/ 3 : Munificence & Pompe (3)

Je ne sais que penser. J’ai rencontré une charmeuse de baskets, voilà tout. Quel présage peuvent bien porter ces délaissées des pieds ? Bon ou mauvais ? Je mise sur la première option. Cette fois (c’était lundi), Valentina m’a envoyé successivement trois photos prises sur le chemin de son studio. Et le soir, tandis qu’elle rentrait en bus, elle a photographié une banane abandonnée sur un siège en peluche (Londres n’est pas mieux dotée que la France en la matière : moquette tout partout). J’ai envisagé de faire un billet / 3 + 1 pour la circonstance mais je ne doute pas que deux bananes ne nous échoient bientôt, qui rejoindront leur amie dans un / 3 bien triangulaire. Pazienza.

/ 3 : Munificence & Pompe (2)

De quoi s’agit-il, cette fois ? Après la grippe et l’infection urinaire ? (J’ai appris le terme anglais pour infection urinaire, un acronyme, à travers une des meilleures chansons du dernier Jenny Hval, American Coffee :

I give you that time at the cinematheque
I was watching
La Passion de Jeanne d’Arc while I was having a UTI
I stared into Jeanne’s face, suffering in black and white
I’m sure I saw her wink at me
Then I peed blood in the lobby bathroom
The blood colour seemed so insanely alive
Too alive, too alive to be just mine
,

Jenny Hval a un talent inégalable pour donner de la poésie à des événements biologiques de ce genre.)

Et maintenant, qu’est-ce que c’est ? Fièvre et gorge douloureuse (une angine ? une bronchite ? le covid ?) mais j’ai décidé de courir quand même ce matin, avec les courbatures, les frissons et les vertiges de la fièvre, en attendant que le paracétamol agisse – je n’ai croisé personne de toute façon, il était trop tôt. Quand on court beaucoup, on a une certaine habitude de la douleur ; je ne me rappelle pas ce que c’est que de ne pas avoir mal aux ongles des orteils, par exemple, ou que de ne pas avoir un muscle qui darde quelque part, une articulation qui couine. Courir avec une infection urinaire est sans doute ce que j’ai expérimenté de plus déplaisant. Tant que j’aurai des baskets, je courrai.

Et à propos de baskets, Valentina nous offre un deuxième volet à ce que j’ai décidé d’appeler la série Munificence & Pompe. Les photos ci-dessous ont été prises à Londres et à Paris. N’en doutons pas, d’autres volets suivront, les paires bien rangées semblant pointiller son chemin comme on l’a déjà vu ici.

/ 3 : un vendredi à Londres

On l’a vu ici, les bananes abandonnées me lient à ma chérie quand nous sommes séparées. Vendredi, nous avons croisé ce duo dans une rue de Londres et l’avons toutes deux pris en photo. C’est nous, a dit Valentina. Il est vrai qu’elles partagent notre différence de format. Mais nous ne nous tournons jamais le dos, sinon à l’occasion de cette photo.

Puis j’ai visité son studio de répétition.

Ensuite j’ai été très malade, c’était comme un écho de grippe outre-manche. Tout a commencé au Café Oto, où j’ai passé tout un concert de Senyama (JMJ, pas exactement de la musique de chambre) les yeux fermés, la tête contre mon amoureuse qui me caressait les cheveux (j’ai décidé de les laisser pousser encore un peu parce que la sensation est encore plus délectable que celle du vent sur le crâne) tandis que des musiciennes dont j’apprécie le travail et que je rencontrais pour la première fois devaient se demander où leur amie était allée pêcher ce boulet français livide. Je n’ai pas l’habitude qu’on s’occupe de moi, qu’on me soutienne quand je vacille, qu’on prenne ma température, qu’on m’apporte des mixtures magiques, qu’on couvre de baisers mon front brûlant ; tout cette douceur compense le désagrément d’être malade. Puis on s’endort dans les bras de l’amour en écoutant les renards copuler comme de très grands oiseaux.

/ 3 : à bord de notPamela

Avant-hier, nous avons assisté à un super double concert au légendaire Café Oto. Une amie de Valentina que j’aime beaucoup, Yoshino, y jouait en première partie de Bas Jan. Hier, Yoshino devait déplacer la péniche sur laquelle elle vit et nous sommes allées l’assister.

(« I look pissed off », dit mon amour en découvrant ce billet ; mais je ruinerais sa réputation si je postais une photo sur laquelle elle arbore son magnifique sourire d’enfant.)

Vous connaissez mon goût pour la poésie batelière ; je n’ajouterai pas les noms d’ici à ma liste déjà bien fournie, ni ne révèlerai le nom de la péniche de Yoshino mais je peux vous dire que ce n’est pas celui-ci :

/ 3 : Munificence & Pompe (1)

Je l’évoquais ici, mon amour prend des photos des chaussures abandonnées dans les rues de Londres (uniquement des paires entières, c’est important) pour me les envoyer, parce qu’elle sait combien je les apprécie. Hier, en nous rendant à l’anniversaire de son amie Stella, nous avons croisé la troisième paire de ce /3 – qui vous est donc offert par elle, ma merveilleuse chérie, ce jour où nous fêtons ses 45 ans. <3<3<3

/ 3 : des astuces

Marre des paparazzi ? Faites comme ce lapin, mettez des branches entre les importuns et vous, rendez-leur impossible la mise au point.

Vous pouvez aussi mettre un T-shirt qui se fond au décor et faire semblant de ne pas être là.

Enfin, vous pouvez jouer l’évaporé.e. L’évaporée : ça ferait un bon titre, ça, non ? J’y reviens bientôt.

Je fête par ce billet ma première sortie (quelque peu vacillante) depuis plusieurs jours.

/ 3 : un cormoran

C’est une grande première : un cormoran a, ce jour, accepté de poser pour moi. C’était le seul oiseau qui résistait encore à mon vice (Valentina me traite souvent de paparazzi) : on sait que j’ai réussi à prendre des grèbes (les plus difficiles), des hérons (snobs) et des poules d’eau (craintives), on sait que même le pic épeiche a consenti à m’offrir son profil, mais le cormoran, jusqu’à cet après-midi, c’était de loin.

/ 3 : des noeux

Lu aujourd’hui sur le site de l’Unesco : « Les gares de triage de Somain, située à l’Est, et celle de Lens, au centre du Bassin minier, ont ainsi été les noeux ferroviaires de l’expédition du charbon. » Si vous n’êtes pas d’ici, peut-être vous demanderez-vous pourquoi quelqu’un a fait cette coquille ; eh bien, c’est que nous avons ici une ville qui porte le nom chantant de Noeux-les-Mines. En voici une vue depuis le chemin des Loups de Bouvigny-Boyeffles.

Noeux est célèbre pour sa station de ski, qui fonctionne en toutes saisons sur l’un de ses terrils. D’ici, on devine les remonte-pentes.

Elle a aussi un château d’eau en forme de cornet de frites.

(Plus d’images de cette ville que j’aime beaucoup dans mon billet de l’été dernier, Des fruits rouges, où il est également question de sangliers, d’art brut et de Jésus.)

/ 3 : 29 000

La plupart du temps, j’oublie que je suis en train de courir, tant je suis concentrée sur ce que je vois, entends et sens. Mais de temps à autre, je suis à l’inverse pleinement incarnée, soit qu’il fasse nuit noire et que mon centre de gravité soit mon seul instrument de navigation, soit que la fatigue et/ou une douleur m’ancrent dans mon enveloppe. Ce matin, les trois facteurs étaient réunis et j’avais une conscience aiguë d’être un corps qui a couru quelque 29000 kilomètres ces huit dernières années, je me sentais à la fois minuscule, cassable et toute-puissante : si j’étais un petit véhicule à friction, ces 29000 km emmagasinés me permettraient de courir sans pause ni effort jusqu’à l’hôtel de ma bien-aimée à Monterey, Californie + si j’avais oublié quelque chose chez moi, de faire l’aller-retour pour aller le rechercher.

Les petites étoiles sur fond jaune, ci-dessus, c’est l’aura des Chalets du Nord et des Chalets Miniers que je recense – leur rayonnement est tel qu’il apparaît en vue satellite, vous voyez bien que je ne me consacre pas à des brimborions. (Il existe aussi, je le rappelle, des Chalets de Californie – voir enquête approfondie ici.) Jugez par vous-mêmes du travail que j’ai abattu, ces deux dernières années : chaque étoile est une boîte aux lettres relevée au fil de mes courses à pied – quand elle n’en cache pas une ou des autre(s) puisque, je le rappelle, le Chalet incite bien souvent au mimétisme.

J’en ai déjà repéré plusieurs en Normandie, notamment à Montmartin et à Hauteville, certains remarquables (voir capture d’écran ci-dessous). C’est qu’on en apprend, des choses, quand on voyage. Un jour, l’Insee va venir me chercher, vous verrez : comme la NASA recrute des hackers, à moins que ce ne soit une légende (ou une info périmée, j’ai entendu dire ça au début du millénaire). Bref, courir 29000 kilomètres, c’est très enrichissant.

(Ce Chalet Normand est sis à Montmartin-sur-Mer.)

Ce matin, je n’ai relevé aucune curiosité parce que j’étais concentrée sur le dedans de mon corps mais, à défaut, j’ai couru plus vite que jamais, vers la fin : j’ai dévalé la rue qui longe le cimetière, une rue à forte pente ornée de fanions multicolores, ma foulée longue et légère tandis que de l’autre côté du mur, d’autres reposaient. Un jour ce sera mon tour de franchir ce mur, sans doute des gens que je connais viendront-ils avec leur téléphone regarder une boîte descendre en terre avec moi dedans et je serai déjà devenue autre chose. Si je me réincarne, je veux bien être une poule d’eau. J’aime vraiment beaucoup les poules d’eau.

/ 3 : des drôles d’oiseaux

Hier, j’ai participé à une répétition de Nous avons fait un beau voyage (le titre cite une chanson de Ciboulette, l’opérette de Reynaldo Hahn). Je parlais ici de notre pièce : elle a été écrite en atelier par la troupe même qui va l’interpréter – mes super hurluberlus préférés, dont on voit quelques spécimens sur la photo ci-dessous, dans la scène des oiseaux. Je vais moi-même lire quelques phrases, de sorte que je serai un peu sur scène avec le groupe + le chœur d’enfants mené par Astrid + non pas l’école de musique au grand complet, cette année, mais notre incontournable complice Nathalie et sa fille Marie. Toutes nos pièces s’achèvent par une interpolation de La veuve joyeuse (oui, nous aimons bien l’opérette) et pour la première fois, je ferai donc partie du très grand chœur dissonant qui entonnera ces quelques vers s’achevant par Vive la raie / Vive la République – nous réglons leur sort au tourisme, à la chasse, au consumérisme, au chauvinisme, etc. Plus d’infos dans la rubrique Factuel pour celles et ceux qui voudraient réserver une place, un train, une chambre d’hôtel et venir nous applaudir.

Après la répétition, j’ai sauté sur mon vélo et filé à Lille ; en chemin, j’ai retrouvé les jeunes oies que je vous ai présentées ici en décembre. Les trois que l’on voit ici dans l’eau ont mis en fuite un canard, qui a fini par s’envoler pour leur échapper.

J’ai croisé de nombreuses péniches que je ne connaissais pas encore, parmi lesquelles Octopus, St Eustatius, Gwendolina, Florida, Kevalia, Tsunami ou encore Alain, mais la première à s’être trouvée sur mon chemin a conforté ma théorie de la divination batelière puisqu’elle s’appelait Freedom et que j’éprouve précisément, ces temps-ci, un sentiment d’intense liberté. Il y a trois nuits, j’ai rêvé que j’étais un chevreuil et que je gambadais joyeusement au milieu des miens dans la nuit tout juste baignée de lune, quand soudain des phares de voiture ont éclairé ce que nous pensions être une prairie, alors nous nous sommes rendu compte que nous étions sur un rond-point ; ce rêve me dit qu’il faut rester prudente mais ignorer la déception que nous impose le regard de la civilisation, ignorer autant que possible ses problématiques pour jouir de la beauté que nous générons entre chevreuils, tant que nous le pouvons. J’ai appris ce matin avec perplexité le décès de la musicienne expérimentale Mira Calix (52 ans) et, outre la tristesse que j’en éprouve, je me répète qu’il ne faut rien concéder à ceux qui voudraient disposer de notre temps ; il est bien assez court.

À Lille, en compagnie de mes amies Antique, Claire et Lulu, j’ai assisté aux concerts de ces drôles d’oiseaux que sont Mega Bog et Cate Le Bon et j’ai passé un moment formidable. Entendre cette dernière interpréter, à deux mètres de moi, les chansons de son précédent LP, Reward, l’un des trois albums qui m’ont sauvé la vie en mars-avril 2021, m’a procuré des émotions bien plus fortes que je ne l’avais escompté ; j’avais très envie de pouvoir remercier la dame parce que, décidément, ça valait le coup de survivre à ce merdier.

Le moment était d’autant plus fort qu’elle jouait devant un public très confidentiel – moins cependant que celui de Mega Bog, qui d’ailleurs ne se sentait pas très bien : outre que le public clairsemé n’était pas réactif, elle n’avait pas son groupe au grand complet autour d’elle et m’a confirmé qu’il lui avait beaucoup manqué. Je lui souhaite plus de fun ce soir à Paris en plus grand effectif. Il est toujours étonnant, pour moi qui n’ai aucun lien avec la presse et la culture françaises, de constater que les superstars de mon monde ne remplissent pas une salle ici. Chaque jour, je me réjouis de vivre mentalement ailleurs.