Sort et ressort (3)

Quand il s’est avéré que l’appareil photo était dans le coma, ce matin, j’ai dû réviser mon théorème et compter le nombre de choses qui ne sont pas de mon ressort en cette vie. J’étais à court de subterfuge. Même l’endorphine a baissé les bras. Quand on pleure en courant, ça fait comme une petite crise d’asthme. Alors ok. Ok, sort > ressort. Filez-moi une arme à feu en état de fonctionnement.

Sort et ressort (2) : la logique

Prier, c’est plus compliqué quand on a oublié la carte mémoire de l’appareil photo et que le téléphone portable est totalement déchargé. Qu’allez-vous dire ? Que le sort s’acharne contre moi ? Je continue d’affirmer qu’il n’existe rien de tel que le sort*. Il n’est plus question dans cette expérience malheureuse d’opposer sort et ressort comme je le faisais hier dans Prière n° 6 : sort et ressort, j’en ai bien conscience, puisque aujourd’hui, il n’y avait aucun support possible. C’était comme prier (ou courir, d’ailleurs) sans genoux. Il y a des limites à l’invention et à la volonté. Cette déconvenue invalide-t-elle mon théorème d’hier, selon lequel sort ≠ ressort ? Oui et non, puisque si je suis rentrée sans prière de cette course à pied, je l’ai précisément mise à profit pour affiner mon théorème :

* Quand tu as perdu ton Eurydice, tu n’es pas distrait(e), toi ? Eh bien moi, si. J’avais également oublié mes mouchoirs en papier, si tu veux tout savoir.

Des feux

Mon nouveau projet avance et me procure beaucoup de joie. Je l’ai lancé au moment où je sentais que j’aurais besoin de lui pour tenir debout et ça fonctionne : je suis debout. Mon planning et ma boîte de réception sont le théâtre d’un beau petit feu d’artifice, ces jours-ci, car cette expérience d’écriture m’amène à travailler avec la collaboration d’une cinquantaine de personnes, dont une chienne – mais pas n’importe laquelle, il s’agit de Silzig, en photo ci-dessous, qui est la colocataire de notre amie Joëllyne. Merci à eux tous pour leur enthousiasme et les si belles choses qu’ils me livrent. J’ai de la chance.

Pauline et Likaki

Un problème technique très complexe (la touche « Envoyer », me semble-t-il) m’amène à poster aujourd’hui une version alternative du billet révolutionnaire initialement mis en ligne hier. Reprenons les déclarations fracassantes de Pauline et changeons-les de contexte.

« Il y a du sésame dans mon shooter. »

« C’est au minimum, je ne supporte plus. »

« Je préfère avec le doigt. »

Maintenant, je vous présente Likaki (≠ Ligue de karaté-do de Kinshasa : c’est grec), personnage dessiné par Pauline – l’ébauche d’une première collaboration artistique au sein de Faire salon ?

Og

J’avais une discussion avec mon Antique, cette semaine, quand j’ai pris conscience que l’échec du langage est un fil thématique qui traverse la plupart de mes livres (il va de pair, au fond, avec l’une de mes bonnes vieilles obsessions, l’échec du collectif). Je vous restitue cette discussion dans toute son oralité, vous m’en pardonnerez.

Antique : Quand on te dit quelque chose, tu le crois, en fait ?
Moi : Ben oui.
Antique : Ben voilà.
Moi : Ben quoi ? Sinon à quoi servirait le langage ?
Antique : …
Moi : Antique ? J’ai dit une bêtise ?

Dans La vie effaçant toutes choses, mon livre à paraître le 15 mars de cette année, certains de mes personnages ont une approche très critique du langage oral – de même qu’Elina dans La vitesse sur la peau, roman pour adolescents dont voici un extrait :

« Je ne regrette pas de ne plus parler, ça m’évite au moins de dilapider les mots comme le font la plupart des gens. Ils emploient des phrases pour d’autres, comme quand ils demandent « Ça va ? » au lieu de tout simplement dire « Bonjour », alors qu’ils se moquent de la réponse. S’ils s’en souciaient, ils ne me poseraient pas la question, puisqu’il est assez évident que non, ça ne va pas. Le simple fait de s’adresser à des individus qui ne sont pas susceptibles de répliquer prouve qu’ils ne s’intéressent pas vraiment à eux. Ils ne font que brader le langage. »

J’ai remonté ce fil jusqu’à mes premières tentatives d’écriture, à l’adolescence. Parlant de cette époque dans ce qui aurait pu être la préface du Zeppelin (version 5 – c’est la 6 qui a été publiée), j’écrivis un jour ceci :

« Par périodes, elle ne peut envisager de pureté qu’au prix du langage. La parole est une prolongation du corps, en est une émanation, une sécrétion ; une sécrétion est sale. Adolescente, elle écrit une nouvelle qu’elle reprendra plusieurs fois par la suite sans jamais en être totalement satisfaite. La narratrice de ce texte inabouti refuse radicalement de se rouler dans la fange de ses propres mots, non pas après avoir trahi un secret, s’être couverte de ridicule par des discours stupides ou incohérents, ni après avoir vécu le genre de situation où les mots deviennent inopérants, mais simplement après avoir tapé une mauvaise lettre à la machine, un g à la place d’un h, dans une bête interjection : la nouvelle s’intitule d’ailleurs Og. Ce mot, aussi laid qu’incongru, fait basculer la jeune fille dans une forme de folie, un rejet du langage tel qu’elle finit par se couper la langue. »

Je ne vais pas recenser tous mes passages sur le sujet mais voici un extrait d’un texte à ce jour inédit :

« J’ai tendance à estimer que rien ne mérite d’être dit, comme si j’avais déjà tout entendu plusieurs fois, assez pour percevoir le creux sous les mots : dans les conversations fondées sur des approximations et de rassurants clichés, dans les discours des érudits, ou encore dans la mascarade verbale de tous les jours, cette sollicitude qui fait des couples et des familles des charrues que l’on traîne à la force du cou, les Qu’est-ce que tu veux manger, ce soir ? et les Qu’est-ce que tu as envie de faire, maintenant ? et les Je ne sais pas, Je ne sais pas, ces étouffantes politesses du vide face au vide dont je me demande toujours pourquoi elles ne rendent pas totalement fou le sujet désespéré d’avoir à choisir entre une chose et une autre alors qu’elles ne présentent aucune différence à ses yeux – car s’il existait des options satisfaisantes, confierait-on à un autre que soi la responsabilité du choix ? »

Me revoici donc dans cette thématique avec La vie effaçant toutes choses. Deux brefs extraits :

« N’y a-t-il rien à se dire, en ce monde, qui justifie que l’on ait inventé le langage ? »

« De cette platitude, elle se serait bien passée, comme elle se passe toujours volontiers des mots résiduels (C’est clair), des fioritures rhétoriques (Ce sont tes nouvelles lunettes ?), des expressions toutes faites (Chacun fait ce qu’il peut) et des figures éprouvées. »

(À suivre…)

Beauté divine

Je vous ai montré assez de gens allongés par terre avec leurs violons, violoncelle, clarinette basse et autres. Cet après-midi encore, ils m’ont donné des frissons. Les voici debout, au YPC.

(Je ne vous les présente plus, vous les avez déjà vus ici.)

Maintenant, voici le groupe des plus jeunes choristes du YPC, avec Meredith Monk et Allison Sniffin. C’était tellement beau que nous étions quelques-uns à pleurer.

(Meredith Monk, Allison Sniffin et Adedayo, l’une des solistes du groupe des plus jeunes.)

(Le groupe au grand complet, accomplissant des prouesses vocales avant de bouger dans l’espace en plus.)

(Meredith Monk avec Tenzin, Carter et Adedayo, nos merveilleux solistes.)

Skeletons

Une semaine avant la première au Lincoln Center, c’était électrique cet après-midi au YPC. Tout le monde est épuisé mais encore plus survolté. Francisco J. Nuñez dansait en dirigeant le chœur – ça ne se voit pas sur la photo ci-dessous, toutes celles sur lesquelles il danse étant nécessairement floues.

Nous avons eu la visite d’Ellen Fisher (assise ici auprès de Meredith Monk), qui a reproduit rien que pour moi, sous le regard perplexe de l’assemblée, la chute qui me fait tant rire dans Skeleton Lines – je vous en ai déjà posté la vidéo sur ce blog, peut-être même plusieurs fois, mais si vous êtes passés à côté, je suis gentille, la revoici (le squelette Ellen chute vers 2’20, au cas où vous seriez pressés – ce serait bien dommage) :

(L’on voit également dans la vidéo Katie Geissinger, que je côtoie pas mal aussi ces derniers jours.)

Biscuits

Ce soir, la répétition d’Ascent s’est faite au DiMenna Center for Classical Music*, en effectif complet : Meredith Monk était accompagnée de ses complices Katie Geissinger, Allison Sniffin** et Bohdan Hilash, de David Cossin (de l’ensemble Bang On A Can), du quatuor ACME et de 75 jeunes du Young People’s Chorus sous la direction de l’extraordinaire Francisco J. Nuñez**. C’était beau à pleurer.

(De gauche à droite, Aaron, heureux soliste du YPC ; de dos, Bohdan Hilash soufflant dans un instrument dont je serais bien en peine de vous dire le nom, et Ben, violoniste de ACME ; Meredith Monk, Allison Sniffin et Zaccharia, autre heureux soliste du YPC ; en arrière-plan, une partie du chœur***.)

* Ce fut ainsi l’occasion, si j’ose dire, de reprendre le métro à Penn Station alors qu’un match allait commencer au Madison Square Garden : à mon corps défendant, j’ai donc fait connaissance avec le New York où l’on se bouscule sur les passages protégés, avec les métros bondés où des enfants baveux écrasent des biscuits sur autrui et avec les lourdauds auxquels il est bien commode de dire, Désolée, je ne parle pas anglais.
** Je commence à penser sérieusement qu’Allison Sniffin ferait un excellent sujet de livre. Et aussi Francisco J. Nuñez et son incroyable école, qui réconcilierait presque avec l’humanité.
*** Bientôt, tout ce petit monde aura ses costumes ; ce soir, Yoshio Yabara, costumier de Meredith depuis toujours, était là, lui aussi.

Light and fast

Aujourd’hui, je me suis perdue en courant dans les rues de Brooklyn ; hélas, j’avais oublié mon appareil photo (une première) et je ne peux donc vous faire partager aucune de mes découvertes. Ensuite, j’ai écrit sept pages Word et un certain nombre dans mon carnet. Cette affaire se présente bien. Puis, grâce à Skype, j’ai participé (en léger décalage horaire) à mon traditionnel apéro du dimanche soir avec mes amies et mon amoureuse. Ce soir (ce qui était vraiment le soir pour moi), j’ai assisté à une répétition dans le loft de Meredith Monk. L’effectif change selon les répétitions et cette fois j’ai savouré mes frissons en écoutant Meredith et l’excellente Allison Sniffin (sa collaboratrice de longue date – 1996 pour être exacte – et par ailleurs un personnage assez fascinant) accompagnées (à moins que ce ne soit l’inverse) par un quatuor à cordes issu de l’ensemble contemporain ACME. Ils reprenaient Ascent, le sublime final de Songs of ascension, sans doute l’un des morceaux les plus accessibles de Meredith Monk pour le profane. Encore une fois, il fut question d’occuper l’espace.

Vous ne connaissez pas Ascent ? En voici un extrait, dans une autre configuration – c’est à la toute fin du montage, à 7’37, mais je ne peux que vous encourager à tout regarder, c’est magnifique.

Premier jour avec Meredith Monk

Je n’ose pas poster les photos où l’on voit particulièrement bien Meredith Monk : elle m’a autorisée à prendre des photos, mais je n’ai pas parlé de mon blog – bon, j’ai tout de même été félicitée pour ma discrétion, qui m’a valu de siéger à la droite de la grande dame tout au long de cette journée de répétitions avec le Young People’s Chorus de New York. Je ne vais pas tout vous raconter, je vais maintenant écrire ce que j’ai vu et vécu, je suis là pour ça – dix pages de notes dans mon carnet en six heures – et je tâcherai de faire ainsi chaque jour. Demain soir, répétition dans le loft mythique de M.M. Quelques vagues images tout de même, en attendant un vrai aval de la principale concernée.

(Katie Geissinger, Francisco J. Nuňez, Meredith Monk et quelques membres du Young People’s Chorus, quasi de dos.)

(Les plus jeunes gens du YPC – le benjamin, Caleb, a huit ans -, répétant avant l’arrivée de Meredith Monk.)

(Meredith Monk joue de la guimbarde tandis que les jeunes occupent l’espace – vaste projet – ; de part et d’autre, deux des solistes de Dancing voices, Carter et Tenzin.)