Un peu d’ethnologie

Un New-yorkais sur deux a un chien ; les plus riches en ont plusieurs, des machins apprêtés comme des pâtisseries. Je n’ai jamais, dans aucun quartier, vu une crotte sur un trottoir ni même dans un caniveau.

Quand je croise un chat, ce qui n’est pas si fréquent, je m’accroupis pour le caresser et je lui demande comment il va, en français. Personne ne s’en soucie parce que, à New York, des gens chantent dans la rue ou dans le métro, ou alors ils écoutent de la musique qui sort apparemment de leur sac à dos, à très fort volume, ils sont généralement seuls, le visage extrêmement sérieux. Personne ne semble trouver ça inconvenant.

Les New-yorkais attendent, bras croisés, que la caissière ait rangé leurs courses dans des sacs plastiques qu’elles doublent ensuite systématiquement, même si le sac ne comporte que des rouleaux de papier toilette. Quand je dis, Laissez, je vais le faire, et que je remplis mon sac à dos et dis merci, bonne journée, je sens que ça fait plouc, voire New Age.

Première

Ils ont tous été formidables et j’ai honte de dire que je me suis sentie bêtement fière, comme si je faisais partie du machin ou que j’étais les parents de tous ces gamins. Et puis, Meredith, Katie et Allison en concert, c’est inouï ; les disques (que j’ai tous usés) ne rendent pas justice à un talent aussi fou. Bonus : je croyais devoir dire adieu à presque tout le monde ce soir mais ça n’a pas été le cas, et c’est un second cadeau, très inattendu et bienvenu.

(La photo de cette première au Gerald Lynch Theater est baveuse, notamment parce que j’ai choisi une place au balcon : depuis deux semaines, j’étais au même niveau que le groupe et je voulais aujourd’hui le voir de haut. Je ne regrette pas mon choix. Notez que Francisco est en train de remonter son pantalon pour s’étendre élégamment, ce qui a provoqué quelques vagues de rire dans la salle.)

De retour chez moi, j’écoute la musique d’Allison Sniffin, qu’elle m’a offerte – elle est aussi compositrice, comme je pense l’avoir déjà mentionné. Je suis heureuse d’aimer son travail, et je me sens privilégiée de pouvoir l’écouter.

(Allison Sniffin, mercredi soir au même endroit.)

Cette soirée m’a sauvée de la déréliction pure et simple et je suis reconnaissante à tous ceux qui l’ont faite – les susdits, mais aussi Ellen, Yoshio, Hjørdis, Pablo et les autres. Demain, j’écris dix pages, au moins. Il y sera notamment question d’une mère de choriste venue à la représentation avec son gallon d’eau minérale (à peu près quatre litres*) : c’est extrêmement touchant, en particulier quand on sait que le YPC est un lieu de mixité sociale incomparable – je réclame une niche de saint pour Francisco sur W 65th St.

* Ici, l’eau minérale s’achète surtout en bidon, mais d’autres formats, y compris les 25 cl, existent aussi – je l’achète en bidon.

Zéphyrs embrasés de Brooklyn

Attention, voici une vraie narration.

Dans l’heureux borough de Brooklyn vivaient heureux deux amoureux (des amoureux en paix avec le monde grâce au rejaillissement de leur amour sur leur environnement, etc.)

Heureux dans leur escalier privatif, car ils étaient les jeunes et heureux propriétaires d’une belle maison à Ridgewood, ils réfléchissaient à la manière d’être encore plus heureux.

C’est Monsieur qui a trouvé : il leur fallait une citerne, comme celle des voisins. Une citerne, ça c’est du bonheur. Waouh, dit Madame, et des constellations de bonheur tournèrent dans ses yeux.

C’est quoi, ça ?

C’est le Trump International Hotel and Tower qui domine le monde, très simplement, à Columbus Circle (l’entrée, tout aussi simplement, est le numéro 1 de Central Park West).

Heaven heaven heaven ? Hell hell hell*

Ambiance bouillante, ce soir, en répétition au Lincoln Center. Le ton est monté. Puis en rentrant chez moi, j’ai vu une scène de crime comme dans les films, Chauncey St était bouclée par des bandes jaunes et des dizaines de voitures de police arrivaient de toutes parts, et les pompiers, et les ambulances.** J’ai failli prendre une photo à cause d’Arcade Fire, the police disco lights, mais ça n’aurait pas été décent, des gens couraient partout et j’avais soif.

* Extrait de Three heavens and hells, pièce de Meredith Monk qui est devenue mon ear worm à force de répétitions. Eh oui, c’est l’une des rares pièces de Meredith avec des mots – le reste des paroles, dans cette pièce, c’est plutôt k kih k kih kih kih… et boy ya ba boy ya ba.
** Je comprends mieux pourquoi je vois dans la plupart des commerces une affichette sur laquelle une petite fille aux grands yeux dit « Don’t shoot, I want to grow up ».

Paper bag

Ce matin, grâce au magazine Wire (version Internet), j’ai pu entendre intégralement le nouvel album de Circuit des Yeux, Reaching for indigo, qui sortira vendredi et que j’ai immédiatement précommandé sur iTunes. Vous pouvez l’écouter en cliquant ici. En attendant, je me suis dit que je serais bien gentille de vous en faire découvrir un extrait où je pense entendre des réminiscences de Meredith Monk et de Philip Glass, à savoir la chanson Paper Bag. Par chance, elle existe sur Youtube, et elle a même un clip, et ce clip commence (n’est-ce pas incroyable ?) par une citation de Joan Didion. Je déteste les citations, à de rares exceptions près je trouve ça prétentieux et artificiel, mais il se trouve que 1. cette phrase est belle même sortie de son contexte et que 2. Joan Didion est, au cas où vous auriez manqué un épisode de ma vie trépidante sur ce blog, l’un des auteurs que j’ai relus avant de partir à New York dans la perspective de la croiser dans la rue, de boire un verre avec elle et de parler déconstruction de la narration. Comme je ne l’ai toujours pas croisée par hasard, je n’ai pas encore pris ne serait-ce qu’un café à New York en bientôt deux semaines, ce qui fait sans doute de moi la touriste la moins rentable de l’année. C’est parce que je ne suis PAS une touriste. Non.

Voici donc la dernière pépite de Haley Fohr, sous son pseudonyme circuit des Yeux, Paper Bag :