Youyou 5

Où suis-je ?

Oh flûte, je l’ai indiqué dans le titre, quelle patate. Vous aurez donc deviné que ce splendide télésiège n’est autre que le Télésiège Córdoba d’Heuvelland, Belgique. Ce matin, j’ai couru en short dans les rafales de flocons ; j’ai des plaisirs simples.

La neige m’empêchait de distinguer les chemins et j’ai fait quelques demi-tours, ajoutant des traces de pas à mes traces de pas, les seules aux alentours si l’on exclut celles des lièvres, des oiseaux et des chevreuils.

J’ai vu un brocard, ce matin, il était dans le paysage ci-dessous mais je n’ai, encore une fois, pas eu le temps de le photographier.

C’était une belle manière de commencer la journée.

Youyou 4

Ce matin, sous la pluie, j’ai vu trois chevreuils dans les champs ci-dessous

puis un autre, solitaire, à mon retour dans le parc de la villa. Mes photos sont toutes floues. Après avoir rencontré les trois premiers, j’ai trouvé un observatoire modeste. La vue y est quasiment la même qu’à son pied. Mais c’est le geste qui compte – regarder de juste un peu plus haut, sans drone ni autres technologies mais par la simple, l’humble magie de l’escalier ou…

du télésiège <3,

qui arrive à proximité de cet authentique moulin.

Il y a ici une infinité de sentiers dans ce genre (il faut imaginer que Chab a oublié ses chaussures de marche, il n’a que des chaussures de ville à semelles plates : comment suis-je censée préparer nos itinéraires de promenade ?)

Un de ces chemins est bordé d’arbres creux, énormes, de véritables manoirs pour petits rongeurs et oiseaux nocturnes

ou pour faisanes vraiment pas farouches.

Youyou 3

Il y a des houblonnières dans les alentours, je les ai découvertes ce matin alors que j’allais visiter le Purgatoire – je me réserve pour plus tard le Coin du Loup et le Trou Perdu, dont les noms nous intriguent.

Le Purgatoire n’était pas particulièrement fascinant (on y voit certes un bunker, hélas les bunkers, ce n’est pas ce qui manque par ici) mais j’ai donc découvert à quoi ressemble une houblonnière. J’ai deviné ce que c’était quand j’ai vu au milieu des champs de Boeschepe le Camping des Houblonnières, face à ceci :

Il y a du houblon par ici mais pas de noix de coco. La boulangère du Mont Noir à qui j’ai demandé hier si elle savait où je pourrais trouver du lait de coco (dont je voulais agrémenter ma soupe de brocolis pour mes camarades et moi) m’a demandé, Ici ? Au Mont Noir ? Ce n’était pas tout à fait naïf de poser la question dans cette zone frontalière typique (elle me rappelle Mouscron, Menin et autres villes où, plus jeune, avec mes amies, nous allions passer des fins de dimanches culturels, à boire des bières, manger des frites, acheter du tabac, du chocolat ou des plantes pas cher et pousser des gloussements de collégiennes devant les poupées gonflables et autres glorieux artefacts) puisque l’on y trouve Las Vegas mais aussi le télésiège Córdoba (<3), le China Garden (hôtel restaurant), le Bahamas Kapittel et, pour les amoureux de chalets suisses, l’Edelweiss. Le lait de coco ne paraissait pas si exotique. Mais non. Mais nous avons quand même trouvé notre bonheur au Mont Noir : si les Français sont souvent cafardeux et geignards le dimanche soir, les Belges emplissent les bars dans un joyeux capharnaüm, Flamands et Wallons mélangés de tous les âges et de toutes classes sociales. J’ai emmené mes camarades au magasin Robot (déco, fête, jouets), puis Chab nous a invitées dans le bar le plus peuplé, pour une immersion parfaite. Nous avons eu de beaux fous rires et ourdi des plans très enthousiasmants, sans céder à la tentation de nous procurer un élément de déco typique (car on en trouve jusque dans les bars) ; pour ma part, j’ai eu du mal à résister :

Nous écrivons aussi, beaucoup ; si les soirées sont joyeuses, les journées sont studieuses, sinon monacales. Nous profitons aussi de la bibliothèque de la villa (une bibliothèque avec échelle), plus attirante que sa boîte à livres.

Youyou 2

Ce matin, alors que je courais dans les champs de Belgique, j’ai rencontré quatre chevreuils. Ils se sont enfuis si vite que je n’ai pas eu le temps de les prendre en photo ; il faut dire que la saison de chasse s’est achevée il y a seulement cinq jours. Je dis seulement mais pour certains fleurons de la nation, la nostalgie du fusil est déjà cuisante. Hier, alors que Chab, Adèle et moi rentrions du village, où nous étions allés acheter quelques légumes, nous avons vu un cavalier en grand apparat descendre le chemin vers la villa, s’arrêter au milieu d’une pelouse et se mettre à jouer du cor. Nous sommes resté.e.s bouche bée, c’est pourquoi je n’ai que quelques secondes de vidéo (ci-dessous) pour vous présenter le gamin le plus grotesque du monde. Deux dames qui devaient être ses grand-tantes nous ont dit qu’il s’entraînait pour la chasse à cour ; elles ont ajouté très fièrement qu’il avait appris à jouer du cor pendant le confinement (ses voisins, quant à eux, ne devaient pas avoir de fusil, quel dommage). Gars, trouve-toi une girlfriend, range ta bombe et ton cor et, par pitié, descends de ce pauvre cheval.

Ce matin, donc, des chevreuils et pas de sangliers. De la brume, pourtant, et les bois étaient si beaux que j’avais envie de m’arrêter tous les trois mètres pour prendre des photos – chaque arbre voulait me raconter son histoire.

Ici, la plupart du temps, on n’entend que des oiseaux. De temps à autres, des joggeurs fluorescents qui parlent trop fort ou une voiture qui passe en amont, mais pas tant que ça. Parfois, les oiseaux font un charmant brouhaha. Une famille a élu domicile sur la cheminée de la villa, de sorte qu’on l’entend très distinctement, dans la cuisine, ses chants et pépiements amplifiés par le conduit jusque dans la hotte qui fait office d’enceinte.

A ma grande joie, j’ai ici la compagnie des oiseaux qui font ree-pee / roo-pee (wee-pee / woo-pee) et j’ai pu en isoler un grâce au zoom de mon appareil photo. C’est bien d’une grive qu’il s’agit. J’ai passé des minutes entières à la filmer, chaque fois elle a lancé son wee-pee au moment où je baissais les bras.

Je l’ai vue alors que je rentrais du Mont Noir, où j’étais allée acheter le pain. Pour vous faire une idée d’où se trouve le Mont Noir par rapport à la villa, consultez la carte ci-dessous.

Près du bien nommé parc d’attraction Youpiland,

il y a la chapelle Notre Dame des Affliges et un panneau Télésiège. Cette photo pourrie ne le montre pas mais il n’y a pas d’accent aigu sur le e d’Affliges aussi ai-je décidé que c’était une région, les Affliges, comme les Abruzzes en Italie. Je fais ce que je veux. Quant au panneau Télésiège, il m’a donné envie de consacrer un livre à cet étonnant moyen de transport par-dessus les champs mais j’ai déjà trop de chantiers en cours. Il faudra que je revienne. Pour moi, le télésiège à la belge, c’est l’inverse du télésiège platement fonctionnel que l’on trouve en France : plus ludique mais aussi plus existentiel, il propose avant tout l’expérience immanente du télésiège.

Enfin, comme c’est dimanche, je tiens à partager ici ma rencontre avec Jésus Christ, ce matin, au détour d’un des innombrables chemins qui veinent le territoire. Il ne va toujours pas mieux mais il a un petit toit (c’est aussi très belge, j’en ai vu plein à Eupen).

Cette rencontre m’a fait fredonner spontanément la chanson (1’15) du trio féminin Alice, précisément intitulée Jésus Christ et dont voici une citation-teaser : « Personne ne sait multiplier les poissons comme Jésus Christ ».

Youyou

Ça y est, je suis chez Youyou pour un mois – chez Youyou est l’expression qu’emploient les artistes lilloises invitées à la session de Vertébrale(s) fin janvier pour désigner la Villa Yourcenar, où avait lieu notre mini résidence. Tu pars chez Youyou ? m’ont-elles dit récemment. On va te rendre visite.

Je m’y suis donc installée hier (ma chambre, c’est celle du premier étage sur la photo ci-dessus), j’ai fait une promenade dans les bois, salué Marie pleine de grâce, « Comment ça va, depuis janvier ? Quoi, quelqu’un t’a manqué de respect ? Où il est, ce méchant ? Je vais lui dire deux mots »,

écrit quelques pages, assisté au premier crépuscule de mon séjour par la fenêtre de ma chambre

puis, alors que Valentina et moi discutions en vidéo d’un projet que j’annoncerai en juin 2024 si nous (homo sapiens) sommes toujours là (je suis tombée sur des infos à la radio, la semaine dernière, je suis maintenant persuadée qu’il nous reste à tou.te.s quelques jours à vivre), les deux autres résident.e.s de ce mois de mars sont venu.e.s frapper à ma porte pour me proposer qu’on dîne ensemble. Bonne surprise : nous nous entendons bien.

Adèle : Vous reprenez un verre ?
Chab : On ne va pas laisser ça…

Ensuite de quoi j’ai attaqué les livres de poésie que j’ai empruntés à la bibliothèque de Marguerite, avant de m’endormir. Ce matin, j’ai couru dans les champs et les bois un peu avant le lever du soleil mais pas trop (je respecte désormais les rythmes biologiques de mes amies les laies ainsi que des sangliers) quand j’ai aperçu au loin quelque chose d’étonnant…

Qui a besoin d’une montagne et de pistes de ski pour se doter d’un télésiège ? Pas les Belges.

J’aime tellement la Belgique. Aussi parce que c’est un peu l’Amérique

et parce qu’on trouve des DAP un peu partout (distributeurs automatiques de patates).

Je vais être tellement bien, ici, en pleine apocalypse…

sauvages

J’ai enfin le temps de poster quelques images du livre-objet que Catherine Barsics et moi avons écrit et fabriqué au Comptoir du livre, à Liège, entre le 6 et le 11 février. Il est constitué de fragments de formes diverses, sur des papiers divers ; son titre est sauvages ; son ISBN, 978-2-931175-04-0. Nos complices pour la conception, le pliage et l’assemblage de l’objet étaient Benjamin Dupuis, Charlyne Audin, Emelyne Delfosse, Louise van Brabant et Ophélie Blanck. Je leur envoie plein d’amour, ainsi qu’à l’équipe de la librairie La Grande Ourse, Claire et Rébecca.

Voici les livres dont nous sommes parties pour construire nos textes :

Catherine et moi, ravies, à la fin de la performance du vendredi soir.

(Photos d’Ophélie Blanck)

de Liège (2)

  1. ville de Liège
  2. unité mobile de formation
  3. passerelle plongeoir
  4. escalier déconseillé
  5. cercle de rien
  6. tuyaux
  7. sens du poil
  8. tout petit cirque
  9. bitch bouche bavant…
  10. … un fleuve
  11. arbustes en forme de bennes à verre municipales
  12. ici tous les bijoux sont vendus
  13. faune d’un labyrinthe de plastique rouge et blanc
  14. la phénoménologie de l’esprit
  15. tiens, on dirait que quelque chose se prépare, par ici
  16. chevalement de comptoir
  17. labyrinthes de plastique rouge et blanc

hors du temps

Il y a un an + un jour, j’arrivais à la Factorie, Maison de la poésie de Normandie, et je proposais à mes camarades poètes qu’on se retrouve à 19h pour l’apéro – ce que nous avons fait, et nous avons parlé et dansé jusque tard ; le lendemain et les jours suivants, nous ne nous sommes pas donné rendez-vous, nous nous sommes spontanément réunis. Chaque soir, nous avons dansé ensemble, écrit ensemble, lu ensemble, cuisiné ensemble, construit, échangé, exploré. Ces dix jours auront été parmi les plus intenses, étranges et fascinants de ma vie et je sais que certain.e.s de mes ami.e.s ont vécu la même chose car nous en parlons encore parfois. Demain, ça fera un an qu’un sanglier m’a chargée dans la forêt de Bord puis que j’ai vu sa magnifique harde dévaler un vallon – ensuite de quoi Maud puis moi verrions un sanglier décapité vers le Lac des Deux Amants. Je m’attarde sur cet épisode charnière de ma vie (je veux parler de la résidence dans son ensemble), dans ma prochaine parution aux Carnets du Dessert de Lune puisqu’il s’agit de mon journal de résidence à la Factorie – plus d’infos très bientôt et je posterai ici pas mal d’inédits que nous avons écartés du recueil final.

Avec moi sur cette photo souvenir dont je ne me lasserai jamais, Catherine Barsics, Maud Thiria, Anna Serra et Emanuel Campo, de merveilleux êtres humains, de formidables poètes et de très bons danseurs. Amour éternel.

J’ai revu Anna cet été puisque j’ai passé une dizaine de jours en résidence dans sa Ferme de la poésie pulsée, La Perle ; j’ai revu Maud une fois, de passage à Paris ; toujours pas Emanuel, ni Catherine – mais elle, je la verrai bientôt, c’est sûr, et nous allons même écrire ensemble. Ce n’est pas une petite aventure qui s’annonce puisque notre ambition est rien moins que d’écrire et d’imprimer un livre afin de le présenter en performance à l’issue des cinq jours de ma résidence. Cette perspective est très euphorisante.

de la chance

Alors que je travaille sur mon manuscrit sauvage et apprends que ma Suite du sanglier pour chevrotements et chaussettes roses sera publiée au printemps prochain (plus d’infos à venir), je tombe sur des articles qui me font rire aux éclats :

« La probabilité de croiser un sanglier lors d’une balade en forêt est infime, voire inexistante. (…) Leçon 1 : si vous avez la chance d’observer un sanglier en forêt, savourez le moment car c’est extrêmement rare. » (Le Républicain Lorrain, 2017)

« S’il vous arrivait de rencontrer un sanglier lors d’une promenade en forêt et qu’il vous attaque, dites­-vous alors que la chance vous a quitté définitivement. » (Le Journal du Centre, 2018)

Or ma fracassante rencontre avec un sanglier dans la forêt de Bord, le 12 janvier dernier, a précédé d’une heure à peine la vision sublime et inoubliable d’une harde entière dévalant un vallon et a aussi ouvert de manière flamboyante l’une des plus belles années de ma vie. Donc je suppose que ces deux phrases sont également vraies, si l’on fait fi du définitivement – et à ceci près que la première ne concerne sans doute pas les hominidés teubés qui courent à l’aube dans la brume, comme c’était mon cas.

(le lieu de la rencontre musclée, pris en photo avec mon téléphone quelques secondes avant la rencontre musclée + quelques minutes après un pipi nature décomplexé en plein habitat des autres)