harmattan, 2021)
  11. Delphine Dora, Ritournelle scolastique #1 (Hymnes Apophétiques, 2026)
  12. Ed Williams, Chloé Saffores, Couperin – Prélude non mesuré no. 3 (Taynton, 2026)
  13. Alice, Jésus Christ (L’Oiseau magnifique, 2023)

Je vous invite aujourd’hui à écouter une sélection de pièces expérimentales par des musicien-nes FINTA*. Des pièces que, pour une raison ou une autre selon les cas, je qualifie de messe noire ou de musique sacrée. Certain-es improvisent sur des orgues d’église, d’autres composent des pièces liturgiques d’avant-garde ; certain-es sont mystiques, d’autres athées à tendance sataniste ou simplement irrévérencieuse ; certain-es décomposent la musique religieuse, d’autres en inventent une nouvelle forme ; certain-es ont un rejet politique de la religion, d’autres accompagnent celleux qui passent l’aspirateur dans la maison du Seigneur – puisqu’il faut bien que quelqu’un-e s’y colle… Il y aura de l’orgue, du gospel, des cloches, des chœurs et des cordes.

Claire M Singer, Cairn Toul (Saor, 2023)


Claire M. Singer est compositrice, multi-instrumentiste et titulaire de l’orgue de Union Chapel à Londres, dans le quartier d’Islington. C’est là qu’a été enregistré Saor, l’album dont est tiré Cairn Toul, le morceau que nous allons écouter. Il s’agit du premier opus d’un triptyque inspiré par les montagnes écossaises de son enfance. Elle y joue de l’orgue, du violoncelle, du mellotron et de l’harmonium, additionnés d’électronique. Elle y développe des textures et des harmoniques complexes qui évoquent le sublime de la montagne et le saisissement que l’on éprouve à contempler une synecdoque de l’éternité dans une mer de nuages.

Sarah Davachi, Songs of the Smile’s Fig: III. Follies (The Will of Tongues, 2026)


Sarah Davachi est une compositrice et musicienne d’origine canadienne établie à Los Angeles. Rien de tel pour décrire sa démarche que de lire la page Bandcamp de son triple album paru fin août, The Will of Tongues : « L’album comprend cinq nouvelles compositions pour orgues historiques (…), une suite de trois pièces chorales, une série d’interludes pour divers ensembles microtonaux (cordes, cuivres, bois) ainsi qu’une pièce de musique de chambre de longue durée pour trio à cordes, orgue et bande magnétique. The Will of Tongues met en œuvre les nombreux concepts et méthodes de composition qui ont nourri le travail de Davachi au cours de la dernière décennie – notamment l’itération, la théorie de l’accordage, la variation de texture et de timbre, la durée étendue, l’harmonie verticale, la charge émotionnelle des intervalles et le contrepoint –, le tout ancré dans la tradition minimaliste au sein de laquelle elle évolue. » Parmi les nombreux-ses musicien-nes qui apparaissent sur cet album, notons les guest stars Whitney Johnson (alto), Lucy Railton (violoncelle) et Mara Winter (flûte).

Maria W Horn, Atropa (Kontrapoetik, 2018)


Maria W Horn est une compositrice de Stockholm, en Suède, dont le travail explore les propriétés spectrales intrinsèques du son. Ses compositions font appel à une instrumentation variée, allant des synthétiseurs analogiques aux chœurs, en passant par les instruments à cordes, l’orgue à tuyaux et diverses formations de musique de chambre. Son premier album, Kontrapoetik (2018), dont est tirée Atropa, la pièce que nous allons écouter, est ce qu’elle appelle un « contre-exorcisme » de sa région natale qui, sous une apparente quiétude, a été le théâtre de nombreuses violences au fil des siècles – répression militaire de mouvements ouvriers dans les années 1930 et vaste exécution de femmes accusées de sorcellerie en 1674. Notons que Maria W Horn a participé à un projet de recherche artistique prenant la forme d’une secte féministe satanique, qui pratiquait des cérémonies et rituels fondés sur des contre-lectures des récits chrétiens de la Genèse afin de démanteler leurs traditions misogynes. Sa musique : des progressions harmoniques diffractées par l’inversion et la répétition, parfois broyées et déformées par des couches de distorsion.

Meredith Monk, Ascent (Songs of Ascension, 2011)


Nous allons écouter une pièce de la compositrice, chorégraphe et cinéaste new-yorkaise Meredith Monk, descendante d’émigrés juifs et cependant bouddhiste. Tirée de l’album Songs of Ascension, œuvre de 2011, Ascent nous mène loin des pièces pour voix quasi a cappella de Meredith, puisqu’à son fidèle ensemble vocal s’ajoutent un quatuor à cordes, des percussions et des bois. La pièce a été créée en Californie, dans la tour de l’artiste Ann Hamilton qui, dotée d’escaliers en forme de double hélice, « ne connaît ni haut ni bas (ou, plutôt, incarne les deux simultanément), permettant ainsi à la divinité de s’exprimer à travers la suspension du corps », disent les notes de pochette. Et elles ajoutent que « L’œuvre témoigne de la continuité entre terre et ciel ; sa composition élémentaire puise la matière sonore aux confins de l’univers — des confins qui se trouvent résider entre nos deux oreilles ».

Áine O’Dwyer, The Little Lord of Misrule (Music for Church Cleaners, 2015)


L’Irlandaise Áine O’Dwyer, aujourd’hui établie à Londres, est une musicienne, compositrice et performeuse dont l’œuvre associe l’aspect conceptuel de l’art sonore à des techniques de composition traditionnelles. Elle aime particulièrement travailler in situ ; ses enregistrements et ses performances laissent de la place au public et aux lieux. La passionne tout particulièrement l’étude des propriétés de chaque orgue sur lequel elle improvise et son adéquation à l’architecture qui l’abrite. Sur son premier album – Music for Church Cleaners, paru en 2012, elle improvise au son des aspirateurs des agents d’entretien de la St Mark’s Church, à Londres, dans le quartier d’Islington (décidément un quartier bien fréquenté). La pièce que nous allons écouter en est tirée ; dans The Little Lord of Misrule, on entend un enfant s’impatienter et on se dit que sans doute ce n’est pas si facile d’avoir une mère pour qui le temps se suspend chaque fois qu’elle pousse la porte d’une église.

Diamanda Galás, Swing Low Sweet Chariot (You Must Be Certain of the Devil, 1986)


Née en 1955 à San Diego, Diamanda Galás est découverte par le Living Theatre – une troupe de théâtre expérimental libertaire créée à New York en 1947 par Judith Malina. C’est en jouant dans des hôpitaux psychiatriques que Galás affine sa conception de la musique et du chant. Elle se produit volontiers dans des églises, où elle compose avec des réverbérations parfois impressionnantes. Je vous invite à écouter ses pièces longues, notamment Wild Women with Steak Knives, considérée comme l’une des performances vocales les plus radicales jamais enregistrées – il est vrai qu’outre les techniques de jeu étendues qu’elle y déploie, ses productions vocales oscillent entre l’horreur et la possession. « Tout le registre des dysfonctionnements vocaux fait partie de son répertoire : sanglots, spasmes, haut-le-cœur, hennissements, mouvements des lèvres et des joues, gargouillements, gémissements étranglés, sifflements, bégaiements hystériques », lit-on sur le site internet Guts of Darkness. Aujourd’hui, nous allons écouter sa version du gospel Swing Low Sweet Chariot, parue en 1986 sur l’album You Must Be Certain of the Devil.

Mary Jane Leach, Trio for duo (Celestial Fires, 1993)


Il y a bien longtemps maintenant, Mary Jane Leach a fait l’acquisition d’une vieille église dans l’État de New York. Il lui fallait bien ce type d’acoustique pour étudier comme elle l’aime la physicalité du son et mettre en jeu ses interactions avec l’espace. Le truc de Mary Jane, c’est d’exploiter les sons différentiels, combinatoires et d’interférence, à savoir des sons qui ne sont pas directement émis par les interprètes, mais qui résultent de phénomènes acoustiques engendrés par leur jeu. Ses célèbres Pipe Dreams sont des pièces trop longues pour que nous puissions les écouter aujourd’hui. Nous allons entendre Green Mountain Madrigal, pour 8 voix de femmes a cappella, qui déclinent les syllabes de la phrase Lasciatemi morire (Laissez-moi mourir). Mary Jane explique que dans cette pièce, « Aucune partie ne comporte plus d’une syllabe consécutive du texte », de sorte que l’on peut « assimiler chaque partie à une cloche au sein d’un ensemble de cloches à main, la mélodie circulant de l’une à l’autre. »

Kyria Libia, Visión IV: Weronika (Visiones De Lo Sublime, 2025)

Kyria Libia est une compositrice madrilène de musique sacrée expérimentale. Son premier album, Visiones de lo Sublime, est né de son lien profondément intime avec l’orgue à tuyaux. Elle nous propose une liturgie créative, une exploration sonore qui, si nous le souhaitons, peut devenir pour nous comme pour elle une expérience mystique. Les notes de pochette nous disent que « Ses visions sont brutes et rayonnantes — des épiphanies qui jaillissent pour ensuite se dissoudre dans des instants d’immobilité cathartique ». En ceci, elle m’évoque une Hildegard von Bingen qui aurait troqué les chœurs pour l’orgue (qui, à sa manière, est un chœur).

Matana Roberts, Her Mighty Waters Run (Coin Coin Chapter Four: Memphis, 2019)


Le projet Coin Coin de Matana Roberts, artiste non-binaire de Chicago, aujourd’hui établie à New York, est une œuvre en plusieurs chapitres (à ce jour, cinq ont paru sur les douze prévus par l’artiste). Il combine toutes les facettes artistiques de Matana Roberts, saxophoniste alto, chanteuse, poétesse, plasticienne dont les partitions graphiques sont de véritables œuvres d’art. Dans cette série, elle explore l’histoire des Africain-es en Amérique, notamment à travers sa propre histoire familiale. Le morceau que nous allons entendre, Her Mighty Waters Run (tiré de Coin Coin Chapter Four: Memphis, paru en 2019), est extrapolé d’un gospel traditionnel.

Klein, Hope Dealers (Harmattan, 2021)


L’agence Qu Junction dit de Klein que « Ses productions musicales, ses films et ses performances ont notamment pour ressorts la cartographie urbaine, la vidéosurveillance, l’humour, le hip-hop, la noise et les questions d’identité. Ses œuvres ont été exposées ou performées dans des musées, des galeries, des cours, des squats et des pubs. » Klein nous mène en effet très loin de l’église, je sais. Mais je vais vous faire écouter Hope Dealers, une piste de son album Harmattan, paru en 2021 ; il est assez singulier dans son corpus et elle y délaisse un instant ses sonorités très urbaines pour embrasser l’infini. Rien de religieux ici, mais assurément un certain mysticisme.

Delphine Dora, Ritournelle scolastique #1 (Hymnes Apophétiques, 2026)


Delphine Dora est une pianiste, chanteuse, compositrice et improvisatrice prolifique, que sa curiosité insatiable amène à passer du minimalisme à la folk, de l’improvisation à l’électroacoustique. À propos de sa musique, elle parle de « litanies extatiques », de « cérémonies intemporelles tissées de voix et de piano, de gazouillis d’oiseaux et de sons ruraux, d’intuitions électroniques et de bourdons à peine perceptibles », d’une « invitation à rêver l’imperceptible, à jouir de l’impermanence, à se satisfaire de l’infini ». Son album Hymnes Apophétiques est une série d’improvisations sur l’orgue de l’église Saint-Saphorin en Suisse. Selon le label Morc Tapes, « Elle témoigne d’un profond respect pour l’orgue (…) Toutefois, à bien des moments (…), la sonorité se fait plus ludique qu’à l’accoutumée. C’est une approche audacieuse (…) : si elle porte la tradition de l’instrument en haute estime, elle refuse de s’y soumettre. » Cependant, peut-on lire sur Fluid Audio, « Son caractère sacré demeure intact (…) tandis qu’il s’avance vers la lumière éclatante d’une aube nouvelle. » Écoutons la Ritournelle scolastique #1.

Ed Williams, Chloé Saffores, Couperin – Prélude non mesuré no. 3 (Taynton, 2026)


Ed Williams est compositeurice, interprète et chercheureuse ; son travail se situe au croisement de la musique ancienne, de la composition expérimentale et de l’épistémologie transféministe. Chloé Saffores, également transfem, est danseuse, chorégraphe et improvisatrice. Tou-tes deux vivent entre Marseille et Paris. Durant l’été 2023, sur l’orgue de l’église Saint-Lawrence à Taynton, en Angleterre, elles ont « décomposé » des œuvres écrites près de quatre siècles plus tôt. Ed écrit dans les notes de pochette, « Les interprétations improvisées que Chloé et moi avons réalisées ont exigé à la fois une extrême sensibilité et de l’endurance, alors que nous co-composions avec les sons inattendus et spectraux surgissant de l’enfoncement lent des touches et du tirage des jeux (un jeu étant un ensemble de tuyaux de même type correspondant à un timbre) ; comme si nous jouions de l’orgue à la manière dont les morts eux-mêmes pourraient le faire. »

Alice, Jésus Christ (L’Oiseau magnifique, 2023)


« Alice fait du folklore du futur ». C’est ce qu’on peut lire sur la page Bandcamp du trio. Alice, c’est des synthés de récup et les voix de Sarah André, Yvonne et Lisa Harder. Basé sur le chant intuitif et sur l’expérience de la chorale partagée par la mère et la fille, Yvonne et Lisa, le répertoire du « micro-chœur intergénérationnel », ainsi qu’il se décrit, repose sur de modestes polyphonies chorales, détourne la folk occitane et mêle chant pseudo-traditionnel et expérimentations. Le trio varie les registres, passant de la mélancolie au mysticisme à des morceaux franchement drôles, comme ce Jésus Christ que nous allons maintenant écouter.

Une petite sélection d’albums pour poursuivre…

Laura Altman, Opening Out (sur Holy Trinity, 2025)
Ellen Arkbro, For Organ and Brass (2017)
Azurite Sun (Léa Thirion), To Lift The Curtains Of Darkness (2024)
Olivia Block, 132 Ranks (2018)
Kara-Lis Coverdale, Changes in Air, 2025
Delphine Dora, Anaïs Tuerlinckx, L’œil de la tigresse (2024)
Diamanda Galás, Plague Mass (1991)
Laurel Halo, Raw Silk Uncut Wood (2018)
Eva Marie Houben, searching for beauty – organ spaces (2025)
Clarice Jensen, Organ Studies (2019)
Naima Karlsson, [Vital Organs]: I. Heart Protector (2020)
Lo Kristenson, Förnimmelser (2023)
Kali Malone, The Sacrificial Code (2019)
Puce Moment, O.R.G.II (2026)
Justina Repečkaitė, La Mue (dans Tapestries, 2026)
Julia Edith Rigby, Sea Cave Breathing I (2025)
Jordan Sand, Baby Ghost (2026)
Shida Shahabi, Living Circle (2023)
Aleksandra Słyż, I Carry the Strength (2026)
Karen Vogt, I’ve been waiting for the longest time (2022)
Hilary Woods, la piste Taper sur l’album Night CRIÚ (2025)
XKatedral Anthology Series III (2026)

basic snatchers

un jour, dans la rue des inconnu-es pousseront des cris suraigus comme des body snatchers en pointant du doigt les gens qui sortiront sans sac à dos Basic Fit

Basta Now sur Bandcamp

EN below

J’ai enfin créé ma propre page Bandcamp pour y vendre Basta Now en version numérique. Pour pouvoir le faire (car on ne vend pas exactement ce qu’on veut sur Bandcamp), il a fallu que je mette en vente un « album ». Si vous faites l’acquisition, pour la modique somme de 15€, de 1’44 de musique très expérimentale (deux titres à base de field recordings qui sont bien de moi, extraits de ma correspondance sonore avec Aude Rabillon et respectivement renommés pour la circonstance Krrrrrrr et Knnnnnnn), vous aurez donc en bonus un pdf de 478 pages. C’est ici

I’ve finally set up my own Bandcamp page to sell the digital version of « Basta Now ». To do so (since you can’t sell whatever you want on Bandcamp) I had to upload an « album. » If you purchase it for €15, you get 1 minute and 44 seconds of experimental music (i.e. two short tracks based on field recordings, taken from my sound correspondence with Aude Rabillon and renamed « Krrrrrrr » and « Knnnnnnn » for the circumstance), plus a 478-page PDF as a bonus. Get your copy here

Agenda de rentrée

20 septembre, Poetik Bazar, Bruxelles, avec Nour Cadour et Injonge Karangwa, pour les 30 ans des Carnets du Dessert de Lune

24 septembre, librairie Le Bateau Livre à Lille, lancement de La Poussière, mon nouveau roman aux éditions Cambourakis

26 et 27 septembre, Biennale d’art contemporain de Lyon (aux Grandes Locos), en partenariat avec LYL Radio : le samedi 26 après-midi , je proposerai une séance d’écoute sur le thème « Messes noires et musiques sacrées par des artistes FINTA* en musique expérimentale » et, le dimanche 27, un atelier dans lequel nous écrirons et enregistrerons un podcast sur les musiciennes FINTA* de notre choix (tous genres musicaux confondus).
Horaires encore à préciser

7 octobre, librairie Un livre et une tasse de thé, Paris, rencontre avec Amélie Hamad autour de nos romans de fantômes : elle y présentera Les quelqu’unes (Le Gospel) et moi La Poussière

16 octobre, Mixt, Nantes, 19h (COMPLET) et 21h avec Soizic Lebrat ; performance, d’après Paysages pauvres (Le Castor Astral) dans le cadre du festival MidiMinuitPoésie (voir ici)

20 octobre, librairie La Petite Gare, Rezé ; dans le cadre de notre résidence FAIR (Female Artists In Residence, à Joué-sur-Erdre), Lénaïg Cariou et moi-même proposerons des lectures

Résidences :

Du 12 au 16 octobre, je serai en résidence de création à Mixt, Nantes, avec Soizic Lebrat

enregistrement à l’abbaye de noirlac bruère-allichamps 18200, france 11 oct 2023

(Photo de Christophe Charpenel)

Du 17 au 30 octobre et du 30 novembre au 11 décembre, je serai en résidence à Joué-sur-Erdre (FAIR)

Revue & Corrigée

Dans le numéro de septembre, je consacre ma chronique Brouillon permanent à ce qu’on pourrait appeler avant-folk et à ce qu’on appelle avant-pop ; il y est question de Zoh Amba, de Wendy Eisenberg, de Jessica Sligter, de Cate Le Bon et un tout petit peu de Jenny Hval. On trouve aussi dans ce numéro mon interview de Mélodie Blaison, Le rêve d’un souffle commun.

Mon été à rebours

Cet été, j’ai renoué avec ma première amoureuse. Nous ne nous étions pas vues depuis 33 ans et je dois au Black Cat, un resto vegan à Londres, qu’elle soit de retour dans ma vie. Au mois de juin, j’y déjeunais quand Why Can’t I Be you? des Cure a explosé dans les enceintes et soudain j’ai revu une scène de mon adolescence : David tournant le volant de sa voiture de gauche à droite au rythme de cette chanson, sur l’autoroute en direction de Lille, Laurence, Naïma, Séverine et moi hurlant de rire et de peur. C’était le premier groupe d’ami-es de ma vie – nous étions les freaks du lycée. J’ai décidé de les retrouver. Je cherche encore deux d’entre nous, Laurence Liévin et Naïma Boukacem (à ma droite sur la photo de classe) : qui sait, peut-être que quelqu’un-e d’entre vous les connaît, ce ne serait pas la seule coïncidence folle de l’année.

Cet été, j’ai passé quelques jours avec ma plus ancienne amie, Gwenola Breton ; sur le selfie, nous sommes avec une autre de mes amies proches, Aude Rabillon, aux Gens Sérieux (c’est tout nous) à Crest.

Gwenola et moi nous sommes rencontrées en hypokhâgne il y a exactement 35 ans. Nous ne nous sommes jamais perdues – jamais bien longtemps. Ensemble, tout est facile et nous aurons toujours un peu 18 ans, comme sur ces photos qu’elle a prises de moi et développées elle-même à l’époque.

Cet été, j’ai fait 4500 km de vélo, photographié des grottes de Lourdes,

traversé des aubes tendres ou flamboyantes,

appris le nom de nombreuses plantes,

j’ai voyagé dans le temps, je me suis baignée dans la Drôme et dans l’amour inconditionnel et indéfectible de personnes sublimes,

j’ai accueilli le chat de ma voisine Peggy,

j’ai lu un tas de livres et en ai apprécié certains, je me suis gorgée de musiques, je suis allée au festival Futura avec Aude, en suis ressortie encore plus fan d’Edith Alonso et de Léa Thirion, et maintenant le dernier (triple) album de Sarah Davachi m’accompagne vers l’automne.

Ciao Dolly

Dolly Parton (1946-2026), ici avec Lily Tomlin et Jane Fonda
dans 9 to 5 de Colin Higgins (1980)

Des oiseaux en paix

Voici une sélection de mes photos d’oiseaux paisibles ; les regarder me réconforte alors que s’exerce en ce moment même l’extrême violence des chasseurs en baie de Somme (soutenus par le RN et par le populiste François Ruffin) et tandis que des milliers de faisans élevés pour la chasse dans des cages étroites viennent d’être déversés sur les drèves de toutes les forêts ainsi qu’en bordure de nombreux champs et attendent là, désemparés, leur sinistre sort (pour en savoir plus).

Cette année, les chasseurs avaient apparemment envie de tirer sur des faisans vénérés ; j’en ai vu beaucoup, de la forêt de Phalempin (précisément à Thumeries) à celle de Clairmarais ; ces oiseaux, qui ont été nourris par leurs futurs tortionnaires, n’ont aucun instinct de survie, au point que je devais faire attention à ne pas les precuter en passant parmi eux.

J’ai pour les oiseaux, et particulièrement pour les oiseaux d’eau, une tendresse infinie. Je passe un temps considérable à les observer au quotidien ; j’assiste à leurs querelles de territoire, à leur cour (les grèbes huppés sont les plus drôles, ils dansent des espèces de menuets), à la construction de leurs radeaux-nids (les foulques sont de sacrées bâtisseuses), à la naissance de leurs petits (encore aujourd’hui on peut voir de minuscules gallinules sur les cours d’eau), à leurs processions familiales (surtout chez les cygnes), à leur émulation (foulques essayant de suivre le vol des grands cormorans), à leurs étonnantes alliances interspécifiques. La naissance des bébés grèbes, rayés noir et blanc jusque sur le bec, est l’un des événements que j’attends avec le plus d’impatience chaque été, tandis que le vol des oies sauvages et des cygnes est l’un des spectacles qui m’émerveillent le plus au monde. Bref, je les aime follement et sélectionner ces images a été très difficile.

Foulque amatrice de glisse sur le canal d’Aire

Ballet d’oies à La Bassée

Grand cormoran essayant d’impressionner un héron à Busnes (essaye encore)

Faucon dont je plains la proie, à Maisnil-lès-Ruitz

Cygogne et mouettes à Fresnicourt-le-Dolmen

Héron garde-boeufs et boeufs à Isbergues

Grèbes sur le canal de la Deûle

Cygnons d’Annequin

Bébé gallinule sur le canal de la Souchez

Foulque macroule et ses petit-es sur la Scarpe

Poule et poulette d’eau sur la Souchez

Ados cygnes sur la Scarpe

Martin-pêcheur à la toilette, Beuvry

Cet arbre était l’un des arbres préférés des cormorans ; hélas, il a été abattu, et avec lui quelques centaines d’autres, dans un bois privé (chasse gardée) à Leforest

Aigrette de Guarbecque

Foulque qui aimerait exister aux yeux d’un héron, au Val du Flot, Wingles

Faisan survivant (la photo a été prise au printemps) à Hinges

Paon perché d’Ostricourt

Aigrette survolant Sainghin-en-Weppes

Canne et ses quelques canetons sur la Deûle

C’est marqué*

Ce n’est pas une découverte pour les vegans, mais si la presse (ici, Libé) commence à en parler, si l’info atteint jusqu’aux humain-es que le bien-être animal indiffère mais pas leur propre pérennité, peut-être obtiendrons-nous quelques avancées vers une civilisation moins barbare (ok, je rêve)

PS : oui, je sais, mais qui se soucie encore de l’intégrité de la langue française en pleine fin du monde ? Pas moi en tout cas

* Le titre de ce billet me vient d’une phrase que j’ai entendue cet été à la campagne près d’Angoulême, dite par une dame à son mari alors qu’iels cherchaient leur chemin : « C’est pas marqué ». Cette phrase m’a tellement fait rire que j’en aurais bien fait le titre d’un livre (sans doute parce que, outre qu’elle révèle combien la signalétique nous a décérébré-es, l’emploi du verbe « marquer » dans cette acception m’horripile, j’en feulerais).