/ 3 : Munificence

Nous avons mangé nos premières cerises de l’année à Méricourt, c’était le 6 juin, ensuite nous nous sommes arrêtées à chaque cerisier sur les véloroutes, les chemins de halage et les terrils pour comparer les variétés ; après les cerises, nous avons attaqué les mûres, puis les mirabelles, puis les poires et les pommes, et le sureau pour les confitures. Tout l’été nous n’avons eu qu’à tendre le bras au fil de nos promenades pour prendre notre goûter, nous avons fait la cueillette avec des sacs en papier, des boîtes en plastique, des sacs en tissu. Nous avons fait des confitures et des crumbles. Nous déplorons cependant le manque de framboises.

(Sur des terrils de Grenay, Hénin-Beaumont et Fouquières.)

/ 3 : Ma prairie mellifère

Dans mon journal de confinement, à JC+46, je montrais cette étape quelque peu désespérante de mon entreprise de terrassement. C’était l’époque où ma voisine me disait, « Tu n’en viendras jamais à bout ».

Désormais, elle me remercie régulièrement pour le parfum de ma prairie mellifère, qui parvient jusque chez elle. Les abeilles, bourdons et papillons sont heureux ici, comme je l’avais rêvé. Chaque jour, de nouvelles surprises éclosent. Quant au potager, il m’a donné quantité de tomates tout l’été. Chaque semaine, je passe des heures les mains dans la terre et ça a plus de sens à mes yeux que toutes les choses auxquelles on est censé aspirer mais qui ne me concernent plus le moins du monde. Je rentre toujours sale et crevée de mon jardin, puis je dors bien.

/ 3 : La modernité (1)

Oui, (1), parce que la modernité se décline à l’infini dans le bassin minier. J’espère que jamais ces détails délicieusement rétro ne cèderont la place au design aseptisé des grandes villes, j’espère que nous ferons toujours bloc plouc contre l’uniformisation déprimante du paysage – qui est un reflet encore plus déprimant de ce qu’est en train de devenir le monde. Ce matin je me suis emportée en apprenant qu’une école d’archi oblige ses étudiants à s’inscrire sur un réseau social pour être informé de tout ce qui concerne ses études ; le jour où on sera obligé de passer par Amazon pour s’alimenter, j’espère que j’aurai atteint l’autosuffisance grâce à mon petit potager.

(Libercourt, Bully-les-Mines, Grenay.)

/ 3 : They live

(Photos prises à Lens, Hénin-Beaumont et Lille ; cette dernière date d’une autre vie, d’où son noir et blanc. Vous aurez noté que depuis mon emménagement dans le bassin minier, la couleur est beaucoup plus présente dans mes petites photos, de même que les formats larges, une tendance au 16/9 qui en dit long sur l’ouverture que m’apporte le passage d’une métropole surpeuplée à presque la campagne – mais aussi, je l’admets volontiers, mes fiançailles avec ma moitié, pour employer un terme kitsch mais approprié puisqu’en sa compagnie je me sens complète pour la première fois de ma vie.)

/ 3 : Dead teddies

Ils avaient été le gros lot, ils avaient souri de toute leur peluche colorée d’avoir été choisis au stand de tir, ils avaient occupé une place et demie sur la banquette arrière au retour de la fête foraine et les voici aujourd’hui reniés, avilis, humiliés, volumineux témoins de l’humaine inconstance dans des paysages ruinés par l’humaine permanence.

/ 3 : Vous ici

Au début de l’été, j’ai fait du ménage sur ce blog, supprimé pas mal de choses et réagencé légèrement ce que je conservais ; j’ai aussi remis de vieilles séries en ligne sous une forme nouvelle et aujourd’hui j’inaugure une nouvelle rubrique intitulée / 3 (ce n’est pas un code ou symbole de sms ni rien de ce genre, juste un bon vieux « par trois »). J’y célébrerai en triptyques la vertigineuse splendeur du trivial, du détail et du vide exact. Notre premier trio ne déparerait pas les séries consacrées à la faune et à la flore dans la rubrique Kitsch & lutte des classes et je suppose que lors d’un prochain remaniement ils entreront dans ce type d’inventaire, non plus consacré à la métropole lilloise mais au bassin minier du Pas-de-Calais.

(Photos prises à Liévin, Méricourt et Annay-sous-Lens – la troisième en lumière artificielle à 6h12 du matin, d’où son flou, que vous voudrez bien considérer avec indulgence ; je la remplacerai à l’occasion.)