Mal assis, là (39) : encore des tables de pique-nique

C’est bien, quand il fait beau, on est content. On dit, On l’a bien attendu. On dit, Ça fait du bien. Bien bien bien. On s’agglutine sur les pelouses, on s’agglutine sur les terrasses, on s’agglutine sur les plages ou devant le canal et on est content. Au pire, on dit, C’est quand même malheureux d’être enfermé toute la journée au travail alors qu’il fait si beau. Je trouve que l’on est sacrément ingrat, du moins si l’on travaille dans des cadres bucoliques tels que ceux-ci, à Lambersart, Hellemmes et Villeneuve-d’Ascq, et que l’on peut bien s’y asseoir, là, le midi avec son Tupperware.

Voir aussi : Mal assis, là (28), spécial tables de pique-nique.

Mal assis, là (38) à La Roche-sur-Yon (5)

Comme j’en avançais la thèse dans La Roche-sur-Yon (4) : fun, fun fun et herbe à fun, la tondeuse à gazon n’est pas aussi ancrée dans les traditions locales que ne l’est le sécateur – aujourd’hui même, une Yonnaise d’adoption particulièrement bien intégrée m’avouait recourir aux ciseaux pour entretenir la pelouse de son jardin. Ici, l’on peut manifestement prendre du bon temps, les chevilles dans les orties. Nous verrons plus bas que l’on peut également se ménager des lieux de convivialité dans des lieux publics particulièrement pentus ou perchés.

La divination

Certains consultent les cartes, ou des boules de cristal, ou le marc de café, pour savoir ce qu’ils devraient faire de leur vie ; moi, je consulte les murs et les chaises des villes. Je les crois de bon conseil. En une heure, cet après-midi, j’avais toutes les réponses que j’avais envie d’y trouver.

Mal assis, là (37) : des postes d’observation

L’autre jour, je courais sur le pont qui surplombe le chantier de Lillenium, rue du Faubourg des Postes. Ce cauchemar urbanistique sortira de terre bien assez vite mais, en attendant, l’excavation est fascinante et bien souvent des passants croisent les bras sur le parapet pour observer l’activité des cinq grues et des dizaines de camions et de silhouettes fluorescentes qui grouillent là-dessous. Une image m’a traversé l’esprit : je me suis vue, assise sur une chaise pliante face au chantier, mon ordinateur portable sur les genoux. Après tout, pourquoi ne pas venir travailler ici, comme d’autres auteurs le font plus volontiers dans un cadre bucolique ? Quand je lèverais les yeux de mon écran pour réfléchir, au lieu de contempler un ruisseau ou un arbre bourgeonnant, je verrais un camion toupie traverser un cratère. Ça me ressemblerait bien, après tout. Ce fantasme d’un instant me fait aujourd’hui porter un regard différent sur certaines chaises étrangement disposées dans l’espace urbain : qui observe quoi, là ?

(Pompes funèbres de la rue du Faubourg des Postes, justement ; rue Anne Josèph du Bourg, à l’orée d’un parking ; Bois Blancs, en marge du Quai de l’ouest – derrière la palissade en béton, la société Transfo Plastique, la meilleure solution packaging depuis plus de 50 ans.)

Mal assis, là (36) : patatras

Quand j’ai pris cette photo, hier après-midi, j’étais très mal assise sur le sol dégoûtant de cette micro friche de Loos, c’est-à-dire très exactement là où je venais de tomber.

C’était la chute la plus ridicule de mon existence et j’ai décidé d’en tirer parti pour 1. rire un peu et 2. prendre cette photo : « Tant que j’y suis », ai-je dit. C’est aussi l’occasion de ressortir des mots que l’on n’emploie plus assez, comme patatras.

Il y a quelques mois, ma meilleure amie, Antique, a vécu une chute similaire – j’entends par là non motivée par une racine, une anfractuosité, le verglas ni aucun autre facteur de ce type. Elle marchait, elle est tombée, voilà tout (sans vouloir dénoncer) ; un jeune homme a été témoin de la scène et Antique lui a dit qu’il avait le droit de rire : « Je ne me suis pas fait mal », a-t-elle précisé. Moi, si, je me suis fait un peu mal, hier, mais moins que le jour où le cercle de fer ci-dessous m’a fait un croche-pied, l’année dernière (il était assez ridicule aussi de courir en sang).

Mal assis, là (35) : Bruxelles

La Foire du livre m’a donné l’occasion de visiter une part infime du fascinant arrière-monde bruxellois. J’aime beaucoup cette ville (je pourrais même y vivre), il y règne un esprit de partage qui se manifeste jusque dans la conception du siège : ici, l’on peut mal s’asseoir nombreux, c’est généreux.

In the upper room (33)

Il est symboliquement pénible d’aborder le numéro 33 de ce rendez-vous dominical (côté messieurs, car nous avons aussi le versant In the kitchen pour les dames – essentiellement pour les vierges maries puisque, pour une raison qui m’échappe, nous ne disposons guère de saintes dans les alentours). 33, quand on parle christ, c’est un peu comme madeleine quand on parle Proust : l’histoire faite running gag, vidée de son sens, réduite à une marionnette de doigt trop bavarde, aux platitudes stéréotypées. J’ai failli sauter directement au numéro 34 mais l’idée d’une nuée de pigeons s’abattant sur moi m’en a dissuadée – je sais que vous tenez mes comptes mieux que je ne le ferai jamais, non par rigueur intellectuelle mais en quête d’une faille qui vous donnerait l’occasion de me tourmenter (je suis heureuse de servir à quelque chose en ce monde, et si ce doit être d’exutoire à vos frustrations existentielles, je l’accepte avec une abnégation toute christique). Ici comme ailleurs, je veux fêter ce 33 depuis l’arrière (très précisément, depuis ce type de point décrit dans Mal assis, là : des jardins).

Mal assis, là (34) : de la convivialité

La convivialité favorise la cohésion de groupe dans les collectivités, que ce soit à la fac de sport (oh, pardon, des Sciences du Sport et de l’Éducation Physique – ici à Ronchin), dans les maisons de retraite (prenons par exemple celle d’Hellemmes, à la limite de Mons-en-Baroeul) ou au siège d’une entreprise telle que cette société de Villeneuve-d’Ascq spécialisée dans la mise en forme de contenus éditoriaux et de communication à destination de publications imprimées et numériques, forte d’une expérience de 40 ans et du dynamisme de 400 collaborateurs (400 collaborateurs, mes chers, entendez-vous bien ? il faut que ça pique-nique, si possible dans un beau jardin inondé de lumière).

Mal assis, là (33) : renversant

Je me suis demandé quel type d’être humain ne répond pas Et toi ? quand on lui demande comment ça va, et j’ai trouvé : mais bien sûr, un enfant ! Ou un adulte qui n’a jamais dépassé le stade de l’enfance dans son développement psychique. J’en avais l’intuition depuis des semaines, c’est pourquoi un simple e-mail sans « Et toi ? » a rompu le dernier fil du lien qui m’entravait et m’empêchait d’aimer ailleurs. Les enfants, ce n’est vraiment pas mon truc. Voici pour l’occasion une narration en chaises qui finit bien (désolée, c’est une fois de plus un peu érotique).

Mal assis, là (32) : Grand Jeu Concours

Le sous-titre de ce Mal assis, là pourrait être « Confort et panorama », mais non, c’est Grand Jeu Concours. Vite, à vos pigeons ! Si votre cher volatile est le premier à m’apporter la bonne réponse, je vous le renverrai avec un badge des Vagins Vigilants, que j’attacherai délicatement à son cou à l’aide d’un ruban rose pâle. La question est plutôt facile, aujourd’hui, alors soyez rapide : il s’agit de me dire lequel des dispositifs minimalistes ci-dessous – car nous avons véritablement affaire à l’âge de pierre du siège – n’a pas la prétention d’accueillir des séants.

(Photos prises à Haubourdin, Loos et Lille.)