Pas de zéphyrs (36) pour les mal assis, là (50)

Alors que je rentrais de mon footing, ce matin, j’ai été témoin de scènes intimes qui m’ont profondément émue. Ces Mal assis solitaires ne savaient pas que trois cents mètres à peine les séparaient de leur âme sœur, c’était déchirant à observer (ce qui ne m’a pas empêchée de prendre des photos plutôt que d’œuvrer à leur rapprochement, certes, mais qui suis-je pour contrarier Heaven’s plans* ? et si je décide de ne pas interférer avec le destin de ces fauteuils, autant que leur solitude actuelle soit l’occasion de vous divertir…)

(Rue du Professeur Calmette et rue Camille Guérin, Lille.)

Puis j’ai croisé une famille de Mal assis. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, ça vous fait rêver, vous ?

(Rue d’Arras, Lille ; oui, la photo est floue, je sais, mille excuses.)

* Somebody loves me, chanson de Gershwin (paroles de Ballard MacDonald et Buddy DeSylva).

When this world began
It was Heaven’s plan
There should be a girl/man/armchair for every single girl/man/armchair
(panachez selon vos inclinations personnelles, merci)
To my great regret
Someone has upset
Heaven’s pretty program for we’ve never met

Voici la version d’Aileen Stanley (1924) :

Mal assis, là (49) : Espace seniors

Je me plains à tort du jeunisme dans la métropole lilloise et je tiens à m’excuser d’être parfois si péremptoire. Quelle émotion n’ai-je pas ressentie ce matin en découvrant cet espace seniors perché sur l’A25, à Faubourg de Béthune (limite Loos) !

Je n’ai pu m’empêcher de le parcourir d’une foulée coupable, non tant par goût des espaces qui ne me sont pas réservés (hihi) que pour constater ce qui m’attendra dans quelques années si je ne réussis pas à quitter cette ville avant ce que l’on appelait autrefois la carte Vermeil – auquel cas je jure de chanter chaque jour, assise dans ce parc, You’ll never leave Harlan alive* en m’accompagnant à la guitare. Mais n’anticipons pas, comme dirait le roi Ménélas (l’époux de la reine, poux de la reine, poux de la reine**), pour l’instant j’ai simplement visité ce parc, eh bien ce n’est pas si mal : nos seniors peuvent faire un peu d’escalade. « Non, les enfants, ces jeux ne sont pas pour vous. Mathis, Léa, descendez, laissez la place à Ginette et Gaston. »

On y est aussi très bien assis, tout contre le mur antibruit, comme nous le savions déjà puisque cette image figurait dans le troisième épisode de notre série Mal assis, là (dont on n’aurait pas imaginé alors qu’elle connaîtrait un tel succès). Notons qu’à l’époque, le parc n’était pas encore réservé aux seniors. Nous omettions cependant de préciser que ce banc est situé à 60 mètres de la rue du Mal assis, à vol d’oiseau (de l’autre côté de l’autoroute, en fait, tout simplement).

* Ruby Friedman avec Nick Page : You’ll Never Leave Harlan Alive

** Jacques Offenbach : La Belle Hélène, « Le couplet des rois »

Mal assis, là (48)

Nous avons déjà évoqué le confort dans l’exercice du deal. Deux des trois salons en plein air ci-dessous sont des repaires de mauvais garçons – que cela reste entre nous. Le premier se trouve à l’entrée d’une rue condamnée, à Roubaix. Quand le Scarface du coin m’a demandé ce que je photographiais, j’étais heureuse de pouvoir dire : Le chat. De l’enfilade de jardins en friche à l’arrière des maisons sortaient des fantômes émaciés et titubants. J’ai dit au revoir et bonne fin de journée. J’ai tâché de ne pas me retourner 37 fois avant d’avoir atteint le coin de la rue, mais c’était un gentil Scarface.

(Photos prises à Roubaix, donc, à Wazemmes et à Ronchin.)

L’art (52)

J’ai découvert à Pérenchies cette œuvre d’art qui semble plutôt mal assise et j’ai profité de ce que ses heureux propriétaires sont manifestement partis en vacances pour la prendre en photo sans risque de désagréments – quand je suis prise sur le fait, je suis généralement confrontée à deux types de réaction : 1. des regards suspicieux, voire hostiles, quand les propriétaires ou locataires pensent que je fais des repérages pour voler nuitamment leurs œuvres d’art, sabots de façade et autres chalets du nord (or je sais apprécier la beauté sans souhaiter la posséder – je vous en prie, gardez ces zéphyrs embrasés, ces Mickey maison, il me suffit pour être heureuse de pouvoir venir les voir parfois comme d’autres vont au musée) ; 2. la phrase « Ça ne se fait pas de prendre la maison des gens en photo », à laquelle il y aurait beaucoup à objecter, références culturelles et articles de loi* confondus – par ailleurs, vous admirerez la formule « la maison des gens » ; elle m’évoque des concepts communistes tels que le Palast der Republik à Berlin ou la Maison du Peuple à Bruxelles.

* La Cour de cassation a décidé dans l’arrêt n° 516 en date du 7 mai 2004 que « Le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci ; il peut toutefois s’opposer à l’utilisation de cette image par un tiers lorsqu’elle cause un trouble anormal ». Quel trouble anormal ce blog pourrait-il causer à vos Rideaux & Voilages ou à tout autre de vos biens matériels par ailleurs fièrement exposés aux regards des passants, je me le demande bien.

Rotterdam : (Pas trop) mal assis, là (47)

Je ne vais pas mentir : l’on s’assied plutôt bien à Rotterdam. Devant chaque maison, des sièges confortables, parfois des salons de jardin à part entière sur les trottoirs, cernés de plantes et tout particulièrement de roses trémières ; beaucoup de bancs avec tablette centrale, aussi ; très peu de plastique – nous sommes plus dans une tendance nature, bois, rotin. Dans les parcs, des bancs et tables de pique-nique comme neuves (accord de proximité, les gars), où le design ne fait pas mal aux fesses. Je pense avoir trouvé la ville du bien-asseoir, ou du moins l’une d’elles (l’on se rappellera que j’ai trouvé très peu de mal assis à Brooklyn). Cependant, que serait une série National Geo sans ses Mal assis, là ? Je craignais des représailles de votre part, aussi ai-je photographié quelques sièges et configurations qui m’ont charmée.

Le vide exact (27) / Mal assis, là (46) : Spécial Ronchin

Ce n’est pas parce que je prends trois jours de vacances que je compte manquer à tous mes devoirs. En attendant de vous présenter mon Rotterdam, je vais vous parler de Ronchin et de quelques autres bidules, vous verrez (je les planifie aujourd’hui – dimanche – pour partir l’esprit tranquille). Ronchin est l’une des villes dans lesquelles mon sens du vide exact s’est aiguisé au fil des années (sans doute en partie parce qu’il m’est apparu, à l’époque où j’y vivais, que je cherche dans les petites villes ouvrières où j’aime courir l’écho de celles où j’ai grandi). Cette double rubrique vous invite aujourd’hui à vous questionner sur la dimension particulière que prennent les mauvaises assises, là dans le vide exact – soit un sujet d’étude que je vous ai déjà suggéré l’été dernier, ici et .

Mal assis, là (45) : Pas si mal

J’habite au cœur du stupéfiant business local, et ce n’est pas une mince affaire quand on sait que Lille a été soupçonnée cette année (à tort ou à raison, je l’ignore) d’être la principale plaque tournante de la drogue en Europe. La plupart du temps, les très jeunes messieurs qui en font ici commerce se tiennent debout, acculés aux appuis de fenêtre ou groupés autour des poubelles pour pouvoir s’y accouder ; là, ils sifflent des Caprisun dont ils lâchent ensuite indolemment les pochettes vides sur les trottoirs ou les capots des voitures. Un matin, la semaine dernière, je pars courir quand, au coin de la place, je découvre ce petit fauteuil ; je fais une photo, bien évidemment. Hélas , de retour chez moi, deux heures plus tard, je me rends compte qu’elle est floue. Je me dis que c’est dommage, que ç’aurait pu être une bonne photo.

Quand je reviens au coin de la place dans l’espoir de pouvoir la refaire, c’est trop tard : l’un des dealers de la place s’est emparé du siège. Désormais (cela dure maintenant depuis plusieurs jours), il s’y installe confortablement dès qu’il prend son service : très chic. Si je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer une vision nette du précieux fauteuil, c’est bien parce que ces jeunes gens ne sont pas aussi matinaux que moi.

Entre temps, le jour de la photo floue, une autre scène colorée s’offre à moi et je décide immédiatement que ce billet sera le premier Mal assis, là en couleurs (quelle révolution, décidément !)

Mal assis, là (44) : Conjugaison de l’amour (2), une narration

D’abord, il y a un triangle amoureux compliqué par la distance : quel chantier ! comme on dit.

Sans surprise (c’est une narration américaine), le couple traditionnel, quoique visiblement mal en point, reste solidaire. C’est le triomphe de la morale dans une société où la religion pèse encore son petit poids (cf. 67 upper rooms & kitchens).

Ainsi le cœur brisé travaille-t-il son déhanché en solitaire. C’est une narration plutôt triste mais ce truc de déhanché, quand même, je trouve qu’il apporte un peu de lumière à la fin.

La Roche-sur-Yon (9) : Mal assis, là (43)

Cette fois, en Vendée, j’aurai (relativement) peu couru. Je découvre que je suis une petite joueuse, que mon territoire ne s’appelle pas pour rien le plat pays et que l’on n’estime pas forcément à tort qu’il y fait frais. Monter des côtes abruptes dont je n’aperçois pas le bout cependant que la chaleur m’écrase la tête à la manière d’un casse-noisette géant ne m’est pas aussi facile que d’écumer la métropole lilloise. Quand je cours en Vendée, bien des fois je pourrais être tentée de m’asseoir là, bien ou mal, peu importe, mais je ne le fais pas parce que je suis disciplinée, sinon quelque peu psychorigide. Et croyez-moi, ce n’est pas faute de bancs.

(Photos prises à la Brétèche – me semble-t-il -, à la Roche-sur-Yon et à La Tranche-sur-Mer.)

Presque ma campagne de Russie

je pense à l’enchaînement de circonstances et de décisions
qui m’a menée à ne pas prendre l’avion ce matin
pour te rejoindre en Russie

je ne reconstitue pas l’enchaînement
pour ne pas surjeter notre histoire mais laisser
un fil s’en échapper parce que j’aime les fins ouvertes
et les clôtures que l’on piétine et contourne

bien que tes peaux soient imprimées dans mes paumes
tu m’apparais parfois comme un amour imaginaire
pourtant je sais déjà que le jour où nous mourrons
six mille kilomètres sembleront dérisoires
comparés au néant qui nous séparera pour l’éternité

ce matin je cours en écoutant les mêmes albums
qu’à Brooklyn quand devenue ta Ptchulli
je bondissais jusqu’à Coney Island

sur la pochette de l’album que j’écoute d’abord
il y a un chien blanc et je croise le même
le même chien blanc que j’écoute sur le chemin
qui longe la voie ferrée ce chemin où nous avons
couru-marché ensemble – ton souffle de colorature
étonnamment court et tes pommettes roses
les bras ouverts comme pour t’envoler
(sur la photo que j’ai prise alors tu cries
quelque chose mais quoi ? je ne sais plus)

je me rappelle un déjeuner avec mon éditrice
dans un restaurant asiatique à l’orée de Montrouge
à l’époque où je faisais comme si rien ne pouvait
compromettre mon voyage et elle me disait combien
il me serait difficile d’obtenir un visa et aussi que
quand je partirais elle rentrerait tout juste du Japon

hier il y avait dans ma boîte aux lettres
un cadeau qu’elle a trouvé pour moi au Japon
et j’ai pleuré d’émotion

mais ce matin j’ai couru là où ma foulée
décroche par dizaines des lapins qui plongent
dans les fourrés – nous aimons les lapins
ta mère sa dentiste toi et moi alors je souris
et plus tard même je danse et saute en courant
jusqu’à ne plus
pouvoir

respirer

presque

envoie-moi des photos