retour au spot de lapins

Dimanche dernier, j’écoutais un album qui ne sortira pas tout de suite, par un groupe dont personne n’a encore entendu le nom – il comporte notamment un V comme Valentina – puis Polycrisis.Yes! de Jessica Sligter, et je cueillais plein de cerises au parc de la Glissoire (Avion) tandis que les lignes d’un roman à écrire s’assemblaient dans mon esprit et j’ai décidé de rentrer par le spot de lapins, qui m’a sauvé la vie pendant le premier confinement et où, depuis – ingrate – je ne mets plus très souvent les pieds. J’y suis retournée ce soir, sans musique parce que j’en ai trop écouté aujourd’hui – Valentina m’a donné son code pour télécharger des albums sur les différents labels du Café Oto, elle n’écoute pas de musique digitale et elle avait 44 points sur son abonnement (1 point = 1 album), autant dire que je suis encore plus folle que dans une épicerie vegan (j’emploie le présent parce que je me suis pour l’instant contentée d’en choisir onze, Viridian Ensemble, Sharon Gal, Claire Rousay, Ecka Mordecai, OLAibi, Phew, Audrey Chen & Kaffe Matthews, Cara Tolmie, Maggie Nicols, The Mermaid Café, Kajsa Lindgren, et je n’ai même pas fini de faire mon tri dans les catalogues de Tokuroku et d’Otoroku – même si je les avais déjà bien épluchés avant cette baguette magique offerte par mon amoureuse). Une fois au spot de lapins, j’ai mangé trop de cerises et de prunes. Dans les deux cas, l’offre était trop belle pour ma gourmandise naturelle. Les lapins faisaient une fête, je crois que je les ai dérangés. J’ai sélectionné 7 photos de ces deux promenades. D’abord, des Mal assis là, puis diverses choses – dont fruits et lapins.

4 ans + tard

Ces deux derniers jours, Valentina répétait à Paris avec Yasmine, Leisha et Sébastien, avant leur prestation à Barcelone, cette fois au festival Sónar. Lundi soir, elle est venue dormir à Lens mais hier c’est moi qui allais la rejoindre à Paris. J’étais d’humeur moyenne : je déteste Paris mais quand il fait 35° ça devient carrément insupportable. Par chance, il faisait quasiment froid, au Moulin Rouge – c’est là que ça se passait, il y a une salle de répétition au sous-sol, qui ressemble à ça

La répétition était très belle, intense ; j’ai découvert de nombreux inédits, un peu pleuré pendant un morceau et dansé sur mon pouf le reste du temps. Je n’ai pas trouvé le bon moment, tout au long de la soirée qui a suivi, pour parler à Yasmine de sa musique, ni pour la remercier – puisque c’est avec elle que ma merveilleuse amoureuse jouait sur scène le jour de notre première rencontre, il y a quatre ans, à Cambridge. Une autre fois, sans faute. En attendant, j’ai passé de très chouettes moments avec ces artistes aussi adorables que talentueux.ses. Ici, avec la fraction féminine du groupe – Sébastien nous ayant faussé compagnie à l’heure de l’apéro.

4 x V<3

Ce mois-ci dans mon magazine préféré (c’est à vrai dire le seul que je lise), à savoir le magazine anglais Wire, son encensées quatre nouveautés de mon amoureuse, une sous son nom et les autres sous le nom de trois de ses groupes. Entourez les quatre noms au feutre rouge dans le sommaire ci-dessous et ne gagnez rien du tout, ceci n’est pas un Grand Jeu Concours.

quelques acouphènes (3)

Hier, Valentina jouait avec un autre de ses groupes dans un club du centre de Barcelone qui s’appelle LAUT et où les gens sont des amours – plus punks donc plus accueillants et conciliants que les employés de l’Apolo. Je pensais que les balances seraient l’occasion de prendre une photo nette mais c’est raté, Susumu est flou. Sur scène, deux vegans et une végétarienne. Beau quota dans la salle, du moins avant l’ouverture des portes.

Cucina Povera jouait juste avant eux ; je suis son travail depuis longtemps et j’étais heureuse de la voir enfin sur scène – lors de ma résidence à Rennes, il y a presque trois ans, je la présentais ici puis déplorais de la manquer en concert à Bruxelles et à La Haye ; son album paru pendant le premier confinement a été, comme je le lui expliquais hier et le racontais dans ce billet, une lumière bienvenue. J’ai donné ses traits à un personnage de mon roman de fantômes, dont voici un bref extrait :

« Un thé fume sur la toile cirée, auprès de l’ordinateur portable qui nasille un album de Cucina Povera. L’invitée a besoin de reconstituer un succédané de son quotidien et ça passe par de menus rituels, thé aux agrumes et musique expérimentale devant l’écran tandis qu’elle mesure la distance qui la sépare de son Vaisseau Fantôme sur une carte interactive, étudie des cartes, des vues satellites, des vues immersives, interroge le comparateur de territoires sur le site de l’Insee.

– Tu es sûre ? demande-t-elle. Tu ne préfères pas que j’écoute la musique au casque ?

– Sûre. Je suis curieuse, figure-toi.

– Elle te ressemble un peu, physiquement – la musicienne. Elle a ton air, comment dire… un peu revêche. »

En vrai, comme disent les jeunes, Maria n’est pas du tout revêche. Hier, à ce que nous appelons Spritz o’clock, nous étions autour de la table quatre Italiennes, un Japonais, un Anglais, une Finlandaise, un Luxembourgeois et une Française.

Et maintenant, des extraits de deux magnifiques concerts : Maria d’abord,

puis voici Valentina et Susumu en pleine pyrotechnie – on ne voit pas Al et le son est très moyen parce que j’ai fait le choix de voir ma #1 da woman de près et donc de rester sur le côté de la scène. Je ne regrette pas mon choix, seulement de ne pas avoir le don d’ubiquité. Je ne me lasse pas d’écouter les gens dire à Valentina qu’ils n’avaient jamais rien vu/entendu de tel – chaque fois, je me rappelle ma première fois, en 2018 à Cambridge, le jour où je suis allée lui demander à la fin de son concert, Mais enfin, qui êtes-vous ? C’était quoi, ça ?

(photo prise près de LAUT)

Ce matin, j’ai fait mes adieux à Jamila Woods devant la machine à café de l’hôtel puis ma + 1/2 et moi avons déménagé ; nous sommes chez des amies pour le reste de notre séjour, au nord de la ville – un peu plus près des sangliers.

mes cartes postales (2)

du quartier Diagonal de Barcelone, mon préféré à ce jour – hier, nous sommes allées dans le centre pour voir un concert, il y avait des bâtiments vus sur les vraies cartes postales des tourniquets touristiques, une foule invraisemblable et une odeur immonde partout, mélange d’urine et d’animal mort grillé. Ici, à Diagonal, c’est un mélange de Rotterdam et de Brooklyn et c’est désert, j’adore.

Valentina et moi avons parfois les mêmes goûts inattendus, qui peuvent nous amener à sortir nos appareils photo devant le même mur craquelé.

Nous aimons aussi toutes deux beaucoup l’art contemporain.

Vraiment, on est bien, là.

Avant-hier, j’ai vu deux de mes héroïnes en concert successivement dans un auditorium, c’était à la fois parfait puisque assis et donc sans mouvements de foule et très frustrant parce que d’habitude je cours très vite (ou danse, si je suis chez moi) dans certains passages de Classic Objects, le dernier Jenny Hval, mais sur ces sièges tout confort je ne pouvais même pas dodeliner sous peine de secouer mon voisin et mon amoureuse. Ça faisait donc beaucoup de trucs dans le corps qui ne pouvaient s’exprimer, comme des orgasmes silencieux.

Valentina n’était pas avec moi quand j’ai vu Jamila Woods en concert et je m’en suis réjouie parce qu’elle n’aurait pas aimé. Un autre de nos points communs est notre rejet viscéral des guitares à riff (nous aimons les guitares qui font wall of sound, pour le dire génériquement), or le groupe dont Jamila s’était entourée sonnait comme du jazz fusion, JMJ. Malgré tout, parce que j’étais heureuse d’entendre quelques-unes de mes chansons préférées d’elle et de partager mon enthousiasme avec des inconnus aussi énervés que moi (on dansait donc sur nos sièges sans scrupules), j’étais heureuse d’y être.

Je me suis fait un jeune ami dans la rue, un ado pie. Il m’a demandé où j’avais eu mes baskets, dont il appréciait les couleurs.

Il a commencé à faire très chaud, nous avons suivi les amies d’enfance de Valentina pour un petit tour en mer.

Je me demandais ce que c’était que ces buildings moches et c’étaient des paquebots. Je les ai pris en photo parce que j’avais peine à croire au désastre écologique que j’avais sous les yeux mais je n’ai pas envie de relayer ces images ici donc vous aurez droit à une photo de nous qui m’amuse beaucoup. J’ai l’impression que Valentina me signifie, Tais-toi et pose pour la photo, et elle a l’impression de signifier à la personne qui prend la photo, Eh, tu ne vois pas qu’on est en train de parler ?

Le soir, nous sommes allées écouter Jenny Hval encore, cette fois en ville (Primavera en la Ciudad) avec son groupe Lost Girls. Le personnel de l’Apolo ne voulait pas nous laisser entrer, j’étais au bout de ma vie, aucun argument n’attendrissait ces cœurs protocolaires. Valentina passait des coups de fil cependant que, prise de panique, j’alpaguais Jenny et Håvard Volden pour leur dire, Au secours, je ne vais pas pouvoir vous écouter. Ils m’ont demandé pourquoi et je me suis tordu les bras en héroïne racinienne : Parce que nous n’avons pas de billets parce que nous pensions qu’avec nos pass artistes nous n’avions pas besoin de billets, comme partout ailleurs dans ce festival. (On devient vitre arrogant quand on a un petit passe-droit, on prend de très mauvaises habitudes.) Cependant que les coups de fil de Valentina portaient leurs fruits, de sorte que son agent est venu nous attraper par les épaules pour nous mener en courant à l’intérieur de la salle sous le regard amusé de mon idole, comme l’appelle désormais Valentina – qui a ensuite admis que ça en avait valu la peine parce qu’elle a aimé le concert (presque) autant que moi.

Un extrait.

Dire que j’aurais pu rater ça…

mes cartes postales

de Barcelone – Tu aimes les chantiers, a remarqué Valentina quand, depuis le toit de notre hôtel, je me suis concentrée sur les grues qui se détachent devant les collines boisées (collines que l’on devine habitées de sangliers pour qui rien de ce qui va nous occuper cette semaine n’existe). Oui, je suis ravie d’être dans un quartier en travaux, c’est très photogénique et très agréable pour courir puisque forcément infréquenté. J’aime aussi les reflets.

Dans le hall de l’hôtel, je descends de l’ascenseur et croise Jamila Woods. Je lui parle de Colline, mon roman jugé trop radical par les quelques éditeurs qui l’ont lu à ce jour et dont elle est l’un des personnages principaux. Quand je la quitte, je vois Jenny Hval assise dans le lobby auprès de Håvard Volden et, après un temps d’hésitation, décide d’aller lui parler du projet au sujet duquel j’avais contacté son agent l’année dernière et elle me propose de lui écrire directement. Je suis un peu étourdie par tant d’émotion pendant ma petite promenade, je n’ai pas l’habitude de croiser deux de mes héroïnes en quelques minutes – pendant qu’une troisième de mes héroïnes de longue date, devenue mon amoureuse, est en train de faire la sieste dans notre chambre.

Et puis il y a le festival. Un village en bord de mer, avec une densité de population effrayante et un nombre invraisemblable de scènes. Par chance, le bracelet VIP que me vaut mon statut de mini-bartender permet d’accéder à des espaces aérés, y compris à des arrière-mondes – car, quand on en cherche, on en trouve partout.

J’ai très vite été attirée par ceci et je m’emploie, pendant que Madame fait ses balances, à trouver le moyen d’approcher ce complexe industriel bordé de palmiers.

Quelques visions très arrière-mondaines me plaisent particulièrement.

Puis j’atteins mon but, après quelques détours.

En me dirigeant vers la scène NTS, où Valentina va jouer deux fois (une fois avec son groupe Moin et une autre en solo totalement improvisé puisque son camarade Joao a le covid), je tombe sur Weyes Blood, je n’avais pas l’intention d’aller l’écouter mais elle commence par ma chanson préférée d’elle, Everyday alors je m’assieds sur l’herbe synthétique du carré VIP désert, à l’écart de la foule écrasante qui se masse devant la scène, et je reste jusqu’au bout parce que c’est très beau, d’ailleurs Wild Time me fait pleurer.

Depuis une passerelle géante, je découvre que

Valentina a fini ses balances. Et bientôt, c’est parti.

Pendant son deuxième set, je me dis que dans ce festival essentiellement mainstream, une seule personne était susceptible de jouer un solo expérimental – et c’est ma meuf. Un bref extrait.

Ce matin, j’ai couru dans une station balnéaire désaffectée – enfin, c’est ce que mon imagination a voulu y voir, et que la météo et la faible fréquentation en cette heure matinale m’ont permis de croire.

Barcelone

Demain je rejoins Valentina à Barcelone, où elle jouera trois fois dans un gros festival. J’y serai en tant que membre de son équipe – parfaitement, je suis chargée de son mini bar – et à ce titre, je ne devrais pas avoir à me mêler à la foule, qui s’annonce trop dense pour une agoraphobe (+claustrophobe +misanthrope, un peu). Vendredi, elle jouera deux fois dont une en solo puisque son acolyte Joao a le covid, et elle a envie de se lancer dans une performance very very wild.

Je profiterai de l’occasion pour voir aussi mes héroïnes Jenny Hval, Jamila Woods et Cucina Povera.

/ 3 : La mémoire du corps

C’est la fin de l’année. Une de mes amies s’est effondrée de sommeil cette semaine après sa dernière grosse échéance, moi je me suis effondrée en larmes aujourd’hui, inconsolable, j’ai mis Jessica Sligter sur le coup mais sa voix qui habituellement me réconforte tant n’a rien pu y faire, je pleurais sur mon vélo, les canards dormaient en plein jour, recroquevillés dans le vent cynique, c’était d’une tristesse, un petit garçon brossait la grille de sa maison sur le chemin de halage et quatre autres de son âge passaient à vélo devant lui sans lui prêter attention, j’en avais mal à la gorge, une vieille dame titubait, sa canne dans une main et la laisse trop courte d’un petit chien dans l’autre, Je vous vois, canards, petit garçon, petit chien, vieille dame, je vous vois et je ne peux vous protéger de rien. J’ai tenté ma playlist Roadtrip et même la musique cajun était mélancolique et tout tout tout vacillait au seuil de sombrer dans l’à quoi bon puisqu’on va tous mourir – stupide : tout est bon puisqu’on va mourir et que c’est la garantie de notre absolue liberté (liberté absolue ≠ liberté effective, quasi nulle dans la civilisation inventée par homo sapiens, sommes bien d’accord). C’est la fin de l’année, la fin du mouvement que l’on ressentait comme perpétuel, même si juin s’annonce chargé, même si mon juillet commence par une résidence, j’ai tenu le plus gros de mes échéances. Avant-hier, j’en soupirais de soulagement. Hier, j’écrivais de la poésie avec un sentiment de légitimité inédit. Aujourd’hui je pleurais sur mon vélo et en plus je venais de trouver la chanson idéale pour surligner mon état d’âme. J’avais acheté la version digitale peu avant de quitter la maison et d’ajouter 30 km de pédale aux 15 km de ma course à pied matinale. Je ne connaissais pas l’artiste, je me suis attardée sur son dernier single, paru ce mois-ci, parce que la violoncelliste Mabe Fratti (dont je suis la carrière avec intérêt) y a participé ; le single m’a immédiatement paru étrange, d’une étrangeté subtile, indéfinissable, un peu comme celle que cultivent mes héroïnes Jenny Hval, Jessica Sligter ou Cate Le Bon. J’ai écouté la chanson bouche bée, puis je l’ai achetée pour aller l’écouter en pédalant sur un chemin de halage, exactement comme je l’ai fait le jour où j’ai découvert Surrounds, Surrounds Me, la chanson qui m’a définitivement convertie à l’univers de Jessica Sligter (depuis, j’écoute certaines de ses chansons plusieurs fois par semaine, Man Who Scares Me étant en quelque sorte mon porque te vas cria-cuervien même si j’aime tout absolument tout de JS). L’effet a été assez similaire cet après-midi avec ce titre d’El Hardwick, Body Memory, sur le chemin de Courrières : C’est quoi, ça ? me suis-je demandé, perplexe. J’ai décidé que c’était sublime. Et puis j’ai pleuré.

Et ces deux titres de JS que j’ai déjà postés sur mon blog et que, à n’en pas douter, j’y posterai encore. Sublimes.

/ 3 : des nouveautés

de Valentina, dans l’ordre chronologique de leur parution. Ce EP sort officiellement le 10 juin mais on peut déjà en trouver la version numérique, notamment ici.

Paru hier, ce premier volume d’une collaboration à distance (UK-USA) qui s’annonce prolifique. Un concentré d’énergie brute. Pour en savoir plus et écouter des extraits, cliquer ici.

Parue aujourd’hui, cette réédition chinoise de son premier album solo, augmentée d’un nouveau titre. On peut la trouver ici.

une chronologie

Il y a quatre mois et onze jours, j’étais chargée par un sanglier en Normandie ; il y a deux semaines, Valentina et moi sauvions une mésange charbonnière ; la semaine dernière, j’ai rêvé qu’une mésange charbonnière blessée se réfugiait dans la gueule d’un sanglier – je l’en retirais, pensant que celui-ci voulait la manger, mais dès que je la relâchais, elle sautait dans la bouche du suidé, s’y blottissait frémissante comme si c’était l’endroit le plus sûr au monde.

Il y a trois mois jour pour jour, j’envoyais un message à Valentina pour lui dire que j’aimerais la connaître. Ce qui nous fait rire parce qu’aujourd’hui, il nous semble plutôt nous connaître depuis trois ans.

Ce soir, l’un de ses morceaux solo est en ligne sur le site de mon magazine favori, Wire, dans le dernier épisode de l’émission Adventures In Sound And Music (pour Resonance FM). On peut aussi y entendre Helena Celle ou encore Laura Cannell (dont, personnellement, je recommanderais particulièrement Antiphony of the Trees, paru en mars, où elle délaisse le violon pour la flûte et c’est sublime).