Bruxelles rituel

chaque semaine un sac trop lourd
des billets pliés sur ma carte d’identité
des biscuits un livre et un ersatz de chez moi

ce matin je photographie le ciel bavard par la fenêtre du car
et plus tard, ma lecture se dissout en sommeil
que bercent des musiques turques

la dernière fois que j’ai quitté Bruxelles
comme chaque fois la gare du Nord semblait déserte
tous volets de fer baissés
cependant des dizaines de corps gisaient
silencieux dans des sacs de couchage au long des couloirs

dans le car, ce soir-là, un homme a chanté pour personne
en s’accompagnant à l’oud
un seul chant tout bas, d’une douceur mélancolique
puis il a reposé l’instrument sur le siège libre à sa droite

les lumières se sont éteintes et le car soudain silencieux
a continué de glisser dans le ballet des éoliennes
alors je me suis pelotonnée dans mon manteau

par la suite j’ai commencé à écouter des musiques orientales
comme ce matin dans un car de plus
avant la verveine de Clémentine et nos rituels
de répétition et de repas végétarien et de cigarettes
sous le ciel trop rapide

Imagin’Hair (2), le catalogue de printemps

Vous avez tiré grand profit, m’affirmez-vous, du catalogue hiver de la série Imagin’Hair pour l’entretien de vos jardins et c’est une immense fierté pour moi que de vous être utile. Voici, à la demande générale, le catalogue printemps.

cubique, Hellemmes

*

bed head / effet décoiffé, Faches-Thumesnil

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chouchou, Lompret

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canin, Hellemmes

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bonnettes, Faches-Thumesnil

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a tout rasé, Lille Fives

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laisse pousser, Lambersart

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anguleux, Faches-Thumesnil

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structuré, Mons-en-Barœul

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Bert encore* (sans les traits) Lompret

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houppette, Faches-Thumesnil

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dreadlocks, Marcq-en-Barœul

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bigoudi, Lambersart

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bear, Lille Sud

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à pou à puce, Saint-André-lez-Lille

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jumeaux, Faches-Thumesnil

*

 

pompadour, Ronchin

*

* Voir catalogue hiver pour Bert avec traits.

I got the sun in the morning and the moon at night*

(Photos prises respectivement à Binic, Villeurbanne et Bruxelles.)

parce que j’aperçois toujours la fin contenue dans
le début et que je ne peux m’empêcher de voir la vie
comme essentiellement ironique, je reste appuyée
sur le coude, les muscles brûlants dans l’épaule je

ne relâche rien, je veille à ne pas devenir à mon
insu quelqu’un dont je n’aurais pas moi-même
dessiné les contours et c’est ainsi que tu m’aimes

et c’est pourquoi je suis heureuse au point de me
croire indestructible et de fredonner, désinvolte

I got the sun in the morning and the moon at night

* Chanson d’Irving Berlin.

Jambes en l’air (17)

En général, je n’aime pas tellement les grandes villes françaises ; je leur préfère leurs banlieues, populaires ou chic. J’écris beaucoup sur la périphérie des grandes villes, depuis quelques années. J’espère un jour constituer un recueil pertinent qui regrouperait une partie de mes notes sur le sujet. J’espère un jour vivre dans la banlieue, même si l’on n’est pas si mal dans notre château prolétaire (malgré les récentes fusillades), surtout depuis que l’amour lui a ravalé la façade ; malgré tout, j’espère un jour vivre là où l’on entend bourdonner le silence – les acouphènes ont dû modifier quelque peu ma perception de certaines acoustiques mais j’ai toujours pensé que le silence, tout comme la lumière, avait un grain particulier selon les heures et les lieux. En attendant mon repli à Lomme ou Mons-en-Baroeul, un hommage podal à trois éminences lilloises : l’hôtel de ville, le conseil régional et les Arts et Métiers.

Flowers of romance

Vous êtes nombreux à me reprocher la raréfaction des Zéphyrs embrasés sur ce blog ; croyez bien que je partage votre frustration* – j’y voyais, outre un formidable hymne offenbachien à l’amour, une forme artistique à part entière – mais il se trouve que je n’en découvre plus dans vos fenêtres ni sur vos murs : dois-je en incriminer la faible concentration de mon regard (certes replié sur le visage aimé) ou ai-je fait le tour des statuettes amoureuses de la métropole ? Je ne saurais le déterminer. Pour compenser, je vous propose une nouvelle série intitulée Flowers of romance et dont l’idée m’est venue en rencontrant le double dessin ci-dessous, rue d’Athènes, à Lille.

Désormais, je ne collectionnerai plus uniquement les cœurs mais aussi les fleurs (entendons-nous bien, pas TOUTES les fleurs : elles sont encore plus nombreuses que les sabots de façade…) Je classerai donc cette nouvelle série dans la catégorie des Zéphyrs embrasés, ainsi que dans la catégorie Flore des villes. Oubliez les pétitions, laissez mon chat tranquille, rappelez d’emblée vos pigeons, ma décision est prise.

Public Image Ltd. : Flowers of Romance

* Je n’accepte pas, cependant, que vous mettiez le feu à ma boîte aux lettres ni que vous rasiez mon chat, vous allez trop loin. Vous savez pourtant que je suis ouverte à la discussion – j’allais écrire, « à votre service », comme je l’ai toujours fait, mais je crains désormais que vous n’en profitiez pour dépasser les limites de la cordialité dont je souhaite qu’elle continue de présider à nos rapports.

Notvivianmaier (2)

Devinez où a été prise la troisième de ces photos et gagnez enfin 12,5 cl de bonheur lors de mon prochain apéro du dimanche soir*. Si vous persistez dans votre nullité, nous allons finir par les boire nous-mêmes, ces 12,5 cl. Évitons, je vous prie, d’en arriver à de telles extrémités : la réponse est facile à déduire si vous fréquentez ce blog avec l’assiduité que j’attends de vous, et par ailleurs je ne vous demande pas de trouver l’adresse exacte, le nom de la ville fera l’affaire. Voyez un peu comme j’adapte mes exigences au niveau général. Envoyez-moi vos réponses par pigeon, s’il vous plaît, cessez de venir sonner à ma porte. Merci.

* Buffet accessible uniquement aux habitués ; prévoir son Tupperware (végétarien ou végane exclusivement, bien sûr) en cas de petit creux et, si possible, fournir un paquet de TUC nature à la communauté.

La narration : art et essai

Plutôt à la Jarmusch, cette fois ; moins angoissant que le premier épisode de La narration, donc.

 

 

 

Maintenant, après ce blanc nécessaire, voici un extrait d’un poème écrit cet été, qui figurera dans mon prochain recueil et dont le titre est Kyste :

je quitte ma ville quand elle est exactement
telle que je l’aime
déserte et balayée par le vent de sorte que
le ciel tour à tour piquant de soleil et parcouru
de masses fuligineuses empilées
jusqu’à la stratosphère
baigne d’apocalypse les rues inusitées

je quitte ma ville quand il est bon
d’y courir avec hauteur
comme un enfant téméraire
se sent souverain d’un ruisseau

ou bon
d’y écrire à une table de jardin
dans le seul bruissement des tilleuls

ou de se tenir immobile sur ses ponts
la nuque droite et le regard concentré

ou de ramasser un bâton et d’en cingler
tout ce qui présente des interstices
pour défier l’ennui adolescent

ou de traverser des banlieues où le frottement
des pneus sur le bitume et le roulement de la chaîne
sont des événements qui réveillent les oiseaux

(…)

À l’ancienne (2)

Face au succès fracassant de mon premier billet À l’ancienne, je me sens tenue de vous en proposer un numéro 2 – vous savez combien j’ai à cœur de prendre en compte vos desiderata.

(Rue Roger Salengro, Hellemmes. Admirez la poésie et la lucidité du mot « bimbeloterie » ; on ne vend plus que ça aujourd’hui mais on peinerait à l’admettre et le ferait-on que ce ne serait pas dans ces termes. Notez également l’humour délicat du nom Acate-Grammint, dont on trouve également trace rue Colbert, à Lille.)

(Rue de la Madeleine, Lille. Si vous repérez une ancienne publicité pour les magasins Coop, merci de m’envoyer son adresse par pigeon.)

(Rue Louis Braille, Ronchin. Cette photo est une spéciale dédicace à mon antique.)

Villeurbanne (2)

Si j’ai tant aimé mon séjour à Villeurbanne, sans doute est-ce en partie parce que j’y ai vécu un moment de grâce, décrit ici.

Sans doute aussi parce que, sur le plan architectural et urbanistique, la ville est fascinante (et, ajouterais-je, magnifique – mais je mesure la subjectivité de cet adjectif en me rappelant le rire d’une documentaliste à qui je désignais certains bâtiments en des termes élogieux ; elle a d’abord cru, me semble-t-il, que je plaisantais).

Sans doute aussi pour les amis présents au festival, particulièrement Sandrine Bonini, Coline Pierré et Martin Page, que je remercie encore pour notre grande soirée punk.

Sans doute aussi parce qu’il y avait Gouniche en grandeur nature. (Pendant mon séjour, j’ai initié deux classes de sixième à l’humour et à la poésie existentielle de Gouniche.)

Sans doute aussi parce que j’ai observé des adolescents, venus au festival sans leurs parents, se conseiller tel ou tel titre avant de me poser des questions, puis faire leur choix et payer la libraire avec leur argent de poche. Certains sont venus écouter ma table ronde avec Gwladys Constant et Marion Achard et m’en ont ensuite parlé, à ma table de dédicace. C’était une grande première pour moi, très émouvante, qui me rappelle pourquoi j’écris pour la jeunesse.

Sans doute aussi parce que la ville m’a envoyé des signaux pour m’aider à passer trois jours sans mon amour, comme je le démontre ici.