/3 : Se faire lumière

Mon amie Sophie m’a dit un soir, en arrivant chez moi pour l’apéro (ça remonte à ma vie lilloise), « Tu fais une machine à cette heure-ci ? »

C’était SØS Gunver Ryberg.

Mon amie Claire, lors de notre dernière belote, dans la lumière tamisée de mon salon car dehors il faisait nuit, s’est étonnée : « Quelqu’un tond la pelouse ? »

C’était Hilde Marie Holsen.

Mon amour est plus prudente : quand une motocrotte passe dans la rue ou qu’un voisin taille sa haie, elle me demande toujours si c’est dans la musique.

Aujourd’hui, je me demande quelle musique envoyer à mon amie Hélène. Je pensais à Geyser I d’Annabelle Playe mais, me rappelant les anecdotes précédentes, je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai peur que vers les 8’30, elle appelle les pompiers.

Mais moi, j’adore ces morceaux. J’adore, ils me procurent un sentiment de plénitude, expriment les plus fines de mes terminaisons nerveuses. Dans Geyser I, par exemple, vers 10’30, mon corps devient lumière. Quand ça s’arrête, tout semble pesant et trivial. Alors j’écoute Jana Irmert, Geneva Skeen, Phew, Rojin Sharafi, Lea Bertucci, Clarice Jensen, Maja S. K. Ratkje ou une autre des 1381 créatrices sonores inouïes de mon répertoire (qui n’en finit pas de s’étoffer).

/3 : Confins de cheminots

J’ai toujours plusieurs lubies en cours – musicales, topographiques et autres. Les villes que je ressasse le plus depuis quelques semaines sont assurément Méricourt et Avion, qu’il est parfois difficile de démêler, notamment dans la cité des Cheminots déjà évoquée il y a un an presque jour pour jour dans le billet Rosaces et flying teapots.

(En gris clair, Cheminots d’Avion ; en gris foncé, Cheminots de Méricourt.)

Je pourrais aborder ces villes par bien des aspects dans un National Géo digne de ce nom mais ce sera pour plus tard puisque, comme tant de télétravailleurs, je n’ai plus le temps de m’alimenter (rires enregistrés) ; non, je plaisante, en vérité c’est tout juste si je trouve le temps de travailler depuis que j’ai un dossier à remplir pour l’administration française (un éclat de rire solitaire et précoce, assez bref) alors que je n’ai pas de secrétaire (rires fournis, applaudissements).  Alors je vais me contenter pour l’instant d’un trio de véhicules abandonnés aux confins des Cheminots, le premier sur le terril dit (par mon amour et moi) du psychopathe, les suivants près des deux ponts de la rue des Fusillés à Méricourt (le premier surplombant les voies désaffectées qui sont les extrémités mortes du technicentre SNCF, le second la véloroute du bassin minier en direction d’Hénin-Beaumont).

/3 : Bonjour le monde

Quand tout au monde va si formidablement bien, on lui dit bonjour.

Bonjour !

The robber don’t hate you

He had permission, permission by words
permission of thanks, permission of laws, permission of banks
white table cloth dinners, convention centres, it was all done real carefully

Tamara Lindeman (aka The Weather Station)

But I won’t be blue always

Cependant que nous croupissons dedans, dehors tout fout le camp. Le beau château d’eau que vous avez pu admirer ici récemment a enfilé un pyjama bleu layette. J’espère qu’au moins il aura retrouvé ses rayures quand le travail sera terminé. Je me demande si je vivrai assez longtemps pour lui voir d’autres couleurs – le beige et le marron devaient avoir quelques décennies – et pour l’entendre chanter Trouble in Mind.

 

/ 3 : Des baies

Ces baies sauvages, vous savez si elles sont comestibles ? Tiens, en arrière-plan on voit mes copines Marie-Thérèse et Christiane, je n’avais pas remarqué leur présence quand j’ai pris la photo.

/ 3 : Louisiana breakups

Ma chanson de geste paraîtra en mars 2021, comme je viens de l’apprendre. J’ai hâte ! On y entend pas mal de musiques de Louisiane parce que (vous le verrez) la Louisiane et le Pas-de-Calais ont de nombreuses similitudes.  Un certain nombre de ces musiques ont trait à la rupture car le Louisianais se sépare beaucoup. Vous aurez de la rupture des versions cajuns,

zydeco

et rhythm and blues New Orleans.

/ 3 : Des USA d’ici (1)

Le Mustang Burger de Méricourt (que l’on peut voir dans mon expo Ligne 18) n’est pas le seul diner qui rende hommage aux USA dans l’agglomération Lens-Liévin. Grenay, assurément, est une ville américaine. On le voit ici près des maisons penchées (je vous les présenterai bientôt),

et là près du cimetière / galerie d’art (à suivre aussi).

Quant à  la République d’Avion, elle n’a peut-être pas de diner mais combien rétro est sa baraque à frites (ainsi que l’on appelle les friteries dans les Hauts-de-France) .

/ 3 : Pas voir le jour

Avant le lever du jour il arrive que je coure dans des lieux dépourvus d’éclairage public et mon amour me dit d’être prudente mais je l’arrête avant qu’elle ne me raconte le dernier fait divers entendu à la radio. Sur mon itinéraire, il y a notamment un chemin qu’obscurcit encore une tonnelle végétale naturelle et qui pendant deux kilomètres n’offre guère d’échappatoire en cas de mauvaise rencontre mais je n’y pense pas, j’ai juste peur d’écraser des limaces ou des escargots, ce qui par chance ne s’est jamais produit.

Parfois je voudrais vomir mon espèce jusqu’au dernier cil quand j’ai conscience de vivre dans une civilisation capable de ruiner des océans de manger des animaux ou de tuer des joggeuses et ces jours-là je voudrais ne jamais avoir vu le jour.

La plupart du temps, j’essaie de ne pas regarder le monde en face, je me plonge dans l’écriture, invente d’autres inadaptées que moi et leur confie mon mal d’humanité (comme on dit un mal de mer car en fait ce n’est pas un goût personnel, c’est un dégoût viscéral) . J’y arrive aussi quand je cours avant le lever des congénères dans des lieux où ils n’ont pas installé la lumière et que je ne vois littéralement pas le jour.

/ 3 : Vous ici (2)

L’autre jour j’ai eu la visite surprise d’une perruche, que l’on voit ci-dessous sur une branche de Carol-Anne. Puis dans une rue de Lens, en rentrant de chez le caviste (où je n’avais participé à aucune forme de dégustation), j’ai sursauté en croisant un autre individu vert – par chance il n’y avait pas de témoin. Enfin, mon amour et moi avons rencontré un lapin noir dans le mini-golf à l’abandon que je vous présentais ici l’année dernière et que vous retrouverez bientôt dans ma chanson de geste puisque chanson de geste il y aura, je le confirme : j’ai signé le contrat d’édition cette semaine et j’en suis toute folle de joie.*

* Vous êtes nombreux à me demander ce qu’est une chanson de geste. Eh bien c’est un poème épique de l’époque médiévale, si vous préférez, qui relate les hauts faits de héros valeureux. La Chanson de Roland, par exemple, en est une – extrait :

« CLXIX

Halt sunt li pui e mult halt les arbres.
Quatre perruns i ad luisant de marbre.
Sur l’erbe verte li quens Rollant se pasmet.
Uns Sarrazins tute veie l’esguardet,
Si se feinst mort, si gist entre les altres.
Del sanc luat sun cors e sun visage.
Met sei en piez e de curre s’astet.
Bels fut e forz e de grant vasselage ;
Par sun orgoill cumencet mortel rage.
Rollant saisit e sun cors e ses armes
E dist un mot : « Vencut est li niés Carles !
Iceste espee porterai en Arabe. »
En cet tirer li quens s’aperçut alques. »

Vous me voyez bien dans le registre héroïque et la célébration des racines de la littérature française, non ? Je ne vous décevrai pas.