We are the world

vous êtes tous rentrés avec vos petites autos
vous klaxonnez vous criez des gros mots

vers les autres petites autos vous menacez
les cyclistes quand vous n’avez pas la place
pour les doubler vous sentez un frémissement
dans la nuque tant vous avez envie de leur
entrer dans le cul avec votre petite auto

pour leur montrer combien déjà ils vous
excèdent là dès votre retour de vacances
les putains de hippies sur leurs vélos alors
que vous avez des choses importantes à faire
et déjà l’indice de pollution s’affole de
vous sentir si nerveux sur l’accélérateur
et vous hurlez Connasse en me dépassant

alors je vous souhaite de vous prendre un arbre
à onze heures du matin sous le ciel bleu
et on est bien là tous ensemble dans la ville

Zéphyrs embrasés (26)

À Lille Sud, les zéphyrs ont l’embrasement rock’n’roll. La très grande fresque dont ils sont un détail ne manque pas de mystère, ni d’ironie ; si vous passez dans les parages, entre le commissariat et le CHR, profitez, pour la voir, de ce que le bâtiment qui l’accueille n’a pas encore été rasé – comme le sera bientôt une grande partie du quartier, au profit de résidences toutes pareilles et pour une densité de population maximale : comme dans tous les quartiers de cette fucking ville, où respirer devient un luxe.

(Très précisément, rue Simons.)

2 db

Le fonctionnement de mon organisme
émet un bruit de 2 décibels ce matin
entre mes oreilles
il y a un an il grondait à 13 dit le
médecin elle dit que l’apaisement se
voit sur mon visage

elle dit que si je lâche la pression
dedans ma tête et que je suis douce
avec moi-même plutôt
que d’être en toutes choses mon propre
adjudant je viendrai peut-être un jour
à bout des acouphènes

alors je me rappelle l’été dernier quand
tant de proches – qui ne le sont plus –
réprouvaient ma fuite
ma remontée vers l’air libre, eux, ils
n’en voyaient pas la nécessité, eux,
ils respiraient bien

– eux, leur tête libre cependant que 13
décibels vrillaient dans la mienne à la
manière d’une perceuse
et je songe que j’ai bien fait de sauver ma
peau et le médecin le pense aussi au service
otoneurologie du CHR


NB 1 : Vous avez bien noté ma date de naissance, visible sur la première photo ? Il vous reste peu de temps pour trouver des idées de cadeaux transportables par pigeon, sachant que je n’ai pas encore le dernier album de Bérangère Maximin et que mes Converse sont décédées (quoi ? certains pigeons ressemblent à des jars, mettez-y un peu de bonne volonté).

NB 2 : L’index dressé peut avoir le même impact que le majeur, comme  la troisième image en donne la preuve.

L’art (32) : encore des trompe-l’oeil

Vous en réclamiez depuis le 16 mars, en voici. Je vous préviens, le bon goût est violemment heurté par les images ci-dessous. Vous l’aurez cherché. Profitons au moins de cette pénible circonstance pour tirer quelques leçons sur la responsabilité, les défis du temps et la corruption de la matière. Ainsi observons-nous que, plus les dimensions du trompe-l’œil sont imposantes, plus se posent les questions rituelles de qui décide, qui commandite et qui dessine, et plus l’on constate d’autre part les ravages, sur la peinture murale, du temps qui passe et de celui qu’il fait.

Le trompe-l’oeil prolétaire

(Mons-en-Baroeul.)

Le trompe-l’oeil chic

(Lille centre.)

Mascottes aviaires

Vous admirerez que les villes de Marquette-lez-Lille et Villeneuve-d’Ascq utilisent la flore pour figurer la faune. Il y a beaucoup plus de profondeur dans la conception de cet art municipal que ne l’imaginent les automobilistes dangereusement perturbés par l’aspect imposant de ces mascottes aviaires – le héron de Villeneuve-d’Ascq, notamment, niche sur un rond-point.

Mascotte aviaire de Marquette.

Mascotte aviaire de Villeneuve d’Ascq.

Mascotte aviaire de Wattignies.*

* Ça, c’est parce que l’usine La Pie qui Chante se trouvait autrefois à Wattignies, comme en atteste cette publicité déteinte sur une façade de la rue Clemenceau.

Mal assis, là (11) spécial bancs publics

Car il en reste : toutes les municipalités n’ont pas opté pour les sièges individuels fixés au sol afin de s’assurer que les sans-abri ne puissent s’y étendre. Ci-dessous, à Lambersart, personne ne s’assied jamais sur les quelques bancs disposés dans la très chic rue de l’Hippodrome, car elle est encore plus passante que chic. Vous pouvez considérer comme une prouesse que j’aie réussi à photographier ce banc sans véhicule motorisé en arrière-plan, c’est exceptionnel (même en août). Plus bas, deux vues de Haubourdin.

(J’ajoute que cette usine – amidons et produits dérivés – pue.)

In the kitchen (12)

J’ai enfreint ma propre règle : j’ai mis en scène cette image. Je me suis contentée de déplacer les béquilles de trois ou quatre mètres, jusque sous la niche murée. Voyez dans cette photo une sorte d’ex-voto que j’adresse aux forces supérieures pour les remercier de m’avoir épargné, cette année, entorse ou déchirure musculaire pendant les vacances d’été : j’ai pu profiter au maximum du calme et du faible indice de pollution dans mes baskets neuves. Merci de continuer à me protéger pendant les 12 jours de liberté qu’il me reste, JMJ. Merci aussi pour le CD, que j’ai bien reçu. Si vous pouviez penser à mes cheveux, ce serait vraiment super.

Saturday night fever (13) : field recordings

Vous êtes nombreux à m’avoir agonie d’injures pour avoir diffusé ici un field recording de Chris Watson : « Ce n’est pas de la musique », m’avez-vous dit en substance – ce qui m’a rappelé la funeste période de ma vie située juste avant la survenue de ma super héroïne, notamment cet épisode (dont le texte, j’en profite pour l’annoncer discrètement, est un extrait de mon nouveau recueil de poèmes, qui paraîtra début 2018 aux Carnets du Dessert de Lune). Aussi ai-je décidé de compiler pour vous (après tout, c’est samedi et il s’agit de danser) sept musiques utilisant de diverses manières des enregistrements de terrain, de 1921 à nos jours, en omettant Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Luc Ferrari et autres labellisés GRM, car vous savez combien j’aime contourner les dits incontournables. Même ainsi, je laisse de côté beaucoup d’artistes que j’aime, notamment Library Tapes, qui recourt énormément aux enregistrements de terrain.

Velimir Khlebnikov : The Radio of The Future

Walter Ruttmann : Wochenende (J’ai eu récemment une longue discussion avec une amie au sujet de cette œuvre, que j’ai connue par le biais des géniales Anthologies Of Noise & Electronic Music publiées par Sub Rosa et immédiatement trouvée passionnante ; hélas, j’ai vite découvert que Ruttmann avait ensuite rejoint le parti nazi, notamment en travaillant avec Leni Riefenstahl. La question était de savoir s’il fallait faire la distinction entre l’artiste et son œuvre ou jeter les deux dans un même mouvement. Mon attachement au Contre Sainte-Beuve de Proust, s’il m’est permis de prendre quelques raccourcis, m’a fait opter pour la première attitude.)

David Shea : Ritual 32

Scanner (Robin Rimbaud) : Passage de recherche (Faute de trouver, sur Youtube, un extrait de ses disques Sulphur ou Colofon & Compendium, qui intègrent des captations de conversations téléphoniques parfaitement illégales. Ces albums sont fascinants et très beaux, je vous les recommande.)

Koen Holtkamp : Night Swimmer

Bérangère Maximin : Bicéphale Ballade

Plinth (Michael Tanner) & Textile Ranch : The Rest I Leave to The Poor (extrait)

L’art (31)

D’authentiques Buren, Rue du Général Leclerc à Saint-André-lez-Lille. Trouvez un Ben véritable dans la métropole lilloise et gagnez une craie.

La géométrie (11)

Vous êtes nombreux à partager mon goût pour le Forum qui abrite (entre autres) le conseil départemental du Nord, près de la gare Lille Flandres – très exactement à l’angle de la rue Gustave Delory et de l’avenue Charles Saint-Venant. Il est vrai que j’aurais pu l’évoquer plus tôt ici, je n’ai guère d’arguments pour ma défense. Mais est-ce vraiment une raison pour m’envoyer de pleins pigeonniers d’insultes ? (J’entends certains d’entre vous me répondre qu’il y a toujours de quoi fouetter un chat ; vous savez pourtant que je ne supporte pas le cynisme.)