Bibliomobi

Connaissez-vous Bibliomobi, application de lecture mobile qui permet de télécharger gratuitement des œuvres numériques à partir d’un smartphone ? Je suis apparemment l’une des premières à avoir participé, à l’invitation de l’AR2L (Agence régionale du Livre et de la Lecture) Hauts-de-France et de la MEL (Métropole européenne de Lille), à un programme de saison puisqu’il propose aux 8-25 ans des contes de Noël. Vous me trouverez facilement sur le site qui présente la liste des téléchargements disponibles (d’autres sont encore à venir). Un aperçu :

Loos-Sequedin : des arrière-mondes variés

L’arrière-monde a ses cornes d’abondance ; ce matin, j’ai connu l’extase la plus pure en traversant l’un de ces paradis interstitiels – écoutez-moi bien : une voie ferrée dévolue au transport de marchandises et matériaux, une pincée de splendeur passée, un petit chemin qui ne sent pas la noisette, des friches à perte de vue, des monticules de détritus, un canal, une cimenterie, des portiques de déchargement, un poste électrique et une ancienne prison. JMJ, j’ai senti une faiblesse musculaire dans mes mollets nus tant l’émotion était forte. J’avais trop longtemps négligé les charmes vénéneux de l’arrière-monde au profit de presque la campagne et cette course à pied m’a rappelé que j’avais largement de quoi m’occuper dans la métropole lilloise pendant la saison de chasse. Il y avait même un arbre foudroyé, le soleil avait l’air sale et tout macérait dans une telle humidité que l’été semblait ne jamais avoir existé. Froh, froh, wie seine Sonnen seine Sonnen flie-iegen, froh wie seine Sonnen fliegen durch des Himmels prächt’gen Plan !

La voie ferrée – elle mène, à l’est, au port de Lille

Splendeur et décadence

Typiquement ce genre de pivot paysager plein de promesses, où je commence à faire des claquettes dans les flaques

L’ancienne prison de Loos / Sequedin, derrière une friche (+ un canal mais ça, on ne le sait pas encore)

Un court segment de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette ; à droite, tout n’est que tags et détritus (je vous épargne ces derniers, ne me remerciez pas), à gauche, ronces impénétrables

Un pan d’usine de produits chimiques

Une cimenterie

Un portique de déchargement

Un poste électrique (+ poule d’eau)

Deux fragments de mur au milieu des herbes noires, devant l’ancienne prison (wtf ? comme disent les jeunes)

Encore la prison : ici, l’ancienne grille d’entrée (sans doute aussi de sortie)

La voie ferrée vue d’un pont (qui passe aussi au-dessus de l’A25)

BONUS : Où est Kennedy ?

Happy happy

J’ai l’immense joie de vous annoncer que mon livre sur Meredith Monk, A happy woman, paraîtra aux éditions de l’Olivier le 7 mars, à savoir la veille de la journée internationale des droits des femmes. Je me réjouis d’autant plus de cette coïncidence que Meredith a beaucoup souffert, à ses débuts, de la condescendance voire du mépris dont sont toujours gratifiées les femmes dans les milieux artistiques (comme dans tous les autres, me direz-vous) mais que sa détermination n’a jamais faibli. Nous en parlions l’automne dernier, comme je le raconte dans cet extrait de mon livre :

« C’est d’autant plus difficile quand on est une femme, me dit-elle. Mais cela nous donne un avantage sur les hommes : nous sommes opiniâtres et nous questionnons constamment notre pratique. Regarde certains compositeurs – je ne les citerai pas, tu sais très bien de qui je veux parler –, on sent bien que leur mère leur a dit, Tu vas tout réussir, trésor, tu es le meilleur. »

Pour changer, j’ai décidé de vous dévoiler ce que ne sera PAS la couverture du livre – mon éditrice et moi avons fait cinq propositions, celle-ci était ma préférée mais n’a pas été retenue :

J’ai pris cette photo lors de la remise du Gish Prize à la Brooklyn Academy of Music le 26 octobre 2017. Je ris encore toute seule chaque fois que je la vois. La voici en grand :

Ce que je ne vous ai jamais montré, c’est la photo qui, (presque) à ce moment-là, était prise sur scène (le nom de son auteure n’est pas mentionné sur le site de la fondation) :

(© 2018 The Dorothy & Lillian Gish Prize)

Pinchonvalles

La semaine dernière, je ne sais plus comment j’en suis arrivée à parler terrils avec mon éditrice ; elle était dans son bureau à Montparnasse et moi dans le mien à porte d’Arras et nous regardions, chacune sur son ordinateur, des photos du terril de Pinchonvalles – il s’étend sur près de deux kilomètres entre Liévin, Avion et Givenchy-en-Gohelle, ce qui (à en croire les divers sites consultés) fait de lui le plus long d’Europe. Je me suis dit que c’était idiot de garder pour moi les photos que j’y ai prises lors d’une de mes dernières virées dans le bassin minier puis je me suis replongée dans mon manuscrit et je n’y ai plus pensé. Ce midi, plusieurs amies et moi nous sommes extasiées sur les beautés de l’automne ; deux d’entre elles m’ont envoyé des photos d’arbres rouges et jaunes prises par leur fenêtre mais je ne peux pas en faire autant, moi, je ne vois pas d’arbre par mes fenêtres puisqu’il n’y en a pas, aussi leur ai-je envoyé une photo de Pinchonvalles : je savais que les champignons allaient rafler tous les prix de beauté. J’ai conscience de vous négliger, ces derniers temps, mais vous trouverez ci-dessous de quoi me pardonner, si j’en crois l’enthousiasme de mes amies.

Le haut d’en bas, pour commencer : logique.

Les fameux champignons (oui, ce sont des vrais – l’une de mes amies a posé la question).

Quelques traverses fantômes.

Le terril de Méricourt, à l’est.

Et à l’ouest, la base 11/19, que vous avez déjà rencontrée ici.

Je vous propose un nouveau jeu, en prévision de ma migration prochaine dans le bassin minier : non plus Où est Kennedy ?* mais Où est Vimy ? Ici, au sud de Pinchonvalles, dans le lointain, son mémorial.

Plutôt pentu.

Revoir ces images m’a fait du bien. Sans le désir de les partager avec vous, je n’aurais pas pensé à les regarder aujourd’hui et j’irais un peu moins bien, même si je suis allée chercher ma dose de champs ce matin. Je n’oublie jamais assez que je suis coincée à Lille pour quelque temps encore.

* Si vous avez manqué le début, à savoir notre numéro spécial de National Géo, la tour Kennedy est sise à Loos, dans le quartier des Oliveaux. Elle serait menacée de destruction. Elle serait aussi la plus haute tour de logements sociaux au nord de l’Ile-de-France – parfois quand je vous livre des infos puisées à diverses sources documentaires, j’ai l’impression que les Hauts-de-France sont les spécialistes des superlatifs / une terre de records et d’excellence : je rappelle que les rivets de la tour Eiffel ont été fabriqués à Vieux Condé, près de Valenciennes, et que le spécialiste français de la majorette vous accueille au Quesnoy. J’arrête là cette énumération pour éviter les jalousies et les attaques de pigeons.

Ligne 18

Mon exposition de photos et de textes sur la langueur de l’été dans le bassin minier s’intitulera Ligne 18. C’est la ligne de TER qui relie mes deux territoires, ligne pointillée entre ma vie actuelle et mon passé – ce passé dans lequel, cet été, je me suis replongée. Le vernissage aura lieu à la salle Jean Ferrat, Place des droits de l’enfant, dans la bonne ville d’Avion, le vendredi 30 novembre à 18h30. Venez, il y aura des trucs à boire et des chips. L’affiche devrait ressembler à ceci, à en croire les maquettes que m’a proposées l’association Colères du présent (j’ai pris la liberté de les panacher afin de pouvoir vous annoncer le grand événement avant que vous n’ayez réservé une table au Crocodile pour votre anniversaire de mariage. L’asso ne m’en voudra pas, je suis juste prévoyante : il faut bien que vous ayez le temps de vérifier la pression de vos pneus).

Cysoing-Cobrieux

Vous connaissez mon goût pour les voies ferrées désaffectées (voir mes National Geo à Charleroi, Maubeuge ou Rotterdam), eh bien aujourd’hui je suis allée à Cysoing.

J’ai vu le modestement auto-proclamé Paradis. J’ai demandé à un couple de personnes très âgées, qui marchaient plus lentement que ne glissaient les canards sur les bassins du château, de bien vouloir m’indiquer la place de la gare. Monsieur était très heureux de me renseigner, il m’a rappelée trois fois en me disant : Attendez ! Encore plus court : vous passez par ici, puis vous traversez ceci et cela, puis ce sera trois fois à gauche. J’ai serré mes bienfaiteurs dans mes bras puis je suis partie à l’aventure.

J’ai trouvé la gare. Herbe de la pampa sur le quai, plantes ligneuses en pagaille sous l’abri en plexiglas – dont une affiche déteinte pour le TGV, grande innovation, décore une paroi latérale.

Je me suis engagée sur la voie ferrée condamnée (bien évidemment interdite au public, comme tous les lieux les plus intéressants) en direction de Cobrieux. Ici, vous remarquerez un guet-apens de western et, si vous avez l’œil aiguisé, un tourbillon de feuilles mortes.

J’ai traversé des champs qui ondulaient dans le contrejour (oui, j’aime les contrejours, qu’est-ce que ça peut faire ?)

Les bois aussi, je les aime à contrejour, et les usines, les filets qui enclosent les stades et les clochers, mais là ce sont des bois.

Quelquefois aussi, j’aime bien prendre les photos dans le bon sens de la lumière (le bon sens selon les critères les plus répandus, car à mes yeux il n’y a pas de bon ni de mauvais sens).

J’ai imaginé vivre dans la maison de l’ancien garde-barrière, au milieu des champs : c’était bien.

J’ai fait demi-tour, nous n’avions pas le choix mais pour une fois ça ne m’ennuyait pas de revenir sur mes pas : pour voir les paysages dans l’autre sens, qui n’est ni le bon ni le mauvais, comme vu précédemment. Ici, un chouette ruisseau.

Tout cela était vraiment très bucolique, jusqu’à ce que je rencontre une cartouche de carabine. Et comme si elles avaient attendu ce moment pour gâcher mon paradis champêtre, ces raclures de bidet que sont les chasseurs se sont manifestées.

Il y a de drôles d’individus dans ces campagnes veinées de voies ferrées désaffectées, je l’ai compris quand j’ai entendu les premiers coups de feu dans le lointain.

L’on trouve quelque chose comme un arrière-monde, sur les côtés : un arrière-presque-la-campagne où le fer même est brindille, où les textures se mêlent jusqu’à défier les lois de la nature.

Un petit kilomètre avant de regagner Cysoing, j’ai rencontré deux adolescentes de bonne famille qui fumaient allez savoir quoi, assises sur les rails. J’ai un peu discuté avec elles ; je leur ai dit de faire attention aux chasseurs. J’espérais qu’elles hocheraient la tête et m’avoueraient qu’ils sont une infection dans cette belle campagne, mais elles ont haussé les épaules. Ensuite, j’ai fait attention à ne pas me prendre les pieds dans des ronces pour que les gamines n’aient pas l’occasion de se payer ma tête.

Les viennoiseries de Cysoing sont très bonnes.

Le Cyprès

Une capture d’écran pour vous donner un aperçu de notre lecture musicale au Cyprès, vendredi soir. Merci à Wilfrid et Éline Séjeau pour leur accueil, leur compagnie et leur formidable librairie (qui fait également disquaire, excusez du peu).

11/19

J’ai grandi à quelques pas des plus hauts terrils d’Europe, ceux de la base 11/19 (Loos-en-Gohelle). Leur altitude est d’environ 186 mètres ; ils sont reliés par un terril tabulaire. Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, 12 espèces de mammifères, 9 espèces de libellules et 53 espèces de papillons, plus quelques reptiles.

Aujourd’hui, l’un des terrils est aménagé pour les ascensions en famille, tandis que l’autre, encore récemment interdit (comme me le rappelaient hier mes parents), est aujourd’hui « réservé aux sportifs confirmés ». Rien qui soit susceptible d’arrêter une aventurière telles que moi.

(En reflet, la silhouette des deux terrils coniques.)

Il m’a fallu un peu plus d’une minute pour escalader une succession de mamelons de plus en plus convexes.

J’ai fini l’ascension en nous aidant de ce câble en acier dont l’extrémité supérieure s’avère hérissée de limaille rouillée. Parvenue au sommet, j’ai rencontré une dame équipée pour l’alpinisme, des chaussures aux bâtons. Le vent soufflait très fort, là-haut. La dame m’a informées que non, il n’y avait pas de chemin moins abrupt pour descendre. Un couple de jeunes gens a surgi d’un autre versant, en tennis assez semblables aux miennes, les mains vides. La dame équipée semblait avoir un peu pitié de nous. Je vais vomir, a dit la jeune fille à son compagnon désarmé. Ils se sont assis.

186 mètres, ce n’est pas grand-chose à gravir, mais en descente, les semelles lisses glissent dans la poussière noire et le sol s’éboule. J’ai procédé à tout petits pas, ce qui m’a pris vingt minutes, abandonnant les jeunes gens à la solitude des cimes.

(Vue du terril aménagé depuis le sommet de l’autre ; on devine le début du chemin par lequel j’ai choisi de descendre.)

Je le saurai désormais : l’expression « sportif confirmé » ne concerne pas forcément la force et l’endurance mais implique parfois équipement et technique.

Majoret-te-s

Nous l’avons fait, nous avons écrit une pièce de théâtre en cinq jours. Il faut dire que j’avais un super groupe : sept personnalités bien trempées, très différentes et toutes pleines de ressources, d’invention et d’humour. Des sensibilités très attachantes, aussi. J’avais déjà rencontré certains des participants lors de précédents ateliers – au même endroit (le centre Carpentier, à Liévin), sur d’autres sujets (surtout l’opéra). La semaine prochaine, ils vont pouvoir commencer les répétitions – ah oui, parce que ce sont eux aussi qui vont interpréter le texte.

Merci à Paulette, Thérèse, Joël, Didier, Gigi, Barbara et Hélène, qui n’ont pas seulement fourni un super travail (ainsi que des gâteaux, biscuits et chocolats) mais ont aussi accepté de poser pour moi et, par extension, pour vous.