Déperditions

(Dans le livre Projet urbain de David Mangin et Philippe Panerai, aux éditions Parenthèses, collection Eupalinos.)

Le prospect détermine l’écart entre les bâtiments et leurs hauteurs respectives : un véritable Tetris en 3D. La ville est question de prospect, pourtant elle a des trous, de minuscules déperditions. C’est rassurant – un jour, on y trouvera sans doute des bornes Amazon, des Starbucks drive ou, dans les quartiers populaires, des réparateurs de téléphones mobiles (les nouvelles échoppes de cordonnier), des kebabs à emporter. Profitons de ces espaces vides où les yeux et l’esprit ont encore le loisir de respirer.

(Rue Rivoli, Lille Fives.)

(Avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, Saint-André-lez-Lille.)

help-help-help

Je reprends bientôt les déplacements professionnels et cette perspective fait du tricot avec mes viscères – des mailles serrées. Je serai seule sur Mars, je ne pourrai pas courir à Mons-en-Baroeul et mon chat ne veut pas m’accompagner (elle a horreur du TGV). Je remercie d’avance Marion, qui me sauve le Binic, et Ben, qui me sauve la Villeurbanne, mais il reste encore des sauveurs à trouver pour le Jura, la Champagne-Ardennes et le Berry. Allez, on se mobilise, les amis, on m’envoie ses disponibilités par pigeon.

Meredith Monk : Doctor/patient (l’une des rares pièces vocales de Meredith qui comporte des mots – enfin, des mots : « help »)

Selbstportrait mit Katter

Si vous venez de nous rejoindre, comme on dit à la radio, cette série de billets a ses règles bien établies : je m’amuse à ramasser des images comme des cailloux et à les agencer en haïkus visuels ; en-dessous, j’écris des poèmes de 4-3-2 et 1 vers. Désormais, de temps à autre, je relèverai des phrases dans les musiques que j’écoute en courant (et donc en ramassant les cailloux), à supposer que ce soit de la musique vocale et de moi intelligible, et les intégrerai dans les poèmes. Je me contenterai à l’avenir de signaler la musique dont sera tirée la phrase. La première est extraite de Selbstportrait mit Katter de Einstürzende Neubauten. J’ai un peu hésité entre « Der ganze kosmos ist ein kopfschmerz und ich nehme Teil » et « Life on other planets is difficult », mais seulement un peu.

j’aime tout ce qui en toi m’est étranger
tout ce que je ne pourrais pas être tout
ce qui fait violence à mes perceptions et
qui questionne un instant mes fondations

cette violence un coup de talon dans la
porte et derrière la porte une planète où
mains liées je te vois qui danses nue

comme une flamme où crépite encore le soufre
et je souris d’oublier doucement ton parfum

life on other planets is difficult

Oralité – 8 : cul et fesses

Anecdote rapportée par mon amie Antique. Une mère et sa fille de trois ans sont assises dans un bus, à Faches-Thumesnil.

« J’ai mal au cul, dit la petite fille.
– On dit pas ça, la gronde sa mère : on dit, J’ai mal à mes fesses. »

Sa vacuité assidûment conjurée

s’il m’a fallu des mois pour
comprendre que cette femme
prend quand elle croit donner
c’est parce qu’elle parle si fort

de grands sujets humanistes
qui siéent à son statut social
– quand tout ce qui lui importe est

(le sait-elle seulement ?) d’être
investie par le regard des autres

sa vacuité assidûment conjurée

Ma liste

En admettant que je l’aie imaginé, je n’aurais pas osé le souhaiter : un bateau de fenêtre en coquillages. Alors j’ai décidé d’être ambitieuse, désormais, et de formuler mes désirs. Pour commencer, je voudrais un pédalo de fenêtre. Et un Iga Biva peint sur un mur de briques (si possible décrépit et difforme, à la Mickey ou Gou). Et un panonceau canin de Saint-Bernard. Et des phoques sur Rideaux et Voilages. À suivre. Merci !

Oiseaux et apophénie

J’avais dit assez d’oiseaux pour la journée mais regardez qui j’ai croisé ce matin en courant :

Et je ne parle pas du cochon… Alors, coïncidence, signe ? Vous vous doutez de quel côté balance mon esprit. J’ai donc décidé d’en rajouter. Voici des faucons.

Lawrence English ‎: The Peregrine, face A

Et Lawrence English en fauconnier (photo non créditée, sorry…)