Recommandation

C’est vraiment grâce à Marie, notre mère à tous, que je serai dans un avion ce soir ; elle m’a dépêché deux anges, Camille et Arnaud, avec un forfait téléphonique extraordinaire et une admirable maîtrise des centres d’appel – sans parler de la patience, qui est un basique chez les anges. Je venais de traîner ma race à JFK en vain et en navette et je rentrais au Crowne Plaza en pleurnichant à moitié quand les anges m’ont demandé, Alors, vous avez réglé le problème ? Ben non, je suis une potiche et la femme la moins équipée technologiquement du XXIème siècle occidental, ça ne se voit pas à mon pull vert ? Alors ils ont tout fait à ma place. Je ne suis pas fière mais je suis rassurée, et reconnaissante. Très bien, cette Marie, je vous la recommande vivement.

(Elle fait sa timide, c’est mignon…)

Merci aussi à Camille et Arnaud. Je ne sais pas ce qu’il serait advenu de moi sans leur divine intervention.

Bing Crosby & Judy Garland : Connecticut

Où est Ptchulli ?

Dans l’avion ? Mais non, voyons.

J’avais bien fait les choses ; je me suis dirigée vers l’aéroport avec beaucoup, beaucoup d’avance.

Une fois dans le bon terminal, j’ai trié les photos de mon séjour sur un siège doté d’une tablette, pour que le diaporama n’endorme pas mes proches, demain, à l’apéro. J’étais zen, vraiment (®Temesta). Puis je suis allée voir ce qui se passait du côté d’Iceland Air, pour me dégourdir les jambes (qui sont des femmes). Mon vol était annulé. La compagnie aérienne m’offre une nuit au Crowne Plaza, qui vibre du trafic aérien et qui est d’un effroyable mauvais goût.

(Sans les couleurs, on voit un peu moins combien c’est laid, mais je ne pouvais pas assumer ces rouges criards.)

Très déprimée, j’ai repéré un deli grocery à un kilomètre de l’hôtel ; je m’y suis acheté une bière qui s’appelle Rebel IPA et qui est assez forte. J’ai demandé au monsieur à la caisse de l’ouvrir pour moi. Marcher dans des vraies rues après avoir parcouru des couloirs froids à l’aéroport et posé ma lourde valise dans cet hôtel aseptisé, ça m’a fait du bien. Il y avait plein d’éléphants sur des barrières, dont un modèle que je ne connaissais pas : l’éléphant barrit, la trompe et les pattes antérieures levées. Je n’ai pas osé le prendre en photo à cause de ses heureux propriétaires mais, plus loin, j’ai trouvé une œuvre d’art qui vaut bien quatre éléphants.

(Courage, Madame.)

De retour au Crowne Plaza, je me suis assise au fond du parking, face à un mur très à mon goût, et j’ai bu quelques gorgées de ma Rebel IPA dans son emballage de papier en fumant une cigarette : comme une beatnik.

Et, bien sûr, poussant la provocation jusqu’à l’extrême, j’ai commis ce délit sous un drapeau américain.

Maintenant je me pelotonne dans mon affreuse chambre en essayant d’oublier les démarches vraisemblablement kafkaïennes qu’il me faudra engager demain pour m’incruster sur un autre vol, je finis ma Rebel en coutant WBGO et je retouche des photos. Je suis sûre que je suis punie par Jésus pour avoir manqué la messe de ce matin – mais, gros malin, si j’avais su, j’aurais pu ne pas la manquer : nous n’allons pas nous en sortir, Jésus et moi, si nous ne cessons de nous punir à tour de rôle. Que faire ?

Yes indeed

Je pars mais, autant vous prévenir, je continuerai de hanter les rues d’ici.

Frank Sinatra : Witchcraft

L’ironie de la situation m’apparaît soudain : je ne pourrai pas aller à la messe ce matin, je ne pourrai pas écouter Allison jouer de son orgue sacré dans son église, à cause du fucking Marathon de New York. Des millions de mécréants fluo me bloquent le chemin de la foi ! Salauds, païens !

In the upper closet (2)

La punition de Jésus et Marie n’étant toujours pas levée (je suis vraiment très en colère), ce ne seront en ce dimanche matin que cheap bondieuseries. Il faut parfois laisser les gens réfléchir peu.

J’ai dit non ! Je ne le connaissais même pas, il n’est pas mort pour moi et de toute façon il est PUNI, vous m’entendez ? J’ai dit, des bondieuseries.

Et puis tiens, juste par méchanceté, voilà une église dont le kitsch écrase toute possible lutte des classes. Ah ça, la United House Of Prayer For All People, elle m’a émue aux larmes.

Mal assis, là, spécial Brooklyn

Il m’a fallu un mois pour répondre en trois photos à la question essentielle posée ici et la réponse est oui. Je ne l’aurais pas cru à mon arrivée mais le bilan est sans appel, comme vous pourrez en juger par vous-même : l’on peut être mal assis, là aussi. Il n’y a pas de paradis sur terre pour nos fessiers délicats.

Gibney Dance

Ce soir, notre départ à la sortie de Gibney Dance, sur Broadway, a ressemblé à un tout petit feu d’artifices, avec des étincelles du groupe filant dans tous les sens et certaines que l’on croise par hasard quelques blocs plus loin (puis encore quelques blocs plus loin – je ne m’attendais vraiment pas à rire autant aujourd’hui), et d’autres non, alors je n’ai pas dit au revoir à tout le monde, comme si j’allais être là demain encore, et les jours d’après. Mais c’était une manière parfaite de dire à bientôt, que d’assister à une répétition de Cellular Songs, dont la première new-yorkaise aura lieu au mois de mars. J’attends la tournée européenne avec impatience. Je ne vous présente plus les merveilleux artistes et tout aussi merveilleuses personnes sur les photos ci-dessous. Notez juste que certains savent vraiment tout faire, y compris jouer du cor.

Legs up in Brooklyn

Bien sûr, j’ai pensé plusieurs fois, depuis mon arrivée, que New York se prêterait particulièrement aux jambes en l’air ; mais les jambes en l’air, c’était loin et je ne comptais pas forcément y revenir un jour. J’ai changé d’avis, ce matin, pour deux raisons : mon état lamentable requérait à l’évidence des mesures fortes, et puis cette rubrique semble amuser Allison – peut-être ce billet la fera-t-elle sourire, et alors je serai contente. En attendant, l’exercice a porté ses fruits sur mon moral. Je me sentais tellement bien dans mes baskets, dans les rues de Brooklyn, que j’aurais pu courir des heures. Ci-dessous, jambes en l’air au pied du Willimsburg Bridge, d’une maison typique avec escalier de secours et d’un tout aussi typique deli grocery.

Apophénie

Cet après-midi, je décide de marcher. Ma Metrocard est vide et ça m’arrange bien, j’ai envie de parcourir les rues d’ici tant que je peux encore le faire. La première photo que je prends, en chemin, m’apparaît comme un symbole parfait de ce que je ressens : la joie de retrouver ma maisonnette et ceux qui s’y sentent comme chez eux, et d’autre part la tristesse de quitter ma maison d’ici et la seule personne que j’y aie invitée en un mois.

Je passe près de la Brooklyn Academy of Music, où, il y a huit jours, mon séjour ici a en quelque sorte basculé, où du moins quelque chose semble s’être scellé. Sur le trottoir d’en face, je remarque cette femme au regard rapiécé, composite, une femme puzzle, puzzled, détail d’une longue fresque.

Je fais un détour pour longer Fulton jusqu’à Nostrand Avenue et ainsi explorer toute la portion de la rue que je ne connais pas. Et je découvre, ironiquement, ce que j’aurais dû découvrir à mon arrivée plutôt que l’avant-veille de mon départ. Je souris, je prends la photo et je dis merci.