East New York

Cette semaine, j’ai découvert quelques nouveaux quartiers de Brooklyn au fil de mes baskets : Flatlands, Marine Bay, Sheepshead Bay, Brighton Beach et Coney Island, au sud. Hier après-midi, j’ai pris un métro jusqu’à son terminus pour voir ce qu’il y avait au bout : rien. J’ai réussi à comprendre que la majorité de la population était latino, bien que je n’aie croisé quasiment aucun piéton, à part quelques junkies à peine verticaux, et après avoir arpenté en vain des rues désolées (qu’attendais-je ? me demanderez-vous, eh bien la petite piqûre qui donne envie d’arpenter encore, encore et encore, mais ici je n’ai ressenti qu’une agressivité inouïe depuis les voitures, seuls éléments mobiles du paysage), je me suis jetée dans le premier métro venu pour quitter East New York. C’était un métro aérien, je les adore ; de là-haut, j’ai encore vu un parking où l’on vend des voitures d’occasion comme dans les films :

Des arraignets

Aujourd’hui, Allison a pris sa première leçon de français, à la West End Church (en vérité, je vous le dis, Allison me fait aller à l’église le dimanche) pendant que la Stonewall Chorale répétait son bien plaisant spectacle d’Halloween (Allison a fait quelques transcriptions pour elle). C’est une élève très prometteuse et très inventive. J’ai rapporté de cette leçon un poème sur une serviette en papier qui mériterait bien d’être encadré dans mon bureau ; il serait encore plus réussi si je n’avais pas corrigé mon élève quand elle a écrit « Je ne trottine pas » au lieu de « Je ne fais pas de trottinette » et, à bien y regarder, le mot araignée fait pâle figure auprès d’arraignet. Je tacherai d’être moins sectaire lors de la prochaine leçon.

In the upper closet

Jésus, Marie et toute la clique ont vraiment été à chier, cette semaine, et j’ai bien hésité à me passer désormais de leurs services. Je vais leur laisser une chance, vous connaissez mon cœur d’or, mais je suis déçue, déçue, déçue. La moindre des choses est que je leur inflige une punition avant de leur soumettre la moindre requête ou de leur rendre le moindre hommage. Jusqu’à nouvel ordre, ils seront consignés dans des caissons. C’est ça, oui, tête basse.

Comme je suis trop gentille, je leur ai laissé leur smartphone. Et voilà le résultat… Les fourbes, les resquilleurs.

Utica Avenue

Vous êtes nombreux à m’avoir demandé plus de détails à propos de cette avenue que j’ai longée trop longtemps sur la route de Coney Island. Eh bien, Utica Avenue, c’est sept kilomètres de paysages dans ce genre – une vraie nationale américaine en plein Brooklyn.

Il y a, tout au sud, une maison avec l’équivalent d’un chalet du Nord, oui oui, c’est une boîte aux lettres en forme de grange, comme ça :

Je n’ai pas pris la maison en photo parce que les gens assis sur les porches voisins me rappelaient des films tels que Délivrance ou Massacre à la tronçonneuse. Vous m’excuserez.

Celui-ci ?

Il dit qu’il serait content de venir chez vous, il s’appelle Tabasco parce qu’il a un caractère de feu, il parle bien le français mais il met tout au féminin – Passe-moi la sel, La soleil tape bien aujourd’hui, etc. (Excusez-moi, je cherche un écureuil pour mes parents mais ils ont des goûts très précis en la matière.)

La trahison

Ce soir, on a fait la vaisselle en se racontant des potins, Meredith et moi. En rentrant chez moi, je me suis posé une nouvelle fois la question : Comment est-on censé écrire sur quelqu’un quand on en vient à un certain stade de confiance et de complicité ? Il y a forcément trahison. J’écris aussi sur la trahison. Mais ça n’enlève pas la trahison. Que suis-je censée cacher ?