Je reviens

Je parlais avec Anton ; son accent de l’est était aussi prononcé que mon accent français et nous ne cessions de nous faire répéter des mots ; cette circonstance ne faisait qu’épaissir l’ennui de nos échanges et je m’apprêtais à partir. D’une brève exclamation, Hørdis a coupé Anton au milieu d’une phrase. Elle fixait un point derrière moi. J’ai tourné la tête pour voir ce qu’elle regardait, ignorant que ma vie suivrait cette rotation et basculerait sans que je puisse rien faire pour la remettre dans son axe. J’ai dit, Excusez-moi, je reviens, et je ne suis pas revenue.

Je pense que ce basculement et d’autres (comme il s’en produit tant, de relative ampleur) seront au cœur du roman que j’écrirai bientôt, dès que j’en aurai fini avec les corrections de mon recueil de nouvelles, à paraître à L’Olivier en 2018 (mon livre le plus désespérément sombre à ce jour) et avec mon projet sur Meredith Monk.

Beauté divine

Je vous ai montré assez de gens allongés par terre avec leurs violons, violoncelle, clarinette basse et autres. Cet après-midi encore, ils m’ont donné des frissons. Les voici debout, au YPC.

(Je ne vous les présente plus, vous les avez déjà vus ici.)

Maintenant, voici le groupe des plus jeunes choristes du YPC, avec Meredith Monk et Allison Sniffin. C’était tellement beau que nous étions quelques-uns à pleurer.

(Meredith Monk, Allison Sniffin et Adedayo, l’une des solistes du groupe des plus jeunes.)

(Le groupe au grand complet, accomplissant des prouesses vocales avant de bouger dans l’espace en plus.)

(Meredith Monk avec Tenzin, Carter et Adedayo, nos merveilleux solistes.)

Skeletons

Une semaine avant la première au Lincoln Center, c’était électrique cet après-midi au YPC. Tout le monde est épuisé mais encore plus survolté. Francisco J. Nuñez dansait en dirigeant le chœur – ça ne se voit pas sur la photo ci-dessous, toutes celles sur lesquelles il danse étant nécessairement floues.

Nous avons eu la visite d’Ellen Fisher (assise ici auprès de Meredith Monk), qui a reproduit rien que pour moi, sous le regard perplexe de l’assemblée, la chute qui me fait tant rire dans Skeleton Lines – je vous en ai déjà posté la vidéo sur ce blog, peut-être même plusieurs fois, mais si vous êtes passés à côté, je suis gentille, la revoici (le squelette Ellen chute vers 2’20, au cas où vous seriez pressés – ce serait bien dommage) :

(L’on voit également dans la vidéo Katie Geissinger, que je côtoie pas mal aussi ces derniers jours.)

Biscuits

Ce soir, la répétition d’Ascent s’est faite au DiMenna Center for Classical Music*, en effectif complet : Meredith Monk était accompagnée de ses complices Katie Geissinger, Allison Sniffin** et Bohdan Hilash, de David Cossin (de l’ensemble Bang On A Can), du quatuor ACME et de 75 jeunes du Young People’s Chorus sous la direction de l’extraordinaire Francisco J. Nuñez**. C’était beau à pleurer.

(De gauche à droite, Aaron, heureux soliste du YPC ; de dos, Bohdan Hilash soufflant dans un instrument dont je serais bien en peine de vous dire le nom, et Ben, violoniste de ACME ; Meredith Monk, Allison Sniffin et Zaccharia, autre heureux soliste du YPC ; en arrière-plan, une partie du chœur***.)

* Ce fut ainsi l’occasion, si j’ose dire, de reprendre le métro à Penn Station alors qu’un match allait commencer au Madison Square Garden : à mon corps défendant, j’ai donc fait connaissance avec le New York où l’on se bouscule sur les passages protégés, avec les métros bondés où des enfants baveux écrasent des biscuits sur autrui et avec les lourdauds auxquels il est bien commode de dire, Désolée, je ne parle pas anglais.
** Je commence à penser sérieusement qu’Allison Sniffin ferait un excellent sujet de livre. Et aussi Francisco J. Nuñez et son incroyable école, qui réconcilierait presque avec l’humanité.
*** Bientôt, tout ce petit monde aura ses costumes ; ce soir, Yoshio Yabara, costumier de Meredith depuis toujours, était là, lui aussi.

Light and fast

Aujourd’hui, je me suis perdue en courant dans les rues de Brooklyn ; hélas, j’avais oublié mon appareil photo (une première) et je ne peux donc vous faire partager aucune de mes découvertes. Ensuite, j’ai écrit sept pages Word et un certain nombre dans mon carnet. Cette affaire se présente bien. Puis, grâce à Skype, j’ai participé (en léger décalage horaire) à mon traditionnel apéro du dimanche soir avec mes amies et mon amoureuse. Ce soir (ce qui était vraiment le soir pour moi), j’ai assisté à une répétition dans le loft de Meredith Monk. L’effectif change selon les répétitions et cette fois j’ai savouré mes frissons en écoutant Meredith et l’excellente Allison Sniffin (sa collaboratrice de longue date – 1996 pour être exacte – et par ailleurs un personnage assez fascinant) accompagnées (à moins que ce ne soit l’inverse) par un quatuor à cordes issu de l’ensemble contemporain ACME. Ils reprenaient Ascent, le sublime final de Songs of ascension, sans doute l’un des morceaux les plus accessibles de Meredith Monk pour le profane. Encore une fois, il fut question d’occuper l’espace.

Vous ne connaissez pas Ascent ? En voici un extrait, dans une autre configuration – c’est à la toute fin du montage, à 7’37, mais je ne peux que vous encourager à tout regarder, c’est magnifique.

Premier jour avec Meredith Monk

Je n’ose pas poster les photos où l’on voit particulièrement bien Meredith Monk : elle m’a autorisée à prendre des photos, mais je n’ai pas parlé de mon blog – bon, j’ai tout de même été félicitée pour ma discrétion, qui m’a valu de siéger à la droite de la grande dame tout au long de cette journée de répétitions avec le Young People’s Chorus de New York. Je ne vais pas tout vous raconter, je vais maintenant écrire ce que j’ai vu et vécu, je suis là pour ça – dix pages de notes dans mon carnet en six heures – et je tâcherai de faire ainsi chaque jour. Demain soir, répétition dans le loft mythique de M.M. Quelques vagues images tout de même, en attendant un vrai aval de la principale concernée.

(Katie Geissinger, Francisco J. Nuňez, Meredith Monk et quelques membres du Young People’s Chorus, quasi de dos.)

(Les plus jeunes gens du YPC – le benjamin, Caleb, a huit ans -, répétant avant l’arrivée de Meredith Monk.)

(Meredith Monk joue de la guimbarde tandis que les jeunes occupent l’espace – vaste projet – ; de part et d’autre, deux des solistes de Dancing voices, Carter et Tenzin.)

House Foundation

Peter appelle ses bureaux « The cave » ; l’on y trouve une documentation audio, vidéo et picturale incroyable sur Meredith Monk. En voici trois images, dont, au milieu, la première photo qui me montre en présence de Meredith Monk, si on veut – je la rencontre en vrai demain, j’assiste à ses répétitions de 10 à 16 h. J’ai oublié que je ne parlais pas très bien anglais et c’était fluide et je ne cherchais pas mes mots (ni à avoir un accent décent, notez bien) ; Peter est un homme charmant et drôle. J’ai aussi rapporté de la House Foundation des documents qui me seront très utiles. Désormais, je dispose du calendrier de Lucien, David, Pauline et de Meredith Monk. Je fais collection : stars de Lille et de New York, envoyez-moi le vôtre, par pigeon s’il vous plaît.

La peau

j’ai mes genoux des grands jours
pochés et pelés
nous avons bien dansé encore
une fois au bord
d’un nouveau précipice
pauvres corps vieillissants
faisandés dedans
nous avons gesticulé pour
défier la mort cependant
que nous râpions nos genoux
sur son indifférence

ce midi les champs scintillent
sous le ciel changeant
mes cheveux gouttent
mon visage ruisselle
sur mes lèvres en perles de sel
il n’y a vraiment que nous ici

je cours dans les ombres étroites
des rues estivales pourtant
jamais ma peau n’a présenté
une teinte si dorée
je la regarde avec étonnement
comme si ce n’était pas la mienne
et que ce n’était pas moi dedans
– cette dense masse de silence
épuisée d’avoir essayé
dans des spasmes maladroits
de bruisser un peu parfois

Il n’y a aucune logique dans tes déplacements

J’ai écrit le poème ci-dessous en 2003 ; je l’accompagne d’une photo, Hello darling, que j’ai prise la même année à Lille, et d’une musique que j’écoutais alors de manière obsessionnelle. Ce poème a trouvé une forme abrégée dans mon recueil La fin du chocolat, parue aux Carnets du Dessert de Lune.

mes jambes sont mon cheval
mon index mon sabre je vais
CHARGER

mes jambes mangent très vite
le bitume comme des herbes hautes sous un train

tu es à tous les coins de rue jusqu’à ce que je les atteigne
tu es au prochain coin de rue tu es le prochain coin de rue

you stand every next corner till I get there
you are a tomorrow that chases another

tu es à chaque prochain coin de rue
jusqu’à ce que je l’atteigne
tu es un demain qui en chasse un autre

footsteps / lifetime / the gum of my shoes
I point to everywhere you could be
gonna charge gonna CHARGE

in the faraway, you know

my legs a bike my legs a horse
and it’s drunk
each step feels like closer to you but it’s a lie

mes jambes un vélo mes jambes un cheval
dessinés à la craie sur le tapis de merde
(the way you ride it when you’re drunk)

you don’t have to hide cause I don’t know how to search
anyway

your absence seems to have a will
like a person has like it hated me but
wha-what have I done to your absence ?
what
– what have I done to you, bitch ?

pas la peine de te cacher
je ne sais pas chercher de toute façon

you stand every next corner till I get there
you a tomorrow that chases another
the gum of my shoes
each corner chasing another
in the faraway, you know

my legs a bike my legs a horse and it’s drunk
this step feels like closer to you but it’s a lie

I love you cause there’s no logic in the way you move
go to places I’m not (go to places I’m never)

breaking my legs is what I can’t afford
mon amour n’étant que jambes pour toi
my love being but legs for you

my love is chalk footsteps on the carpet
c’est une fugue, c’est une suite
it’s that sparkle in my feet

aren’t you ever tired of walking ?
une fugue une suite and I’m playing the flute
(meanwhile, je respire discrètement par le nez)
je porte des chaussures de sport bien aérées


Robert Wyatt : Alifib

J’ai toujours cru que je respirais discrètement

Je cherchais tout à l’heure un poème que j’ai écrit en 2004 ; j’ai donc sorti des dossiers cartonnés de mes archives et non seulement j’ai retrouvé ledit poème, que je vous livrerai bientôt si vous m’envoyez assez de pigeons pour me montrer votre motivation, mais j’ai aussi redécouvert le manuscrit extrêmement protéiforme dont il était extrait. Je l’avais un peu oublié, en tout cas je ne me rappelais pas son titre. C’était « Sur les jambes », ce qui recoupe mes préoccupations actuelles ; le manuscrit se découpait en trois livres, dont le premier s’intitulait déjà « Je respire discrètement par le nez ». J’en ai parcouru un certain nombre de textes et me suis rendu compte, avec une fascination mêlée de découragement, que j’ai toujours écrit la même chose, quoique sous d’autres formes. Voici les couvertures des trois livres de Sur les jambes, illustrées par mes soins (je peignais beaucoup, à l’époque, j’y passais la plupart de mes soirées – ne chargez pas vos pigeons de messages du type « Tu fais mieux de boire l’apéro », je le sais déjà , merci).

Et Brother James de Sonic Youth, qui reflète parfaitement la tonalité du manuscrit.